Juli
Lieber Fürst Kaunitz! Die Umstände in denen Niederlanden befinden sich in einer solchen Lage, dass sie entweder ganz ausarten müssen, oder zu einem Längeren Verzug und einer Négociation durch die Anherokunft der einberufenen Deputirten die Gelegenheit geben.
In beyden Fällen sehe Tch die unverzüglich zu treffende Vorkehrungen zu einem von Mir dahin zu bestimmenden Corps d’ Armée für höchst nöthig an; denn auf den eisten Fall wird man, da jeder Tag wichtig ist, wenigstens schon näher seyn den Marsch in die fremde Lande gleich antretten zu können; tritt hingegen der zweyte Fall ein, dass nämlich die Deputaten wirklich hieher geschickt werden, so können diese sich selbst überzeugen, dass wirklich ernstliche Vorkehrungen getroffen worden sind, und dass es keine blose Drohungen waren, welches sie dann auch geschmeidiger in ihren Forderungen machen wird.
Das leydige Beyspiel beweiset, dass Ihre königl. Hoheiten, der Minister und der samentliche Rath durch Vernachlässigung der gleich anfangs nöthigen Militär-Dispositionen und Zusamenziehung der Trupen, ja durch Unterlassung der mindesten ernstlichen Vorkehrungen, es sey theils um geflissentlich, oder aus blöder Forcht, Meine Ehre und den Staat auf die äusserste Spitze gesetzt haben. Weiter in diesem Unwesen fort zu fahren, ist nun Meine Sache nicht. Ich gedenke also dem Feldmarschall Hadik, die in beygehenden Aufsatze enthaltene Befehle alsogleich zu ertheilen, da ohnedies, bis alle Trupen aus ihren Standquartiren an die Gränze kommen können, 5 bis 6 Wochen verlaufen und im Gegentheil die Zeit versäumet, und die spätere Jahreszeit in welcher nichts zu richten ist, fruchtlos herannahen würde, indem jeder Tag die Rebellen mehr verstärket, und ihre Anstalten zunehmen macht, diesen aber nicht anderst, als durch die sehnelleste Entgegensetzung, wenn es die Noth erfordert, Einhalt gethan werden kann; doch will Ich
Beer, Joseph II. und Kaunitz.
in vollem Vertrauen hierüber noch Ihre Wohlmeynung gewärtigen.
(Signé:) JOSEPH.
KAUNITZ AN JOSEPH
Je n’ai point pu proposer à Votre Majesté d’avoir pour le Roi Très Chrétien Son beaufrere et Son allié l'attention de le faire informer de la resolution eventuelle, qu'Elle avoit prise de tenir un corps d'armée prêt à marcher aux Paysbas, s'il arrivoit qu’Elle ne pût s’en dispenser; parceque j’ignorois, ainsi que j’ignore encore, si les ordres en étoient déjà effectivement donnés, et quels ils étoient; et comme certainement j’eusse cru devoir prendre la liberté de soumettre à Son discernement, s'il ne seroit pas convenable de faire amicalement pareille participation, si je l'avois sçu légalement, je ne puis qu'applaudir à ce que veut bien me témoigner à cet egard Votre Majesté, et je ne manquerai pas de charger le comte de Mercy de ce qu'il me paroitra, convenir de dire sur ce sujet à la Reine, au Roi et à son ministre dez qu'il plaira à Votre Majesté de me donner connoissance du nombre et de la qualité des trouppes qu’Elle a commandé.
J’ai 1’ honneur d’être avec la plus profonde soumission
(Signé :) K AUNITZ-RIETBERG.
Du Jardin à Mariehilff le 5 juillet 1787,
APOSTILLE DES KAISERS.
Vous ayant consulté, mon Prince, sur la minute de l'expedition a envoyer au conseil de guerre et comme vous l'avés gardé en me répondant que vous en croyés l'expedition conséquente au parti pris et aux circonstances, je l’ai expédié telle qu'elle et vous ai cru par conséquent parfaitement au fait, je vous en joins cependant ici la copie. Adieu.
