‹ Joseph II., Leopold II. und KaunitzChapitre 4 sur 15 · KAUNITZ À L’EMPEREUR · texte numérisé non relu

KAUNITZ À L’EMPEREUR

Mariahilf den 7. September 1781.

Ich finde mich über die Güte, mit welcher Eure kaiserliche Majestät unter so vielen Beschäftigungen dennoch eigenhändig von Allerhöchst Dero heute noch bevorstehenden Zurückkunft mich zu benachrichtigen geruhet, so lebhaft gerühret, dass ich mich nicht enthalten kann, Allerhöchst Denenselben den allerunterthänigsten Dank dafür unverzüglich abzustatten, mit der allerunterthänigsten Bitte solche huldreichst aufnehmen zu wollen. Zu gleicher Zeit jedoch glaube alleruntertliänigst erinnern zu sollen, dass, da die in Vorschlag gebrachte Antwort an die drey kriegenden Mächte nicht unterlassen werden kann, weilen denenselben ihre wechselseitige Antworten mitgetheilet werden müssen, meine Absicht bei derer Entwertung gewesen, solche nicht nur unbedenklich zu verfassen, sondern zu gleicher Zeit nebst der Unverfänglichkeit der diesseits vorgeschlagenen Artikeln, auch die Vortheile, welche deren Annahme hätte nach sich ziehen können, so wfie die Unbilligkeit jenseitiger Zumuthungen auf eine höfliche Art zu beweisen.

Eurer kaiserlichen Majestät Allerhöchsten Huld und Gnaden empfehle mich inzwischen in tiefester Unterwürfigkeit.

KAUNITZ-RIETBERG

APOSTILLE DES KAISERS.

Ich wollte nur sagen das ich zu Beförderung des Friedens nichts gedeihliches aus dieser erklärung hoffe, sonsten ist sie sehr wohl verfasst und nutzbar zu erlassen

JOSEPH

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne le 15 Nov. 1781.

Ayant vu par les lettres, que Votre Majesté Impériale a bien voulu me communiquer après midi, qu'au lieu du 18. Leurs Altesses Impériales seront déjà à Troppau le 17. et le Prince Galitzin sur la réquisition, qu’ Elles lui en ont fait, s’etant déterminé à partir aujourdhui pour se rendre auprès d’ Elles, si non à Troppau même, au moins dans quelque lieu en deçà, je crois bien faire d’envoyer à Votre Majesté dez aujourdhui le Courier, qu’Elle m’avoit ordonné de Lui dépêcher dans la journée de demain, pour ne pas l’exposer à être prévenue ou par un Courier ou du Prince Galitzin, ou peut être des Grand Ducs Eux mêmes.

Il n’est d’ailleurs rien arrivé dans la journée, qui méritât d’etre porté à la connoissance de V. M. Impériale, que la lettre de Son Ambassadeur à la Cour de Madrid très humblement cy-jointe. L’esprit des Colonies Angloises fomenté peut-être parmi les Espagnoles par les insinuations d’Emissaires Anglois et des moyens fournis par la Grande Bretagne à l’exemple de ce qui a été fait par la

France vis-a-vis des Angloises, avant même la déclaration de la guerre, pourroit avoir des suites singulières pour cette partie du monde en général, et qui sait s’il ne pourroit pas y avoir plutôt à gagner qu’à perdre pour tout le monde, si elles pouvoient devenir universelles.

Je prie Y. M. de ménager ses yeux, et en général toute Sa precieuse personne, si Elle veut se conserver, comme Elle nous le doit, attendu qu’il est impossible qu’Elle puisse continuer à vouloir faire, de corps et d’esprit, tout ce qu'Elle a fait jusqu’à présent, sans Se détruire, si non tout d’un coup, tout au moins en detail. Il faudra absolument imaginer et pratiquer des moyens d’alléger son travail et ses fatigues, si Elle veut épargner l’inquiétude continuelle et très fondée de La voir succomber à ceux de Ses sujets et serviteurs, qui pensent comme moi, et qui Lui sont véritablement attachés. Je demande grâce à V. M. I. pour cette effusion de coeur, et je Lui baise les mains avec la plus profonde soumission.

KAUNITZ-RIETBERG

APOSTILLE DES KAISERS.

Je vous suis fort obligé mon Prince de l’interet que vous me marques. Leurs Altesses viennent d’arriver, il paroit qu’il regne encore du froid et surtout force de Compliments ; mais cela se donnera tout comme cela ne se soutiendra point, puis que ce n’est pas dans du beurre que l’on peut faire quelque chose; Adieu, je compte toujours d’arriver avec Elles Mercredi à Vienne, mes yeux sont asses discrets pour ne me point mettre hors de combat.

(Signé:) JOSEPH.

Eigenhändig:

Mes yeux sont assez discrets pour ne me point mettre hors de combat.

JOSEPH AN KAUNITZ*)

le 29 Octobre 1781.

Mon cher Prince dans cet instant je reçois cétte excellente nouvelle qui me comble de joie, je vois écrire tout de suite au Roi et à la Reine et vous prie de depecher tout de suite un Courier avec mon compliment ; demain j’aurai grande Gala et les spectacles je les donerai gratis; adieu

*) Unmittelbar nach Empfang der Nachricht von der Entbindung Maria Antoinette’s geschrieben.

KAUNITZ AN JOSEPH

Le 17 février 1782.

On travaille actuellement à l’expédition pour Varsovie et Paris, et j'espère que tout sera en état pour demain au soir selon les intentions de V. M. I. à laquelle je baise les mains, et dont je voudrois bien apprendre au vrai, le véritable état d’une santé qui devroît être aussi précieuse à tout bon Citoyen qu’elle me l’est bien certainement à moi.

KAUNITZ-RIETBERG

APOSTILLE DES KAISERS.

Je ne trouve rien a ajouter au contenu de ces Expéditions, quant a ma santé c’est pour guérir radicalement la fluction que j’ai depuis 4 mois aux yeux que je ne sors point, en meme temps une toux comme presque coqueluche m’a tourmenté et excité les hemoroides tout cella ne sonts que des incomodités et si je ne voulois faire le sage et le vieux je pourrais aller partant le grand froid me retient aussi, mais j’espere bientôt en etre entièrement libre et avoire le plaisir de vous venir voire adieu.

le 19. Mars 1782.

Pour épargner à Vôtre Majesté autant qu’il peut dépendre de moi, de la peine et de l’ennui, j'ai imaginé le papier ci-joint qui contient ce me semble malgré sa précision, avec beaucoup de modération, avec dignité, et sans compromettre V. M. des choses si raisonnables et si incontestables, qu’elles devroient persuader, si tant est, que l'on ait à faire à un homme sensé, et qui soit de bonne foy.

Si Vôtre Majesté trouvoit bon d'en faire usage, je pourrois, si Elle l'aimoit mieux, le réduire en forme de billet amical, qu’Elle adresseroit au St. Père; ou bien Elle pourroit même de Lui communiquer tel qu’il est de la main à la main; et en ce cas il n'y auroit rien d'autre à Lui donner; et la seule observation, qui me reste à ajouter, c’est que, si tant est, que V. M. trouvât bon d’en faire usage de l’une ou de l’autre manière, je La prierai de vouloir bien n’y rien ajouter, et n’en rien ôter, parceque j’ai si mûrement pésé tout ce que j'y ai mis, et ce que j’ai crû ne point devoir y mettre, que je pense, que ni l’un ni l’autre ne pourroit se faire, sans altérer tout l'esprit de la chose.

Quelle que puisse être néanmoins la détermination de V. M. je me flatte, qu’Elle n’en agrééra pas moins avec bonté cette nouvelle preuve de ma bonne volonté et de mon attachement pour Sa personne.

(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

Je vous suis fort obligé mon Prince pour les reflexions que v ous m’avés envoyé. J’en ferai usage selon les occurances, mais il me paroit qu’il ne seroit pas convenable d’entrer dans aucune Justification ni particulière ni generale, avant que le St. Père m’ait comencé par s’expliquer.

KAUNITZ AN JOSEPH

Le prince Galitzin vient de me faire les communications très humblement cy -jointes. Il n’y a rien à désirer ni sur le fond ni sur la tournure très honnête et très amicale des réponses à celles que Cobenzl a été chargé de faire à la cour impériale de Russie, et j’aurai l’honneur de présenter à Votre Majesté les ordres qu'en conséquence il me paroîtra de Son service de donner à Ses ambassadeurs et ministres aux cours belligérantes, après en avoir conféré avec le prince Galitzin, afin qu’il en fasse passer d’analogues aux ministres de sa cour. Mais ce qui régarde l’exposé comparatif, sur l’objet et sur l’usage duquel on ne s’explique en façon quelconque, il faudra voir, ce me semble, ce que pourra nous apprendre à cet égard ce que nous attendons du comte Cobenzl ou ce que m’en dira le prince Galitzin; et au cas que nous n’apprenions ni de l’une ni de l’autre façon les vues et les intentions de l’Impératrice sur cet objet, il faudra entrer en pourparlers directes avec la cour de Petersbourg sur cette importante matière, pour

s avoir jusqu'où Elle se propose d'aller et comment Elle compte s'y prendre; attendu que ce n'est qu’après que Ton saura l'une et l’autre, que l'on sera à même de juger de la part, qu’il pourra convenir à Votre Majesté de prendre à ses démarches et de la façon, dont il pourra être de Sa convenance de séconder ses vues; et c’est tout ce que je crois, quant à présent, pouvoir me permettre d'exposer à V. M. avec la plus profonde soumission.

Vienne le 5 avril 1782-

( Signé:) KAUNLTZ-RIETBERG.

(Signé par la main de l'Empereur) Placet.

KAUNITZ AN JOSEPH

Le 16 juillet 1782,

Allergnädigster! La lettre du comte de Mercy me paroit ne laisser aucun doute que, s’il se peut, chose assés douteuse encore, les puissances belligérantes feront la paix directement et sans médiation, à moins que le changement aussi subit qu’ inopiné arrivé dans le ministère anglois le 4 ou le 5 du courant, comme le verra V. M. dans la lettre du comte Belgiojoso, n’entraine quelque changement dans la négociation pacifique.

V. M. I. apprendra aussi l’arrivée des grands princes aux Pays-Bas par la lettre t. h. cy-jointe du prince Starhemberg.

J’ai l'honneur de me mettre aux pieds avec la plus profonde soumission.

Beer, Joseph II. und Kaunitz.

KAUNITZ AN JOSEPH

Le 1 aoust 1782.

Y. M. I. aura observé dans la dépêche du comte Cobenzl, que tout ce que je lui ai mandé par son ordre en lettre d'office et particulièrement par ma lettre familière, dont il a donné copie à cet automate du comte Osterman, a fait au fond tout l'effet que cela devoit faire. L’amour propre n'a pas permis de convenir qu'on avoit mal vu en tout et partout et qu’en partant de là on avoit proposé des choses ridicules, mais on en est convenu de fait en se prêtant foncièrement à tout ce que j'avois proposé par ordre de Y. M. par ma susdite lettre familière que Cobenzl ainsi que je le lui avois suggéré a communiqué sous le titre de reflexions.

Ut aliquid dixisse videantur, on propose à V. M. des insinuations en France et en Espagne, qui se sont trouvé faites et répétées à plusieurs réprises longtems avant qu'on y eut seulement pensé en Eussie. Aussi Mr. de Vergennes a-t-il eu soin de charger en conséquence le baron de Bréteuil par une très longue dépêche, qu'il m'a lue en entier, d'une apologie des pins détaillées de la conduite de la France relativement à la négociation particulière entamée par l'Angleterre à Versailles pour justifier la nécessité, dans laquelle on s’y est trouvé de ne pas s'y refuser, en réitérant néanmoins à chaque conférence, qu'il auroit été et qu'il seroit encore toujours très agréable au Roi T. C., que l'on prefeiât la voye de la médiation. La réponse de l'Angleterre, qui ne peut pas tarder à nous parvenir et à laquelle té-

moignent souscrire d'avance les cours de Bourbon, si elle est favorable à la médiation, en décidera au moins pour le présent, et dez qu'elle sera arrivée, il conviendra de faire comme on en a usé jusqu'à présent la communication respective des trois réponses à la dernière insinuation verbale des deux cours impériales au sujet de l'ouverture définitive du congrès, et ce n'est qu’après qu’on aura vu celle de l'Angleterre, qui ne peut pas se deviner que l'on sera en état de pouvoir juger de l’espèce d’insinuation, dont il pourra convenir d'accompagner cette nouvelle communication.

J'ai l'honneur de renvoyer à V. M. I. la lettre autographe de l’Impératrice, qui est selon moi le plusparfait des galimathias possibles. Sur laquelle il ne reste rien à faire, ce qui est proposé étant fait dépuis longtems.

Je soumets néanmoins le tout au bon plaisir de V. M. avec le plus profond respect.

JOSEPH AN KAUNITZ

Vienne le 15 Septembre 1782.

Mon cher Prince, J’ai reçu votre Billet; après mure reflexion je crois que comme l’on s'est adressé à vous c’est aussi vous qui déviés seul repondre au Duc et cela à peu prés dans ce sens: que si pour le tems que Leurs Altesses Imperiales voudront encore s’arrêter ici, Mde. la Princesse Mere voudra en augmenter l'agréable compagnie, que vous etiés sur qu’elle sera la bien venue, que même le duc ayant

annoncé dans sa Lettre que Sa Belle-Soeur en ignoroit

parfaitement la question qu’il vous en faisoit, que je n’avois point voulu Lui en écrire moi-même, pour ne pas la mettre dans rembarras si elle n’avoit point envie de faire ce voyage, et si peut-etre elle savoit que LL. AA. IL ne voulussent rester ici que peu de jours, elle ne voulut point faire cette course pour si peu de tems, puisque vous l'avertisiés en confidence que je comptois tout de suite après le départ de L. A. I. I. de faire le voyage de Florence et que sûrement je remettrois mon départ même au liazard à une plus mauvaise saison, si S. A. R. se trouvoit après le départ de LL. AA. 1. I. à Vienne; qu’en outre en fait de congé les plus courts en etoient toujours les meilleurs, et que la sensibilité connue de Mde. Princesse Elisabeth exigeoit que par ménagement l'on tache de lui épargner de si justes et violens chocs le plus que possible, n’en faisant pas naître à differentes reprises la cause. Voilà mon cher Prince, bien du Linge sâle que je vous envoyé on vous priant de le blanchir et d'arranger la chose comme vous pourrés; car je prévois que si elle vient ici, ce sera le diable à pretensions, et que nous nous en tirerons alors plus mal, que si nous tachons de l'éviter dès à present, ne me sentant ni envie ni voyant de possibilité de leur accorder ensemble les demandes qu’ils pourront faire, et de cette façon nous risquons de nous séparer plus mal que si nous parvenons à eluder cette visite de bonne maniéré.

(Signé:) Adieu mon chere Prince a revoire.

JOSEPH

KAUNITZ AN JOSEPH

le 15 Septembre 1782.

J'ai F honneur d’envoyer à V. M. 1. la lettre autografe de M. le Duc de Wurtemberg que je viens de recevoire par Estafette, et j’attendrai les ordres qu’Elle trouvera bon de me donner, pour y répondre, également par Estafette. Avec la plus profonde soumission.

KAUNITZ-RÏETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

Cette question est aussi indiscrette qu’embarassante pour y repondre, il est infiniment désirable que l’on finisse une fois et la venue de la Princesse Mere seroit une source abondante de congés de lamentations mais qui pis est d'intrigues, et de désirs pecuniers, et autres de toute espece si il est possible de l’eviter sans choquer de front il faut le faire ou au moins lui déclarer, que pour accélérer les congés a la petite princesse sa mere devroit sans le dire partir d’ici le meme jour que la Grand Duchesse, car sans cella il n’y aura pas de fin ni de cesse, je vous prie de me dire votre avis et nous nous arrangerons ensemble sur la façon, adieu j’ai voulu vous voire mais vous eties sorti, c’est pourquoi je vous écrit mon cliere Prince touts ces details.

JOSEPH

JOSEPH AN KAUNITZ

ce 23 Septembris 1782.

Mon chere Prince hier soire en dictant un mot de réponse au Comte de Mercy, il me vint cette idée dont je vous joins la copie, voyés un peu je vous prie si mes idées sonts justes et si de Tune ou de l'autre façon il y auroit moyen de parvenir a faire cesser de bonne façon cette gene pins honteuse que nuisible sur l’Escaut, vous m’avés si souvent rectifier sur mes idées que je vous prie de le faire encore cette fois. Adieu.

JOSEPH

COPIE D’UNE LETTRE DE L’EMPEREUR AU Cte. DE MERCY*). du 23 Sept. 1782-

Mon cher Comte Mercy, j’ai reçu votre lettre et j’y ai vu avec plaisir les soins, que vous continuez toujours à me donner, et qui ne se rallentissent jamais pour le Bien de l'Etat.

L' acquisition d’ une possession dans quelqu’ Isle de l'Amérique n'est point à rejetter, et quelque difficile, qu’en paroisse la réussite, il ne faut point la perdre de vue; il y auroit encore un autre objet egalement interessant et parfaitement conforme aux grands principes de liberté et de commerce, on reconnoissant l'indépendance d'une nation étrangère, et faisant cesser toute condition odieuse et honteuse. Les Espagnols pour Gibraltar, les François pour Dun-

*) Bildet eine Beilage zu dem vorhergehenden Briefe.

kerke, et les Russes en général prêchent ce langage, pourquoi serois-je le seul à ne pouvoir faire usage de mon Escault? à considérer la chose sous le vrai point de vue et d'après les circonstance présentes cela ne feroit certainement point un bien moindre dérangement au Commerce d'Hollande, que cela est un germe continuel d'aigreur entre nos Flammands et les Républicains, car tant, que Rotterdam et Amsterdam n'avoient pas pris une assiette aussi solide de commerce, Anvers sans doute a dû être détruit par cette gêne, et comme nous avons tourné du depuis nos vues sur Ostende, T Escault même ouvert ne feroit pas plus de tort aux Hollandois, qu'Ostende ne leur fait actuellement, et nos spéculations ne se dirigeroient plus gueres de ce coté-là. Ce seroit peu de chose pour la Republique et ses alliés, et il paroit être infiniment intéressant pour elle, quand dans les circonstances, où elle se trouve avec l’Angleterre, elle obvie pour le présent et pour l’avenir à toute aigreur et humeur de ma part, et que rassurée pleinement sur le Continent, elle puisse tourner toutes ses vues et efforts à remonter et augmenter sa Marine, par là elle deviendra d'autant plus utile à la France.

Voilà bien des raisonnemens que je vous jette ici au hazard, mais vous saurez les débrouiller, et sonder le terrain, pour voir, s’il y auroit moyen d’en tirer parti, et si je pourrois être redevable au crédit et à l’amitié de la Reine, et enfin à la France de ce joli cadeau; qui ne me rendroit pas ni plus riche ni plus puissant, ni plus formidable, mais qui me feroit contribuer avec un double empressement à conserver à la France toute sa prépondérance en Hollande, en m’otant en meme tems toute idée de recher-

, cher et d’étendre mes droits et convenances sur les possessions de la Republique à l’occasion des différends des limites, qui subsistent entre nous.

C’est par la voye de la France que le plus sûrement on pourroit arriver à ce projet; enfin voyez un peu, mon cher Comte, comment vous débrouillerez tout cela; vous saurez, sans me compromettre voir un peu comme pour vous même, si la chose pourroit avoir lieu.

JOSEPH

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne le 24 Septembre 1782.

Ce que Votre Majesté Impériale m’a fait l'honneur de m'envoyer hier m'a paru asses important, pour mériter qu' avant de prendre la liberté de Lui en dire ma pensée, je me donasse le tems d’en raisonner vis-à-vis de moi-même, et en conséquence je crois pouvoir me permettre actuellement de soumettre à ses hautes lumières les reflexions suivantes.

Votre Majésté desireroit, à ce qu’il me semble, sonder les intentions du Ministère françois, et apprendre non seulement si la France seroit disposée à ne plus s’opposer à l’exécution de ses vues, mais ains au contraire, même portée à en seconder les succès, et Elle fournit à cette fin au Comte de Mercy les argumens, qui Lui ont paru les plus propres à pouvoir engager la Cour de Versailles à seconder son désir, ou au moins à ne pas s’y opposer, ni directement ni indirectement.

Il s’agit donc, ce me semble, d’examiner d'abord de sang froid, s’il est vraisemblable que ces argumens puissent produire l’effet auquel ils sont destinés, ou bien, si cela est vraisemblable.

Dans le premier cas, ce sera fort bien fait sans doute d’avoir fait la tentative de les mettre en oeuvre; mais dans le dernier cas, elle seroit tout au moins exposée à l’inconvénient majeur de rechauffer l'alerte sur les vues dangereuses, que l’on a protées à Votre Majesté depuis son avenement au Trône de ses Ancêtres, et à engager par là plusieurs Puissances de l'Europe à des mesures de précautions entre elles; lesquelles, témoin l’experience, d’encore en encore ébranlent et dérangent même quelque fois le système général de l'Europe.

Or il est fort à craindre que dans le prémier raisonnement on n'y voye d’abord que, dans ce que fait actuellement l'Espagne au sujet de Gibraltar, et la France pour se débarrasser d’un Commissaire Anglois à Dunquerque, et nullement encore pour en rétablir le port, il n'y a rien du tout à conclure sur le droit de rouvrir l’Escaut; par la raison que le Droit de la Guerre délie ces deux Puissances des engagemens contractés ci devant par des traités au sujet des deux places maritimes en question, tandisque les obligations, qu'impose à la maison d’Autriche le Traité de Münster, subsistent dans toute leur étendue, Votre Majesté n’étant point en Guerre avec les Etats généraux des Provinces Unies; et que c’est dans cet engagement que se trouve tout naturellement la réponse au pourquoi Elle est dans le cas de devoir supporter une gêne, dont en échange, attendu la différence de la circonstance, la France et

r Espagne sont parfaitement en droit de se délivrer, si elles le peuvent, pendant la guerre actuelle, ou au moyen par la paix qui doit s’en suivre.

Il est fort à craindre de même que le second argument ne persuadera pas davantage. La France se trouve avoir un intérêt si manifeste à ménager la Republique d’Hollande pour le présent et l’avenir, soit qu’elle doive devenir son alliée par la paix prochaine, ou reprendre son ancien système avec l'Angleterre, qu’il paroit impossible, qu’elle puisse se permettre même la plus légère des Démarches capables de la blesser ou de F allarmer seulement, et surtout la partie de la Republique qui Lui est la plus particulièrement attachée, et à la tête de laquelle se trouve la Ville d’Amsterdam; et je le crois si fort, que je suis persuadé, que, quand même la France pourroit se déterminer à être, de bonne foi, tout à fait passive à l’égard de l’objet dont il s’agit, à la prémière démarche, même la plus amicale, que nous ferions vis à vis des Etats généraux, et la réclamation qui s’en suivroit sans doute aussitôt de leur part en France, la Cour de Versailles certainement ne pourroit pas se dispenser de nous faire les représentations les plus fortes, à moins qu’elle ne voulut s’exposer à perdre la Republique dez à présent, et peut être pour toujours: Ce qui est de la plus parfaite invraisemblance.

Les circonstances actuelles de la Republique d’Hollande vis-à-vis de l’Angleterre, et par la suite des tems vis-à-vis de Nous, quelque soit le système qu’elle prenne ou reprenne par la paix, n’ont d’ailleurs, ce me semble, rien d’assez embarrassant pour que la République, et surtout les Villes d’Amsterdam et de Rotterdam dussent se déterminer à con-

sentir, moyennant le rétablissement d'Anvers, de gré à gré, à tout ce qui pourroit arriver de plus fatal à leur commerce dans le Continent de l’Europe; attendu que, si la France veut se les conserver pendant le reste de la Guerre, en faire ses alliés par la paix, ou au moins se conserver la possibilité de pouvoir tirer d’eux dans les guerres à venir le parti qu’elle en tire dans celle ci vis-à-vis de l'Angleterre, ils sont trop clairvoyants pour ne pas sentir qu'il est tout au moins invraisemblable, que la France puisse jamais vouloir coopérer en façon quelconque au rétablissement d’Anvers, qui seul, et bien plus encore conjointement avec Ostende, un peu plus tôt ou un peu plus tard deviendroit indubitablement la ruine d'Amsterdam.

De ce petit nombre de raisons, auxquelles je crois devoir m’abstenir d’en ajouter d'autres, pour ne pas devenir encore pins long que je ne l’ai déjà été à mon grand regret, il me paroit donc résulter, que la tentative pourra être tout au moins infructueuse; mais je crois cependant qu’en abandonnant à la sagesse du Cte. de Mercy, comme a la bonté de faire Votre Majesté, l’usage, qu'il jugera pouvoir faire sans la compromettre, de ce qu’Elle lui fait l'honneur de lui communiquer, il n’y a point d’inconvénient considérable à appréhender de la confiance, qu’Elle veut bien lui témoigner, et à ce que la Lettre trés-humblement ci-rejointe lui soit envoyée.

Votre Majesté n'ignore pas que je sais garder le silence, lorsqu' Elle ne m'autorise pas à parler, et moyennant cela je n’ai jamais appréhendé et ne crains pas plus dans cette occasion que je puisse lui déplaire par l'exposé de la façon, dont je vois, de bonne foi, dans toutes les

circonstances, ainsi que dans celle-ci en particulier, et c’est dans cette respectueuse confiance, que j’ai l’honneur d’être avec la plus profonde soumission

(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

je vous suis très obligé mon prince de vos reflections très justes et bien combinés, mais le proverbe existe et il est de fait chi non risica non rosica, souvent les choses les plus invraisemblables réussissent Adieu.

JOSEPH AN KAUNITZ

2 Octobre 1782.

Mon chere prince, je reçois dans ce moment le Courier de Lehrbach, leurs Altesses Imperiales arriveront jeudi a Mölck, je pars demain pour les aller trouver a Ens adieu.

JOSEPH

apres leur arrivée le Courier pour Peterbourg devra partir.

JOSEPH AN KAUNITZ

10 Octobre 1782.

Voici enfin mon chere Prince cette longue lettre, vous serés étonné de son contenu, des iddées, et pas un moyen raisonné, encore moins calculé de réussite, au premier abord il me paroit qu’il n'y aura qu’une réponse dilatoire avec quelques doutes a y faire sans s’oposer au désir si peux mâché et bien vu, du moment je viendrai vous en parler adieu

JOSEPH

KAUNITZ AN JOSEPH

Ce n’est qu’à regret, que je me laisse aller à envoyer à V. M. I. mon travail très humblement cy joint, dont j'ai jugé devoir différer l'envoi depuis son retour, pour ne pas exposer Y. M. à empirer son incommodité, mais malgré cette bien juste considération je n'ose cependant pas différer davantage, et il ne me reste moyennant cela qu’à la supplier, de vouloir bien alléger, autant qu’Elle poura la peine que je suis dans la nécéssité de devoir lui donner, l'affaire, de toutes, la plus importante, étant indubitablement, le ménagement de sa precieuse Santé, le 28 Oct. 1782.

KAUN1TZ-RIETBERG.

L'impossibilité absolue où je suis, de lire et d'ecrire par moi-même, et de dicter plus que quelques mots, me met dans le cas de vous annoncer, mon Prince, qu’avant 15 jours il ne sera pas possible que j'y mette la main; je crois donc qu'il seroit à propos d’en prévenir le Comte de Cobenzl par une Estaffette pour que T Impératrice sache la raison valable de ce retard, et pourqu’il Lui fasse mes excuses de ne pouvoir pas encore repondre à la longue Lettre que S. M. a bien voulu m’ecrire. Un petit mot sur la façon inconcevable dont LL. AA. I. I. ont quitté mes Etats, après m’avoir chargé moi- meme, de Leur faire la

Ursprünglich mit Bleistift von Kaunitzens Hand.

Route par Teschen ayant fini dans le dernier moment néanmoins par prendre celle de Ratibor, reconnue par tous les Courier pour la plus mauvaise. Cela marque la foiblesse étonnante et la peur de tous deux et la finasserie de M. de Soltikof e a voulu faire T honneur au Roi de Prusse de leur fair voir quelques villages de la Silesie prussienne, n'ayant pû les faire passer par Berlin. Adieu, mon chere Prince, je vous suis bien obligé de vos bons soins.

(Signé:) JOSEPH.

JOSEPH AN KAUNITZ

Boi dem beständigen Nachsinnen, was zum Besten des Staats gereichen könnte, und wie vielleicht einige Umstände hierzu glücklich zu benützen wären, fällt mir unter Anderm ein, dass vielleicht von der Pforte bei der jetzigen Lage, wenn sich kein Krieg ereignete, die Voniickung unserer Grenzen von einem Theil der Bannal- und Carlstädter Grenze an die Unna und den Unnatzfluss, so in die Unna fällt bis an das hohe Gebirg des Venetianischen Dalmatiens, wo letzterer entspringt, und so weiters an den Gebirgsrücken bis an das triplex Confinium könnte durch eine Négociation erhalten werden.

Folgende wären die Ursachen, die man den Türken vorlegen könnte:

1. Alle Räubereien und Unordnungen auf den Grenzen kommen immer aus dieser als einer trockenen zwischen Wäldern und Gebürgen lauffenden unbestimmten Grenze bestehenden Gegend her, die Türken würden daher auf einmahl von aller Besorgniss, dass unserer Seits ihre Excessen die sie nicht einmal bey ihren Leuten hintanzuhalten im Stande

sind, und die hierorts auf die lezte auf bedenklichere und ernsthaftere Maasnehmungen leiten könnten, befreyet werden.

2. Ist das derjenige Winkel, wo sie am mehrsten Rebellanten haben, die sich wider die Pascha setzen, die ihre Befehle kaum annehmen und schlecht beobachten.

3. Bezahlen diese Leute aus der nemliclien Ursache der Pforte schier nichts.

4. Wollte Ich der Pforten dafür blos zu Versicherung der Ruhe auf beständige Zeiten und zu Herstellung einer unverbrüchlichen guten Nachbarschaft diesen Terrain, wenn sie wollte, auch um Geld abkaufen, dafür bis eine Million oder etwas mehrer geben. Auch wollte Ich mich verbinden, die Moscheen, wenn sich einige daselbst befänden, selbe unbetastet stehen zu lassen, um diejenige Musseimänner, so in diesem Districte als ruhige und gute Unteithanen verbleiben wollten, darinn ihr Gebet und ihre Religionsübung frey verrichten zu lassen, und sie nicht darin zu stöhren.

5. Sollten die Türken in ein oder anderm Schlüssel, so sich in dieser benannten Gegend befindet, etwas an Artillerie oder Munition haben, so stände es ihnen frey, solche entweder über die Unna und den Unnatz zu schaffen, oder sich solche gegen Geld ablösen zu lassen.

6. Hass wenn Ich durch Meine Veranlassung und Zuspruch allein von einem so gefährlichen Krieg, welcher der Pforte ihren ganzen Umsturz drohet, sie rettete, Ich auch diese kleine Gefälligkeit so für Mich kein Zuwachs, weder für die Pforte ein Verlust, sondern nur eine freundschaftliche nachbarliche Einverständniss und ein Vertausch dieses Stück Landes gegen Geld zu Vermeidung aller Uneinigkeiten wäre, verhoffen könnte.

Wie nun dieses einzuleiten wäre, und ob nicht etwa auch der Russische und vielleicht auch sogar der Französische Hof zu einer willfährigen Concurrirung dahin gebracht werden könnten, überlasse Ich Ihrer weiteren Veranstaltung, welche Ich in so vielen wichtigen Gelegenheiten mit so grossem Nutzen erprobet habe.

Dieses Hesse sich desto mehr verkleiden, als es ein wirklicher Ankauf wäre. Auch könnte man dem Herbert gestatten, zwischen den Türckischen Ministern und jenen, die am meisten dazu concurriren könnten, einige Tausend Dukaten in Geheim zu vertheilen. Nebst diesem ist es sicher, dass der Sultan mehr Einkommen durch eine Million erhalten würde, als er wirklich dermalen aus diesem Distrikte beziehet. Für mich aber wäre es von einem unendlichen Werth sowohl für die Versicherung der Grenzen, leichtere Besetzung derselben, Hintanhaltung der Räubereien, Vermehrung der Grenz-Mannschaft, als auch für den Stichhandel, welcher dadurch vom Venetianischen Dalmatien etwas abgezogen und nach Carlobago und Zengg leichter eingeleitet werden könnte.

Wien, den 2. Jänner 1783.

fGez.) JOSEPH.

KAUNITZ AN JOSEPH

Le Pce. de Gallitzin vient de m'envoyer la Lettre trèshumblement ci-jointe pour Votre Majesté.

Et pour ce qui est de la pièce secrete, que V. M. a bien voulu m’envoyer séparément, il me semble qu’en même tems que quant au fond, ce n’est que du verbiage qui ne

Heer, Josepti II. und Kaunitz. 9

contient rien d’essentiel, la prétendue confidence est si visiblement controuvée et de la composition de ce misérable menteur à gage, qu'il n'est personne qui puisse ne pas s’en apercevoir au premier aspect, et que par conséquent elle ne feroit effet sur personne: le Roi de Prusse excepté, qui le croira peut-être, pareequ’il est toujours disposé a croire les choses même les plus invraisemblables, lorsqu’elles sont telles qu'il voudroit qu’elles fussent. 11 en sera cependant ce que m’ordonnera Votre Majesté.

Vienne, le 15 Janvier 1783.

KAUN1TZ-R1ETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

En France je crois que la communication peut etre de trop mais comme Bulgakow a lui meme desire qu’on prenne garde a la correspondance prussienne, et que cette piece contient des details pour rassemblée des trouppes Turcques je crois qu'il ne sera pas inutile, de la comuniquer en Russie; il faut que la lettre de la Grand Duchesse soit venu par Courier car elle est daté du 1. Janvier; adieu mon chere prince.

JOSEPH AN KAUNITZ*)

Petervardeiu le 19 May 178.3.

Je vous envois mes résolutions et la réponse a h Impératrice de Russie. Elle est faite de façon que je ne re-

*) Aus der Correspondes Josefs mit Leopold; Handschrift des Letzteren .

connois point la prise de possession de la Krimée et du Kuban comme une suite du traité de paix de Kainardgi, et par conséquent je ne me reconnois pas obligé à prendre part à la guerre qui en pourroit résulter, par là je retiendrai l’ Impératrice en bonne humeur, ayant contribué a lui faire obtenir differents avantage, et on peut faire valoir près de la France cette modération de ma part après les offres de l’Imperatrice, je gagne du temps pour préparer mieux mes dispositions et porter le coup lorsque les circonstances seront plus favorables, car où les Turcs feront la guerre, et il se présentera des occasions plus favorables que la presente pour en profiter, où les Turcs ne feront pas la guerre et lTmperatrice ne donnera pas de repos et fera valoir les droits du Kan de Krimée sur Oczakof, l’assiegéra encore cette année, et obligera les Turcs a faire la guerre et y porter leur armée, et alors on pourra les attaquer avec avantage.

Le projet d’entrer avec un corps de troupes a présent tout de suite dans la Vallachie et Moldavie n'est pas a approuver.

J. on se tireroit par ce pas toute l'année turque seuls sur les bras tandis que les Russes resteroient inattaquables spectateurs dans la Krimée;

2. je commencerois la guerre moi sans motif ni raison, ni même de prétexte et m'attirerois par là l’odiosité de toute l'Europe;

3. on n’est pas encore sur si la prise de possession faite de mon côté de la Vallachie et Moldavie conviendroit aux Russes pour leur grand projet ultérieur;

4. on ne peut avancer en Moldavie ou Vallachie sans assiéger et prendre les forteresses turques de Chotzim, Ibraila, Galatz qu’il faudroit sans cela laisser derrière soi;

5. la subsistance de l’Armée seroit impossible n’ayant ni le Danube libre, ni la Pologne en notre faveur, ni la communication avec notre Transilvanie;

6. tout le pays depuis Schinpanek jusqu'à la Dalmatie et le coeur de la Monarchie restent exposé a toute invasion quelconque, et pour les defendre il faudroit dé garnier tout a fait la Bohême et Moravie de trouppes et la laisser en proie au Roi de Prusse;

7. la possession de la Moldavie et Vallachie sont de toutes les provinces de l'Empire ottoman celles qui conviennent le moins a la Monarchie a cause de leur situation et voisinages de la Russie;

8. probablement les Turcs laisseroient en repos les Russes, enverroient une armée en Vallachie en Esclavonie qu'ils ravageroient.

Il faudra donc faire goûter toutes ces raisons a Petersburg et y faire sentir qu’en commençant une guerre on allumeroit une guerre générale qui pourroit avoir les plus fâcheuses suites surtout de la part de la France et du Roi de Prusse, au lieu que tant que l'on ne fait rien, on tient en échec et suspects les Turcs, la France et le Roi de Prusse.

L'internonce a Constantinople tachera d’animer les Turcs a maintenir la paix avec les Russes, sans faire connoitre sur ce point nos intentions, en cas de rupture il tachera d'obtenir toute sûreté en faveur des Ministres, agents et sujets Russes pour leurs personnes et papiers.

En France on chargera le Comte de Mercy de demander a cette Cour une réponse catliégorique sur le projet en question, pour être assuré de ce que la France d’acord avec le Roi de Prusse a intention de faire contre la Russie, où quelle condescendance elle aura, où quel’avantage Elle souhaite pour soi, dans le cas de la destruction de L’Empire ottoman.

JOSEPH AN KAUNITZ

Czernowitz le 19 Juui 1783.

Mon cher Prince de Kaunitz! Je vous envois ici la lettre de Y Impératrice que je viens de recevoir de Vienne, je n’en conçois ni le sens ni l’objet, et comme elle ne dérangé en façon quelconque mes arrangemens pris ni nos Expéditions, je crois qu’il n'est pas necessaire de se donner la torture de deviner la fin de tout cela.

On m’a fait ici differentes Insinuations de la part de Plusieurs Boyars de la Moldavie et particulièrement de Canti-Cuzene, en me témoignant combien ils desireroient d’être sous ma protection et combien ils sont effrayés des effets d’un nouvelle guerre turque; mais je n’ai pas fait le moindre semblant de me rendre a leurs désirs; je leurs fit plutôt sentir que je les supposois tout a fait Russes.

Adieu, mon cher Prince, je compte de vous revoir vers le 12 Juillet.

(Signé:) JOSEPH.

P. S. Vous aurés, mon cher Prince parmi les Interceptes des Depeches du Roi a Golz du 8, 12 et 13 de Mai, contenant tous les details du partie que la Russie vient de prendre contre la Porte, elles me paroissent assés interessantes pour etre communiquées au Comte de Cobenzl; comme il n’a pas de Courrier, il seroit a propos de lui en expedier un incessament, et de lui faire parvenir a cette Occasion ces pièces importantes.

Schmölnitz ce 5 Juillet 1783.

Je viens de recevoir votre Lettre du 30 Juin avec la Copie des Rapports du C. de Mercy et celle du P. S. de Herbert. Tous ces objets, ainsi que ce que vient de se passer en Crimée et ce qui en suivra peut-être encore, sont sans doute de la plus grand importance. La Russie possédé déjà ce qu’elle veut, la France paroit ne rien tant redouter que la guerre et mon aggrandissement, et la Porte voudroit sans doute éviter la guerre à tout prix que ce soit, pourvû que le Sultan et ses ministres puissent donner un vernis à leur conduite pour tranquilliser le Peuple et les Ulémas et maintenir leurs personnes en place.

La Réponse que la France m’a faite est captieuse foi— ble, et dévoile plus de mauvaise humeur que de mauvaises intentions; mais sans m’arreter à éplucher tout ce qui s’est dit entre Mercy et Vergennes ni la démarche que fait la

*) Aus der Correspondeuz Josefs mit Leopold.

France vis à vis de la Russie, je Vous dirai franchement mon cher Prince, l’idée qui me vient, comment la chose pourroit peut-être se tourner encore à l’avantage de ma Monarchie. — C'est 1° en sommant l' Impératrice dé Russie, supposé qu’elle puisse obtenir sans guerre la possession de la Crimée, du Couban et de l’Tsle de Taman, de tenir sa parole et d’appuyer avec fermeté auprès de la Porte les demandes que j’aurois également à Lui faire, tout comme j'ai fait de mon coté, en appuyant et lui faisant obtenir les siennes, en y joignant les préparatifs les plus menaçants.

Il me paroit que la Russie ne pourra s’y refuser puisqu’elle m'a tant de fois réitéré, et qu'il est aussi de sa convenance d’affoiblir la Porte, et de reserrer encore davantage nos liens, et nos Interets réciproques. — 2° il me semble que la France dans sa position actuelle, où sa paix avec l’Angleterre n’est pas encore conclue définitivement, où ses finances sont si fort dérangés, son armée de terre si fort dechue et sa Cavallerie presque pas remontée ne pourra desirer de rompre les liens, qu’elle a contracté avec moi, en me mettant par là du coté de l'Angleterre conjointement avec la Russie, sans autre ressource que le Roi de Prusse, et du quel encore elle ne seroit gueres sûre, puisqu’il seroit fort embarassé de lever en même tems le bouclier contre moi, et la Russie, et d’en payer peut-être seul l’écot, tout cela dis-je, joint aux intérêts personeis du C. de Vergennes et des Ministres en place, soit vis à vis de la Reine, ou du Roi même, me fait juger que ce ne seroit que la derniere des Extrémités, qui pourroit engager la France de prendre un tel parti, mais comme il seroit tou-

jours très fâcheux, il faut aussi ne rien négliger pour l'eviter le plus qu'on pourra. Je crois donc, qu’en procurant à la France une raison plausible et un moyen de se couvrir vis à vis du public françois, comme si le Ministère eût abandonné la Porte, et qu'en otant au C. de Vergennes la crainte, qu’il paroit avoir, que nous occupassions la Valachie, et la Moldavie, tout cela seroit contenu dans le projet que voici: La Fiance venant d’offrir sa médiation à la Russie, il ne me paroit pas, que si je la lui demandois de même pour arranger mes différends avec la Porte, elle puisse s’y réfuser, — or je mettrois pour base des mes demandes l'accomplissement strict des Articles de la paix de Belgrade, en déclarant comme nulles les conventions, qui s'en sont suivies du depuis, et qui ont été obtenues ou par négligence de nos négociateurs ou des malheurs des tems, dont la Porte a profité; Je pense qu’en examinant bien le texte original de la Paix de Belgrade, que pour le moment je n'ai point à la main, l'on pourroit y trouver qu’il n’est pas bien clair, que la Valachie nommée Autrichienne dût être rendue à la Porte, il est sûr, que nous devions garder les deux rives de la Save, depuis Sabacs jusqu’à l’Unna de la façon, comme l’a déterminé auparavant la paix de Passarovitz, et que c’est Mr. de Neipperg seul, qui nous a fait perdre cette partie. Le District de l’ Unna a été perdu par la faute du Cte. Uhelfeld pour le miserable mésentendu de la dénomination entre FEsclavonie et la Croatie, et ces limites ont étés disputés encore des années après. Les Turcs ont rébati les fortifications de Belgrade, et d’Orsova contre la teneur expresse de la paix' de Belgrade. Or si nous pouvions seulement, par la médiation de la France,

obtenir la Valachie Autrichienne, les deux rives de la Save jusqu'à l'Unna, la partie de l’Unna entre l'Esclavonie et la Croatie, et enfin la démolition des fortifications rebâties à Belgrade et Orsowa, alors je crois, que je pourrois m’en contenter pour le present, et tout le monde ne trouveroit cette augmentation ni si saillante, comme effectivement elle ne l’est point, ni si criante, puisqu'il y seroit du moins employé un titre, qui auroit l’air de quelque raison.

Quant à la Porte je sens bien, que cette concession ne pourra lui être arrachée que par la crainte qu’il ne lui arrive pire, et je pourrois même, après avoir prévenu la Russie et la France, commencer par me mettre en possession d'une partie des districts ci-dessus notés. Il paroit, que par cette démarche les Ministres de la Porte pourroient se justifier vis à vis le peuple et les Ulémas, d’avoir consenti à cette cession, plutôt que de risquer une guerre bien plus destructive avec moi et la Russie.

Je ne vous donne ceci mon Prince! que comme une idée très passagère, qui m’est venu dans ce moment, je vous prie de la bien peser, et de m’en dire vôtre avis à mon retour. — Votre longue expérience, et la pénétration, dont vous envisagez toutes les choses, me font ésperer, qu’ éclairé par vos conseils, je serai à même de tirer le parti le plus avantageux des présentes circonstances.

Adieu mon cher Prince! Je compte d’avoir peut être le plaisir de vous voir aujourd'huy en huit.

Vienne, le 7 Juillet 1783.

Je viens de recevoir le Billet daté de Schmölnitz dont a bien voulu m’honorer Votre Majesté, et eu même tems par le Prince Galitzin la lettre autographe de 1" Impératrice de Russie très-humblement ci-jointe. Les lettres du Cte. Cobenzl ayant été coniiées à un Courier Russe ne peuvent point être envoyées à Votre Majesté, parcequ’il n’est pas possible qu'elles soient déchiffrées avant le départ du Courier que l'on dépêche aujourd’huy. J'aurai l’honneur de soumettre mes très humbles idées aux lumières supérieures de Votre Majesté, sur l'objet important de son gracieux billet lorsque nous aurons le bonheur de la revoir, avec la plus profonde soumission.

(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

Je vous envoys ici mon chere Prince la lettre de T Impératrice il me paroit que ma lettre a assés réussie mais la derniere Phrase paroit bien porter sur Moldavie et Walachie, adieu a re voire Samedi.

JOSEPH

KAUNITZ AN JOSEPH

Le Prince de Gallitzin vient de me remettre la lettre autographe de l'Impératrice très-humblement ci jointe, qui

lui est parvenue par un Courier de sa Cour et qui lui aura apporté sans doute des ordres relatifs à son contenu. J'ignore cependant jusqu'à présent quels ils peuvent être: ce Ministre jusqu'ici s’étant borné à m’annoncer qu'il m’en informeroit, dez qu'il auroit eu le tems de lire, relire et comprendre ses Dépêches. En attendant il m’a appris que son Courier avoit rencontré un de nos Gardes nobles sur la route. Il devroit arriver moyennant cela aujourd'huy; j'aurai l’honneur de rendre compte à Votre Majesté après son arrivée de ce qu’il pourra nous apporter, et en conséquence j’ai jugé à propos de retarder le départ de celui, que j’étois sur le point de dépécher. Je pense que nous ne serons peutêtre pas longtems sans en avoir un du Comte de Mercy, et jusqu’à ce moment il n’y a rien de nouveau de Constantinople. Avec la plus profonde soumission.

Du jardin à Mariahilff le IG Septembre 1783.

(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

Je vous joins ici mon Prince la lettre original de 1 Impératrice, rien d’important mais elle est convenable, comme c’est une réponse à la mienne je n'y fais pas d'abord de réponse, mais si vous croyés qu'il en faudroit une, je vous prie de me le marquer et de me renvoyer cette lettre, adieu portes vous bien mon chere Prince.

JOSEPH AN KAUNITZ

Mon chere Prince, venant d’ expedier les ordres au Chancelier d’hongrie pour la promotion future de l’ordre

de S. Etienne, j’ai voulu me doner la satisfaction, car c’en est une bien reelle pour moi, que de pouvoir imaginer quelque chose qui vous fasse plaisir que j’ai doné la grande croix a mon ambassadeur en Espagne, qui comme fils et comme ministre la mérité de preference, en meme tems sachant l’interest que vous prenés au Comte Philip Cobentzel votre Chancelier je vous charge de lui faire scavoir, qu’il est egalement nomé grand Croix, adieu mon chere Prince ne doutes ni de la justice que je vous rends ni de l’amitié toute distingue que je vous ai voué.

Ce 26 Octobre 1783.

KAUNITZ AN JOSEPH

ce 26 Octobre 1783.

Mon fils doit me savoir bien bon gré de n’avoir pas demandé pour lui la Grâce, que V. M. vient de lui faire de son propre mouvement, elle en devient bien plus précieuse et pour lui et pour moi. Il en sera pénétré de reconnoissance: Je le suis bien vivement de mon côté, et je supplie Y. M. de daigner en agréer mes très-humbles remerciments, ainsi que de celle qu’Elle a bien voulu y ajouter, en -gratifiant en même tems de la Grande Croix le Comte Philippe de Cobenzl, que je regarde réellement comme mon fils de même que son cousin Louis. V. M. a voulu mettre le comble à ma satisfaction par l’assurance des sentimens dont Elle m'honore à la fin de son gracieux billet. J’en suis

pénétré, je tacherai d'en mériter la continuation, et je La supplie de vouloir bien en agréer la très humble protestation.

KAUNITZ-RIETBERG

KAUNITZ AN JOSEPH *)

Le Pcc. Galicin vient de m'envoyer, a titre de communication, censée avoir été faite, de sa part verbalement, les écrits cy joints, l'importance desquels n'échapera pas à V. M. I. et sur lesquels je pourai avoir l’honneur de lui dire mon très humble avis, si Elle l'ordonne, après qu'il Lui aura plu de me les renvoyer et que j’aurai eu le loisir, de réfléchir un peu, surtout, sur la partie de leur contenu, qui regarde le plus directement V. M. Impie.

le 31 Octobre 1783.

J'ai lu avec attention ces pièces et je vous les renvoys mon chere Prince, demain je viendrai en causer avec vous quant a ce qui regarde la porte avec quelques modifications et surtout en n’oubliant pas des avantages pour notre commerce, je crois le projest faisable, mais quant a ce qui regarde l’Angleterre c’est l’idée la plus impudente et qui n'a que l’avantage du moment de la Russie en vue sans la moindre considération pour le mien, ainsi la dessus il n’y aura rien a faire, adieu

JOSEPH

Mit Bleifeder von Kaunitzens Hand.

KAUNITZ AN JOSEPH

Depuis le Départ de Votre Majesté, j’ai jugé devoir me déterminer enfin à une démarche, dont je guette l'occasion depuis long tems. Les têtes dévenues un peu plus calmes par le laps du tems, le moment présent m’a paru favorable, et j’ai adressé en conséquence par la poste ordinaire la lettre très -humblement ci -jointe au Comte de Mercy. 11 m’a paru que ce n’étoit qu’aut sic, aut nunquam, qu’il étoit possible de faire rentrer en eux-mêmes des gens, qui peut-être de bonne foi se sont laissés égarer jusqu'ici, en partant de raisonnemens faux sans doute, actuellement, mais que l’on est excusable jusqu'à un certain point d’avoir de la peine à regarder comme tels absolument, après qu’ils ont été vrais effectivement pendant près de trois Siècles.

Il me semble en avoir démontré l' insubsistance actuelle dans ma Lettre; Mais pour ne pas compromettre Votre Majesté il a fallu pouvoir dire avec Vérité qu’Elle ignoroit ma démarche, a fin qu'il ne put en résulter aucun inconvénient imaginable. Je puis continuer à être vrai en L'en informant actuellement; et moyennant cela je m’empresse à Lui envoyer Copie de cette Lettre, très-persuadé, comme je l’étois déjà en l'écrivant, que la Sagesse de Votre Majesté évaluera toutes les choses que j'y dis, exactement, et ni plus ni moins qu’elles ne vaillent.

Vis-à-vis d'Elle par conséquent tout Commentaire ultérieure seroit superflu, et il ne me reste moyennant cela qu’à désirer Son Approbation, et à La supplier en meme

tems de vouloir bien agréer l’assurance respectueuse de mon inviolable attachement.

Vienne, le 19 Décembre 1783.

KAUN1TZ-R1ETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

Je trouve parfait en tout point cette lettre et vous suis infiniment obligé de l’avoire écrite, elle ne peut que faire l’effet que la vérité doit faire quand elle est dite avec autant d’energie.

JOSEPH

KAUNITZ AN JOSEPH •)

ce 20 décembre 1783.

Pas un pauvre petit mot de Y. M. depuis treize jours, comme je ne suis pas curieux, je ne lui demande aucunes nouvelles que celle qui seule m’intéresse c’est à dire, de sa santé, qu’Elle me fasse donc la grâce de ne pas me laisser si longtems dans l’inquietude et qu’Elle me dise le plus souvent qu’Elle le poura: Je me porte bien, je suis icy jusques a tel jour environ, et je serais dans tel autre dans tel tems, Elle doit cette marque de bonté a l’homme du monde qui lui est le plus tendrement attaché et je puis me permettre moyennant cela de l’en supplier.

*) Eigenhändig mit Bleifeder.

APOSTILLE DES KAISERS.

Mille grâces mon cher prince de votre interest, comme je m’eloignois les Couriers ne pouvoient m’ateindre, vous aurez eu depuis de mes nouvelles, me voici depuis avant hier ici a Caserta, je me porte a merveille, nous avons un temps d’été tout est vert, je compte rester jusqu’au 12 Janvier fete du Roi ici puis passant a Rome voire le Pape et aller a Pise, adieu portes vous bien et soyes bien persuadés de mon amitié.

JOSEPH

JOSEPH AN KAUNITZ

Rome, ce 27 décembre 1783.

Mon cher prince Kaunitz. Me voici a Rome où je suis arrivé comme une bombe, inconnu ou plutôt pris pour le Roi de Suède. Je crois avoir fait revenir bièn des esprits à mon sujet, et le pape est peut etre le seul embarassé dans cette affaire; il doit avoir une de ses lettres en chemin qui m'a croisé par laquelle il m'offre en réponse à celle que je lui ai renvoyée un induite pour les évêchés et bénéfices de la Lombardie, conforme à celui que je lui ai cité une fois d’avoir été obtenu au duc Sforza; mais vous sentés bien que ce n'est point là mon affaire. Au reste pour en sortir une bonne fois il n'y auroit que le tempérament d'un induite uniquement accepté par amitié et complaisance, entièrement général et à perpétuité tout comme celui que la France a eu du Pape Ganganelli pour la Corse, encore

en bien ménageant les termes, qui pourroit être accepté par moi; mais je vous en écrirai encore.

Quant aux nouveaux évêchés à créer, le Pape est prêt à souscrire aux subdivisions, qui doivent être faites dans 1‘ intérieur de mes provinces allemandes; mais à l'égard des diocèses dont une partie se trouve sous la jurisdiction des princes de l’Empire, de l’evêque de Cracovie et des évêques italiens, il desire deux choses; l'une de savoir le nombre des cures, qu’il perdroient, et l’autre de pouvoir leur donner l'assurance qu’en renonçant à une portion de leur jurisdiction spirituelle il ne perdront point leurs revenues. Je donne en conséquence mes ordres au comte Kollowrat.

Je crois sans me vanter, d’avoir derechef assés bien réussi ici, et que bien des préjugés, qu’on avoit sur mon compte, se sont dissipés.

Je parts le 29 pour Naples où je resterai 10 à 12 jours et puis je ne ferai que répasser ici et irai gagner Pise. Adieu,- mon cher prince, portés vous bien et soyés persuadé de mes sentimens d’amitié et d’estime avec lesquels je suis toujours.

(Signé:) Mon chere prince. Votre très affectioné

JOSEPH

Beer, Joseph II. und Kaunitz.

to

KAUNITZ AN JOSEPH

(Dicté par S. A.)

Vienne, le 10 Janvier 1784.

Par la Lettre du 27 Dec. dern., dont a bien voulu m'honorer V. M. j'ai lu enfin avec bien de joie des nouvelles de sa bonne santé. J'y ai vu en même teins que V.

M. étoit satisfaite des effets , que ce dernier séjour à

Borne y avoit faits; je L’en félicité de tout mon coeur, et il ne me reste qu'à desirer qu’Elle puisse avoir eu sujet de l'être autant du dénouement de ses conférences avec le Pape, qui tendoit, à ce que je vois, à Lui faire avouer par le fait, que ce n'étoit pas en vertu des Droits inhérents à la Puissance souveraine, qu'Elle nommoit à tous les bénéfices majeurs et mineurs de ses Etats d'Italie. Ce qui seroit en Contradiction manifeste avec ce qu‘a dit et fait V. M. jusqu'ici à cet égard. Cela seroit très fâcheux assurément, et je souhaite bien fort, moyennant cela pour la Gloire et pour l’intérêt de V. M., que le Pape puisse avoir échoué dans cette occasion.

Il reste à présent à V. M. tout ce qui a trait aux soins domestiques, qui ont déterminé Son voyage. Je souhaite bien vivement qu'Elle puisse à cet égard trouver les choses et la disposition des esprits tel qu’Elle peut les desirer.

Je La prie d'avoir bien soin de Sa Santé et je Lui 1 aise les mains avec la plus profonde soumission.

JOSEPH AN KAUNITZ

Persano, ce 16 Janvier 1784.

Mon cher prince de Kaunitz. J'ai reçu votre lettre du B janvier dont je vous suis fort obligé. Je vous joins ici en original deux lettres, l'une de l'Impératrice de Russie et l'autre de la Reine de France. Vous verrés par la première qu'elle ne sauroit être plus obligeante, et par la seconde que j’ai déjà fait connoître à la Reine ce que vous m’avez dit: de Lui marquer un jour au sujet du baron de Breteuil. Apres les avoir lues je prie de les renvoyer à ma chancelerie.

Je parts décidemment d ici demain pour être le 23 ou * 24 au plustard à Pise, comptant ne m’arrêter qu'un jour à Rome.

Les affaires turques paroissent encore très embrouillées, mais je suis parfaitement de votre avis que la Porte finiia par céder. Il faut que vous instruisiés bien decidemment Herbert à exiger absolument l’égalité parfaite avec la Russie relativement au commerce et à la libre navigation sur le Danube et par les Dardanelles.

11 me paroit qu’après une faillite aussi considérable Summerer ne peut plus rester au service; mais comme il est instruit de plusieurs choses sécrétés vous ordonnerés à Herbert de tacher de le faire revenir à Vienne par terre, ou ce qui seroit plus sûr, par voye de mer; et ce n’est qu’à son retour qu’on lui signifiera sa démission. Vous tacherés en même tems de trouver quelqu'un pour le remplacer à Constantinople. Adieu, mon cher prince, ma santé est parfaitement bonne; il est si peu question d’hiver dans ce climat que les narcisses et les aricots fleurissent en pleine campagne, et l’on peut se proméner même le soleil couché, sans capote; les couzins et les mouches y existent comme en été chès nous.