KAUNITZ AN JOSEPH
Le marquis de Noailles, dans un entretien particulier qu'il m'a demandé après l'arrivée d'un Courier de Sa cour, m'a fait connoitre, qu'il étoit chargé de faire passer à la connoissance de Votre Majesté par mon moyen la sensibilité et les remerciemens du Roi son maître sur la façon dont Votre Majesté avoit bien voulu s'employer vis-à-vis de l' Impératrice de Russie pour le maintien de la tranquillité entre elle et la Porte.
Il a été chargé en même tems de me témoigner les inquiétudes de la France sur l’etat actuel des choses dans la Republique des Provinces-Unies, et surtout de la part directe que la Grande Brétagne paroissoit décidée de vouloir y prendre, et il m'a remis à cette occasion la copie ci-jointe d'une lettre du comte de Montmorin pour être mise sous les yeux de Votre Majesté.
Il m'a témoigné aussi combien le Roi T. -G. avoit été
choqué des bruits qu’on avoit osé répandre aux Pays-bas
Autrichiens sur son compte, et qu’il se flattoit, que Votre Majesté auroit envisagés, comme ils méritoient de l’être.
J'ai répondu à toutes ces insinuations du ton et du sens, qui m’a paru convenir aux choses, et je lui ai fait part en même teins des ordres, que selon les intentions de Votre Majesté j’ai passés au comte de Mercy relativement aux affaires de nos Pays-bas, sans cependant lui rien communiquer par écrit.
Je dépécherai aujourd'huy ce que Votre Majesté m'a ordonné de signifier au gouvernement des Pays-bas, et j'ai 1' honneur d'être avec la plus profonde soumission
(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.
Dujardin a Mariehilff le il Juillet 1787.
APOSTILLE DES KAISERS.
Je vous suis obligé, mon chere prince, et je trouve toutes ces communications très convenables. Je vous prie de me renvoyer la lettre française que Dahlberg m'a écrite et que je vous ai envoyée, puisque je voudrois y répondre. Adieu, c'est d’un jour à l'autre que nous pouvons recevoir les nouvelles les plus décisives de Bruxelles.
KAUNITZ AN JOSEPH
21 Juillet 1787.
La Lettre du Comte de Belgiojoso, qui vient d’arriver, me paroit le comble de l'ineptie et de la déraison.
J'avoue à Votre Majesté, que pendant son dernier sejour-ici, il m'a paru une assès pauvre espece, et une des têtes les moins nettes que je me souvienne d'avoir connu; Mais il nous a prouvé, ce me semble depuis près de trois mois, qu’en le jugeant, je lui ai fait grâce, et de beaucoup. Tout ce que cet liomme, que je ne pouvois pas me permettre de ne pas croire, croyoit voir, et voit encore, est incroyable; ainsi que tout ce qu’ils viennent de faire, ou de ne pas faire encore en dernier lieu, ou tout à fait inutile, ou au moins hors de place.
Je demande pardon à Votre Majesté de cet effet d'un premier mouvement, qu’il ne m’a pas été possible de contenir. Il faudra voir ce que toutes ces bonnes têtes nous manderont, par le Courier, qu'il nous annonce; et alors comme alors.
Je baise les mains à Votre Majesté avec la plus profonde soumission.
KAUNITZ-RIETBERG
APOSTILLE DES KAISERS.
Vous avés parfaitement raison mon chere Prince, c’est une pitoyable piece, que celle qu’ils vienent d’ecrire, encore aux états, je m’occupe a vous consulter, sur les diferentes choses que je crois necessaires de disposer et pour l’arrivée, de Leurs Altesses et pour l’avenir adieu en attendant, je n'ai pourtant pas perdu encore toute esperance de voir finir ces affaires sans des moyens trop violents.
JOSEPH
KAUNITZ AN JOSEPH
du 24 Juillet 1787.
J'ai écrit au Cardinal de Hrzan et au Nonce Caprara, les deux Lettres très-humblement ci-jointes; parcequ'il m'a paru, que c'étoit la meilleure façon de satisfaire aux intentions de Votre Majesté, qui me paroissent bien justes, et même nécessaires vis à vis d'une cour, laquelle par principes, ne fait jamais rien colle buone de ce qu'il lui est possible de ne pas faire, et je souhaite que Votre Majesté puisse approuver le parti que j'ai pris dans cette occasion.