(Signé:) JOSEPH.

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne, le 24 Janvier 1784.

(Dicté par S. A.)

J’ai h honneur de renvoyer à V. M. 1. la lettre originale du Pape qu’Elle a bien voulu me communiquer, et dans laquelle non seulement il conteste manifestement le droit des Souverains à la Nomination des bénéfices en général, mais il se l’arroge même au moyen de l’expression Crearemo, dont il se sert dans sa Lettre.

J’ai fait passer au Roi de Pologne la lettre de V. M. par son Courier, qu’à cet effet avoit retenu ici l’Abbé Pokubiatto. Je n’ai pu qu’applaudir à son contenu, et il ne reste actuellement qu’à en attendre l’effet ainsi que de la Note à laquelle V. M. se rapporte.

J'ai été charmé d'apprendre que V. M. ait été satisfaite de son séjour à Naples et surtout de la personne de la Reine, dont j’ai toujours porté le Jugement qu’en porte V. M.

Je souhaite de tout mon coeur qu’Elle puisse avoir sujet d'être aussi contente du séjour qu'Elle va faire à Pise, où je la crois arrivée le 19 ou 20.

Dans ce moment auquel Nous étions sur le point de dépêcher le Garde Retsey, arrive par une Estafette l’importante nouvelle de Constantinople que j’ai l'honneur d’envoyer à V. M. par mon très humble rapport d’office.

J'en félicité très humblement V. M., et je profiterai d'un Courier, que vraisemblablement depecliera le Pce. Galitzin avec ce que lui mande sans doute Bulgakow dans un grand paquet à son adresse qui étoit joint à l’expédition de Herbert pour charger le Cte. Cobenzl, de témoigner à rimpce. de Russie le plaisir infini avec le quel j’etois certain que V. M. apprendroit une nouvelle qui devoit être si agréable à l’Impce. et que j’allois en informer sur le champ V. M.

J’enverrai aussi un Courier au Cte. de Mercy, parceque je suppose que V. M. ne sera pas fâchée de pouvoir témoigner au Roi Très Cliret". l’attention de lui apprendre par Courier une nouvelle qui l'interesse si fort.

Je La supplie de me conserver ses bontés et je Lui baise les mains avec la plus profonde soumission.

JOSEPH AN KAUNITZ

Pise, ce 29 janvier 1784.

J’ai reçu, mon cher prince, votre lettre datée du 16 de ce mois. Vous aurés été longtems, en recevant celle ci, avoir de mes nouvelles. Par le plus singulier hazard un Courier que j’ai expédié avec toutes les dépêchés en partant de Rome le 21 de grand matin, n’est point encore arrivé ici aujourd’hui 29, quoiqu'il soit parti avant moi ; j’ai pris à la vérité une autre route, savoir par Terni, Foligno, Peruggia, Arezzo à Florence pour venir ici; il est egalement vrai, que j’ai eu des neiges incroyables et sûrement de deux pieds de haut; mais dès que j’ai vu qu’il en tomboit en si grande quantité, je pris le parti d’aller toute la nuit, quoiqu’en petit pas, de crainte, que si une gelée ou un dégel survenoit, je ne pourrois plus avancer du tout, et par la j’obtins mon but, et je fus le 23 à Florence, tandisque le Courier, mes secrétaires et une partie de mes gens, qui ont pris le chemin le plus court par Viterbe, Radicoffani et Sienne, ne sont point encore ici; je n’en ai même aucune nouvelle et ne puis concevoir ou ils sont arretés.

Je suis charmé que les affaires avec la Turquie prennent cette tournure, et je ne doute plus que tout réussira, pourvu que Herbert tienne ferme et engage le Russe à l’épauler de même dans tous les avantages de commerce que j’ai désiré.

Le climat de Pise est assés doux; il y a pourtant gelé pendant trois jours au point de ne pas degeler de toute la journée. La vie est on ne peut pas plus monotone, et il

n’est non plus question de carneval, bals et amusemens ici, que si l’on etoit au carême.

Vous sçavés, mon cher prince, le but essentiel de mon voyage, que je tache de remplir dans ce moment ci. Je ne puis vous en rien dire encore, ne voulant me permettre aucune prévention, mais constater par nombre de faits et observations mon jugement, d’autant plus difficile à porter, que tous ceux qu’il interesse, et le jeune homme lui même ne sont aucunement encore dans leur état naturel. Je compte rester ici à peu près jusqu’à la moitié du mois de février, et puis de me rendre par le chemin le plus court à Milan, d’ou je reviendrai par Trieste. Adieu, mon cher prince, portés vous bien.

(Signé:) JOSEPH.

P. S. Comme mes secrétaires arrivent dans ce moment, après avoir été 9 jours dans les neiges entre Roncilione et Radicoffani, je vous joins ici en original l’arrangement avec le Pape.

KAUNITZ AN JOSEPH, le 31. Janvier 1784.

J'ai appris avec la plus grande consolation la continuation du bon état de santé dont jouissoit V. M., par le dernier billet dont Elle m’a honoré en date de Persano. Mes voeux l’ont accompagné du depuis sur sa route jusqu’à Pise où j’espere qu’elle sera heureusement arrivée le 23 ou le 24 ainsi qu’Elle se le proposoit, et d’où je me flatte que nous aurons bientôt de ses nouvelles.

Y. M. verra en attendant par mon rapport d'office et par les dernieres Lettres de Herbert, que je n’ai pas perdu de vue un moment tout ce qui peut regarder ses interets et ses désirs vis à vis de la Porte Ottomanne. Je n’en renouvellerai pas moins pour cela par la première poste pour Constantinople, les ordres necessaires à Son Internonce et il seroit toujours à tems de lui faire parvenir ce que Y. M. pourra juger à propos d'y faire changer ou ajouter.

Ici il n’est rien arrivé d’extraordinaire que je sache dans l'intérieur.

La Neige et la Gelée se soutiennent encore plus ou moins depuis environ deux Mois.

Ceux qui aiment le froid divertissement du traîneau y vont beaucoup. L'Ambassadeur de France donne un bal par semaine, et celui d'Espagne en donne un tous les 15 jours, et tout le monde se porte bien.

L'Ambassadeur de France qui n’ecrit et auquel on n'ecrit, à ce qu'il me semble, pas grand chose, est assurément le moins facendone et le moins importun des possibles.

J'ai renvoyé au Cabinet de Y. M. les deux Lettres autographes, qu'elle a bien voulu me communiquer. Je me flatte que Catherine Sece. pense tout ce qu’elle Lui dit, et pour ce qu'est des intentions de la Reine de France, elles ne sont pas douteuses assurément, reste à voir si elle pourra jamais trouver l’occasion d'être réellement utile, et je pense qu’on peut l’esperer plustot ou plus tard. J’attends incessamment le Courier mensuel du Cte. de Mercy mais avec bien plus d'impatience des nouvelles de Y. M. à laquelle

je baise les mains tendrement et avec le plus profond respect.

JOSEPH AN KAUNITZ

Pise, le 3 février 1784.

Mon cher prince de Kaunitz. Je viens de recevoir par le courier votre important rapport ainsi que votre lettre du 24 janvier, et j’y vois avec plaisir l’arrangement, qui s’est fait avec les Turcs.

Vous avés parfaitement bien fait d’envoyer tout de suite des couriers à Petersbourg et à Paris. Je suis curieux, si les Russes sentiront efficacement l'obligation qu'ils m’ont. J’ai crû convenable d'ecrire moi même a l'Impératrice et même au Grand-Duc pour Leur en faire mon compliment; je vous envoyé en conséquence ce paquet au comte de Cobenzl qui contient mes lettres à l’Impératrice et au Grand- Duc et que je vous prie de faire passer incessamment par un courier à Petersbourg.

Comme les choses sont actuellement rentrées dans leur état naturel, j'expédie les ordres au conseil de guerre pour que les troupes rentrent dans leurs quartiers, et je vous prie, mon cher prince, de vous entendre tout de suite avec le departement des finances pour faire cesser tout de suite l'emprunt qui se fait aux Païs-Bas; je donne les même ordres au comte de Kollowrat à l’égard de ceux qui se font à Francfort et à Gênes.

Je me reserve à vous entretenir de bouche et en détail des observations interessantes que j’ai faites ici pour con-

sultev votre amitié et perspicacité sur les partis à prendre; je laisse pour cela toutes les portes ouvertes; en attendant je puis vous dire, mon cher prince, qu'il n’y a pas à la vérité tout ce qu’on pourroit désirer, mais que pourtant il ne me paroit pas impossible de réussir, mais il faut changer de principes et de maniéré.

Je compte partir d'ici le 13 de ce mois, et si le tems me favorise, je passerai peut-être tout droit de Lerici à Gênes et de là à Pavie et à Milan.

Le tems s’est remis ici au beau, et malgré un petit vent froid nous n’avons ni gêlée ni de neige, et l’on peut se promener sans capote, surtout au soleil.

Adieu, mon cher Prince, portés vous bien et soyés persuadé que je suis toujours avec les même sentimens.

(Signé:) Votre très affectioné JOSEPH.

Vienne, le 7 février 1784.

(Dicté par S. A.)

J'ai reçu hier en même tems les deux lettres du 20 et du 29 Janvr. dernr. que V. M. m'a fait la grâce de m’ écrire la première de Rome, et la seconde de Pise. Je la remercie très humblement de la peine qu'Elle a bien voulu prendre de me détailler tous les raisons, moyennant les quelles Elle s’est déterminée à se prêter à la convention qu'Elle a signée avec le Pape. Dans l’embarras inséparable

des négociations directes entre Souverain et Souverain il ne falloit pas moins que la sagacité de V. M. pour s’en tirer comme Elle l’a fait. V. M. a récupéré l’exercice d'un Droit que ses ancêtres avoient abandonné depuis des siècles, und der Pabst ist , wie man zu sagen pfleget , mit dem blauen Auge davon gekommen. Elle n’a point cédé sur le principal, et ce^qu’Elle a accordé aux Circonstances personnelles du Pape, il étoit raisonnable et de sa bonté de l'accorder sur quelques accessoires. Je félicité par conséquent de tout mon Coeur V. M. de ce nouveau succès, et je ferai au reste, quant à moi, et les personnes qui dépendent de moi, tant ici qu'à Milan, de la convention l’usage nécessaire, mais modeste, que je vois qu Elle desire qu'il en soit fait.

Dieu soit loué d'ailleurs que l’extreme rigueur de la saison, ainsi que les incommodités et les fatigues, qui doivent avoir accompagné le penible voyage de Rome à Florence, n’ayent point influé sur la précieuse santé de V. M. Les Détails qu’Elle a la bonté de me mander de sa traversée de Rome à Florence, et tout ce que m’ont conté les couriers de la leur sont terribles: aussi m’ont ils bien inquété jusqu’au moment auquel m’est parvenue la gracieuse Lettre de V. M. datée de Pise, et je ne puis lui exprimer par conséquent le plaisir qu’Elle m’a fait pour autant qu’Elle regarde sa personne. Mais il n'en a pas été à beaucoup près de même, je l'avoue à V. M., de ce qu’Elle a été dans le cas de me confier le sixième jour après son arrivée à Pise, des gens de là bas. On est empressé de se montrer tel qu'on est, lorsque l’on n'a rien à cacher, et je ne sourois dissimuler par conséquent à Y. M. que je n’augure pas trop bien des decou-

vertes qu'Elle aura pu faire successivement. Je puis me tromper cependant, et Dieu sait si je le souhaite pour la satisfaction de V. M.

Je La supplie de vouloir bien me conserver sa bienveillance et d’accueillir avec bonté l’assurance reitérée de mon inaltérable et respectueux attachement.

(Signé :) KAUNITZ-RIETBERGr.

JOSEPH AN KAUNITZ

Pise, ce 10 février 1784.

Mon cher prince de Kaunitz. Je vous suis obligé de votre lettre du 23 janvier et de tous les détails que vous avés bien voulu me mander. Ma santé continue d’être fort bonne ici. Je viens de passer quelques jours à Livourne. Le tems n'est pas aussi froid ici que vous me marqués l'être à Vienne, quoiqu’il fasse quelque fois de la glace de matin; mais les chambres sont si peu garanties contre les rigueurs de la saison, les fenêtres et les portes ferment si mal et la plupart des cheminées fument si fort, qu’on a plus froid dans la chambre que dehors et qu’on a meme de la peine d’y rester quelque tems à lire ou à écrire.

Ce ne sont certainement pas les spectacles quelconques qui doivent engager à venir en Italie; composition de musique orchestre chanteurs et danseurs, tout est audessous du médiocre. Le fameux Marchesi n’a point d’organe; mais il est vrai qu'il exécute presque tout ce qu’un violon peut faire; et par là il surprend mais ne plait point. En fait d'opéra bouffa, excepté la Coltellini qui est plus actrice que

chanteuse, et un certain Morelli, il n'y a pas un sujet qui mérite d'être entendu; aussi n’ai-je jamais pu résister au delà du premier acte. Adieu, mon cher Prince, portés-vous bien. Je compte toujours partir le 13; j'en vois mes voitures avec une partie de ma suite par le nouveau chemin à Modéne et de là à Pavie, et moi je vais par terre à Lerici où je m’embarquerai pour Gènes; je ne compte y rester que 24 heures et me rendre ensuite également à Pavie et Milan.

(Signé:) JOSEPH.

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne, le 14 février 1784. „

Conformement aux ordres de V. M. sa dépêche adressée au Cte. de Cobenzl lui a été envoyée incessament par Courier. Y. M. est sans doute très fort en droit de se flatter que l’Imperatrice et son fils sentiront que c’est à Elle, qu'ils doivent la tranquille possession de leur dernier envahissement, et il faut esperer que bien loin de se faire illusion en cette occasion, on s’en ressouviendra dans celles, que pourra amener l’avenir en faveur de la Maison d'Autriche. J'ai été peu édifié en attendant de ce que mande l'Internonce de la Contenance et des propos assés froids de Mr. de Bulgakow au sujet de nos interets de Commerce vis à vis de la Porte, et je n'ai pas manqué de le témoigner au Cte. de Cobenzl. Je suppose d’ailleurs que V. M. aura lieu d'être satisfaite de la réponse que Lui fera l'Impératrice; mais je ne sais quelle pourra être celle du grand Duc, dans le doute où je suis du prix qu'il attache aux nouvelles acquisitions que vient de faire l’Empire Russe.

La Dépêche du Cte. de Mercy est assès intéressante; mais la lettre particulière, qu'il a jugé devoir m’écrire à cette occasion, parce qu’il ignore encore, qu’après lui avoir dépêché la mienne par la poste ordinaire, j'ai eu l'honneur de la mettre sous les yeux de V. M., l’est encore davantage; et je crois devoir moyennant cela la Lui envoyer très humblement ci-jointe. Je suis bien aise cependant de ce que contient sur cet objet sa lettre d'office, parceque en partant de là je pourrai peut être d'une façon ostensible Lui fournir quelques leçons itératives pour Mr. de Vergennes.

Je suis bien aise que V. M. croye pouvoir se flatter, que ce qu'Elle a pu appercevoir jusqu’au 3. de ce mois n'est pas absolument sans remede. Je desirerois seulement pouvoir me persuader qu'il est aussi facile de déraciner des mauvais principes, que d'en donner des bons. Mais je ne me permets aucune opinion, comme de raison jusqu'à ce que V. M. me fera l'honneur de causer avec moi sur cet objet, et alors Elle peut compter dez à présent sur tout ce qu'Elle est en droit d’attendre de la paît d’un homme raisonnable et qui Lui est attaché sans aucune vue seconde.

V. M. m’a fait trembler avec la nouvelle qu'Elle me donne de l'idée de son voyage par Lerici à Genes, que je trouve accompagné de tant de risques, que je desire bien fort que le teins y ait mit obstacle. Je souhaite de tout mon coeur qu'il puisse avoir contrarié V. M. dans cette occasion et en attendant de ses nouvelles à cet égard avec la plus grande impatience, je Lui baise les mains avec la plus profonde soumission.

(Signé:) KAUNITZ-R1ETBERG.

JOSEPH AN KAUNITZ

Milan le 20 février 1784.

Mon cher Prince de Kaunitz. J'ai reçu avec une vraie satisfaction votre Lettre du 7. de ce mois, ayant vu que v ous avés goûté mes arrangemens faits avec le Pape au sujet des Bénéfices de la Lombardie.

Je suis arrivé ici très heureusement, et je crois avoir pris de tous les parties le meilleur pour me transporter le plus vite de Pise par Genes à Pavie. La neige immense qui etoit tombée dans les Apenins, en rendroit le passage impossible à tous les Couriers, aussi mes voitures ont-elles eu à lutter 4 jours et 4 nuits avec un grand nombre des paisans pour se frayer un chemin. Ma navigation n'a pas voulu réussir, je m'etois embarqué à Lerici sur une Felouque, mais au sortir du Golf je vis bien que je lutterois en vain contre la mer qui étoit fort agitée, ce qui m'a déterminé d'attendre quelques heures à Porte Venere, d’où je pris enfin le parti de remonter à la Spezzia et d'y prendre la Poste aux mules, c’est avec cette monture que j'ai fait 10 Postes le long de la Riviere di Levante en moins de 18 heures jusqu'à Genes, malgré les neiges, les glaces et les sentiers étroits qui empechoient les Couriers d'y passer. Je ne me suis arreté à Genes qu'une journée franche et je suis parti de là pour Pavie où mon frere se rendit le même soir avec le Comte de Wilczek. J'y ai passé avec lui un jour et demi. J'ai eu lieu d'être fort content de tout ce qui s'est fait depuis que j'en y avois été et surtout à l’egard de l'université qui vous doit mon cher Prince, sa nouvelle existence.

Le Roi de Sardeigne vient de m'envoyer un de ses Gentilshommes de la Chambre avec la lettre que vous trouverés ci -jointe, comme elle ne renfermoit qu'un compliment, j'y ai répondu de même ainsi que vous le verres par la Copie et après avoir remis ma lettre avec une bague à Mr. de Balbis je l'ai renvoyé. Je vous prie de faire remettre celle du Roi à ma Chancelerie après que vous aurès lue.

Adieu, mon cher Prince, je compte rester ici à peu près 10 à 12 jours et puis revenir par Trieste à Vienne. Le tems paroit se remettre au beau. Portés vous bien et soyés persuadé que je suis toujours avec autant d’estime que d'amitié.

(Signé:) Votre très affectioné JOSEPH.

P. S. Dans ce moment un autre Courier revient de me remettre votre lettre du 14, je m’empresse d'y repondre. Je vous suis fort obligé de tout ce que vous me marqués et qui caractérisé si bien votre amitié dont j'ai ressenti les effets dans plusieurs occasions.

Votre lettre ostensible que vous avés envoyée par la Poste au Comte de Mercy, a fait un effet merveilleux, et je ne doute pas qu'en continuant de même, Mr. de Vergennes rentrera tout à fait en lui même. Je ne puis vous cacher, mon cher Prince, qu'il me paroit essentiel de placer quelqu’un de plus convenable et plus capable d'etre utile à la Reine de Naples que Lamberg est. Il est si pauvre d' esprit, si incapable et d'une si singulière tournure qu’il fait se faire plaisanter et n’a aucune Considération quelconque et

encore moins d'application et d'attention. Comme ceci ne presse point, je vous prie en attendant d'y penser. Un homme qui sauroit se faire estimer et considérer même du Roi, seroit infinement plus utile qu’en voulant seulement gagner sa bienveillance et etre de toutes ses parties de plaisir. Adieu mon cher Prince.

JOSEPH AN KAUNITZ

Milan ce 29 février 1784.

Mon cher Prince! C'est avec une vraie satisfaction, que j'ai vu par la lettre que vous m'avés écrite, que vous approuvés mes arrangemens pris avec mon frère au Sujet de mon neveu. Après le pas que j'ai fait, vous sentéz bien, que je ne négligerai rien, pour faire réussir, de toute façon, ce jeune homme, et si je n'y parviens pas, il faut ou que le terrain ne le comporte point, ou que je prenne absolument de travers.

Le beau tems est revenu ici, quoiqu'il gele encore toutes les nuits. Le Carneval finit aujourdhui. Je n’en ai pris qu'une petite pincée n’ayant été qu'une seule fois au Bal, et celà pour une heure seulement, ce bals ne commencent qu'après minuit, et la matinée étant un tems précieux, que je passe à mes occupations, où à voir des objets.

Après demain je vais à Cremone et à Lodi pour trois jours de la je reviens ici, et puis, allant voir le nouveau naviglio à Vaprio je repartirai d'ici en prenant ma route par Bergamo, Brescia, Padua, Görz à Triest, sans aller

Beer, Josef II. und Kaunitz. 11

à Venise, et de la je retournerai par Graz à Vienne ou je compte d’arriver vers le 20. du moins de Mars; soyes persuadé mon Prince, que ce sera avec plaisir que je vous réitérerai de bouche les assurances d’amitié et d’estime avec laquelle je suis.

(Signé:) JOSEPH.

JOSEPH AN KAUNITZ

Milau ce 8 mars 1784.

Mon cher prince de Kaunitz. Voilà le dernier Courier que vous recevés de moi de Milan; il ne partira qu'un instant après moi et je compte me rendre en 3 jours à Gorice par Bergamo et Brescia, sans m’arrêter à Verone ni à Venise.

Je vous renvoyé en même teins les dépêchés d'office des comtes de Mercy et de Cobenzl, que j’ai communiquées par une occasion sûre à mon frere le Grand-Duc. Les paroles de l’Imperatrice ne sauroient être plus obligeantes, reste à voir si les effets y répondront dans l'occasion.

Je me flatte toujours, que Herbert arrangera pleinement nos objets de commerce de la manière dont ils lui ont été prescrits; car il seroit aussi fâcheux que singulier qu’on y trouvât la moindre difficulté.

Adieu, mon cher prince, portés-vous bien, je me flatte d’avoir bientôt de plaisir de vous voir.

(Signé:) JOSEPH.

JOSEPH AN KAUNITZ

Gorice, ce 13 mars 1784.

Mon cher Prince de Kaunitz. J’ai reçu votre lettre du 6. de ce mois et je vous remercie de tout ce que vous m'y dites d’obligeant; vous pouvés être bien assuré que votre amitié et votre estime me sont d’un grand prix.

Je pense comme vous sur les expressions dont l’Impératrice s’est servie à votre égard, mais il faut prendre une femme et surtout une femme gâtée par tout ce qui lui a réussi, pour ce qu’Elle est. Je vous joins ici la lettre qu’ Elle m’a écrite et qui certainement est très bien; j’y ajoute une autre que le Grand-Duc et la Grande-Duchesse ont enfin daigné m’ecrire ensemble, vous y trouverés de la part de cette dernière le stile le plus emprunté. Comme j’ai écrit il y a quelque tems au Grand-Duc, j’attendrai encore pour leur repondre. Je vous prie lecture faite de renvoyer ces deux lettres à ma chancellerie.

La nomination du prince Galitzin comme ambassadeur extraordinaire est encore un de ces traits de l’ostentation qui caractérisé l’Imperatrice. Je sents bien qu’il faudra y reposter de même; vous ferés par conséquent arranger les nouvelles lettres de créance pour le comte de Cobenzl, qui lui seront envoyées par un de nos couriers avec ma réponse à T Impératrice aussitôt que je serai de retour et que nous aurons causé ensemble.

Vous avés parfaitement bien répondu au comte de

Mercy, et j’espére qu’il en fera un excellent usage.

Il*

Quant à l’affaire de Toscane, il etoit tout naturel qu’ étant une fois arrangée, ni moi ni mon frere n’en faisions plus de mistere; j’ai même crû convenable d’en prévenir la princesse et de faire quelques dispositions avec le comte de Rosenberg qui y sont relatives.

J’ai trouvé dans les provinces de la Lombardie un grand changement en mieux depuis 15 ans que j'en n’y avois pas été; on en est certainement redevable à votre direction. J’y ai laissé les points, dont je vous ai déjà envoyé copie, et qui sont les principes établis pour les provinces allemandes. J’ai chargé le gouvernement de voir de quelle manière on pourra les adapter aux circonstances locales. L’objet le plus important me paroit certainement celui d’ameliorer et d’accélerer l’administration de la justice, qui paroit avoir beaucoup gagné en Allemagne par les principes qu’on y a introduits.

Je ne puis, mon cher prince, m’empecher de revenir sur le poste de Naples, qui comme je vous ai déjà marqué exige absolument de changement et auquel le comte de Lamberg n’est propre d'aucune façon. Les affaires qui pourroient se rencontrer un jour dans ce païs là et surtout l'intéressante personne de la Reine, qui quoique remplie d’ esprit et de bonne volonté a neanmoins besoin de quelqu'un qui puisse Lui donner de bons conseils et qui ne se familiarise pas par trop dans la compagnie privée du Roi, tout cela rend ce changement indispensable.

Après avoir longtems réfléchi sur le choix à faire, je me suis enfin déterminé pour la personne du général comte de Richecourt, qui me paroit réunir toutes les qualités pour bien remplir ce poste. Il sait la langue italienne et

vient de passer plusieurs mois à Naples pour sa santé où il a été très estimé; il est fort connu et même ami de Mr. d’Acton, ainsi je crois généralement qu’il y sera très bien. Le liazard me l’a fait rencontrer ici à Gorice où il a passé l’hiver. Je lui ai parlé de cette idée et il s’est prêté à accepter cette mission. Je vous charge donc, mon cher prince, de vouloir bien dresser une lettre au comte de Lamberg, par laquelle vous lui signifierés d'une bonne façon, que le Roi et la Reine ayant désiré d’avoir à leur service un de mes officiers généraux et surtout de la cavalerie, j’avois jugé plus convénable de leur envoyer un général en même tems revêtu du caractère de ministre, et qui par conséquent put remplir en même tems les deux buts sans causer de la jalousie ni de l’embarras vis-à-vis les généraux nationaux; que c’étoit la seule raison et non un mécontentement qui m’engageoit à le rappeller et à lui substituer le lieutenant-général comte de Richecourt, dont il fera part à Taroucca ainsi qu’à Leurs Majestés de la manière usitée.

Le général Richecourt compte venir lui même à Vienne au mois d’avril pour arranger ses affaires, recevoir ses instructions et se rendre ensuite à sa destination.

Adieu, mon cher prince, portés- vous bien. Je parts demain pour Trieste et faisant de là une petite visite d’inspection à Laybach et à Gratz, je poursuivrai ma route à Vienne, où je comte dans 10 à 12 jours avoir le plaisir de vous revoir.

(Signé:) JOSEPH.

JOSEPH AN KAUNITZ

Mon cher prince de Kaunitz. J’ai reçu par le Courier votre lettre du 13, et j’etois très charmé d’y voir le succès de notre négociation de commerce. Quoique la condition des cinq pour cent ne soit point entièrement levée on pourra neanmoins en cas de besoin se servir de l’interprétation que vous suggérés; ce qui sera d’autant plus facile que dans ces circonstances les Turcs ne paroissent guères portés à des difficultés.

Le propos de Mr. de St. Priest est assés singulier, mais je crois qu’il ne peut être question d’en faire usage pour le présent. Le vieux Orsova n’est qu'un village tout ouvert, environné de nos postes et dans lequel on peut entrer quand on veut pour en chasser le peu de Turcs qui y sont.

L’occupation de l’Unna exigeroit plus de dispositions, vu qu’il y a des petits forts turcs et des montagnes avec de très mauvais chemins à passer.

Tout cela s’éclaircira encore davantage quand on saura comment la négociation pour le reglement de nos frontières aura réussi; je vous avoue que je ne m’augure pas un grand succès, d’autant plus que l’empressement et la bonne volonté que les Turcs ont mis à l’arrangement de nos avantages de commerce prouvent assés clairement qu’ils veulent être quittes de celui de nos limites.

Je compte partir d’ici après demain et verrai en passant mon barras de Karst et puis me rendrai à Laybac h et de là à Graetz. Je ne m’arrêterai dans ces deux dernières villes que le tems qu’il me faudra pour prendre con-

noissance de quelques circonstances locales relatives au grand objet de mon administration interne.

Adieu, mon cher prince, je me fais un vrai plaisir de vous revoir bientôt en bonne santé.

(Signé:) JOSEPH.

Trieste ce 17 mars 1784.

JOSEPH AN KAUNITZ

Graetz ce 25 Mars 1784.

Mon cher Prince de Kaunitz. J’ai reçu ici avec bien du plaisir vos deux Lettres du 20 et 21 de ce mois, et je vous en suis infiniment obligé. Il me faudra 3 ou 4 jours de séjour à Gratz pour me mettre au fait des détails de ce Gouvernement et c’est avec une vraie satisfaction que je compte alors avoir le plaisir de vous revoir.

Voyant par l’Extrait des Dépêchés de Herbert que l’affaire de Rosarovich a transpiré, ne croiriés vous pas, que comme cet homme n’est pas sans talens, on pourroit l’employer avec avantage corne Consul près d’un Canton Barbaresque, où par les connoissances qu’il a acquises du Commerce turc il pourroit rendre quelque Service.

Nous avons encore ici deux pieds de neige, et il gele toutes les nuits.

Adieu, mon cher Prince, portés vous bien.

JOSEPH

KAUNITZ AN JOSEPH

(Dicté par S. A.)

Vienne le 4 Avril 1784.

D'après les recherches les plus soigneuses qui se sont faites depuis deux jours dans les Archives de mon Bureau des affaires étrangères, il se trouve que je me suis trompé en supposant l'existence d'un ouvrage ex professo sur l’échange des Pays bas, contre les Etats de la Bavière, séduit par l'idée qu’il de voit exister, parceque je me rappelioit fort bien différentes particularités sur ce sujet, lorsqu’il en a été question; mais après avoir plus mûrement réfléchi j’ai compris que cela ne s’étoit point fait, soit parce qu’alors on a rejetté le projet; soit parcequ’il a été impossible de pouvoir se procurer des notions suffisantes et certaines sur les revenus de la Bavière, que l'Electeur Palatin lui même n’a point pu parvenir à se procurer, malgré

toute l’envie qu'il avoit de les avoir, et de pouvoir nous

les communiquer.

Nous n’avons pas pu en avoir non plus ni par le Br. Kresel, ni par Mr. de Lehrbach, que de fort imparfaites; et ce n’a été moyennant cela que le releve sommaire de l’administration du Cte. Rudolff de Choteck, et sa confrontation avec les états de la finance de nos Pays-bas, qui

nous a mis dans le cas de pouvoir nous former un à peu

près de Calcul comparatif.

Il en a résulté qu'au fond les revenus de la Bavière, quoique mal administrée par ses Souverains, non seuleme nt pouvoient se trouver au pair avec ceux des Pays-bas, mais

qu’ils sembloient meme pouvoir l'emporter sur eux d'un Million environ.

Tout en est resté là cependant comme ne l'ignore pas Y. M. C'est d’ailleurs un fait que V. M. est à même de pouvoir constater par les deux pièces très humblement cijointes que je lui envoyé pour lui épargner la peine de devoir les faire chercher, en attendant des renseigneinens plus individuels, auxquels je fais travailler actuellement, et il me semble qu’il s’en suit; qu’ ainsi qu’il n’est pas possible de révoquer en doute que l’idée de l'échange ne convienne hautement en politique, elle pourra convenir peutêtre aussi en ligne financière; et il est certain en même tems, qu’à moins que V. M. ne juge devoir l’abandonner, qu’à Dieu ne plaise, le moment présent est sans doute le plus favorable des possibles.

Je ne puis cependant en ceci comme en toute chose que dépendre de la volonté de V. M., avec la plus parfaite soumission.

le 4 Avril 1784.

Pour me conformer aux ordres de Votre Majesté, j’ai fait quelques petits changemens de ma main dans la Minute, qu'Elle a bien voulu me communiquer.

Les deux prémiers ne sont proprement, que de diction; mais le troisième m'a paru essentiel pour donner à la proposition un pourquoi plus fondé, ou au moins plus spécieux; quoique je pense, que jamais le Roi de Prusse ne consen-

tira à renoncer à son Droit de Souveraineté, qui l’autorise, ainsi que tout autre à établir des impôts de transit et de Consommation dans ses Etats, indépendemment du droit de 12 pr. Ct. auquel, vis-à-vis des Polonois, l’autorise son Traité de Commerce avec la Republique de Pologne. Atta m e n t e n t a r e licet.

Avec la plus profonde Soumission

(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

Je vous suis infiniment obligé mon Prince et j'ai écrit en conséquence ma lettre à T Impératrice, le Courier pourra donc partir quand vous serés prêt avec vos depeches, adieu.

JOSEPH

JOSEPH AN KAUNITZ, le 5 Avril 1784.

Mon chere Prince j’ai mûrement réfléchi aux objets importants, qui onts formés notre conversation de hier et leur importance me paroit exiger encore un examen plus détaillé et un calcule politicque et ôcconomicque des avantages ou desavantages du Trocque en question, avant de faire un pas aussi signifiant et du quelle il n’y auroit pas à revenir; je vous prie donc mon chere Prince de m’envoyer les mémoires comparatives que vous fites coucher autre fois et comme cella exigera quelque temps et que je crois convenable que nous envoyassions bientôt un Courier en Russie

je croirois que par celuici il ne faudroit rien écrire encore de ce projest et j’arangerais en conséquence, ma lettre à 1‘ Impératrice.

Ne croiries vous pas que dans l’arrangement a se faire entre Dantzig et le Roi de Prusse l’on pouroit engager l’ Impératrice à faire accorder à la defluitation sur la Yistule une liberté pleniaire de tout impôts prussiens. Adieu, je suis fâché de devoir vous incomoder ainsi, mais l’objest est d’une trop grande conséquence.

JOSEPH

JOSEPH AN KAUNITZ, ce 7 Avril 1784.

Mon chere Prince comme l’object est de la plus grande importance et qu’il faut bien conoitre ce qu’on acquiert avant de Trocquer ce que l’on a, je vous renvois ces deux pièces, je crains que celle qui traite de la Bavière est exagéré, d’abord l’Innvirtel y etoit encore, et je crois que le Comte de Kotek alors à proposé en enemi ce qu’on pouroit tirer du pays celle est bien diferent d’une possession stable. Je vous prie mon cher Prince de lire dans Schlotzer dont je vous joins dans cette feuille les renseignemens ce qu’il y a de la Bavière, cella est de fraiche date, et difere infinement de l’autre, enfin j’attendrai l’ouvrage que vous faite faire, et je pense comme vous sur l’utilité inestimable militaire, et politicque que cella doneroit pourvu que le dechet ne soit par trop fort en finances, adieu.

JOSEPH

KAUNITZ AN JOSEPH

le 10 Avril 1784.

J’ai l’honneur d’envoyer à Votre Majesté les deux Mémoires, quon vient de me remettre de la part des Ambassadeurs de France et d'Espagne.

La tournure en est respectueuse pour la Personne de Votre Majesté, très mesurée relativement à la Russie, et assez adl’oite vis-à-vis de Nous; attendu que ce n’etoit qu'en s’abstenant du mot de protestation, qu’au fond se trouve être leur déclaration, qu'ils pouvoient la rendre acceptable, n’en étant une que très implicite.

Avec la plus profonde soumission

(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

Je crois bien que l’afaire s’arrangera ainsi, de paroitre à Vicenda au Cercle adieu.

JOSEPH AN KAUNITZ, ce 2 May 1784.

Mon cher Prince, par le Courier qui etoit sur le point de partir j’ai écrit de main propre à Lehrbach et lui ai fait, les questions que vous verres qu’il répété dans cet écrit, vous y verrés combien je lui ai recommendé le secret et qu’il a tout écrit de main propre je vous prie mon chere Prince, de ces diferentes donés assés detailles, de faire faire

un projet coinparativ avec les pays bas tant pour le raport, que les forces militaires resources et dettes afin de pouvoir décider avec connoissance de cause cette importante démarché et en même tems pouvoir nous décider sur les dife— rentes modalités et quelles progressions l‘on pouroit adopter, j'ose vous charger de touts ces details mon cher Prince votre amitié et votre zele m’étant conus à toute epreuve. Adieu dans quelques jours je viendrai moi meme vous en parler.

JOSEPH

KAUNITZ AN JOSEPH, le 4 Mai 1784.

On travaille actuellement à la rédaction de celui des deux ouvrages, dont m’a chargé Y. M. qui m'a paru le plus pressé pour ne pas laisser refroidir la bonne volonté de l'Impératrice de Russie, au cas que Y. M. se décidât pour l'affirmative de la question An, après que mon travail, que je me flatte de pouvoir lui livrer jusques à jeudi au soir, aura passé sous ses yeux. Dez à présent cependant j’avouerai ingenuement à Y. M. que plus je réfléchis sur ce grand et important objet, et plus il me paroit désirable que la chose puisse réussir, plus je sens en même tems combien elle pourra rencontrer de difficultés et d'obstacles, bien des volontés à réunir, et de grands et de petits coopérateurs actifs et passifs à se procurer. Un marché qui puisse convenir de part et d'autre à trouver; un secret presqu invraisemblable et cependant necessaire à établir, par rapport

aux gradations successives et indispensables qu'il faudra observer dans la marche de la négociation, peut-être des moyens pécuniaires considérables, auxquels il faudra se prêter, supposé qu'ils se trouvent être nécessaires pour la réussite d'une aussi grande affaire, que de la part de bien des gens par ce moyen et tout autre possible direct et indirect on peut s'attendre à voir contrarier etc. etc.

Quoiqui'il en soit neanmoins, comme on peut se permettre de tenter ce qui n’est pas démonstrativement impossible, j'espere que malgré tout cela aidé des lumières de Y. M. je pourrai peut être m'en tirer à sa satisfaction au cas que cela doive avoir lieu. La seule chose toute fois dont je puisse Lui répondre c'est de mon zele pour le bien de son service et de mon respectueux attachement pour Sa personne.

JOSEPH AN KAUNITZ

Lieber Fürst von Kaunitz! Ich kann nicht umhin Ihnen folgenden Mir eben beygefallenen Gedanken zu Ihrer weiteren Beurtheilung mitzutheilen. Zu Vervollkommnung des Bayer. Austausch Geschäfts ist ganz gewis nöthig jenes mit Salzburg zu gleicher Zeit zu Stand zu bringen. Nun stehet meines Erachtens diesem letzteren wesentlich im Weege, dass der Erzbischof von Salzburg, wenn er das Luxemburgische Namurische und Limburgische auch bekäme, nachdem allda schon andere Bischöfe ihre Diöcesen haben, keine Diöcess haben würde. Diesem abzuhelfen ist nicht in Meiner Macht. Es ereignet sich aber eben eine Gelegenheit, welche

dazu die einzig fügliche scheinet, nemlich die Vacanz des Bistums Lüttig. Wenn also das Fürstenthum Lüttig mit dem Luxemburgisch- und Limburgischen auf beständige Zeiten vereiniget würde, so wäre dieses allerdings ein Staat, und dabei ein arrondissement, welches dem Primas von Deutschland, wie sich der Erzbischof von Salzburg nennt, ein vollkommenes Auskommen auf immer verschaffet. Zugleich bekäme er eine weitschichtige Diöcess, so die Lüttigische ist.

Namur könnte in diesem Fall noch für den Kurfürsten von Bayern Vorbehalten werden, um Ihn zur Uebernahme mehrerer Schulden zu bringen.

Das Kapitel von Salzburg müsste zum Theil mit dem Lüttigs vereiniget werden, da ein Theil davon in Salzburg zurückverbliebe, aus dessen Gremio Ich einen Bischof daselbst ernennen würde.

Um zu wissen, ob die Sache möglich ist, muss man sich in die Stelle aller dieser Leute setzen. Der Erzbischof von Salzburg gewinnt ganz sicher dabey, und wird zugleich von allen Processen mit seinem Kapitel und den Ständen frey. Das Kapitul von Salzburg gewinnt ebenfalls dabey, weil ein jeder Domherr davon die Hofnung überkommt, zu dem neuen grossen Fürstenthum zu gelangen, oder Bischof zu Salzburg zu werden, mithin zwey Aussichten für eine hat. Eben so gewinnt auch das Kapitul von Lüttig unendlich dabey, weil sich jeder davon die Hofnung machen kann, zu einer so ansehnlichen Souvrainität zu gelangen, und beynebst die Stadt und das ganze Land Lüttig durch einen so beträchtlichen Zuwachs von zweyen Provinzen an Reichthum, so wie an Grösse und Ansehen ganz sicher zunehmen wird.

Frankreich sollte durch das, dass die Festung Laxenburg nicht mehr erhalten wurde, und dass solches einen so viel schwächeren Nachbarn bey allen seinen Gränz-Strittigkeiten im Weege hätte, sich auch zufrieden gestellt halten.

Auf diese Art könnte vielleicht in dieser einzigen Gelegenheit die Sache unternommen, und der gegenwärtige Fall, der sich wohl in 30 Jahren nicht mehr ereignen dürfte, benutzet werden. Es entstehet also die Frage, über welche Ich Sie ersuche, nach reifer Ueberlegung Mir Ihre Wohlmeinung zu erstatten, ob Sie nicht glaubten, dass, um aus diesem Fall den erwünschlichen Vortheil zu ziehen, von nun an bey Salzburg dieserwegen ein Anwurf zu machen wäre, auch bevor man noch an Bayern gienge, und ob nicht beede Sachen zugleich betrieben werden könnten? weil wegen der ausgeschriebenen Wahl von Lüttig und der dabey vorgehenden Bewegung im Kapitul eine schleunige Entschliessung nöthig ist, ja der Tausch mit Salzburg auch abgesondert von jenem von Bayern immer getroffen werden könnte und nutzbar seyn würde. Nur kömmt es darauf an zu wissen, was eigentlich das unmittelbar zu dem Erzstift Salzburg gehörige Land einträgt, ohne diejenige Einkünfte darunter zu rechnen, welche solches aus den Oesterreichischen Staaten als partikular Besitzer oder als Erzbischof beziehet.

Dieses ist ein flüchtiger Gedanken, den Ich Ihrer bekannten und geprüften gründlichen Einsicht und Beurtheilung lediglich unterziehe.

Wien den 14. May 1784.

JOSEPH

JOSEPH AN KAUNITZ, le 6 Juin 1784.

Je vous envoys ici mon chere Prince tout ce paquet que je viens de recevoir de Napple, vous verres par les lettres, que le Roi, et surtout la Reine me paroisent très animés, sans que je comprene trop pourquoi car enfin si le Roi d’Espagne vouloit faire une loi et un arangement de succession differente à celle qui existe, il seroit essentiell qu’il obtiene le consentement et la renonciation de son fils le Roi de Naples autrement le cas échéant rien ne seroit fait, je vous prie d'avoire l'amitié de me dire ce que vous en pensés, et il est dificile que je done des conseils dans cet eloignement, je compte expedier le Courier pour l' Italie demain, ou après demain afin qu il trouve encore mon frere Leopold à Florence, adieu

KAUNITZ AN JOSEPH

Mariahilff le 10 Juin 1784.

Lorsque je considéré que, dans la Correspondance particulière de Votre Majesté avec l'Impératrice, malgré le ton de la Confiance et de l'amicabilité, de part et d'autre, on a cependant toujours conservé quelque chose du Style de Souverain à Souverain, j'avoue que je suis assez content du contenu de la Lettre très humblement ci-rejointe, dont Elle a bien voulu me donner Communication, parce que le fond en est bon, et qu'au moment, dans lequel elle a été

Beer. Joseph II. und Kaunitz. 12

écrite, on ne pouvoit gueres dire, que ce que l’on a dit, et même plus affectueusement, sans tomber dans un ton de familiarité, que Ton n’a point adopté encore, ni de l’un ni de l’autre coté.

A bon compte, cette Lettre nous apprend que non seulement nous ne trouverons pas la Russie dans notre chemin, mais que nous pouvons même compter dez à present sur toute son assistance possible, et lorsqu’on se rappelle, qu’à l’occasion bien peu éloignée encore, du passage de la Succession bavaroise à la Maison Palatine, la Russie pensoit et croyoit par système devoir penser d’une façon diamétralement opposée, il me semble qu’on à lieu d'etre content, bien content même, et j'en félicité Votre Majesté de tout mon coeur.

Elle verra les mêmes choses à peu près dans la Lettre d'Office du Comte de Cobenzl, et le Prince Galitzin m'a bégayé tout cela hier au soir très imparfaitement, uti sol et, mais il ne m’a point fait encore de communication par écrit. J’y compte neanmoins, et j'auroi soin de faire passer à la connoissance de Votre Majesté tout ce qu’il pourra me donner ou me dire, supposé que ce soit autre chose ou quelque chose de plus que Nous ne savons déjà.

Je suis au reste aussi impatient que peut l’etre Votre Majesté d’apprendre ce que nous attendons de Lehrbach, qu’a des ordres réitérés et si pressants que je me flatte qu’il ne nous fera pas languir au delà du teins, qu’il lui faudra nécessairement, pour ne rien faire maladroitement, ou in tempore opportuno.

Je souhaite bien vivement que Votre Majesté puisse ne pas être contrariée par son incommodité pendant sa Vileg-

giatura et je Lui baise les mains avec la plus profonde soumission.

(Signé :) KAUNITZ-RIETBERG.

le 11 Juin 1784.

Voici mon chere Prince les deux lettres que je viens de recevoir vous verres que ITmperatrice ne répond pas encore à la derniere et que pour la Wistule elle ne veut pas mordre, et est remplie d'idées infaisables de comerce, adieu mon chere Prince.

JOSEPH

JOSEPH AN KAUNITZ, ce 19 Juin 1784.

Mon chere Prince je vous envois ici la lettre, que le Courier arrivé de Petersbourg, vient de me femetre, vous y verrés bien des belles paroles mais tout son contenu a l'air un peu forcé et gêné, ce n'est pas ITmperatrice qui l'a minuté, il n‘y a que le postscriptum, qui est de son cru, adieu mon chere Prince, vous aures desja reçu les details du prince Gallitzin il s'agit asteur de presser Lehrbach, pour une fois sçavoir dans l'objet important à quoi nous en sommes.

JOSEPH

JOSEPH AN KAUNITZ, le 2 Juillet 1784.

Mon chere Prince, mon frere agrée entièrement l'erection de cet acte, je vous prie donc de le faire coucher et écrire dans les formes usitées tout de suite pour qu'il puisse etre signé encore entre nous pendant le temps que mon frere restera ici qui ne sera que d'une 15aine de jours, l’entrevue entre la princesse, mon frere et mon Neveu s’est très bien passée hier, et j’ai taché de les débrouiller, je suis derechef contrarié par mon Eresipele et rouge et enflé de façon que je ne scais si je pourrai comparaître au cercle dimanche, adieu mon chere Prince à revoir.

JOSEPH AN KAUNITZ le 4 Juillet 1784.

En vous renvoyant ce raport mon cher Prince, je ne puis m’empecher de vous communiquer une idée, qui me vient, si peut-etre pour sauver tant l’embarras aux IIcllandois, ce ne seroit pas le moment de confier à la France notre projet de Trocque, peut-etre qu’elle le gouteroit plus faciliment, et contribueroit auprès du Duc des Deux ponts à le faire consentir et réussir, si nous pouvions l’engager a cella, sure de l'Electeur et de la Russie tout seroit dit, vous ferés de ceci ce que bon vous semblera. Adieu.

KAUNITZ AN JOSEPH

Je soumets à la considération de Votre Majesté, si nous sommes dans les cas de pouvoir nous regarder déjà comme assurés de l’Electeur, le genre et les conditions de son acquiescement à l’échangé proposé nous étant encore inconnus, et pouvant peutêtre n’etre point acceptables. D’ailleurs nos Pays-bas pourront être évalués bien plus avantageusement en notre faveur, si nous n’obténions même que partie de ce que nous demandons aux Hollandois; et pour ce qui est de Mr. le duc de Deuxponts, il me paroit très-certain que ce n’est qu’en profitant de l’urgence de ses besoins qu’on pourra le déterminer à se prêter, comme le fait sentir très-positivement Mr. de Hosenfels dans la lettre très humblement ci-jointe, qui ne peut pas nous être suspecte, attendu l’homme auquel elle est adressée, et il me paroit bien important moyennant cela de ne pas nous laisser prévenir à cet égard par le Roi de Prusse; parce qu’en ce cas Mr. le duc de Deuxponts seroit si bien garotté, qu" il ne pourroit plus oser s'arranger avec nous, quand même il voudroit. Et pour ce qui est de la France, supposé même qu’on pût se flatter d’obtenir dès à présent son concours vis à vis de lui, il me semble que je m’en promettrois infiniment moins, que des moyens, que nous pouvons employer nous-mêmes par les personnages que l’on trouvera plus convenables d'envoyer à cet effet.

Je suis donc du très humble avis qu'il convient à l’intérêt de la chose et de Votre Majesté, de ne point troub 1er le cours actuel de négociations entamées aux Pays-ba s et

à Munich, et qui se trouvent même déjà préparées jusque à un certain point aux Deuxponts.

Je soumets néanmoins ces reflexions au bon plaisir de Votre Majesté avec la plus profonde soumission.

(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

Du Jardin à Mariehilff le 5 juillet 1784.

Je ne vous avois communiqué cette idée que si vous eussiés cru qu’il y auroit moyen de gagner le duc de deuxponts par la france. Je sens bien quil faut attendre la relation de lehrbach avant toute démarché et pour la presser, je croit qu'il faudra lui envoyer un homme affidé qui puisse faire le Courier sans le paroître. Adieu.

JOSEPH AN KAUNITZ

Mon officier vient de revenir de Munich, je m’empresse, mon chere Prince, de vous envoyer ici tout ce qu’il en a raporté. Le raport de Lehrbach pour s’etre fait tant attendre est bien maigre, il faudra par le Courier qui ira bientôt a Paris d'instruire de ce qu’il aura a faire et cornent il devra procéder a regier quelque chose de plus positive surtout sur la diference des revenus qui est trop forte, généralement cette afaire doit etre pressé ou elle sera decouverte et manqué. Je soumets tout cella a votre esprit qui saisit et voit tousjours si juste, je viendrai vous en parler demain et vous prie de me renvoyer cette lettre pour que je puisse la faire voire a mon frere. Adieu, ce 19 juillet 1784.

KAUNITZ AN JOSEPH

Du jardin à Mariehilff le 30 Juillet 1784.

Lorsque ma place m’y autorise, je croirois manquer aux devoirs les plus essentiels de mon Ministère et du bon Citoyen, si dans les affaires majeures surtout, je dissimulois mon opinion à V. M. même quand elle n’est pas conforme à la sienne. Qu’Elle ne trouve pas mauvais par conséquent que je prenne la liberté de ne pas Lui cacher que si, au plutôt même, Elle ne se détermine pas aux mesures vigoureuses qui Lui ont été proposées, ou d’autres équivalentes, relativement aux Négociations entamées à Bruxelles et à Constantinople, je crains fortement qu’on ne les manque l’une et l’autre et que j’apprehende même pareil sort pour celle de l’échange, à moins que Y. M. ne veuille bien dorénavant se mettre toujours de sang froid à la place de ceux, aux quels il est ou doit être proposé, dans tout ce qu’il pourra convenir de faire ou de ne point faire à leur égard.

Je me flatte que V. M. voudra bien accueillir cet épanchement comme une preuve de plus, de mes intentions, sur lesquelles aucun doute ne peut avoir lieu.

JOSEPH AN KAUNITZ

30 Juillet 1784.

Je suis si intimement convaincu que la Declaration à faire aux hollandois et en france en même tems pour l'ou-

verture de T Escaut, que je Vous ai mandée, étoit le seul et le meilleur des partis possibles, pour sortir de cette affaire, vu toutes les Circonstances qui l'environnent; si même précairement les Hollandois dissimulent la liberté de l'Escaut, cela Nous suffira, puisque plus longtems ils la dissimuleront, plus nous aurons de droit à nous en plaindre, s'ils nous la disputoient un jour, et toujours ce seroit le meme cas, qui n'est gueres à prévoir, lorsque les circonstances ne viennent où la Hollande veuille Nous faire la Guerre ou se lier avec des Puissances qui Nous la fassent, et alors tout cesse par soi même. Selon mon principe une grande Puissance ne doit j'amais faire de ces démonstrations, dont la Nullité est bientôt reconnue et qui ne peuvent faire illusion que pour une fois, mais se tenir tranquille, et avoir cette assurance de ses forces, qu'on posera pas avoir l'impertinence de l'offenser et si on l'avoit, sans menacer frapper un coup fort.

JOSEPH AN KAUNITZ, le 31 Juillet 1784.

Mon chere Prince je vous suis fort obligé de ce que vous m’avés écrit et j'y reconais toute l’étendue de votre amitié mais considérés que ces trois négociations se trouvent reunies et en meme temps en vigueur que celle de la baviere est la plus importante et que l'incurie et négligence de lehrbacli tient depuis plus de deux mois dans l'incertitude que la negotiation avec T hollande est subordoné a celle la, que celle avec la Porte n'est pas d'une importance a faire la guerre et qu'il sufit qu'on ait fait revaloir ses

droits qu'on tienne la porte ouverte, pour en profiter dans l'occasion et en meme temps qu’on les ai fait reconaitre valide, par la France et la Russie voilla notre position elle me paroit conforme aux circonstances et au pis aller nous resterons comme nous étions et aurons en Hollande et en Turquie fait valoir des droits presque oubliés, en attendant nous avons nos limites étendus vers les hollandais qui exigent un arrangement, ainsi je crois que vu le reste des circonstances ce que je vous ai mandé est le seul bon parti a prendre pour le moment adieu mon chere prince croyés moi bien vraiment votre.

Sassin ce 6 octobre 1784.

Mon cher prince de Kaunitz. Ayant eu ici quelques momens de loisir, j’en ai profité pour écrire à l’Imperatrice et aux Grands-Ducs de Russie, aux quels je n’avois pas écrit depuis des mois. Je vous envoie donc ce paquet au comte de Cobenzl qui contient mes lettres et je vous prie en y joignant ce que vous croyerés à propos de lui dire pour le moment d'expedier un Courier gardenoble pour Petersbourg. Je ne parle a l'Impératrice que très vaguement sur l'indécision de l'Electeur Palatin et en badinant sur mes disputes avec la Hollande.

Après avoir été à mes camps et forteresses j'ai passé trois jours sur mes terres; mais j'en parts actuellement pour Tyrnau, Presbourg et Bude d’où je compte vous révoir vers

le 20 ou 21 de ce mois. Adieu, mou cher prince, portésyous bien et croyés-moi bien sincèrement.

(Signé:) Mon chere prince,

votre très affectioné JOSEPH.

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne le 7 Octobre 1784.

Je suis fort aise que V. M. se soit déterminée à renouer enfin sa Correspondance amicale avec l'lmpce. de Russie, ainsi qu'avec les Grands Ducs; et j'avoue à V. M. que je desire fort qu'Elle veuille bien ne plus y mettre de si longs intervalles à l'avenir; parcequ'il me paroit très-essentiel, vis à vis d'une princesse capable d'Amitié personnelle, de ne pas laisser refroidir en Elle des sentimens dont quelque fois, dans gens de cette espece, il y a plus de parti à tirer qu'on ne pense. Aussi pour faire parvenir les Lettres de V. M. le plus tôt possible, j'expedierai un Courier au Cte. Cobenzl dez aujourd’huy, et je ne lui écrirai moyennant cela qu'autant qu'il faudra pour le préparer à un autre, par lequel je me propose de faire suivre celui-ci de plus tôt possible.

Dans mon très humble Rapport allemand, j'ai l'honneur de soumettre à l'approbation de Y. M. le parti qu'il me paroit convenable de prendre dans l'état actuel des circonstances relatives au grand objet de l'échange. Denn , sonsten kommen wir nicht vom Flecke. Ce qui me paroitroit bien désirable cependant, c'est que V. M. engageât le Pce. de

Waldeck à se rendre le plus tôt possible aux Deuxponts, si l'état de sa santé lui permet d'en entreprendre le voyage. Il me semble, qu'il pourroit y seconder très-utilement le Cte. de Romanzow, par le Canal duquel nous ne pouvons pas Nous dispenser à continuer à aller; mais supposé que V. M. approuvât mon idée à cet égard; il seroit fort utile, qu'il put venir ici le plustôt possible; parce qu'il seroit assés difficile de le mettre par écrit aussi bien que de bouche au fait de tout ce dont il est bon, même necessaire, qu'il soit informé.

J'attendrai les ordres que V. M. trouvera bon de me donner à cet égard, et je les exécuterai avec la plus profonde Soumission.

JOSEPH AN KAUNITZ

Hatvan 19 Octobre 1784.

Mon chere Prince, ayant reçu ici la nouvelle des trois coups de Canons tires sur mon batiment par les Hollandois j'expedié les ordres en conséquence en meme temps, je dois vous prévenir que je croirais hors de saisson pour le present de pousser a l'afaire de l'echange de la Bavière, ainsi je vous prie d'en prévenir par ce Courier Lehrbach, et Mercy, qui dans la suposition diverse, par ce meme Courier recevroient des ordres diferents, vous voudrés donc bien le leur explicquer, que ces lettres de ma part etoient fort antidatés, je vais presser mon retour pour pouvoire veiller de plus près aux arrangemens à prendre; adieu mon chere

Prince, le Comte Erneste se porte aussi bien qu'il est bon et aimable compagnon, croyes moi tousjours votre.

KAUNITZ AN JOSEPH

27 Octobre 1784.

Si Votre Majesté veut bien prendre la peine de relire le billet dont j'ai accompagné le projet de lettre, que j’ai eu l'honneur de Lui envoyer hier, Elle y verra, avec les Considérations qui m'ont déterminé à la Lui proposer le but auquel elle étoit destinée.