Avec la plus profonde soumission Je tacherai de satisfaire aussi le plutôt possible aux ordres ultérieurs de Votre Majesté, relatifs aux affaires des Pays-bas.
(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.
Je trouve les lettres que vous avés écrites très bien, mais je doute que le Pape voudra faire quelque chose d'autre que de nous envoyer une ennuyante pancarte de réfutation, comme je crois que ma soeur arrivera vers jeudi ou vendredi je viendrai demain dans la matinée vous parler mon chere Prince, des diferents objets que j’ai entassés, adieu.
JOSEPH AN KAUNITZ
du 13 Août 1787.
Mon chere Prince je vous envoys ici la lettre avec les pièces y relatives que je viens de recevoire par le Courier du generali Murray la représentation ou suplicque des états est écrite de tout un autre Stile que les precedentes et je crois que jusqu'à present les choses et les esprits paroissent prendre une tournure plus avantageuse, la destination du Comte de Trautmanstorf a été ébruité par lui meme de la façon la plus singulière que croyés vous faut il ne la pas avouer encore ou voulés vous tout uniment prévenir Belgioioso que les circonstances quil aprecioit lui meme exigoient un changement dans sa place et que je lui rendois, quant a son zele et à sa bonne volonté toute la justice que meme je l'assurois de mes bonnes grâces et que je Le placerai a la première occasion qui pourra lui convenir adieu, renvoyés moi je vous prie ces pièces quand vous n’en aurés plus besoin.
JOSEPH AN KAUNITZ
Mon cher Prince désirant de faire faire a ma Niece votre connaissance je vous prie de me faire savoire, si en venant cette après diné vers les 5 heures dans votre jardin cella ne vous derangeroit pas adieu.
ce i Octobre 1787.
JOSEPH AN KAUNITZ
Vienne du 4 Octobre 1787.
Mon cher Prince de Kaunitz, En vous envoyant ces quatre differens Rapports du Gouvernement des Païs-Bas, je ne puis vous cacher que j’ai observé avec étonnement la contradiction qui existe dans les effets et les Rapports. Lorsque l’on disoit tout sans dessus dessous, la~revolte prête à éclater, tout le monde armé, il ne s’est pas donné une chiquenote; et à présent qu'on dit tout tranquille, tout rentré dans l’ordre et le devoir et qu’on fait des rejouissances, l’on se tue entre le militaire et le civile, tant à Bruxelles qu’à Malines. Voila les fruits d’avoir toujours cédé à l’impertinence et ne pas avoir exécuté les ordres avec la fermeté que j’avois tant recommandée.
Quant aux différens avds que le gouvernement avance dans ses rapports, je veux qu’on procède à l’election d’ Abbés des Abbayes qui ont entrée aux Etats, en donnant seulement aux individus qui ont été nommés Abbés interimalement par leurs Altesses Royales.
La seule chose qu’on pourra permettre à l’egard du Séminaire général, c’est que les Recteurs actuellement existans aux Séminaires épiscopaux y viennent avec leurs Eleves en qualité de Sous-Recteurs, ce qui rendra peutetre la chose plus agréable et d’une exécution plus facile.
Pour le Don gratuit sur lequel le gouvernement appuyé principalement, j'avoue que je ne suis point de son avis, d'autant plus qu'il n'existe proprement de don gratuit que dans la concession faite par les Etats d'ouvrir un emprunt sur leurs moyens courrants qui sont des droits sur la
consommation et autres qu'ils perçoivent. Je croïrois donc qu'il faudroit tenter d’ouvrir un Emprunt toujours à 4 p. sur le credit des finances et contre des obligations de la Banque, en s'entendant à ce sujet avec la chambre Aulique d'ici. 11 faudra en même tems retrancher aux Païs-Bas toutes les dépenses extraordinaires et autres quelconques pour subvenir aux frais de la guerre.
Plus tard on verra toujours si un don gratuit ou un autie Emprunt sur le crédit des Etats sera plus convenable, mais dans ce moment-ci j’y aurois de la répugnance.