Elle a été motivée d'une façon naturelle, obligeante pour le Roi T. C. et propre à le rassurer parfaitement sur la crainte des vues peut-être plus étendues au détriment de la Republique, que celles, que l'on témoignoit actuellement et de l’engager par là à des démarches plus pressantes que celles, aux quelles il a cru devoir se borner jusqu'ici, et j'ai eu soin d'y faire tenir en même tems à Votre Majesté, sans jactance et modestement, un langage cependant assez ferme, pour que la démarche de cette Lettre, bien loin de pouvoire être envisagée comme un acte de crainte ou d'inquiétude fut plutôt propre à persuader que c'etoit très sérieusement, qu'Elle avoit pris et soutiendroit le parti, au quel on L'avoit forcé de se déterminer.

Il m'a paru, que pour pouvoir remplir tous ces objets, ce projet n'étoit susceptible d'aucun changement essentiel, ni quant à son cannevas, ni même dans la diction; et j'avoue à Votre Majesté, comme Elle m'ordonne de Lui dire ce que je pense de celui qui est très-humblement ci-

rejoint, que non seulement je ne crois pas qu’il puisse faire les effets susdits; mais qu'il en feroit meme vraisemblablement des diamétralement opposés.

Je ne puis par conséquent qu’être du trés-humble avis que, si votre Majesté ne juge pas à propos d’adopter la minute que j’ai eu l’honneur de Lui proposer, et dans laquelle j’ai mûrement pesé tout ce que j’y ai dit, ainsi que tout ce que j’ai cru ne point devoir dire. Je crois qu’il y aura beaucoup moins d’inconvénient à ne point écrire du tout; qu’à ne point écrire dans cet esprit.

Avec la plus profonde Soumission.

KAUNITZ-RIETBERG

APOSTILLE DES KAISERS.

je suivrai mon Prince votre avis cy énoncé et n’ecrirai point au Roi de france, mais je dois expedier un Courier pour Bruxelles avec des details de dispositions, je vous prie donc de me faire scavoire si vous voudres par la meme occasion repondre au Comte de Mercy pour que je puisse dans ce cas écrire a la Reine, adieu.

JOSEPH AN KAUNITZ

Mon cher prince de Kaunitz. Je vous envoie ici la minute d'une lettre en réponse au Roi de France. Vous serés surpris de ne pas trouver dans son contenu le point essentiel, dont nous étions convenus ensemble, mais voici les' raisons qui toutes reflexions faites m'en ont empeché et au sujet desquelles je vous prie de me communiquer vos idées:

1. Il m'a paru que de mander directement au Roi le projet de rechange de la Bavière auroit eu l'air d'y attacher une trop grande importance et de marquer un trop grand désir de le faire réussir, ce qui pourroit justement donner à la France l'envie de l'empecher et l'eveiller sur son importance pour nous.

2. Il m'a également paru qu'il seroit plus analogue aux circonstances du moment, si la proposition venoit m'en être faite de la part de la France, comme un expédient unique pour prévenir la guerre; c’est pour cela que

3. Je n'ai mis dans ma lettre au Roi que l'alternative ou de la liberté de l'Escaut ou de la cession de Maestricht et des territoires que j'avois prétendus pour arranger les frontières du Brabant et de la Flandre joint à une satisfaction convenable dans l'un et l'autre cas.

4. Ne pouvant prévoir l'effet que le projet de l'echange de la Bavière pourroit produire en Fiance, je croirois plutôt mettre le comte de Mercy dans le cas d'en sonder le terrain par la Reine, à laquelle je pense pouvoir en écrire quelque chose et même lui envoyer le mémoire que vous avés si bien couché, mon prince, pour Mr. de Romanzow; par là

5. le Roi, pourroit être prévenu et la chose lui être dite et remise d'une façon avantageuse et à propos; au lieu que si elle lui parvenoit par ma lettre sans en avoir une idée préalable, cela lui arrveroit comme une bombe, et la prémiere impression pourroit facilement én être fâcheuse et l'on auroit ensuite beaucoup plus de peines à l'en faire revenir, qu'à la lui faire goûter peu à peu.

G. Si Mr. de Vergennes goûte l'idée de l'échange, le Roi la goûtera aussi; si non il sera également inutile que la première impression du Roi soit même avantageuse, parce qu'il n'en arrivera pourtant lien au fond. C'est donc après que Mercy aura bien instruit la Reine qu'elle pourroit sonder Mr. de Vergennes ce qu'il pense sur cet objet, et en même teins en prévenir le Roi, et même si elle y entrevoyoit jour leur faire lire le memoire.

7. Il n'y a pas de doute que toute chose qui pourroit faire paroître aux yeux du public une timidité ou un doute de ma part sur ce que j'ai à faire ou sur la réussite de ce que je me propose contre la Republique, seroit une tâche ineffaçable pour ma personne et un tort irréparable que je ferois à la considération de l'Etat. On ne sauroit donc proposer cet échangé à la France dans ce moment et il faudra toujours prendre le biois de lui communiquer seulement par bonne amitié et confiance les points sur lesquels on etoit en négociation actuelle avec l'Electeur Palatin au sujet de l'échangé lors de la rupture avec la Hollande et cela pour démontrer à la France combien peu j'ai des vues d'aggrandissement, et surtout aux Pays-Bas.

Voilà les raisons qui m'ont déterminé à minuter cette lettre en conséquence et je vous prie, mon prince, de les bien péser et de m’en dire ensuite votre avis.

On ne peut se cacher que si la proposition de l'echange de la Bavière pourroit nous venir de la part de la France et qu'elle se chargent en même teins de la négociation près du duc des Deux-Ponts et de son frère et qu'elle fit cause commune avec moi auprès de l'Electeur Palatin pour obtenir son consentement, ce seroit un grand coup d'Etat,

aulieu que si nous voyons que cette idée ne prend point actuellement en France, alors il faudra prendre son parti et y renoncer à jamais.

Ne seroit il peut-etre pas possible d'engager même les Hollandois pour se tirer de l’embarras dans lequel ils se trouvent et pour se défaire à jamais de mon voisinage, de se charger d'une somme de dettes de la Bavière, ce qui rendroit l’Electeur et le duc des Deux-Ponts bien plus faciles encore à y acquiescer. Adieu, mon cher prince.

Vienne ce 7 novembre 1784.

(Signé:) JOSEPH.

le 8 Novembre 1784.

Je crois que le parti le plus raisonnable et le plus convenable, qu’il y ait à prendre dans ce moment-ci, seroit celui de différer toute réponse quelconque, soit au Roi, soit à la Reine jusques après l’arrivée du Courier que Nous attendons de la part du Cte. de Mercy, et qui doit arriver dans peu de jours; attendu que Nous n’avons point de guide certain actuellement sur ce qui peut etre le plus analogue aux circonstances de dire ou de faire, et que de façon ou d’autre, nous en aurons en échange, au moyen de ce que Nous apprendrons par le contenu des Depeches de ce Courier.

Jusques là il me paroitroit prématuré d’avoir une opinion sur ce que V. M. a bien voulu me mander et me communiquer par le dernier billet dont Elle m’a honoré; et

je pense moyennant cela, qu'Elle ne désapprouvera pas <pie je diffère à la mettre sous les yeux, j risques au moment, auquel étant plus éclairé, je croirai pouvoir le faire avec plus de fondement et de sécurité.

Avec la plus profonde Soumission.

Beer, Joseph !l und Kaunitz.

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne, le 14 Janvier 1785.

L’Ambassadeur de France vient de m’envoyer tout à l’heure la lettre du Roi Très-Chrétien pour Votre Majesté, que j'ai l’honneur de Lui envoyer très humblement ci-jointe; et au delà de la remise de la quelle il semble n'être chargé de rien, moyennant la tournure de son billet, par le quel il ne me demande pas un entretien particulier.

Avec la plus profonde soumission

KAUNITZ-RIETBERG

APOSTILLE DES KAISERS.

Je vous envoys ici mon chere Prince cette fameuse lettre dont vous jugerés la valeur au moins nous n'en somes pas plus avancés pour l'arrangement avec l’hollande car le trocque est manqué je vous prie de penser a la réponse et je viendrai en causer avec vous demain, adieu.

JOSEPH AN KAUNITZ, le 13 février 1785.

Je vous envoys ici mon chere Prince la lettre du Roi de France vous y remarquerés le mot de magnanimité qui veut dire que je ne dois rien avoire et pour le duc des deux ponts le mot de Russe est egalement saillant. Adieu nous en parlerons un de ces jours ensemble.

JOSEPH AN KAUNITZ, ce 14 février 1785.

Je vous envoys ici mon chere prince la lettre de la Reine et celle qui l’acompagnoit du Comte de Mercy je vous prie de bien peser toutes les circonstances et je viendrai demain en causer avec vous il me paroit qu’il faut prendre un parti ou celui de renoncer a Mastricht et a tout par conséquent ou a tenir ferme et faire marcher les trouppes qui sonts encore arrêtes adieu.

ce 15 février 1785.

Mon chere Prince il n’y a rien de si juste que vous vous laissiés tout le temps de réfléchir au parti à prendre dans ces circonstances c’est pour quoi je ne viendrai point aujourd’hui vous en parler j’ai pourtant minuté quelques

reflexions à la hâte que je vous envoys ici vous n'en ferés

aucun usage et c'est seulement pour vous métré au fait de plusieurs de mes idées. Adieu.

KAUNITZ AN JOSEPH

Tienne, le 19 février 1785.

Je n’ai aucune observation à faire sur la minute, dont Votre Majesté a bien voulu me donner communication, que je croye ne pas pouvoir me dispenser de porter à sa connoissance, si ce n'est que je pense qu’Elle peut omettre l’article enclavé, parce qu’on pourra y suppléer, en chargeant le Cte. de Mercy de faire entendre par maniéré de conversation, que Votre Majesté ne pourra pas se dispenser de remettre ses trouppes en marche, au cas que, en déans peu, les choses ne prennent une tournure qui en annonce un succès vraisemblable, et on pourra en user de même au sujet du lieu destiné à la reprise des négociations.

Je ferai d’ailleurs, le plutôt possible, du mieux que je pourrai, conformement aux Résolutions de V. M. que l’on vient de me remettre, avec la plus profonde soumission.

(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.

Je vous suis fort obligé mon chere prince, et je vais écrire cette lettre en omettant l’article de la marche des trouppes neamoins je disposerai que le bataillon franc de Croatie se mette en marche pour s’aprocher des frontières et les Ulans de meme.

JOSEPH AN KAUNITZ

ce 10 février 1785.

Mon cliere Prince je vous envoys ici la minute de la lettre que je compterais écrire au Roi de fiance, vous verrés que j’ai seulement taché de la rendre plus courte, et un peu plus seche, croyant que cella pouroit faire effet au reste j’y ai suivi la marche de la votre je vous prie de me faire l’amitié d’y ajouter ou effacer ce, que bon vous semblera. L’article pour la marche des trouppes peut etre omis ou laissé comme vous le jugerés a propos adieu.

JOSEPH AN KAUNITZ

Vieillie, le Vk février 1785.

Je vous envoyé ici mon cher Prince! le Rapport, que je viens de recevoir hier au soir par Courier du Prince Albert, il est très réel, que si les Ilollandois mettent à profit tous ce tems-ci et celui de l’Armistice pour se renforcer et faire des ouvrages, par lesquels ils puissent inonder encore plus de mon pais, alors ils seront encore plus difficiles sur les conditions à accorder, et je serai complettement la Dupe de mes complaisances pour la France, puisque non seulement j'ai différé uniquement dans cet objet-îà la marche de mes Trouppes, mais que meme celles, qui s’y trouvent déjà, seroient plus que suffisantes, si elles osoient agir, à s’opposer à tous ces ouvrages-là, et à empecher le mal, qui par la suite pourroit m’en revenir.

Ne croiriéz-vous donc pas mon Prince! qu’en renvoyant ce chasseur du Pce* Albert, l'on put y joindre un ordre pour le Comte de Mercy, afin que dans les négociations, qu'il est instruit d’ouvrir avec la Cour de France, il insiste fortement, que pendant l’Armistice la Fiance exige des Hollandois la cessation de ces ouvrages et en même tems l’Ecoulement des Eaux salées, qui font tant de domage, en promettant de mon coté de ne faire aucune aggression; et si la France et les Hollandois surtout se refusent à ces conditions si justes, il n'y a plus à douter de leurs intentions, et alors je crois, qu’il faudra prendre des mesures vigoureuses, et qui seules pourront porter cette querelle à une fin convenable. Néanmoins je soumets tout ceci à vos Lumières mon Prince! et vous voudréz bien m’en dire votre avis.

(Signé:) JOSEPH.

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne le 25 février 1785.

Depuis le moment, auquel on a déclaré aux Etats Généraux, que l’on regardoit les coups de Canon, qu’ils avoient fait tirer sur le Pavillon Impl. comme une Déclaration de guerre, ils eussent été en droit de nous la faire, s'ils avoient été dans le cas de le pouvoir et de le vouloir; à plus forte raison par conséquent ont ils été et sont ils en plein droit de pouvoir prendre chez eux toutes les mesures défensives quelconques, sans en excepter même celles, qui peuvent nous faire du mal dez à présent, et qu’une

déclaration de guerre autorise, ainsi que l'on n'est point autorisé à en prendre de ce genre dans le cas contraire; et c'est par cette raison que nous n'avons pas été en droit de nous plaindre de leurs inondations, et que Nous serons obligés de trouver bon toutes celles, qu'ils pourront juger à propos de prendre pendant le terme de la suspension d’armes.

C’est une vérité fâcheuse sans doute; mais ce n'en est pas moins une incontestable. Cela n'empeche pas cependant que l'on ne puisse charger le Cte> de Mercy de tacher d’obtenir que la France s’employe à obtenir des Hollandois la cessation de leurs ouvrages pendant l'armistice, et en même teins l'écoulement des eaux salées. Elle peut s'y employer, mais elle ne peut pas exiger des Hollandois qu'ils renoncent au droit acquis de pouvoir continuer des dispositions défensives, dont l'intermission pourroit leur être trés-préjudiciable, si la guerre devoit encore avoir lieu, comme il est très possible qu'il arrive. Nous verrons quel effet pourra faire cette réquisition du Cte> de Mercy, et alors Votre Majesté sera toujours encore à tems de se déterminer à telles mesures vigoureuses, qu’Elle pourra juger à propos de vouloir prendre, et que je ne déconseillerai pas certainement, toutes les fois que les raisons pour me paroitront l'emporter sur les raisons contre, et que le moment selon mes foibles lumières me semblera convenable.

J'attendrai les ordres de Votre Majesté sur la Dépêche à faire pour le Comte de Mercy et j’ai l'honneur d'être avec la plus profonde soumission.

(Signé:) KAUN1 TZ-RIETBERGf.

APOSTILLE DIvS KAISERS.

Si vous voulés bien faire coucher une expédition pour le Comte de Mercy en conséquence, et quoique les Hollandois onts le droit de faire ce qu’ils fonts il faut aussi faire valoire que nous aurions celui de l’empecher par la force ce a quoi uniquement par considération pour les désirs de la France, nous nous en somes abstenus, a notre grand domage adieu.

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne le 20 février 1785.

L’Apostille, qu‘il a plu à Votre Majesté d’ajouter à mon Billet qu’Elle m’a renvoyé, contient un ordre, que je ne pourrois pas exécuter, conformement à sa teneur, sans La compromettre très-grièvement.

Votre Majesté convient que les Hollandois ont le droit de faire ce qu’ils font; Mais au lieu d'en conclure ce qui s’en suit nécessairement: c’est à dire: Ergo, nous n’avons pas le droit de les en empêcher par la force; Elle en conclut, que Nous en aurions le droit; Ce qui est insoutenable en bonne logique non moins qu'en Justice; et Elle veut cependant, que l'on fasse valoir qu’Elle auroit un droit, que manifestement Elle n’a pas.

11 est impossible, que par un pareil argument on puisse Lui faire obtenir son but. Mais comme je suis bien éloigné île ne pas desirer, qu’Elle puisse y parvenir, Elle verra, par la Minute très-humblement ci-jointe, le biais, que j’ai pris, pour L’y faire arriver par un autre chemin, s’il est possible.

En général néanmoins , je crois , que dans tout ce nous pourrons avoir à faire, ou à ne point faire à l’avenir, il conviendra que Nous Nous dissions toujours à Nous mêmes; Voulons-nous la guerre, ou ne la voulons-nous pas, et que c’est moyennant cela la détermination bien décidée de Votre Majesté sur l'une ou l'autre de ces deux questions, qui sera la régie la plus sûre des meilleures mesures, qui pourront être dans le cas des possibles.

J'ai F honneur d'être avec la plus profonde soumission.

(Signé:) K AUNITZ-RIETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

J'approuve entièrement la minute de l’Expédition pour le Comte de Mercy, et je vois par votre Billet, que nous ne nous sommes point compris; vous avez déduit les droits, qu’ont les Ilollandois de nous faire tout le mal, qu'ils pourront, soit par inondations soit autrement, du coup de Canon tiré et qui a été pris pour une Declaration de guerre, or! j’en ai conclu en bonne Logique, que la guerre existant nous aurions ergo les memes droits qu’eux, ainsi non seulement celui de les empecher de vive force de nous faire du mal, mais meme de leur en faire le plus que nous pourrions, et je ne desirois autre chose de cet argument, que de faire sentir à la France, que si j’avois suspendu les hostilités et si je souffrois par -là des domages continuels, c’etoit uniquement par considération pour les désirs, qu’elle m’avoit témoignés, de pacifier encore nos querelles, voilà l’argument, duquel je voulois me servir, et que je vois, que vous avéz parfaitement adopté dans la minute, que vous venéz de m’envoyer. Quant à la question à décider si nous vou-

Ions la guerre ou non, je crois, que par les condescendances presqu'en tout point, que j’ai témoignées, j’ai prouvé, combien peu je la desire, mais si les choses dévoient etre portées à un degré d’irraisonabilité insupportable, je ne balancerois plus un instant de la faire, quelconque chose, qui en dut naître, d’autant plus, que l’on devroit croire, que la France alors, après avoir tenté en vain de rendre les Hollandois raisonables, ne se meleroit plus directement de cette guerre, tout ce qu’il y a de plus désirable pour le present c'est de savoir le plutôt que possible à quoi on aura à s’en tenir. Adieu mon cher Prince! vous pourréz expedier cette lettre, et le Courier du Prince Albert pourra par conséquent etre expédié demain en passant par Bruxelles.

(Signé:) JOSEPH,

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne, le 4 Mars 1785.

L'Ambassadeur de Russie m’a communiqué les deux papiers très-humblement ci-joints, pour être mis sous les yeux de Votre Majesté.

La lettre au Comte de Romanzow est un peu longue, apparemment parcequ’on ne s’est pas donné le tems de la faire plus courte, et elle me paroit moyennant cela n’avoir pas toute l’énergie dont elle auroit été susceptible; mais l’esprit de l’une et de l'autre de ces deux pièces est bon, et la substance en est également bonne, et moyennant cela je pense que Votre Majesté peut en être satisfaite. Je de-

sire qu' Elle puisse l'être autant de la déclaration ultérieure aux Etats généraux qu'Elle a demandé à Y Impératrice en dernier lieu, et je m’en flatte. Avec la plus profonde soumission.

(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

En vous renvoyant mon chere Prince ces deux pièces je les juge absolument comme vous est ce que la lettre a Romanzow sera rendue publique ou non je vous prie de me les faire copier pour que je les puisse envoyer a mon frere le grand duc adieu.

JOSEPH AN KAUNITZ

Vienne le 5 Mars 1785.

Mon chere Prince je viens d'aprendre avec une vraie peine, la perte sensible que vous venés d’eprouver, je la partage bien sincèrement, et votre peine, par la sincere amitié et reconnaissance que je vous dois, m’est aussi sensible que vrai et juste sonts mes regrets de la perte d'un aussi utile, et zélé Patriote, qu'étoit le Comte Joseph, dans toutes les branches auxquelles il a été employé; je serois venu moi meme vous en doner les assurances si je n'avois craint dans ces premiers moinens de vous etre a charge recevés donc je vous prie par écrit la certitude du plus paifait interest et de l'amitié et estime avec lesquelles je serai tousjours votre.

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne, le 26 Avril 1785.

Le£ Démonstrations sont devenues, dans le Commerce politique, un effet de si peu de valeur, si tant est qu’il leur en reste, que je regarderois comme mal employé le plus ou le moins de fraix, qu’elles doivent toujours entraîner. Il faut attendre, ce me semble, les nouvelles, qu’apportera le premier Courier du Comte de Mercy et alors comme alors.

Je crois satisfaire à l’intention de Votre Majesté en soumettant cette opinion à son Jugement avec le plus profond respect.

(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

Cobentzell ne doit pas m’avoire bien compris; je ne lui ai pas parlé de démonstrations, mais d’hostilités reelles, à cometre le comencement de May arrivant, sans que rien fut conclu avec les liollandois, ces hostilités consisteroient, à entrer sur le teritoire de la Republique, a y lever des contributions, a repousser leurs petits postes, a rassembler dans des camps nos trouppes, et a nous porter la ou nous croirions pouvoir fraper quelque coup, voilla ce qui pouroit je crois accélérer la conclusion et au moins faire voire notre serieux et en convaincre l’Europe, au reste l’on peut attendre le Courier du Comte de Mercv et cella retardera seule-

mont l'effet puisqu'il faudra un temps pour porter chaqu’un a sa place adieu.

10 SEP II AN KAUNITZ

Wien d. 27. May 1783.

Lieber Fürst Kaunitz! Da ich morgen eine kleine Tour von hier anzutretten entschlossen bin, so ersuche Ich Sie, während meiner Abwesenheit, die Geschäfte, so wie ich es Ihnen durch mein Billet vom 20. May 1781 aufgetragen habe, und wie es sonst bey andern meinen Reisen geschehen ist, zu besorgen; zu welchem Ende Ich meiner geheimen Kabinets-Kanzley, so wie den gesammten Ilofstellen die nöthige Befehle hinterlasse.

(Signé:) JOSEPH.

KAUNITZ AN JOSEPH

Du jardin de Mariehilff 27 May 1785.

Je souhaite un bien bon voyage à Votre Majesté. Mes voeux La suivront en tous lieux, et en attendant son heureux retour, conformement à l’ordre, qu’Elle a bien voulu m’adresser en cette Matinée, je ne manquerai pas de faire tout ce qui pourra dépendre de moi, pour qu’Elle soit bien servie pendant son Absence.

J’ai appris avec beaucoup de plaisir que Votre Majesté emmene avec Elle un homme bien honnête, bien raisonnable,

et qui Lui est bien parfaitement attaché; parceque l’on n’a pas beaucoup de serviteurs de cette espece, et que sur des gens comme cela on peut y compter dans toutes les occasions.

Je baise les mains à Votre Majesté avec la plus profonde soumission.

(Signé :) KAUNITZ-RIETBERG.

Je vous suis très obligé mon chere prince, et je pense entièrement au sujet du Comte Ernest comme vous il est fâcheux que les hommes soient si rares adieu.

JOSEPH

KAUNITZ AN JOSEPH

du Jardin à Mariehilff le 4 Juillet 1785.

Je suis bien content de cette Lettre, que Votre Majesté a bien voulu me communiquer, elle est simple, sans exagération quelconque, par conséquent veri s ig ilium, comme dit fort bien le grand Bacon. Plut à Dieu, que l’on pût se flatter de retrouver cette bonne et grande Princesse dans ses successeurs !

Votre Majesté trouvera quelques détails sur son voyage dans les deux Lettres très-humblement ci-jointes; parmi lesquelles, ce que mande Seddeler, le Comte de Cobenzl ne le sauroit pas encore au Jour de la date de sa lettre.

Je voudrois bien que Votre Majesté, pour se bien rétablir de sa petite indisposition, se déterminât à se donner, pendant quelque teins, un peu de repos de Corps et d'esprit et je La prie de vouloir bien déférer à ce bon conseil, dicté par le sentiment.

Avec la plus profonde soumission.

(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

Je vous suis fort obligé mon cliere Prince et je tacherai en suivant vos bons conseils d'etre bientôt en état de venir vous voire c’est une toux violente et seche qui m’incommode le plus adieu.

KAUNITZ AN JOSEPH

du jardiu à Mariehilff le 17 juillet 1785.

(Dicté par S. A.)

Lorsque V. M. me fait l’honneur de me demander mon avis sur une chose quelconque, je me crois toujours fondé à supposer qu'Elle le veut sincère, sans détour et sans prévention ni vues secondes ; parceque je sais qu'Elle me connoit trop pour me faire cet honneur, si Elle en vouloit d’une autre cathégorie; et c’est en partant de là, que je prendrai la liberté de répondre au billet, dont Elle a daigné m'honorer dans la journée d'hier.

Si j'étois à la place de V. M. dans la circonstance dont il s’agit, je coinmencerois par me dire:

„J'ai obtenu une démarché très forte d’une puissance souveraine et indépendante, qu’au fond je n'étois pas en droit d’exiger d'elle et à laquelle elle auroit pu se refuser; d’ailleurs j’ai promis d'accueillir convenablement les députés qu’elle m’enverroit, et le Roi T. C. s'est rendu garant de cette promesse. 11 sera dans l'ordre par conséquent, qu'ils soient accueillis favorablement et même de mon propre intérêt que je donne tout le relief possible à leur caractère ministeriel, pour faire ressortir indirectement le dégré de f humiliation attachée à leur démarche.“ Et je concluerois d'après ce raisonnement, que je dois et qu'il me convient de les traiter avec toute la distinction possible; bien loin de vouloir avilir leur caractère, je tacherois d’en augmenter le relief et à cette fin je les traiterois en tout et partout comme des personnes publiques, députées pour l’exécution

d’une commission solemnelle par un Etat souverain, munies de pleinpouvoirs et de creditives; attendu que c’est ce qu'ils font effectivement et qiie si on ne les envisageoit pas comme tels, on ne pourroit pas même les recevoir.

Je me rappellerois qu’en occasion à peu près pareille Louis XIV très-prudemment en a usé ainsi vis-à-vis du légat du pape et des ambassadeurs extraordinaires de la République de Gênes, que par cette considération il a reçus et traités avec la plus grande distinction pendant tout le teins de leur séjour à Paris.

Tl me paroitroit par conséquent en regle et convenable de ne rien laisser à desirer sur leur réception et leur traitement, pendant qu’ils seront ici pour ne pas donner sujet

à des plaintes fondées, non seulement aux Etats Généraux, mais même au Roi T. C., pour ne pas aigrir les esprits sans nécessité et sans aucun avantage, et pour ne pas donner sujet aux malintentionnés de faire envisager ma conduite à leur égard comme une suite d'un petit ressentiment, que je regarderois comme fort au dessous de ma dignité.

Je les recevrois par conséquent conformement au caractère de députés ou envoyés extraordinaires et en tout et partout je les traiterois en conséquence non seulement à leur arrivée et au jour de leur audience, mais même pendant tout le tems de leur séjour en cette capitale et jusqu’à ce qu’ils demandent d'eux mêmes leurs lettres de recréance, sans leur en fixer le terme; attendu que cela seroit odieux et inutile, après qu'ils auront satisfait à l’objet principal de leur commission.

Pour ce qui est de la réponse que V. M. se propose de donner à Mrs. les députés le jour de leur audience, je crois devoir observer que vraisemblablement elle deviendra publique, qu’elle se trouvera dans toutes les gazettes et sera commentée à tort et à travers; et que moyennant cela, pour ne donner aucune prise, la plus courte et la plus précise sera selon moi la plus conforme à la dignité de V. M. et la moins susceptible de commentaire odieux.

A cette fin je me bornerois à dire: „que Y. M. voyoit

avec plaisir que les Etats Généraux au moyen de leur députation venoient de satisfaire à la condition préalable à tout autre arrangement, dont on étoit convenu; qu'en conséquence Elle autoriseroit incessamment son ambassadeur à Paris à reprendre la négociation, qui y étoit établie sous

Beer. Joseph II. und Kaunitz. 14

la médiation du Roi T. C.; que V. M. comptoit fermement qu'au plutôt elle parviendroit à sa conclusion et qu’Elle souhaitoit que par ce moyen on prévînt promptement toutes les suites fâcheuses, qui pourroient résulter d’un plus long délai.“

Au demeurant il est sans doute très-possible, que les Hollandois cherchent à trainer la négociation, en se promettant peut-être du bénéfice du tems et des circonstances qui peuvent en résulter des avantages que leur ne fournit pas le moment présent, et je ne vois également de moyens plus propres à renverser ce projet, qui peut-être existe, que la détermination d'une époque comme par exemple celle du dernier de septembre pour la signature effective des préliminaires et la déclaration préalable que dans le cas contraire on commencera les hostilités: bien entendu néanmoins que nous soyons assurés d’être en état de pouvoir y procéder sans nous exposer à quelque réciprocité fâcheuse de la part des Hollandois dans l’un ou l’autre des points d'attaque ou d’invasion possible. Chose que j'ignore et que je ne puis qu’abandonner au jugement supérieur de V. M., qui sait ce que je ne puis que supposer: mais même en ce cas je serois toujours du très-humble avis que ce n’est pas ici mais à Paris qu'il convient de le déclarer.

Finalement je soumets à la pénétration de V. M., s’il ne conviendroit pas, qu’ Elle adressât une lettre autographe au Roi T. C. pour l’informer de la commission exécutée à sa satisfaction vis-à-vis d’Elle par les députés de la République, pour le remercier de la preuve d’amitié qu'il Lui a donnée dans cette occasion, pour le prier de vouloir bien continuer à s’employer efficacement pour ce qui reste à

faire ; et pour y faire mention de la fixation du dernier de septembre au plus tard, qui lui paroissoit indispensable.

Je soumets tout ce qui dessus aux hautes lumières de Y. M. et j'ai l'honneur d’être avec la plus profonde soumission.

JOSEPH AN KAUNITZ

le 24 Juillet 1785.

Mon cher Prince, en vous envoyant ici le creditif de Mrs. les députés je joins en meme temps la repense exacte que je leur ai faite, afin que vous puissiez la communiquer à l'ambassadeur de France.

Mr. de Wassenaer a prononcé sa longue harangue non sans avoir été cmbarassé, mais pourtant elle est sortie toute entière. Mr. de Leiden n'a pas proféré une parole, et dès que ma réponse a été faite sans dire autre chose et sans faire aucune autre question, ces Mrs. se sont rétirés et l’audience éloit finie.

KAUNITZ AN JOSEPH

Le 6 août 1785.

V. M. ne m'ayant rien ordonné en m'envoyant la lettre de Mr. le duc de Wirtemberg qu’Elle a bien voulu me communiquer, j’ai l’honneur de la Lui renvoyer très-humblement ci-jointe.

La seule reflexion dont elle me paroit susceptible c’est, que comme il seroit désirable que nous employiassions dorénavant tous les moyens imaginables, grands et petits, propres à nous ramener tous les esprits et tous les coeurs, qui se sont éloignés de nous. La prière de Mr. le duc de Wirtemberg, que d'ailleurs je n’évalue pas plus qu’il ne vaut, pourroit peut-être mériter quelque attention de la part de Y. M. et l’engager à ne pas y regarder si près.

Je soumets néanmoins cette courte reflexion aux hautes lumières de V. M. avec le plus profond respect.

JOSEPH AN KAUNITZ

Vienne ce 26 Août 1785.

Mon cher Prince! Selon le rapport du Comte de Mercy le Courier avec les nouvelles instructions pour les Ambassadeurs hollandois à Paris devoit arriver au plus tard le 15 de ce mois, la Conference s’en sera suivie peu après, et le Comte Mercy n'aura pas manqué d’en donner part tout de suite au Gouvernement de Brusselles par le garde noble que le Cte. de Belgioioso ltfîl avoit envoyé, et par conséquent dans très peu de jc/urs nous en serons instruits ici. La raison qui m’a engagé y à vous mander, que je croyois qu’on devoit attendre l’arrivée d'un Courier, n’est pas dans l'idée que nous en apprendrons quelque chose de positif mais pour sauver, le plus que lai r e se pouira l’apparence, que les hostilités annoncées de ma paît n'etoient pas que des menaces, et que j en craignois moi-rnême la réalité. Voilà le

seul point de vue important, qui me paroit rester encore à toute celle miserable affaire avec la Hollande.

Il ne s’agit pas de moins que d’établir une fois pour toujours la considération de ma puissance, et mon honneur personnel. Vous sentes bien, que sur ce deux objets là, il faut plus sentir que calculer. Tout le monde a interprété les tergiversations, les delais, le nombre des lettres écrites et repondues dans cette affaire, comme s’il n’y avoit point de serieux de ma part, et que je ne voulois qu’intimider, et non en découdre. Le Roi de Prusse, le Ministère de France, et d autres veuillent bien me juger encore ainsi; je crois donc qu’il est de la plus grande importance pour le cas présent et pour tous les cas à venir, de les convaincre du contraire; il n’y en a qu’un seul moyen, celui de tenir ferme au terme peremtoire qui a été fixé. Il arrivera de deux choses l’une: ou les Hollandois céderont au dernier moment, ou ils ne céderont pas, dans le premier cas, tout est dit, et je n’aurai pas fait la moindre démarche douteuse à cet égard; et dans l'autre, il est bien sur, que le terme de 15 jours de plus, et peut-être un million de moins à payer ne les feront point condescendre, et cela rendra très louche le serieux de ma déclaration et de mes intentions; je crois bien au contraire que si les hostilités ont réellement lieu, que d’abord pour cet automne l’on ne se fera pas grand mal de part et d'autre, c’est peut être même le seul expédient de bien décider la Hollande à conclure, et la Fiance sera aussi beaucoup plus engagée à l’en presser, tous les deux s'imaginant encore, qu’il y aura moyen de me trainer, et de gagner du tems et des meilleurs conditions, sans que la guerre s’en suive.

La lettre que le Roi de France m’a écrite, et que vous avés vue, mon Prince, est d’un stile qui m’a paru pour nombre d’expressions, fort peu agréables savoir celle et

jugeant seulement les Etats généraux par la sincérité des dispositions, qu'ils témoignèrent pour terminer etc. et cette autre: qu’elle voudra admettre les delais que la nature des choses pourra nécessiter. Quant à la première, le Roi savoit déjà que les Ambassadeurs hollandois n’avoient pas meme d’instructions pour continuer les négociations, après qu'elles avoient été suspendues pendant deux mois; ainsi la prétendue sincérité de leurs dispositions n’est qu’une fausseté. A l’égard des autres expressions susdites, ces delais y sont énoncés si vaguement, qu’on ne peut en déduire que la plus mauvaise volonté, et qu’on ne croit point qu’il y a du serieux dans mon fait; bien au contraire à juger de l'ambiguité de ses réponses, je craindrois de sa part quelque démarché hostile, et qu’il me forcera ainsi à en passer par ce qu’il voudra.

Le Courier du Comte Mercy que nous attendons sous peu de jours, nous apportera des nouvelles qui approcheront ou éloigneront les probabilités d'un arrangement préliminaire avec la République dans le tems déterminé. Dans le premier cas, je ne vois d’autre parti à prendre, que si le tems physique manquoit absolument pour le retour d’un Courier de la Haye avant le 15. de Septembre, qu’alors Mercy soit autorisé à prendre sur lui la prolongation de quelques jours, et d’en avertir le Gouvernement de Brusselles. Dans l’autre cas, je ne vois absolument pas d’autre moyen, que de faire commencer les hostilités coûte qui coûte, et de convaincre au moins par là tout le monde du serieux de mes déclara-

tions, et en môme tems de les mettre au pied du mur, puisqu’ils devront se décider pour leur propre conduite.

Je sais fort bien que le jeu n’en vaut pas la chandele; que les avantages qu’on en pourra tirer, n’en vaudront pas la dépense; qu’il y a du risque; que les apparences politiques ne sont pas de plus favorables: mais il y a telles occasions, où il ne faut prendre conseil que de son courage; et ou cette fumée de réputation doit prévaloir sur toutes les autres considérations quelconques, parceque la valeur momentanée des Etats, en politique ne se juge que par l’Esprit et la fermete de ceux, qui en sont à la tête.

Voilà mon cher Prince, les reflexions que j’ai cru devoir vous communiquer et que vous jugerés, j’espere, après votre équité naturelle, et après l’attachement et l’amitié personnels que je vous connois pour moi.

JOSEPH

Le 27 août 1785.

(Dicté par S. A.)

Mes insistances n’ont eu et n’auront jamais pour principe et pour motif que mon zèle pour les intérêts de Votre Majesté, que je regarde comme s’ils étoient les miens; mais comme au delà des bornes tout perd son prix, je ne dois pas me permettre et ne me permettrai jamais de ne pas les respecter. C’est par ce motif que je ne prendrai plus la liberté de répliquer; et comme je n’ai que des voeux à Lui offrir, je La supplie d’être persuadée qu’ils sont au

moins bien sincères, et de vouloir bien les agréer avec bienveillance.

KAUNITZ AN JOSEPH

du Jardin à Mariehilff le 30 Août 1785.

L’Ambassadeur de France vient de m’envoyer la lettre très-humblement ci-jointe; et comme il m’a demandé une heure dans cet après-midi, si j’en apprends quelque chose qui mérite d'être portée à la connoissance de Votre Majesté, je ne manquerai pas de Lui en rendre compte avec le plus profond respect.

(Signé:) KAUNITZ-R1ETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

Je vous envois ici mon chere Prince cette lettre assés confuse de la Reine c’est une vilaine histoire que celle du prince de Rohan. Le Courier arrivé de Bruxelles nous metra au claire je n’en ai reçu qu’une petite lettre du prince Albert qui me marque avoir jugé par les raports du Comte Mercy le moment venu de faire marcher les troupes qui lui sonts assignés et qui se trouvent encore sur nos frontières ainsi que les aparences de paix s’éloignent adieu.

JOSEPH AN KAUNITZ

Vienne ce 1 Septembre 1785.

Mon cher Prince! Vous m’avés demandé ce matin combien j’avois de trouppes au pais bas; je ne m'en suis pas d'abord souvenu, même je me suis trompé dans mon calcul, mais actuellement que j'ai revu les tabelles je puis vous dire qu'avec la fin du mois de Juin l’Etat effectif en etoit de 41/m hommes, qui ira à 47/m lorsque les trouppes, que je viens de mettre en marche y seront arrivées; mais lorsque les Regiments seront entièrement complets par la recrue qu’on ne discontinue point de faire l’Etat réel montera à 54/m hommes, sans y comter l’artillerie, les pontonniers, les Mineurs, les Sappeurs et le Fuhrwesen.

(Signé:) JOSEPH.

KAUNITZ AN JOSEPH

du Jardin à Mariehilff le 19 Septembre 1785.

Il resuite de mes recherches sur l’objet de la succession ou administration dans le Duché d’Oldenburg, qu’il ne nous conste rien légalement sur ce qui a été stipulé à cet égard entre les cours de Petersbourg et de Copenhagen; mais ce qui n’est pas douteux c’ est que 1* Impératrice ainsi que le grand Prince et la grand’ Princesse de Russie sont particulièrement intéressés dans cette affaire. Et je suis de très-humble avis par conséquent, que pour ne se compromettre, ni vis-à-vis de ces deux cours, ni même

vis-à-vis de celle de Stockholm Votre Majesté pourroit, ce me semble, sauf meilleur avis, dans sa réponse au Roi de Suede, témoigner à ce Prince:

„Qu’Elle avoit été sensible à la marque de confiance qu'il Lui avoit donné par sa Lettre, et qu’Elle se feroit un plaisir d’y répondre autant qu’Elle le pourroit qu’Elle se feroit rendre Compte des détails que le chargé d’affaires de Sa Mte. Suédoise avoit ordre de communiquer à son ministère, ainsi que de ceux, que se proposoit de mettre sous ses yeux, Mr. le Prince Evêque de Lubeck, et qu’il Lui avoit déjà annoncés, mais qui ne Lui étoient point parvenus encore et qu’Elle desiroit fort que l'état des choses pût Lui permettre de donner dans cette occurrence à Sa Mte. Sued. des preuves de Sa bonne volonté pour tout ce qui pouvoit lui être agréable, ainsi que de la haute considération avec la quelle Ect.

Je soumets néanmoins ce très -humble avis au bon plaisir de Votre Majesté, avec la plus profonde soumission.

KAUNITZ-RIETBERG

APOSTILLE DES KAISERS,

Voici mon chere Prince la minute de ma lettre si vous l’approuvés je l’écrirai et vous l’enverrés pour la faire passer en Suede corigés ajoutés je vous prie tout ce que vous voudrés.

JOSEPH

KAUNITZ AN JOSEPH

Votre Majesté a eu la bonté de m’annoncer par Sa gracieuse apostille à mon très-humble billet du 12 de ce mois, qu’Elle me communiqueroit la réponse qu'Elle se proposoit de faire à l’Impératrice de Russie; Elle a bien voulu ajouter, que si je la trouvois bonne, je pourrois la faire passer ou par le courier du prince Galitzin ou par un Courier exprès en Russie; et Elle a daigné s’enoncer dans les mêmes termes par le billet allemand qui accompagnoit cette communication effective. En conséquence je dois à Votre Majesté, de Lui en dire respectueusement ma pensée.

Je l’ai trouvée parfaitement bien relativement à l’impression, qu’a faite à Votre Majesté celle, à laquelle elle est destinée à devoir servir de réponse. Mais j’avoue à Votre Majesté, que, lue et relue de sang froid, elle m’en a fait une toute différente.

L’Impératrice informe Votre Majesté après un détail préalable, qui étoit indispensable pour l’intelligence de ce qu’elle avoit à Lui dire et à Lui demander: „que la cour de Versailles, apparemment, dit-elle, dans l’intention de prévenir les suites sérieuses, que la presente contestation pourroit entrainer, Lui avoit offert ses bons offices, non pas sa médiation pour la terminer; qu’elle avoit jugé devoir les accepter, parceque, dit-elle, si les démarchés de la France seront sincères, il n’y a pas à douter, que son influence à la Porte ne puisse faire cet effet; mais que, comme elle étoit persuadée que ses intentions feront doublement leur effet, si elles sont encore secondées par celles de

Votre Majesté, elle les Lui demande avec instances etc., et que c’est à l’amitié active et obligeante de Votre Majesté qu’elle défère le soin de ses intérêts.

Elle finit en Lui protestant, „qu’elle est persuadée, que Ses sentimens à son égard ne pourront jamais varier,“ et en L’assurant, „que les siens pour Votre Majesté porteront constamment la même empreinte de sincérité.“

Dans tout cela, qui est énoncé d’ailleurs dans des termes pleins d’égards et très-affectueux, il n’y a rien, ce me semble, non seulement de reprocliable, mais il seroit fâcheux même, à mon très-humble avis, pour nous, que l’ Impératrice n’eut point accepté des bons offices, qu’elle n’a pas demandés, mais qui Lui ont été offerts, qu’elle s’est contentée d’accepter; qu’honnêtement elle n’auroit pas même pu refuser, et qui peuvent d’ailleurs, en empêchant une nouvelle rupture entre la Russie et la Porte, nous tirer de l’embarras, dans lequel elle nous mettroit, tandis que ces bons offices, qu’elle se borne à accepter de la part de la France, elles les demande avec instances à Votre Majesté.

Il n’y a rien d’irrégulier par conséquent dans cette marche, aucun manque d’égards ni de confiance, et en même tems un moyen d’empêcher une nouvelle guerre avec la Porte, qui ne peut nous convenir peut-être dans aucun tems, et beaucoup moins encore dans le moment présent.

Bref, cette lettre, qui est de six pages, avec la permission de Votre Majesté, n'a pas mérité une réponse de sept ou huit lignes, laquelle même par là fera de la peine à l’Impératrice, si elle ne fait pas pis; qui marque une petite jalousie de ce qu’elle s’est adressée à la France, qui est au dessous de Votre Majesté; qui suppose une média-

tion, dont il n'a jamais été question, et qui contient une espèce de reproche sur l'utilité, dont lui a été Votre Majesté à l’occasion de la Crimée, qu'elle n'a pas mérité jusqu’ici et qui est de la nature de ceux, qui, comme mieux que moi sait Votre Majesté, font ordinairement un mauvais effet plutôt qu'un salutaire.

Moyennant tout cela je voudrois donc, que Votre Majesté eut la bonté de faire une lettre, beaucoup moins courte, beaucoup plus amicale, et dans laquelle il n’y eut aucune de choses, que je viens d'avoir l’honneur d’observer.

Quant au Postscriptum, je pense qu’il pourroit rester comme il est, et certainement celui de l'Impératrice en mérite bien un aussi affectueux de la part de Votre Majesté, parce qu'il me paroit impossible de tourner plus délicatement et avec plus d’égards l’invitation indirecte, quelle lui fait, et dont surtout la dernière phrase me paroit remplie d'égards et presque de respect, lorsqu'elle dit:

„Je n’ose pousser plus loin mes espérances, mais j'ai cru de mon devoir de faire part à Votre Majesté de mes arrangements.“

Il est du mien de dire respectueusement à Votre Majesté ce que je pense, lorsqu’ Elle me l’ordonne. J’ai cru que je devois prendre la liberté, parce qu’il me semble, que rien ne presse pour cette réponse, et je baise les mains à Votre Majesté aves la plus profonde soumission.

(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.

Du jardin à MariehilfF le 20 septembre 1785.

APOSTILLE DES KAISERS.

Je vous suis obligé, mon prince, de la confiance, avec laquelle vous m’avés fait connoitre votre opinion sur ma lettre; je viens de la changer et vous la renvoyé ici toute faite avec la copie. J'y ai omis soigneusement tout ce qui a trait à la France, et comme il ne s'agissoit que de dire Amen à ce que T Impératrice demande, et qu'elle en explique les raisons dans sa longue lettre, je n'ai pu être plus long dans la mienne. Compter les lignes ne peut être que l'affaire des amans transis ou des enfans. Je vous prie donc de faire passer maintenant cette lettre avec celle à LL. AA. I. I. à sa destination.

(Signé:) JOSEPH.

KAUNITZ AN JOSEPH

le 20 Septembre 1785.

Votre Majesté verra par les lettres trés-humblement ci-jointes des Comtes de Mercy et de Belgiojoso, que le premier a eu le 10 au matin le garde noble que nous lui avions dépéché le 2, avec les instructions finales in pessimum, et que voyant l'impossibilité d’une conclusion quelconque jusqu'au terme du 15, il avoit jugé ne pas devoir différer à faire usage du pouvoir, que lui avoit donné Votre Majesté de faire retarder de huit jours le Commencement effectif des hostilités, sans s’y être engagé néanmoins vis à vis des Ambassadeurs hollandois.

D’aujourd’huy en huit d'après la Lettre du Cte. de Mercy, nous pouvons compter sur un Courier de sa part, et Votre Majesté verra moyennant toutes ces données, et la vraisemblance d’une conclusion, si Elle ne jugera pas à propos de suspendre jusqu’au 28 le payement et le départ des Voituriers.

Avec la plus profonde soumission.

(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

Comme je vois par cette relation qu’on est encore bien loin de compte je verrai si le retard du départ ne sera pas plus coûteux que si on laissoit partir tout le train devant payer les journées d’attente aux voituriers adieu voici ma lettre pour le Roi de Suede.

KAUNITZ AN JOSEPH, du Jardin à Mariehilff le 27 Septembre 1785.

Le Prince de Galitzin vient de m’envoyer tout à l’heure, avec la dépêche du Comte de Cobenzl, la Lettre autographe de T Impératrice de Russie très-humblement ci-jointe.

Après la lecture rapide de la dépêche de l’Ambassadeur de Votre Majesté, la seule observation que je croye pouvoir faire, c’est: que s'il est vrai que l'on a pû se servir de la dénomination d’Ami et Allié en parlant du Roi de Prusse, il n'en est pas moins vrai qu'on auroit pû s’en dispenser. Avec la plus profonde soumission

(Signé:) KAUNITZ.

APOSTILLE DES KAISERS.

Mon chere Prince je vous envoyé ici la lettre de T Impératrice dans la quelle il y a quelques expressions surtout au sujet de l'Angleterre de quelque considération, en meme temps je profite de cette occasion pour vous témoigner combien la fete qu'on célébré aujourd'hui m’intéresse et les voeux sincères que je forme pour tout ce qui peut vous être agréable; quant à ma reconnaissance estime, confiance et amitié vous voudrés bien etre persuadé que tant que je sentirai, et réfléchirai elles vous seronts dues adieu.

KAUNITZ AN JOSEPH

Le 28 septembre 1785.

Il est certain, que l'Angleterre par elle même ni en paix ni en guerre ne peut nous faire aucun bien au moins proportionné à celui que nous retirons de notre alliance avec la France, et en échangé de part et par la voie de l'Electeur de Hannovre elle vient de nous faire tout le mal, qui pouvoit dépendre d'elle dans le moment présent, en attendant celui quelle a pris l'engagement de nous faire à l'avenir. J'avoue, que je ne vois pas trop moyennant ces faits incontestables les ménagemens et les bons procédés qu elle peut mériter de notre part. Mais il faudra voir cependant pour obliger l'Impératrice de Russie les propos, que sans affectation nous pourrons employer vis-à-vis de la Grande-Bretagne sans nous compromettre vis-à-vis de

la France, avec laquelle on désire si fort nous brôuiller, que certainement l'on n’y manqueroit pas, si nous en fournissions l’occasion le moins du monde.

La lettre de l’Impératrice est d’ailleurs bien sensée et d'une amie sincère et véritable.

Je suis pénétré de la plus respectueuse reconnoissance des termes pleins de bonté, avec lesquels V. M. a daigné accompagner l'apostille autographe, dont Elle a honoré mon billet. Je tâcherai de mériter la continuation de sa bienveillance par la persévérance de mon zèle pour ses intérêts et de mon attachement pour sa personne.

Avec la plus profonde soumisssion . . .

KAUNITZ AN JOSEPH

29 Septembre 1785.

Votre Majesté ne s'est pas rappellé sans doute ce que mande, au sujet du progrès de la Ligue Herzberg à Hoffenfels paga 2da dans sa lettre ci -jointe, et moyennant cela comme l’énoncé de celle de votre Majesté ne seroit pas exact, il semble qu'il faudroit dire au contraire.

„Elle fait parler ses Ministres en Empire au sujet de la Ligue prussienne qui fait des progrès par un aveuglement inconcevable; et je me flatte qu’également ce ne sera pas sans effet. V. M. I. étend même à mon égard son Amitié.44

En ce cas il paroit qu'il faudroit supprimer le passage sousligné, et c’est pour obéir aux ordres de Votre Majesté que je fais cette observation.

Avec la plus profonde soumission.

B e er, Joseph II. und Kaunitz.

APOSTILLE DES KAISERS.

Je vous suis obligé mon chere Prince et j'ai corrigé la lettre en conséquence.

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne, le 28 Octobre 1785.

Votre Majesté a eu la bonté de vouloir bien contribuer au petit nombre d’amusemens, qui restent à un Viellard, en me gratifiant de deux des poulains de son haras, qui viennent d’arriver en dernier lieu. Ma façon de penser me rendra toujours très sensible à de pareilles marques de la Bienveillance particulière de Votre Majesté.

En conséquence je l’ai été infiniment de celle qu’Elle a daigné me donner dans cette occasion, et je La supplie de vouloir bien agréer mes très-humbles remercimens.

Avec la plus profonde soumission.

(Signé:) KAUNITZ.

APOSTILLE DES KAISERS.

Si il etoit aussi sure que ces deux cheveaux réussissent, a vous etre d’agremens, que l’est le plaisir que j’ai eu de vous les donner, je serais parfaitement content et croyés mon chere prince invariable en moi le désir de vous témoigner mon amitié et celui de mériter la votre adieu.

KAUNLTZ AN JOSEPH.

Vienne le 29 Octobre 1785.

Le Prince de Galitzin nous a remis aujourd’huy les présents, que lui a envoyés l'Impératrice pour être distribués conformement à ses intentions. Celui qui me concerne et qui consiste dans le recueil de T histoire métallurgique de l’Empire Russe, et que j’ai reçu à titre du présent d’usage en pareils cas, j'aurai l'honneur de l’envoyer à Votre Majesté, dez que j’aurai eu le tems de faire raccomoder quelque petite dégradation qu’il a essuyé par les secousses de la Calèche du Courier russe qui Ta apporté; et pour les autres qui regardent la personne du Vice Chancelier et le Bureau, le Cte. de C&benzl aura l’honneur de les mettre sous les yeux de Votre Majesté.

Avec la plus profonde soumission.

APOSTILLE DES KAISERS.

Je vous prie d’accepter ce present et de le faire accepter aussi a Cobentzell et aux employés du departement.

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne le 18/19 Novembre 1785.

Je suis bien aise qu’en fin Votre Majesté n'entendra plus parler de ce bien heureux Traité, qui a été signé finalement à Fontainebleau le 8 du Courant, ainsi qu'immédiatement après le 10, celui du Roi T. C. avec les Etats Généraux.

Le Cte. de Mercy avec zele et dextérité a certainement fait tout ce qu’il étoit possible de faire, et il me semble qu’ainsi qu’à tous égards il mérite d’étre approuvé et loué, Votre Majesté peut être satisfaite d’un arrangement par le quel il a été pourvu à Sa dignité et autant que possible même à son intérêt.

Je prends la liberté de Lui en faire mon très-humble compliment et je La supplie de vouloir bien l’agréer.

(Signé:) KAUNITZ.

APOSTILLE DES KAISERS.

Je suis charmé que cette désagréable affaire soit finie et certainement le Comte Mercy s’y est très bien pris je crois qu’il faudroit envoyer tout de suite un Courier en Russie ou je dois sans cella encore une réponse adieu.

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne le 27 Janvier 1786.

J’ai eu l’honneur d’informer Votre Majesté dez le mois de Novembre dernier de l’envoy, que Mr. de Königsegg m’avoit mandé avoir adressé à Ostende; et du depuis il m’a informé qu’il en avoit adressé un autre à Trieste; mais je n’ai jusqu’à ce Jour aucune nouvelle de leur arrivée dans les ports susdits, ni de l’un ni de l’autre. J’ai écrit cependant tant à Ostende qu’a Trieste, qu’on eut soin de m’en informer dez quon seroit dans le cas de le pouvoir, et aussitôt qu’il me sera parvenu quelques Notions à cet égard, je ne manquerai pas de les porter à la Connoissance de Votre Majesté.

En attendant je prends la liberté de demander à Votre Majesté la permission de pouvoir envoyer à Raner, que je sais Lui avoir demandé des Chevaux l’un des deux dont Votre Majesté a bien voulu me gratifier en dernier lieu, qu'il sera bien aise d’avoir, et qui sera réellement plus propre à son usage qu’au mien. Je Lui demande même une fois pour toutes la permission de pouvoir en user ainsi,

toutes les fois que Votre Majesté pourroit avoir la bonté de me gratifier de quelque Cheval des ses haras qu’après quelque tems je verrois ne pas devoir tourner de façon à pouvoir devenir propre à mon usage.

Je Lui baise les mains avec la plus profonde soumission.

(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

Je vous suis bien obligé mon cher prince que vous ayies pris information de la caisse qui doit etre en chemin, pour moi, pour les cheveaux vous avez mis trop de délicatesse en les faisant passer au manege de Raner, ils etoient à vous, et je voudrois seulement, que mes haras en fournissent propre a vous faire plaisir, adieu.

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne le 31 Janvier 1786.

Je sais que les plantations, surtout de plantes exotiques intéressent Votre Majesté, et je crois pouvoir prendre la liberté moyennant cela de Lui envoyer ce qu’ Elle verra sur l’étiquette du petit paquet très -humblement ci-joint. Son brave Maitre Jardinier Scott fera certainement avec zele et jugement des expériences avec ces semences, qu’il conviendra de planter en plein air dans la plaine ainsi que sur des hauteurs, et dans des terres différentes; afin de voir s’il est possible d’en faire un Arbre de nos forets, ce qui

seroit assurément très-important. Je supplie Votre Majesté cTexcuser la liberté que je prends et je Lui baise les mains.

KAUNITZ-RIETBERG

APOSTILLE DES KAISERS.

Je vous suis très obligé mon chere prince pour ces semences je les ai tout de suite envoyé à Van der Schott.

(Signé:) JOSEPH.

Mariahilff le 28 Juin 1786.

Faute de nouvelles quelconques relatives aux affaires étrangères qui puissent mériter l’attention de Votre Majesté, je ne puis avoir l’honneur de Lui mander que l’arrivée du Nouvel Ambassadeur de Venise, qui m’a remis selon l'usage la Copie de ses Lettres de Creance, et attendant l’honneur de pouvoir en présenter l’original à Votre Majesté, ainsi que celle du nouveau Ministre de la Republique de Provinces unies, qui s’est acquitté de même de ce devoir préalable. Et pour ce qui est du personnel de l'un et de l'autre tout ce que je puis en rapporter à Votre Majesté, c’est qu’ils me paroissent de ces Gens dont il n'y a rien à dire.

Je suis affligé de n'avoir pas la moindre nouvelle de la personne de Votre Majesté depuis son départ, parce que certainement dans toute la Monarchie personne ne Lui est

plus tendrement attaché que moi. Je Lui demande donc pour la suite de Son absence la faveur d’ordonner à l’un de ses secrétaires de m’écrire au moins une fois par semaine: „L’Empereur se porte bien, il ne Lui est rien arrivé de fâcheux, ni d’extraordinaire jusqu’à ce Jour, Il est arrivé ici le tantieme et II part le tantieme pour Se rendre en tel lieu où II sera un tel jour.« Cela ne sera pas bien peinible et sera une Consolation pour son ancien et bon serviteur.

(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

Bien obligé mon chere Prince de votre interest je me porte à merveille et la fatigue est devenue medicine pour moi, je vous joins ici ma marche route et mes séjours, je ne puis guere m’en ecarter vu que les camps sonts disposés en conséquence, adieu portes vous bien à revoir avec bien du plaisir.

JOSEPH AN KAUNITZ

Hermamistadt le 18 Juill. 1786.