Du reste j'attends au premier jour la minute de la dépêché ostensible à envoyer aux Etats que je vous ai demandée, ainsi que l’expedition sur les differens objets contenus dans ma derniere resolution. Lorsque toutes ces pièces seront en ordre on pourra les envoyer au gouvernement soit par Herden ou le Courier mensuel que je compte expédier en peu de jours.
(Signé:) JOSEPH.
JOSEPH AN KAUNITZ, du 11 Octobre 1787.
Je vous envoys mon chere Prince cette lettre toute politicque de la Reine et qui lui a été faite ou au moins sugeré, aparemment, que l'ambassadeur aura reçu par Courier des ordres plus détaillés et qu’il vous les communiquera, en attendant la flotte russe sur la mer noire a ete dissipé par les vents et un grand vaisseau de guerre a ete
jetté dans le canal et pris a Constantinople cella est fâcheux. Adieu.
KAUNITZ AN JOSEPH
Vienne, le 5 Novembre 1787.
Il faut avoir vu, ainsi que l’a vu Votre Majesté, Die verkehrte russische Haushaltung , pour pouvoir comprendre, qu'il soit possible d’être aussi peu en état de faire la Guerre, après que, avec tant de Jactance, on avoit l’air de la rechercher et de ne pouvoir attendre le moment de la faire. Cela est cependant; et cet état des choses assurément est tout aussi contraire à la Dignité de l’Impératrice qu'à l'interet de son Empire. Ce qui me console, c'est que j'espere que, dez que les Russes le pourront, ils repareront ce delai avec vivacité et courage dans leurs operations; Mais je n'en desire pas moins vivement que Votre Majesté puisse avoir avant eux la satisfaction d’avoir réussi dans ce qu’Elle se propose d'entreprendre, qui ne manquera pas, j’espere, si on s'y prend bien, et qui Lui fera honneur et profit.
Avec la plus profonde soumission.
(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.
Vous vous souviendres mon cliere Prince qu'a mon retour je vous ai dit que je ne trouvais pas les dispositions du Prince Potemkin faites de façon a entrer en campagne neamoins ils feronts quelque chose sûrement cette année
encore pour dies nous je ne puis rien dire d'avance mais il faudra du malheur si quelque chose ne réussit point adieu je vous suis infiniment obligé de vos bons souhaits.
JOSEPH
JOSEPH AN KAUNITZ
Je vous envoys mon cliere Prince deux lettres que je viens de recevoire en meme temps du Prince de Ligne vous verres qu'ils sonts bien loin les Russes a remplir les fanfaronades dont ils onts bercés l'Europe adieu j'attent dans 24 heures mes nouvelles de Belgrad vous en serés informé sur le champ.
7 Décembre 1787.
KAUNITZ AN JOSEPH
11 Décembre 1787 *).
Je n'ai jamais crû pouvoir me permettre de me borner à ne faire que ce qu'on appelle communément son devoir, et c'est cette façon de penser, qui m'a valu souvent la douce satisfaction d'avoir rendu des grands services à l’Etat, tout à fait indépendants de ma place; et c'est ce qui
*) Mit Betrachtungen über die Möglichkeit Belgrad ungeachtet des ersten fehlgeschlagenen Versuchs durch List zu erobern.
m’engage à la démarche, que je me permets vis-à vis de Votre Majesté. Elle verra ce que c’est par le petit nombre de lignes, qu’Elle trouvera jointes à ce très-humble billet. Je La conjure d'y faire attention, par le vif interet que je prends à Sa gloire et à Ses intérêts. Les conséquences sont incalculables, et le Succès me paroit infaillible, pourvu qu’on ne perde pas un moment de tems attendu la saison et l’état actuel des choses quant aux Turcs.
Si, qu'à Dieu ne plaise, V. Majesté ne jugeoit pas mon ardente prière digne de son attention, je me flatte au moins qu’Elle rendra justice à son motif; et dans cette entière confiance je Lui baise les mains avec la plus profonde Soumission.
KAUNITZ-RIETBERG
APOSTILLE DES KAISERS.