Mon cher Prince de Kaunitz, Vous voulés savoir de mes nouvelles et c'est avec plaisir que je vous en donne, mais je ne puis vous parler d’objets intéressants puisque l'heureuse tranquillité qui regne n’en offre point. Je suis

depuis deux jours ici à Hermanstadt, où je suis arrivé à point nommé, c’est à dire, le 16, ainsi que je Pavois marqué, mais non sans avoir eu à lutter contre toutes les difficultés qu'un temps orageux et une pluye continuelle avoient fait naitre sous mes pas, les eaux débordées ont rendu impracticable les chemins qui n’en portent que le nom sans en avoir la moindre qualité, je n’aurois pû les franchir sans une douzaine de boeufs attachés à ma voiture, et qui ont fait ma seule ressource, néanmoins nous nous portons bien, et il ne me reste que le regret de ne pouvoir travailler ici avec la troupe, comme je le désirerois, le terrein destiné aux manoeuvres se trouvant entièrement spongieux dont les Cheveaux de la Cavalerie ne peuvent se tirer.

Je ne vous parlerai pas des affaires du Gouvernement d’ici. Le sistéme y existe encore de dire à tout oui et de ne chercher qua susciter des entraves et difficultés pour que rien ne se fasse. Je m’apprête à leur donner quelques avis salutaires au moment de mon départ et s’ils ne font l'effet désiré, je m’en tiendrai au Chef, car je lui ai donné assés d’autorité pour se choisir les Sujets propres à faire aller la besogne.

Adieu, mon cher Prince, portés vous bien. Je parts dans un couple de jours et ce sera par le premier Courier, que je vous ferai savoir de mes nouvelles ultérieures.

JOSEPH AN KAUNITZ

Snyatin. ce 28 Juillet 1786.

Mon cher Prince de Kannitz. En vous envoyant les Lettres ci-jointes par Bonne, Bruxelles et Paris, je vous prie de les faire partir tout de suite par un Courier, puisque mon frère Ferdinand qui souhaiteroit de venir me voir à Vienne, est pressé d'en avoir la réponse, renfermée dans la Lettre pour mon frère T Electeur. C’est en même tems une attention, que je veux témoigner au Roi en lui faisant parvenir sans retard mes Complimens sur l’heureuse délivrance de la Reine.

Je me trouve dans ce moment ici à Snyatin. Ce n'est pas sans peines que j'ai passé la Transilvanie et la Buccowine pour me rendre ici. les pluyes continuelles avoient rendu les chemins impracticables. Plusieurs de ma suite ont été attaqués de la fievre. Quant à moi ce n’est qu’à l’epaule gauche que je me sens depuis plusieurs jours un peu de Rnumatisme qui comme vous savez est plutôt une incommodité qu’un mal, aussi ne m’empeche-t-il pas de vaquer a tout pendant le jour, mais il me devient fort incommode pendant la nuit. Je compte qu'avec de la Flanelle bleue et surtout avec une grande dose de patience et en tachant d'oublier que ce mal existe, je parviendrai à m’en debarasser.

Adieu mon cher Prince, portés vous bien, et soyés persuadé de tous les sentiments d’amitié avec lesquels je suis

(Signé:) Votre très affectioné JOSEPH.

Suuiow ce I Août 1786.

Mon cher Prince de Kaunitz. J'ai reçu avec bien de la satisfaction votre Lettre du 26 Juillet, les sentimens d'interet et d'amitié que vous m'y témoignés , me sont chers. Je suis actuellement au Camp de Suniow en Gallicie et aussitôt, que j’en aurai achevé les Exercices je me transporterai à Leopol pour y rester 5 ou 6 jours, et me rendre ensuite au Camp de Pesth.

Les plaintes que je vous ai faites à Hermannstadt je pourrois vous les renouveller de même ici. Vous voulez savoir les raisons pourquoi j'ai tant de peines à faire exécuter mes idées, je ne puis vous en citer d’autres si non que par une suite du caractère national ou de l’Education on ne trouve dans la plupart des Employés ni energie ni attachement pour ce que ce soit, ils ne travaillent absolument qu’autant qu’il faut pour ne pas être cassés aux gages, ils ne spéculent qu’à faire naître des difficultés ou à troubler et suspendre l’execution des Ordonnances, s'il n'y avoit que les gens en place qui eussent cette façon de penser, on pourroit les renvoyer et les remplacer par d'autres, mais cela est malheureusement si général , qu’on ne sait ou prendre du mieux. Enfin mon cher Prince, il faut ramer à cet Galère tant que cela dure, peut-etre, qu’a force de battre à la meme place il en naîtra pourtant quelque chose.

Mon Rhumatisme dont je vous ai parlé, me fait moins souffrir la nuit, mais ne m’a pas encore quitté au point,

que je suis obligé de mener mon cheval avec la main droite, j'ai cependant lieu d’espérer que quand les chaleurs que nous attendons depuis longtems, surviendront à la fin, je me rétablirai plus facilement par des bonnes transpirations.

Adieu mon cher Prince, je vous reitère avec plaisir des assurances de mon amitié.

JOSEPH AN KAUNITZ

Leopol ce 9 Août 1786.

Mon cher Prinze de Kaunitz. Comme vous voulés de mes nouvelles je vous dirai que je parts dans ce moment pour Pesth où je compte arriver le 13 où le 14.

Mon Rhumatisme sans etre entièrement passé, commence à décliner et à me laisser du repos pendant la nuit.

Je vous envoyé ci joint la lettre autographe de l’ Impératrice arrivée par le dernier Courier que le Baron de Seddeler a expédié à Petersbourg. Vous y verrés qu’on ne sauroit écrire plus amicalement, mais elle n’exige point de réponse puisqu'elle en est une à deux de mes Lettres. Selon toute apparence je recevrai au premier jour l’invitation pour le voyage de Cherson. Je vous avoue que la réponse ne sera pas facile à faire mais comme il y aura encore du tems on trouvera peut -etre un prétexte honete pour

s en excuser.

Adieu mon cher Prince portés vous bien, j'espere d’avoir bientôt le plaisir de vous voir.

(Signé :) JOSEPH.

JOSEPH AN KAUNITZ

Pesth ce 15 Août 1786.

Mon cher Prince de Kaunitz. Je vous suis très obligé pour la lettre que vous venés de m’ecrire ainsi que pour les Conseils aussi justes que sages, qu'elle contient sur mon Rhumatisme. Quoiqu'en voyage j'ai suivi à peu près cett6 méthode et sans prendre aucune medicine qui auroit pu me gâter l'estomac, me portant du reste à merveille, je n’ai fait que tenir la partie plus chaudement. Cela va beaucoup mieux et il ne m'en reste que quelques ressentimens le matin en me levant.

Vous avés parfaitement bien fait en conseillant a ces trois officiers François d'aller à Pesth. Je serai charmé de les y voir, d'autant plus que je connois Mr. de Chinon et que je fais grand cas du Maréchal de Broglio.

Ce que vous me dites sur la non-execution des Ordres dont j'ai eu lieu de me plaindre, est très bien vû et ma tournée finie nous en parlerons ensemble plus à l'aise pour voir quels seroient les moyens de parvenir à ce but.

Adieu Mon cher Prince, c’est le 25 au soir, que je compte être à Laxembourg puisque le camp y commencera

le 26. Je vous réitéré avec une vraie satisfaction les assurances de ma sincère amitié.

(Signé:) JOSEPH.

KAUNITZ AN JOSEPH

par Testaffette journalière, du jardin à Mariehilff le 16 août 1786.

( Dicté par S. A.)

J’ai l' honneur de renvoyer à V. M. très-humblement ci-jointe la lettre autographe de T Impératrice de Russie, qu' Elle a daigné me communiquer, qui est joliment tournée et réellement très-amicale. V. M. a bien raison lorsqu' Elle pense que chi h à tempo h à vita, et que moyennant cela il faut espérer qu’Elle pourra trouver un prétexte honnête pour décliner la proposition d’une visite à Cherson, que je désire bien vivement qu’Elle puisse s'épargner; parceque V. M. doit à ses bons sujets et à l’humanité de mener dorénavant train qui dure et s’épargner par conséquent autant qu’Elle pourra une continuation de fatigues, qui ne laisse pas d’user, quoique plus ou moins insensiblement.

Je suis bien aise, qu’Elle m’ait trouvé un médecin raisonnable et qui au moins ne tuera pas ses malades par ses recepts; et pour ce qui est du grand trouppeau de gens de mauvaise volonté, ce sera certainement avec bien du plaisir que je chercherai avec V. M. les moyens d'en venir à bout.

Tout à l'heure nous venons d'avoir la nouvelle que contient la lettre de Rewitzky, que j’envoye en original à V. M., afin qu’Elle puisse en voir par Elle même tous les détails. Cela fait une espèce de second tome du malheureux

Damiens; niais quoiqu'il puisse en être, ce sera toujours bien fait de faire passer cette femme pour folle. L'attentat en devient toujours moins odieux; mais il est bien fâcheux cependant, que l’on voye plus souvent des horreurs dans ce siècle éclairé, que l’on n’en voyoit dans les siècles passés, je dis plus souvent, parceque d’ailleurs on en a vu malheuresement dans tous les tems.

J’attends avec impatience l'heureux moment de revoir ici V. M. selon mes voeux en parfaite santé, et je Lui baise les mains en attendant avec la plus tendre soumission.

KAUNITZ AN JOSEPH

Le 21 août 1786.

(Copie.)

Y. M. sera informée par la lettre très-humblement cijointe du prince de Reusz, que le Roi de Prusse a enfin succombé comme on avoit lieu de s'y attendre depuis quelque tems. Reste à voir actuellement, quelle sera la façon de penser de son successeur politique et morale, le genre et le degré de ses talents, son caractère et surtout les sentimens à l’égard de la cour de Vienne, qui dépendront vraisemblablement plus ou moins de l’influence, que pourront avoir dans les affaires celui ou ceux, que de preference il pourra honorer de sa confiance. Tout cela doit se voir et se verra sans doute dans peu; comme on dit, il s'ensuivra, qu’il faudra être à son égard alors comme alors, et en attendant, conformement aux très-sages instructions, que V. M. a donné d’avance au prince Reusz; comme Elle

daignera voir par sa lettre ci-jointe, il a déjà fait tout ce qu'il peut convenir de faire dans ce moment-ci; car il n’y auroit rien de pis, comme l’a très bien senti V. M., que de témoigner le moindre empressement. La conduite du nouveau Roi vis-à-vis de V. M. doit décider de la Sienne vis-à-vis de lui, et je suis bien certain, qu’ Elle saura la compasser facto et verbis, comme il conviendra pour lui faire sentir qu’il peut s’attendre à la voir répondre à ses bons procédés, mais qu’ils seront la mesure de siens. L’arrivée vraisemblablement prochaine de la notification de son avènement, la façon, dont elle sera stylée, et une lettre autographe, dont peut-être elle sera accompagnée, fourniront une première occasion à V. M. de s’expliquer directement vis-à-vis de lui, et ce sera sans doute à l’avénant de la façon, dont il se sera énoncé de son coté, ni trop ni peu, comme la sagesse de V. M. a coutume de faire dans toutes les occasions. Cette notification arrivée, il conviendra peut-être, que V. M. s’entretienne plus ou moins avec ses alliés sur l’événement de cette notification, et qu’ Elle leur communique autant que de besoin, quel est le système, qu’Elle se propose d’adopter envers le nouveau Roi. Ses ordres comme de raison seront la règle de ma conduite à cet égard, et je ne manquerai pas de m’y conformer avec la plus profonde soumission.

APOSTILLE DES KAISERS.

Mon cher Prince comme Militaire je plains la perte d'un grand homme et qui fera Epocque à jamais dans Part de la guerre, comme citoyen je regrette qu’elle est arrivée cette mort 30 années trop tard l’année, 1756 elle auroit été

autrement avantageuse qu'en 1786, je n’ai pas la moindre esperance de son successeur et tant que Herzberg sera Famé de tout il faudra s'attendre encore à pire au reste pour le moment comme vous dites très-bien il faut le voir venir et agir alors en conséquence adieu mon chere Prince croyés à ma sincere amitié et parfaite estime.

JOSEPH

KAUNITZ AN JOSEPH

Mariahilff le 21 Août 1786.

Le Prince Galitzin vient de me remettre la lettre autographe de F Impératrice, très-humblement ci-jointe, con jointement à celle du Bn, Seddeler, par laquelle je vois quel peut être à peu près le Contenu de celle de Y Impératrice à Votre Majesté.

On s'apperçoit par la démarché de la demande de la Mediation de la France, que Ton s’est un peu compromis par le haut ton, que Ton a fait prendre a Bulgakow; et que l’on cherche a present a s’en tirer comme on dit, par les Broussailles. Je ne sais ce que pourra me bégayer sur la matier6 le bon homme Galitzin qui ma annoncé qu'il m'en parleront au lieu de m'en parler tout de suite, comme j’eusse fait a sa place. Ce ne sera sans doute, que pour l’acquit de sa Conscience, et je ne m'attends pas moyennant cela a grand Chose. Quoique ce puisse être neanmoins, je ne manquerai pas, d'en rendre compte à Votre Majesté.

Cobenzl partira demain ou après demain, et indépendemment de la Punctation que je lui ai remise, dans mes

Beer, Josef 11. und Kaunitz 16

Causemens de vive voix, je lui ai recommandé entre autres, particulièrement, de tacher de pénétrer s’il est établi effectivement une Correspondance directe entre le Nouveau Roi de Prusse et le Grand prince de Russie, et quel peut en etre l’objet et l’esprit?

Le Roi de Prusse ou plutôt son enragé Pédant Herzberg, dont la façon de penser perce dans touttes les lettres, soit du Ministère, soit du Cabinet, attendra longtems, ce me semble, les propositions qu'il a la vanité de croire que Nous pourrions lui faire; mais comme politiquement il y a encore beaucoup moins loin de lui à nous, que de Nous à lui, Votre Majesté Lui prouvera sans doute par le fait, qu'il s’est lourdement trompé.

Je crois devoir mettre sous les yeux de Votre Majesté la Lettre dont je joins ici la Copie, ainsi que celle de ma réponse; parce que comme Elle connoit le local, Elle est plus en état que moi de pouvoir juger des possibilités.

J’espere que la précieuse santé de Votre Majesté est aussi bonne que je la Lui souhaite et je Lui baise les mains avec la plus profonde soumission.

KAUNITZ-R1ETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

Je vous envove ici mon cher Prince la lettre de 11mperatrice' que je vous prie de renvoyer à ma Chancellerie, quand vous n’en aurez plus besoin. Je trouve cette Requisition de bons offices après que la France est chargée de la médiation et après tout l’effet, que mes premières déclarations ont eu pour faire avoir a la Russie la Crimée fort singulière, de même que l’Invitation par Postscriptum d'aller

courir jusqu'à Kerson très cavalière, je m'en vais coucher une réponse Mon cher Prince que je vous communiquerai, et si vous la trouvéz bonne, vous la feréz passer ou par le Courier du Prince Gallizin ou par un Courier exprès en Russie, elle sera honete, courte, mais elle ne laissera pas de faire sentir à la Princesse de Zerbst Catherinisée, qu'elle doit mettre un peu plus de considération et d'Empressement pour disposer de moi. La Lettre de ce Henri Vernon est la Lettre d'un foux qui bâtit un système sur les Cartes, de cet autre foux de Mons qui reunit toutes les rivières de la Monarchie avec le doigt sur une Carte ideale.

Adieu a revoire je me porte très bien.

(Signé:) JOSEPH.

JOSEPH AN KAUNITZ

ce 20 Novembre 1786.

Je vous envoys ici mon chere Prince les lettres, que j’ai reçues de Russie, vous y verrez que l’on ne met pas même en doute mon voyage, et je n'entrevois autre moyen que celui de le faire de la façon que le Comte Cobentzell le propose scavoire d'arriver à Kiow pour le départ et de revenir à Cherson en droiture chés moi pour n'aller qu'à Kiow il fau droit faire la route pour aller et venir dans la plus mauvaise saison et je ne verais rien de cette façon le retour au moins sera bon, j'attends la dessus vos bons conseils mon cher Prince et je vous prie de me croire bien tendrement votre ami.

JOSEPH

KAUNITZ AN JOSEPH

le Novembre 1786.

Je remercie très-humblement Votre Majesté pour les Communications qu’Elle a daigné me faire, et qui ne contiennent et n'annoncent rien, ce me semble que de fort satisfaisant, au moins pendant le Regne de l'Impératrice, qui peut être très long encore, selon le Cours ordinaire de la vie, et attendu l'invraisemblence d'une de ces révolutions de teins passé dans son Empire, dans lequel elle a sçu se faire aimer et considérer, pendant que son Successeur présomptif ne l’est guères.

Votre Majesté a sçu Se faire une amie personelle de cette Princesse, Elle saura Se la conserver, et comme elle est d’un Caractère, dont on peut se promettre des grandes et rigoureuses déterminations, qui sçait le parti que peutêtre nous pourrions en tirer encore, si le tems et les Circonstances nous étoient favorables?

Ce qu’il y a de certain c’est que cette seconde entrevue, a laquelle Votre Majesté ne peut plus se refuser, sera décisive pour le reste de la vie. La première a fait complettement l'effet auquel elle etoit destinée. Votre Majesté scait .les moyens, qu’Elle y a employés et je suis trèspersuadé que cette seconde ne manquera pas de réussir de même moyennant l'employ des mêmes moyens, dont l’ expérience nous a prouvé la valeur, et si l’ Impératrice retrouve dans la façon d’être de Votre Majesté à son egard et pour le fond et pour la forme, Monsieur le Comte de Falkensteiu lorsqu’il a fait sa Conquête, ainsi que je suis très-sur. qu'elle L’y retrouvera et tout au moins.

Pour ce qui est de la façon, dont Votre Majesté pense qu Elle pourroit faire son voyage, de la maniéré la plus utile et la moins incommode, il me semble que selon sa Coutume, Elle a très bien vu à cet egard, et qu’en effet à mon très humble avis, on ne sauroit en imaginer un autre préférable.

Si j’avois vingt cinq ans de moins, je Lui demanderois la permission de raccompagner, soit pour jouir de la douce satisfaction d’etre en société avec Elle pendant un temps considérable, soit pour jouir du plaisir de pouvoir être le témoin de Sa sagesse et de Son Amabilité, dont Elle aura occasion de donner des preuves continuelles pendant son séjour auprès de l'Impératrice. A ce défaut Votre Majesté sera accompagné par mes voeux les plus ardents et les plus sincères pour Sa Conservation et Ses succès: Personne au monde n’étant plus cordialement que moi son Admirateur et puis qu’EUe veut bien me le permettre, Son Ami le plus tendre et le plus vrai.

(Signé :) K AUNITZ-RIETBERG.

KAUNITZ AN JOSEPH

Vie une, le 42 février 4787.

Chaque Jour nous rapproche du Départ de Votre Majesté; j’espere que d’ici au dit moment, il n’arrivera aucun événement qui puisse changer essentiellement l’etat actuel des choses; et dans cette supposition, je crois pouvoir présenter à Votre Majesté, dez à présent, ce qui n’étoit destiné à l'être qu’alors. J’espere qu’Elle pourra être satisfaite de la précision, et je souhaite qu’Elle puisse l’être également du fond et de la forme.

Le voyage qu’Elle va entreprendre doit nécessairement avoir des suites: elles peuvent être bonnes ou mauvaises; elles seront décisives par conséquent de façon ou d’autre relativement à l’avenir; et j’avoue moyennant cela que je ne serois pas sans inquiétude sur l'evenement avec tout autre que Votre Majesté; attendu que vestigia terrent sur ces Sortes d’entrevues, que l’on n’a gueres jamais vu réussir deux fois. Mais avec Votre Majesté je n’appréhende rien, et je me crois même fondé à me promettre de celleci, qu’elle pourra etre et sera d’une très-grande utilité.

Tout se réduit à faire en sorte que, bien loin de refroidir les sentimens personnels de T Impératrice pour Votre Majesté Elle les ranime et les augmente même s’il est possible.

Et en même tems à trouver et employer tous les moyens nécessaires pour la convaincre, qu’il est de l’intérêt essentiel de sa personne pendant sa vie, et de l'Empire de Russie à perpétuité, que la Maison d'Autriche soit et reste à jamais son principal allié; et il est certain que si on parvient à opérer ce double effet, il ne restera rien à désirer ni pour le présent, ni pour l'avenir.

Le premier de ces deux effets ne peut être opéré que par Votre Majesté Elle même, et Elle ne le manquera pas très-certainement, pourvu qu’il Lui plaise ;

de témoigner dez en arrivant à l’Impératrice le plaisir qu'Elle a de la revoir, de la façon qu’Elle jugera la plus propre à l'en persuader;

de lui dire des choses agréables et qui puissent flatter son amour propre;

de ne témoigner de la désapprobation ni sur le passé, ni sur la scene du moment ni sur ses projets à venir: la possibilité de leur exécution aussi bien étant tout au moins encore assès éloignée et assès incertaine pour que l’on puisse se dispenser de la contrarier sur ce sujet;

d'être gai et aimable dans sa société et d’avoir l'air de s’y plaire; et enfin

de lui témoigner en la quittant qu'Elle lui conservera toujours rattachement personnel le plus sincere et le plus indépendant de toute autre considération.

En un mot d’être avec elle en tout et partout Monsieur le Comte de Falkenstein de la première entrevue.

Ce premier point gagné Votre Majesté aura déjà fait beaucoup, assès même, supposé qu'Elle ne puisse pas faire mieux. Il seroit bien désirable cependant qu'Elle pût réussir aussi sur le second point. Mais cela sera moins facile; il seroit même inutile de s’en flatter, à moins que bon ne parvienne, non pas seulement à persuader, mais même à porter la persuasion jusqu’à la conviction, qui ne peut jamais être que l'ouvrage de la raison et l’effet de raisonnemens incontestables, présentés dans une liaison d'idées, impossible en simple conversation, qui n’en admet pas la Cohérence, à cause des fréquentes interruptions inévitables dans le discours.

Votre Majesté perdroit donc vraisemblablement son teins et ses peines de cette façon; et c'est ce qui m'a fait imaginer de rédiger les considérations très humblement cijointes qui n’en sont peut-être devenues que plus fortes, pour être extrêmement serrées.

Votre Majesté observera que pour ne pas nous compromettre par l'usage, qu'on pourroit en faire tôt ou tard, je les ai tournées de façon à pouvoir être censées faites à Petersbourg aussi bien qu'à Vienne, et il me semble que si elles ne font pas l’impression, qu’elles me paroitroient devoir faire, il faut que ce soit la chose impossible.

Je crois que Votre Majesté feroit bien de ne point parler d'affaires à 1‘ Impératrice pendant son séjour, à moins qu'elle ne Lui en parle la première; mais je crois en même tems qu'il conviendroit de lui remettre ces considérations la Veille ou l avant veille de son départ, en lui témoignant

que ce n'est que par discrétion qu'Elle ne lui a point parlé politique pendant son séjour, et pour lui prouver qu'Elle n'étoit. pas venue pour cela; mais qu'Elle croioit en échange devoir lui confier ces considérations, afin qu’elle vît que Votre Majesté n'en étoit pas moins constamment occupée de ce qu'Elle croioit être de l’intérêt commun des deux Monarchies; qu'Elle la prioit de les honorer de son attention, et qu'Elle desiroit vivement avoir pensé comme elle à ce sujet; ainsi que d’apprendre par la suite à sa commodité son opinion à cet égard.

Peut-etre pourra-t-il être question de l’échange de la Bavière, et en ce cas, Votre Majesté pourroit laisser également à l’ Impératrice la Copie de la Lettre ci-jointe, sur cet objet; afin qu’il ne puisse pas lui rester le moindre doute ni sur la simplicité et équité de la proposition que l’on en a faite dans le tems, ni sur l’équité de la façon dont Elle pense et raisonne actuellement sur cet objet.

La confédération germanique, supposé que l’on en parle, il me semble qu’il conviendra de la faire envisager pour ce quelle est, c'est à dire, comme une des choses les plus haineuses, qu’ait imaginé la mauvaise volonté de la cour de Berlin, qu’il ne faut pas perdre de vue, et qu'il convient, si on ne peut pas la détruire, de l’affaiblir au moins autant que l’on pourra, en en détachant quelques uns de ses membres.

Je ne dirai rien à Votre Majesté ni sur le mariage ni sur l’établissement de l'Archiduc François; parceque je n'ai aucune connoissance de ses intentions à cet égard; et il ne me reste par conséquent qu’à La supplier de vouloir bien accueillir avec bonté ce petit travail, et qu’à Lui souhaiter

du fond de mon coeur un bon et heureux voyage ainsi qu'un prompt et heureux retour.

Avec la plus profonde soumission.

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne, le 16 Mars 1787.

L’ambassadeur de France vient de me remettre la copie très-humblement ci-jointe. Je lui ai dit, que je prendrois les ordres de Votre Majesté, et préalablement, que j’étois bien aise que l'on ait chargé Mr. de Segur de faire des représentations directes, comme il étoit dans l’ordre et dans la regle; que j’esperois qu’elles suffiroient; mais qu’en tout cas j’avois lieu de croire que Votre Majesté, qui concoureroit toujours volontiers avec le Roi à tout ce qui pouvoit contribuer au maintien de la tranquillité, se prêteroit avec plaisir à la réquisition que lui fesoit le Roi Très-Chrétien dans cette occasion, ainsi que dans toute autre de ce genre, s’il en étoit besoin; mais que je lui ferois connoitre ministériellement les intentions de Votre Majesté, après qu’Elle m’en auroit donné l'Ordre, qu’en conséquence je La supplie avec la plus profonde soumission de vouloir bien me faire parvenir.

(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

Votre réponse a l’ambassadeur de France est parfaite, et dans le meme sens par le Courier mensuel qui va partir,

vous pourrés charger le Comte de Mercy d’en parler a M. de Montmorin.

JOSEPH

KAUNITZ AN JOSEPH

n. März 1787.

Allergnädigster Herr! Ich betrachte Eurer Majestät antwortschreiben an den Hrn. Landgrafen von Hessen Kassel als eine Piece, welche vermuthlich, wenigstens dem Berliner und Hanövrischen Höfen, mitgetheilt werden wird; und in diesem Gesichtspunkte, so bald ich nach Euerer Majestät allerhöchstem Willen, meine aufrichtige Wohlmeinung über den mir allergnädigst mitgetheilten Entwurf derselben äussern soll, kann ich allem nterthänigst nicht bergen, dass dieselbe nach meinen Begriffen so eingerichtet seyn muss, dass sie unmöglich missdeutet noch missbrauchet werden könne, und dass ich folglich, an Eurer Majestät Stelle, die ganze von mir unterstrichene Passage weglassen würde; weil sie ganz sicher als ein neuer Beweis des seit kurzem erst wieder so unverschämt als falschen neuen Lärmens aller Orten würde missbrauchet werden, und nicht nur den geringsten Nutzen schaffen, sondern vielmehr zu Erneuerung und Vermehrung des allgemein erregten Misstrauens, und zu ferner weiten Gegenmassnelimungen vielleicht Anlass geben würde; ja, es dürfte wohl gar was von dem Austausche erwähnet wird, als die Würkung eines noch überbleibenden kleinen Grolls angegeben werden wollen, welches Euerer Majestät erhabenen Gesinnungen und Würde nicht angemessen wäre.

Jedoch unterwerfe ich die Beurtheilung dieser unmassgeblichen Erinnerung Euerer Majestät mir mehr wie jedem anderen bekannten Weisheit

in tiefster Unterthänigkeit

KAUNITZ-RIETBERG

APOSTILLE DES KAISERS.

In Gemässheit Ihres Einrathens habe Ich Meine Antwort an den Landgrafen mit den angetragenen Veränderungen dem Füi steil Colloredo zur weitern Beförderung zugestellt und ihm zugleich aufgetragen, dass, nachdem Ich den Befehl an Reichshofrathspräsidenten erlassen, bevor in dieser Sache etwas verfügt werde, Mir das Reichshofrathsgutachten zu erstatten, Graf Trauttmannsdorf dieses Benehmen als eine besondere Rücksicht für den Landgrafen gelten zu machen habe.

(Signé:) JOSEPH.

Allerunter thänigstes Postskript.

Ich erachte den Vortrag des Reichs vice Kanzlers Eurer Maj. ohne weitern für dermalen remittiren zu sollen, weil ich glaube, dass vor allem die Wirkung Eurer Majestät Handschreibens so wie des Königl. Preussischen an den Hm. Landgrafen abzuwarten räthlich seyn därfte, und bis dahin im Falle Euer Maj. doch einige Rücksicht für den Hrn. Landgrafen zu haben geneigt wären, allein mit allen Verfügungen von Seite des Reichshofraths zurückzuhalten,

und die Gesinnung Eurer Maj. brevi manu dem Reichshofraths-Präsidenten zu insinuiren wäre.

KAUNITZ AN JOSEPH

Vienne, le 10 Avril 1787.