Je Vous rends mille grâces, mon chere Prince, de vos bons conseils; ils m’ont fait un vrai plaisir, quisque j’y ai reconnu toute l'etendue de votre amitié pour moi; je vous joins ici mes reflections, qui vous prouveront que militairement dans cette saison, dans ces circonstances quelque envie qu’on en ait, il n‘y a rien à faire; pour reparer cette fâcheuse affaire il faut penser plus au vrai bien de la chose, qu’à son sentiment et en vous parlant le plan à la main je vous le prouverai que je n’ai que trop raison. Adieu.
JOSEPH
Vienne, le 41 Décembre 1787.
Beiliegend folgendes Memoire vom Kaiser.
Il me paroit impossible que les trouppes que l’on jugera à propos de faire embarquer, n’arrivent au point, qui leur aura été fixé.
1. Si à la distance d'une lieue, par exemple, de Semlin, on poste de 100 à 200 pas de distances de l'un à l’autre, sur la rive droite des hommes chargés à se faire entendre constamment par des appels, par les bateaux chargés de trouppes, ou bien,
2. Au cas que cela se puisse, si on établit sur la rive droite des Chevaux, lesquels avec un cable attaché à chaque bateau non seulement le mettroient dans le cas de ne pas pouvoir séloigner plus que de besoin de la rive, mais accelereroit même leur navigation, autant qu'on le voudroit.
Quant à l'attaque même de la Place, je crois que c’est celle de la Citadelle, qui devroit être l'objet principal; parceque dez le moment même, qu'on s’en seroit rendu maître, on le seroit aussi de la Ville, étant de là dans le cas de pouvoir la brûler de fond en comble, s'il le faut, en peu de minutes, sans qu’il en coûte peut-être que 10 ou 12 Boulets rouges. Pour faciliter la surprise de la Citadelle, il me semble, qu'il faudroit jetter avec promptitude un ou deux ponts de bateaux sur la Save, et par la moitié de la trouppe que l'on passeroit avec le Canon nécessaire, attirer les Turcs de ce côté là par une fausse attaque sur la Ville, et j'avoue que par tous ces moyens réunis et bien faciles, il me paroit de toute impossibilité, que l'entreprise puisse manquer, sans même qu’il en coûte beaucoup de monde; mais dût-il même, contre toute vraisemblance en coûter deux ou trois Battaillons, la Chose est si importante, et par sa réussite on épargnera tant d’autres, qu'à mon
avis il n’y a pas même à hésiter, quoiqu'il puisse en coûter, pourvu qu’on réussisse; et encore une fois, de la façon, dont je viens de le dire, il me paroît de toute impossibilité que cela ne soit.
J’ajouterai seulement encore que, si peut-être dans l’entreprise que l’on vient de manquer, chaque bâteau n’avoit pas eu son Ancre, il est essentiel d'ordonner que chacun d’eux en soit pourvu.
Salvo meliori.
JOSEPH AN KAUNITZ
Futak ce 8 Avril 1788.
Mon cher Prince de Kaunitz. Je vous envoyé ci-joint une Lettre de Ligne et deux Rapports du Lieutenant Colonel Herbert que je vous prie de renvoyer à ma secretairerie. Vous y verres que de la maniéré dont les deux Armées Russes sont disposées nous n’avons pas grand chose à espérer de leur côté au moins pas de sitôt.
Je viens d’achever en bonne santé ma tournée au Banat. Je continue à prendre tous les arrangemens propres à ouvrir incessamment la Compagne et je compte toujours camper le 16 de ce mois, pour aller ensuite investir Belgrad, aussitôt que les innondations nous permettront de passer la Save et d’établir des Communications avec nos Magazins et provinces.
Adieu mon cher Prince, vous conoissés tous les sentimens dont je vous suis attaché.
(Signé:) JOSEPH.
JOSEPH AN KAUNITZ
Futtak ce 12 Ayril 1783.