Mon cher Maître, Mon Héros! disoit souvent le Duc de Sully à Henri quatre dans l’épanchement de son Coeur; et je trouve ces douces expressions si parfaitement conformes aux sentimens du mien pour Votre Majesté, que Je La prie de me permettre de m’en servir, quelques fois au moins, vis-à-vis d’Elle ; et même dez ce moment ci pour Lui souhaiter du fond de mon ame encore une fois un bon voyage et un prompt et heureux retour, et La supplier en même tems d’avoir la bonté de m'envoyer Sa Marcheroute, afin que je puisse ne jamais La perdre de vue, ainsi que de vouloir bien ne pas oublier de me fair6 donner fréquemment par quelqu’un de ses secrétaires des nouvelles des progrès de son Voyage, et surtout de l’etat de Sa précieuse Santé, dont je La prie instamment encore une fois de vouloir bien avoir tout le soin possible.

Que Votre Majesté ayt la bonté d’agréer les voeux que je fais pour cet effet, et qu’Elle me permette de Lui baiser les mains, avec la plus vive tendresse.

(Signé:) K AUNITZ-RIE TBERG.

APOSTILLE DES KAISERS.

Touché mon chere prince de votre interest et flatté de votre amitié je vous en remercie et en vous joignant

ici les stations que je compte faire, je vous assure de toute mon amitié a revoire le plustot vaudra le mieux.

JOSEPH

JOSEPH AN KAUNITZ

Lemberg, le 26 Avril 1787.

Mon cher Prince de Kaunitz! J’ai tardé jusqu’à present à vous écrire, n’ayant lien eu a vous mander et me trouvant toujours dang l’incertitude sur mon départ pour Cherson. J’ai fait heureusement le voyage jusqu’ici et ma santé à la quelle vous voulés bien vous intéresser se soutient parfaitement et je partage ici mon tems entre les occupations journalières et les differens objets et les nouvelles institutions que je vais voir, mais qui se trouvent encore dans le Berceau.

Je n'ai jusqu'ici aucune nouvelle positive du Comte de Cobenzl sur le départ de l'Imperatrice pour Cherson, mais je l’attends d’un moment à l’autre. Je prévois que cela me mènera plus loin que je voudrois' et que je ne pourrai gueres revenir aussi vite à Vienne que si les choses se fussent suivies, ainsi que je l’avois cru.

Tous ceux 'qui reviennent de Kiow et Kaniew, comme les deux de Ligne et Dillon, assurent qu’on s’y ennuie a mourir et que le Roi de Pologne est niché depuis 6 semaines dans une maison de bois avec 4 messieurs pour toute ressource à attendre l’Imperatrice et sans prendre sur lui d’aller à Kiow.

Dés que je recevrai des nouvelles du Comte de Cobenzl, vous en serés instruit, mon cher Prince; recevés en attendant les assurances de mon amitié.

P. S. Je vous prie d’expedier le Courier, par Bruxelles à Paris, et j’envoie à cet effet par ce même ordinaire mes lettres à ma sécrétai rerie.

JOSEPH AN KAUNITZ

Lemberg, ce 29 Avril 4787.

Mon cher Prince de Kaunitz; Ayant reçu par un Courier du Comte de Cobenzl les dépêches ci-jointes et le jour du départ de l' Impératrice étant enfin fixé au 3 Mai; je fais partir ce Paquet par Estaffete et vous envoie en même tems la Liste des Couchées que je compte de faire de Brody à Cherson. Je pourrois tout au plus être retardé dun j ouipar les mauvais chemins; mais j'arriverai toujours assés à tems pour v être avant l'Impératrice.

Je viens de renvoier un Courier au Comte de Cobenzl avec une petite Lettre d'amitié pour 1‘ Impératrice, afin qu'il en ait un pour me l’envoier de Krementscha.

Comme j'ai encore 7 jours par devers moi, je vais partir demain pour une petite tournée en Podolie jusqu'au Niester pour y voir les dispositions du Prince de Nassau pour la navigation.

Ma santé est toujours fort bonne. La saison continue à être très rude dans ce pays-ci, et l'on n"y voit encore la moindre verdure; les vents froids me rendent pourtant le service de secher les chemins, ce dont j’aurai grand besoin. Si vous avés, mon cher Prince, quelque chose de pressant à me faire parvenir, je vous prie d’en avertir ma Sécrétairerie pour qu’elle expédie aussitôt un Garde à Lemberg où je laisserai 3 ou 4 autres couriers uniquement destinés à m’apporter les dépêches qui y viennent par la Journalière ainsi qu’a relever les gardes qui pourroient m'être envoiés de Vienne, de manière que les Courses leur deviendront moins fatiguantes.

Adieu, mon cher Piince, soyés toujours persuadé de ma parfaite amitié et estime.

(Signé:) JOSEPH.

JOSEPH AN KAUNITZ

Brody ce 7 mai 1787.

Mon cher prince de Kaunitz. C’est aux extrémités de mes frontières et prêt a les passer de Brody, cette Jerusalem moderne, ou il y a 18 mille juifs, que je ne puis me refuser le plaisir de vous dire encore un petit mot.

J’ai reçu par les deux couriers, que le comte de Cobenzl m’a envoïés, successivement deux lettres de l’Impératrice très amicales, mais tout-à-fait indifférentes quant aux affaires. En attendant j’ai bien mâché ma besoigne et je suis rempli des vérités incontestables, contenues dans les

deux précis que \ous m'avés fait l’amitié de me donner de façon que je crois impossible de ne pas en convaincre le plus incrédule, si je me trouvois dans le cas d’en parler.

Ma santé à laquelle vous vous intéressés, mon cher prince, est très bonne jusqu’à présent. Je parts demain pour continuer la route que je vous ai communiquée, et me trouver le 14 ou le 15 à Cherson où l’ Impératrice arrivera vers le 17 ou 18 mai. Le tems me favorise assés, il y a parfois des pluyes d'orage sans que les chemins en soient gâtés; mais la saison ne laisse pas d'être fort reculée dans ce païs ci, où les arbres ne sont pas encore verts, et ce n’est que depuis peu qu'on y ensemence l’orge et l’avoine.

Mr. de Gallo, ministre de Naples, a fait grande diligence, car il est arrivé le 4 à Leopol, n’etant parti de Vienne que le 29 avril, sans s’arrêter nulle part. Je Fai encore vu et il m'a remis ses lettres de créances que vous recevrés par ma sécretairerie. Tl me paroit un assés joli jeune homme. Je l'ai trouvé lui-même fort surpris de sa commission d'aller complimenter l'Impératrice à Cherson. Il auroit bien voulu être des nôtres; mais cela n'etant pas possible, il prendra une autre route par Constantinow qu’on dit plus courte, mais où Ton ne trouve ni chevaux ni gîtes; d’ailleurs je ne sais comment il s'en tirera avec une immense berline à quatre places, très haute a l Angloise et fort chargée, avec deux autres calèches, dans l’une desquelles se trouve le nouveau consul que la cour de Naples envoie résider a Cherson. Il a été fort surpris de la demande que je lui ai faite, ce que ce consul y fera? Puisque ces messieurs ne se trouvent ordinairement dans les ports que pour

y protéger les marchands et le pavillon de leurs nations.

Beer, Joseph II. und Kaunitz. 17

Or, autant que je sache, il n’y a aucun négociant napolitain d’établi à Cherson et il n'y en aura peut-etre jamais; tout le monde sait d’ailleurs que leur pavillon ne peut naviguer sur la Mer Noire. Voilà donc encore une fois que ces bonnes gens agissent sans avoir éclairci le fait.

Adieu, mon cher prince, portés vous bien, ainsi que je le désire, vous n’aurés peut-être pas de 4 semaines de mes nouvelles, vu l’eloignement dans le quel je me trouverai, mais que votre amitié ne s’en inquiète point, et croies qu’en quelque lieu du monde que je me trouve, je vous conserverai inaltérablement les sentimens d'amitié et d’éstime que vous me connoissés.

(Signé:) JOSEPH.

KAUNITZ AN JOSEPH

15 Mai 1787.

Il est asses singulier, que ce peuple d’Israelites, parmi lesquels se trouvoit V. M. en m’écrivant de Brody, se soit rassemblé proportion gardée, dans un nombre beaucoup plus considérable en Pologne, que dans tous les autres Etats habités de l’Europe. Je ne saurois cependant en attribuer la cause la plus vraisemblable qu’a l’incurie de cet absurde système de Gouvernement polonais, au moyen de la quelle il s’y en trouve tout autant qu’il y en a voulu venir ce nombre disproportionné vis à vis des Chrétiens nationaux n’est pas un bien sans doute a plusieurs égards; mais

encore vaut il toujours mieux avoir tous ces consommateurs de plus, que si on avoit autant de moins.

KAUNITZ-RIETBERG

JOSEPH AN KAUNITZ

Cherson ce 15 mai 1787.

Connoissant, mon cher prince de Kaunitz, l’intérêt amical que vous me témoignés en toute occasion, je m’empresse de vous informer tout de suite, que j'ai fait heureusement le trajet de Brody aux bords de la Mer Noire, étant arrivé hier après midi à Cherson. J’ai eu le voyage le plus heureux qui soit possible: point d’accidents, rien de cassé, un très beau tems, qui séchant les chemins les rendoit excellents, de bons chevaux tant en Pologne qu’en Russie, d’assés bons gîtes et ma cuisine à tems partout.

A Korsun, terre appartenante au prince Stanislas Poniatowsky. j’ai vu le Roi de Pologne, qui s’y trouvoit et qui m’a fait marquer le désir de me voir, par son neveu Stanislas et le general Mozinsky qui s'étoient rendus à Bohuslaw, station avant Korsun ; quoique nullement habillé pour paroitre a la cour, me trouvant en frac et couvert de poussière, je leur répondis, que si le Roi feroit dire au comte de Falkenstein à la poste où il changera de chevaux, qu’il vouloit le voir, il prendroit cette invitation pour un ordre de sa part et se rendroit chés Lui tel qu’il est. Cela arriva ainsi, et je fus introduit tout seul dans la chambre du Roi, où nous causâmes ensemble près de deux heures

d’affaires indifferentes; la seule chose qu'il me lacha fut de

me prier que je l'assurasse que je ne lui voulois pas du mal et que je ne songeois point à faire une nouvelle acquisition aux dépens de la Pologne. Je lui protestai que je ne voulois du mal à personne et que selon ma façon de penser j’agissois toujours avec les autres au delà de l’amitié qu’ils me témoignent et qu’à l’égard de la Pologne je n’en voulois pas même un arbre.

Le Roi paroit un homme aimable en société, mais qui ne quitte jamais cet air de majesté qui est un peu théâtral pour Poniatowskv.

Vous verrés par la lettre ci-jointe du comte de Cobenzl, que differentes circonstances ont retardé l’arrivée de f Impératrice à Cherson. Je crois ne pouvoir mieux faire que de partir tout de suite demain et de me rendre par terre a Koitak où Elle doit débarquer; c'est une trentaine de postes de plus que je compte faire en deux jours et il me semble que cet empressement de ma part sera bien pris; il est du moins très conséquent à la grande route que je viens d'entreprendre pour voir l’Impératrice.

Je ne puis encore rien vous marquer, mon cher prince, sur mon retour, il dépend absolument des circonstances et de V Impératrice; et comme je desire de voir deux parties differentes de la Pologne et surtout la partie basse du Palatinat de Braclaw, je fais en attendant partir un de mes gardes pour reconnoitre une autre route qui puisse me mener par Kaminiek jusqu'aux frontières de la Gallicie.

Adieu, mon cher prince, portés vous bien et soyés toujours persuadé de mon amitié.

(Signé:) JOSEPH.

JOSEPH AN KAUNITZ

Cherson ce 25 mai 1787.

Je puis enfin, mon cher prince, vous donner part de mon retour de Kaitak, d’où je suis revenu avec l’Impératrice en parfaite santé. Cette course m’avoit paru convenir au premier but de mon voyage, savoir d'accélerer le moment de la revoir, aussi a-t-elle été fort sensible à cet empressement.

Il ne s’est parlé jusqu’à present que des choses indifferentes et très amicales, aux quelles la gaîté a eu plus de part que la politique; car le fond du caractère de l’Impératrice est de s'amuser. Il s’est néanmoins entamé aujourd’ hui une conversation politique, mais seulement en propos rompus pendant qu’on dinoit à une table de 80 couverts et que 120 musiciens exécutoient un concert. L'Impératrice meurt d’envie de recommencer avec les Turcs; Elle n'écoute sur ce chapitre aucun raisonnement, car son amour propre et son bonheur l’aveuglent au point qu’elle se croit seule suffisante d'exécuter tout ce qu'elle veut, sans que j’y coopère, et c’est par là qu'elle s'imagine de faire évanouir toutes les difficultés que je lui ai fait sentir relativement au Roi de Prusse et à la France. Je me suis bien gardé de pousser plus loin cet entretien, voyant que ce n’étoit pas le moment de Lui faire entendre raison, puisqu'elle est trop fière de tout ce qui a été fait à Cherson à quoi elle atteche plus de prix que cela ne vaut. Je verrai encore par la suite, si l’on reviendra à la charge et s'il y a moïen de Lui parler un peu à l'aise. Je me servirai alors de tous

les argumens remplis de vérités incontestables que vous m’avés suggérés, mon cher prince, et qui sont sans répliqué.

Au lieu de 6 jours nous ne resterons que 4 à Cherson pour partir ensuite pour la Crimée. Je n’ai pu me refuser d’en être, outre que c’est un voyage très intéressant, et plus curieux que celui que je viens de faire. Cette tournée sera à peu près de 15 jours, de façon que je compte être le 12 juin de rétour à Cherson, pendant que l’Impératrice se rendra de Berislawl à Krementsclruk. Je ne m’arrêterai qu’un moment à Cherson pour reprendre mes équipages que j’y laisserai durant la course en Crimée, et je partirai tout de suite pour Leopol.

J’ai présenté le baron Herbert à l’Impératrice et je compte le faire retourner à Constantinople aussitôt qu'elle aura quitté Cherson. J’y ai trouvé à mon arrivée votre lettre du 3 mai, pour laquelle je vous suis infiniment obligé. Vous avés très bien fait d’avoir envoié par estaffette mes lettres pour Paris et Bruxelles puisqu’elles ne contenoient rien d'intéressant.

Adieu, mon cher prince, c’est toujours avec plaisir que je vous renouvelle les assurances de ma sincère amitié.

(Signé:) JOSEPH.

JOSEPH AN KAUNITZ

Cherson ce 25 mai 1787.

Mon cher prince de Kaunitz. J’ai vu avec étonnement par une lettre du comte de Belgioioso les difficultés qu’on s’avisoit d'opposer aux Païs-Bas à l’exécution de mes

ordonnances et tout ce qu'on se permettoit à cet égard. Quoique je n'aye encore reçu aucun rapport du département auquel le comte de Belgioioso se réfère, je crois néanmoins pour gagner du teins dans ce grand éloignement devoir vous instruire de mes intentions afin que vous les fassiés connoître au gouvernement et que vous regliés vos dispositions ultérieures en conséquence.

Il paroit par la lettre de Mr. de Belgioioso qu’il est principalement nécessaire de porter remède à deux objets. L'un consiste en ce que l’on s’oppose à l'introduction des nouveaux tribunaux et qu'on se sert à ce sujet du prétexte de la joïeuse entrée et du serment prêté à cette occasion. Comme tout ce qui a été fait en matière de justice ne porte aucune atteinte aux propriétés et aux loix existentes des successions et qu'il s'agit seulement de former plus propres à l’exercice même de la justice, il falloit etre inébranlable, tenir ferme, nommer les juges, les faire assembler, et si les parties réfusoient d'y porter leurs causes, faire cesser tous les autres tribunaux établis avant la création des nouveaux et interrompre de cette façon tout le cours de la justice, jusqu’à ce que le bon sens et la raison gagnera le dessus de ces têtes échauffées et qu’on sera convaincu du bien qu'on veut leur faire et qu'on demandera l'ouverture des nouveaux tribunaux. J1 s’entend qu'on cessera de payer les gages et les epices jusqu'à qu'ils seront en train.

Quant au second objet qui est le refus du subside, je veux qu'à son échéance on ferme la caisse générale, et comme il est destiné à payer le courrant des quartiers pour le militaire, des gagistes et pensionnés, je veux qu'à commencer par Leurs Altesses Royales et les autres emploïés

on ne leur paye ni appointemens ni pensions, en y comprenant tous ceux qui se trouvent sur la liste civile et celle

des Etats.

A l’égard de militaire qui est stationné aux Païs-Bas, dès que les Etats ne payent plus de subside, dont il est entretenu, il vivra d'etapes comme autre fois et se fera fournir sa subsistance par les provinces et les villes où il est en quartier, ainsi que cela a été pratiqué avant l'établissement du subside.

Je crois que de cette façon on parviendra le plus vite à calmer cette effervescence et faire agir efficacement tous ceux qui se trouvent peut-etre dans le cas de l’alimenter sous main.

On n'emploïera la force militaire qu'au cas qu'on voulut formellement continuer les anciens tribunaux ou ne pas fournir au militaire ce dont il a besoin pour subsister.

Adieu, mon cher prince, c'est dans ce sens que je vous prie de diriger le gouvernement; car comme j'ignore encore les details de ce qui s'est passé aux Païs-Bas, je ne puis que me borner aux idées générales qui me paroissent propres à l’état de choses.

(Signé:) JOSEPH.

JOSEPH AN KAUNITZ

Sewastopol ce 3 juin 1787.

Je viens de recevoir, mon cher prince de Kaunitz, votre lettre du 15 mai dont je vous suis fort obligé. Vous aurés vu depuis par celle que je vous ai écrite de Cherson

que je m'etois décidé à faire le tour de la Crimée avec l' Impératrice. Nous sommes arrivés hier au fameux port de Sevastopol qui est effectivement le plus beau que j’aie vu de ma vie. Il est garni dans ce moment de 16 vaisseaux de ligne et de fregattes munis de tout et prêts à mettre à la voile. Jusqu'ici notre voïage a été des plus heureux et des plus agréables. Baktschisarai, autrefois la résidence des Chans, offre l'image de toutes villes Turques ainsi que de leurs meurs et usages ce qui est très curieux à voir.

L'Impératrice est de fort bonne humeur et paroit très contente. Le succès de ces ouvrages a si fort exalté son imagination que je ne sais si elle sera susceptible à sentir les vérités de l'écrit que vous m’avés donné; j’attendrai cependant jusqu'à la fin du voïage pour le lui communiquer. Du reste son amitié pour moi semble des plus sincères. Elle se leva hier en présence de la flotte et en m'adressant la parole elle but à la santé de son meilleur ami qui lui avoit procuré la Crimée et la satisfaction de tout ce qu'elle y vovoit.

Ma santé, à laquelle vous ne cessés de vous intéresser, est toujours très bonne ; le teins est admirable, car il ne fait ni froid ni chaud, mais comme il ne pleut pas depuis un mois, la poussière ne laisse pas d'être incommode.

Quant aux nouvelles des Païs-Bas, je ne puis vous cacher, mon cher prince, quelles sont d'un genre que je n'avois point mérité et auxquelles par conséquent je ne devois pas m'attendre. Mais aussi cet événement sera-t-il la pierre de touche qui fera juger de ma façon de penser et réglera probablement la conduite de mes autres provinces, comme de la Hongrie et de la Transi Ivanie qui sont aussi

dans le cas de subir des reformes. Il est donc très important, arrive ce qui en pourra, que je tienne ferme et que je combine la prudence et la juste modération avec la plus grande fermeté et le courage le plus décidé. C'est d'après ces principes que j*ai pris le parti de commander par ce même Courier la marche de 14 bataillons et d’un régiment de cavalerie pour les Païs-Bas où je me rendrai moi même si les choses continuent à être aussi mal vues et aussi mal gerées de tous les côtés qu'elles l'ont été jusqu'à présent.

Je n'ai pas mis de résolution aux 3 rapports que je vous renvoie ci jointe, cette lettre contenant mes intentions à cet égard que vous voudrés bien faire connoître aux Païs- Bas. Je vous ai déjà annoncé dans ma dernière lettre que la cessation des anciens tribunaux étoit necessaire et ce qui falloit faire au cas que le paiement du subside fut suspendu. Vous vous reglerés donc en conséquence et ferés connoître au gouvernement qu'il a très mal fait d'avoir révoqué l’edit émané pour l'établissement des nouveaux departemens de justice, que c’etoit ces derniers qu’il falloit introduire et faire cesser, cesser de gré ou de force, les anciens. D'ailleurs toutes les représentations des états de Brabant sont absurdes. L'affaire de Ilonot ne pouvoit se faire autrement et quand le procès sera jugé à Vienne, je déciderai seulement ce qui arrivera de sa personne.

Le gouvernement a fort bien fait de ne pas sévir, s'il ne s’est pas cru en force ou en courage de soutenir une esclandre; mais je ne puis concevoir en soldat, sur quoi on fonde la méfiance envers les six regimens qui sont aux Païs-Bas et qu'on suppose qu'ils ne feroient pas leur devoir et que la discipline ne seroit pas assés puissante pour leur

faire exécuter les ordres qu’ils recevroient. Si cela étoit ainsi, officiers et soldats ne meritoient pas le pain qu'ils mangent. Je suis fort étonné que le Prince Albert et le comte de Belgioioso, tons deux militaires, puissent dire ou soupçonner une chose de cette nature, sachant d'ailleurs que dans de pareilles occasions on se tient aux chefs et qu’ainsi la subordination et la discipline doivent successivement mener chacun là où on l’ordonne. Je vois avec peine que les têtes ont tourné, qu’on a peur et qu’on a intimidé Mr. de Belgioioso et quelques membres du gouvernement, pendant que d’autres se plaisent peut-etre à voir cette bagarre, et si non à la susciter, du moins à ne rien faire pour la diminuer.

Vous ordonneras à Mr. de Martini de retourner à Bruxelles après avoir pris les eaux et d’envoïer tout de suite ses idées par écrit, ce qui pourra se faire par un courier que vous enverrés avec ces ordres directement à Bruxelles, et pour que vous soïés instruit de tout, je vous joins ici copie de ma lettre au comte de Belgioioso et au prince Albert ainsi que des ordres relatifs à la marche des troupes.

Adieu, mon cher prince, j’espère de vous revoir en bonne santé. Conservés moi votre estime qui m’est si flatteuse que votre amitié m’est chère.

Les deux lettres au maréchal Iladik et au comte de Kollowrat se trouvent signées à ma secretairerie à Vienne, où j’ai donné ordre de ne point les envoïer à leurs adresses, sans que vous le fassiés dire. Ainsi si vous jugés, mon cher prince, que ces dispositions soient propres à l’etat de choses, je vous prie de faire savoir à mes secrétaires

d'expédier ces deux lettres ou de les garder jusqu’à nouvel ordre, puisque les affaires pourront avoir changé de face sans que la nouvelle m’en parvienne à teins dans ce grand eloignement.

(Signé:) JOSEPH.

JOSEPH AN KAUNITZ

Cherson ce 16 juin 1787.

Mon cher prince de Kaunitz. En vous renvoïant ci-joint les quatre rapports sur les affaires aussi fâcheuses qu’inconcevables de Païs-Bas, je ne trouve rien qui exige de ma part de nouvelles mésures dans l’eloignement où je suis et dans la déraison complette où je vois encore tous les esprits joint à l’impertinence, qui augmente à mésure que le gouvernement paroit craintif et mollit à chaque demande. Dans cet état de choses je me référé aux differens moïens dont je vous ai parlé dans mes precedentes lettres et qui concernent principalement la marche des troupes ou l'envoi des députés de tous les Etats à Vienne. Vous aurés sans doute, mon cher prince, choisi depuis le parti le plus analogue aux circonstances et aux nouvelles les plus recentes que vous aurés reçues de Bruxelles.

Quant à la résignation du president de Crumpipen je ne puis l'accepter non plus que celle de l’intendant Berg. Les îoix et ma puissance sont assés fortes pour defendre chacun contre des attaques quelconques et faire repentir ceux qui osent en commettre.

Le prince Albert et ma soeur dont je connois le mécontentement, paroissent ne pas être entièrement tachés de tout ce qui se passe. La lettre du prince décele assés que coeur, tête et raison sont à vau-l’-eau. Vous lui repondrés que sa proposition concernant le ministre etoit impraticable. Pour vous mettre au fait de ce que j’écris à ce dernier, je vous envoie copie de ma lettre et comme je réponds en même tems à la Reine de France et au comte de Mercy, je vous prie de faire expedier le Courier mensuel par Bruxelles à Paris et d’en prévenir ma secretairerie qui est chargée de lui remettre mes lettres.

Les propositions de Mr. de Martini n'ont pas le sens commun. La seule chose que vous ordonnerés positivement au gouvernement c’est qu’il ne mollisse plus sur rien et ne reponde plus à aucune des demandes des Etats, en les tenant toutes en suspens jusqu'à l’arrangement qu’on aura pris à Vienne avec les députés qui doivent s’y rendre, ou jusqu’à l’arrivée des troupes aux Païs-Bas; puisque je suis décidé de forcer la chose coûte qui coûte et après avoir épuisé toutes les raisons d’emploïer mon dernier homme et mon dernier ecu à reconquérir de nouveau ces provinces s’il le faut. Vous ecrirés en même tems au comte de Mercy d’exiger que la France déclaré formellement ce qu’elle a promis de faire, ainsi qu’on ne sauroit lui en supposer le contraire.

Depuis la derniere fois que j’ai eu le plaisir de vous écrire, mon cher prince, mon voïage a continué d’être des plus heureux et je jouis toujours de la plus parfaite santé. Je crois avoir satisfait en plein à tout ce qu’on pouvoit desirer de mon entrevue avec l’Impératrice et dont je vous ferai un récit détaillé quand j’en aurai le tems. Je l’ai enfin

quittée le 13 à Berislaw pour me reunir ici à Cherson avec tous mes gens, aller voir Kinburn et partir le 17 pour Léopol, où je compte arriver par Kamienik en six jours de route ainsi que verres par la liste de mes couchées que je vous envoie. Je trouverai sans doute à Leopol d'ultérieures nouvelles des Païs-Bas, et c'est d’après celles-là que je réglerai mon retour à Vienne. Je crois toujours qu'en tenant les esprits et le gouvernement échauffés en suspens à l'égard de mes resolutions finales, cela produira plutôt un bon qu'un mauvais effet; car il me paroit impossible que ces gens là ne se ravisent et que l'enthousiasme ne s'amortisse peu à peu.

Adieu, mon cher prince, portés-vous bien et soïés persuadé de toute mon amitié.

(Signé:) JOSEPH.

P. S. Je dois en même tems vous observer de faire connoitre de ma part au gouvernement que si les Etats et les habitans ont perdu toute confiance et tout crédit dans les ordonnances et les assertions du gouvernement, il ne doit l'attribuer qu'à lui même et à ses fausses démarches; car comment peuvent ils croire que le gouvernement eut osé évoquer des reglemens publiés en mon nom, sans qu'il ayt pris le tems de me faire des remontrances et d'en attendre de nouveaux ordres. Ceci est si clair qu’arrive ce qui pourra le gouvernement n’auroit jamais du repondre

autre chose aux Etats, si non qu'il m’enverroit un Courier pour savoir mes intentions. Voilà comme chaque subalterne auroit agi envers son supérieur. Mais la démarche du gou-

vernement a été si fautive, que c'est d'elle que datent toutes les impertinences qui ont suivi et suivront peut-etre encore. Vous expediérés en conséquence un reproche au gouvernement et minuterés en même tems une révocation et un desaveu formel de ma part de toutes les concessions qu'il

a faites aux Etats contre mes ordres pour constater en plein l’existence de mes ordonnances antérieures. Vous ferés aussi valoir que ce n'est que par condescendance pour la foiblesse des préventions dans lesquelles je voïois les têtes que je voulois bien en rétarder la pleine exécution jusqu’à ce que les députés des Etats se seront rendus à Vienne, m’y auront représenté leurs doutes et auront reçu mes résolutions finales.

Vienne, 30 Juin 1787.

Je viens d’arriver mon chere Prince dans cet instant je vous envoys c'y joint la représentation des états de Brabant une longue dicerie qui ne dit rien au fond, les impertinences et la mutinerie continuent en attendant comme je viens de voire par ce raport, et l'on n'est donc plus que leur esclave la troupe est a leurs ordres cet état de chose doit cesser absolument et il s’agit de sauver l'honneur et la troupe qui a la fin eparpil lie sera desarmé, ce qui seroit le comble je vous en parlerai demain mais croyés que c'est bien, a regret que je me suis vu forcé a etre d'une autre

opinion la venue ou non venue des députés décidera de tout adieu.

JOSEPH

JOSEPH AN KAUNITZ

9 Juillet 1787.

Mon chere Prince me rapellant lors des troubles avec T hollande, que la France avoit pris le pretexte pour rassembler de ses troupes, de la marche des nôtres aux pays bas, dont elle n'avoit point été informé de la raison, ne croiriés vous pas a propos par le Comte de Mercy au Monsieur de Noailles de faire métré au fait le ministère de France de ma réponse aux états, et des raisons qui en cas de refus m'obligent d envoyer un corps de troupes pour remetre 1 obéissance et l’ordre dans cette province je vous prie de faire de cette idée l’usage que vous croirés la plus propre au bien adieu.

JOSEPH AN KAUNITZ

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