Je vous envoyé ci-joint, mon Prince une lettre que le Prince Ferdinand de Würtemberg m’a remise de la part de son Pere, laquelle vous paroitra toute aussi ridicule qu‘a moi. Je crois qu'il ne convient nullement de prendre une part quelconque dans cette affaire domestique d'autant plus qu'il faudroit entrer en discussion avec le Duc rennant. Il me paroit donc qu'il faudra se borner à de simples complimens et décliner le reste.
(Signé:) JOSEPH.
JOSEPH AN KAUNITZ
Klenak ce 25 Avril 1788.
Mon cher Prince Kauuitz, J'ai reçu votre Lettre et je vous suis fort obligé pour tout ce que vous voulés bien m'y dire, j'ai donné les ordres au Prince Dietrichstein à l'egard du Polledre de Karscht, que vous desirez d'avoir trop charmé de trouver l’occasion de faire une chose qui puisse vous être agréable.
Nous venons de prendre Sabacs, après une vive canonade on a pris la Palanka d’assaut malgré toutes les difficultés qu’un fossé très profond ou il y avoit de l'eau et le parapet bordé de fort grosses Palisades offroient. Les Turcs forcés à se retirer au chateau furent sommés et se rendirent
à discrétion. 800 hommes bien portants furent faits prisonniers et mirent bas les armes, sans compter les morts et les blessés dont les derniers périrent la plus part par l'incendie, 17 pièces de Canons et 16 Drapaux furent également pris, plusieurs Agas et chefs outre 200 chevaux et 2000 personnes outre femmes et enfants. Ces derniers je les fais transporter avec leurs effets sans permettre quon leur en prenne quelque chose, à Zwornik, avec quelques hommes des leurs pour en avoir soin. Les prisonniers seront transportés à Szegedin, Arrad et en partie aussi à Carisbourg entretenus aux frais de l'Etat.
Notre perte a été très peu considérable puisqu'elle ne consiste qu'en 6 morts et 11 blessés parmi les derniers se trouve le Feldzeugmeister Rouvroy dont le zele et le Courage vous sont connus, mais heureusement sa blessure n'est que légère puisque ce n'est qu’un Streif-Schuss dont meme il souffre si peu, que dans le moment il est levé et habillé. Le Prince Poniatowsky au contraire, qui est allé outre en outre, et il est à présumer qu’il lui faudra quelque tems pour etre rétabli, quoique l’os n’ait point été touché. Adieu mon cher Prince nous alons retourner à Semlin.
Je viens de donner la petite croix de Marie Therese au Prince de Ligne et de le nommer Lieutenant Colonel parce qu’il s’est particulièrement distingué dans cette affaire et que c’est à lui qu’on en doit en partie le bon Succès. Je vous prie de m’envoyer un nombre de ces petites croix munies de leurs rubans, afin que je puisse d'abord en faire usage dans des occasions pareilles.
(Signé:) JOSEPH.
Beer, Joseph II. und Kaunitz.
Semliu, ce 27 May 1788.
Mon cher Prince! En vous envoyant cette lettre que je viens de recevoir du Prince de Ligne, vous jugerés vous même de son contenu, et je vous prie après l’avoir lue de la renvoyer à ma Chancellerie.
Il est bien fâcheux que toutes les circonstances se reunissent à me mettre dans la triste nécessité de devoir attendre ici dans l’inaction leur débrouillement. Toutes les nouvelles s'accordent à assurer la possibilité de l’arrivée de l’Armée turque à Belgrade dans l’espace d'un mois, et elle doit déjà se trouver à Sophie. Je dis la possibilité parce qu’il est bien probable que si je ne passe ici la Save et n’assiege point Belgrade le Grand Visir ne se pressera point non plus de venir; tandis que si je la passe, c’est son jeu de marcher le plutôt possible pour dégager cette Place. Or il n’est pas douteux combien la situation de nôtre Année seroit alors précaire, ayant deux grandes rivières, et une Ville avec une forte Garnison en dos, et une puissante Armée en front. Outre cela l’opinion generale est, que ce seroit infinement bazarder, et que le jeu ne vaudroit point le risque que l’on courroit à passer actuellement la Save, puisqu’on ne pourroit la passer sans commencer en même tems le Siege de Belgrade. Il a donc fallu après que toutes les dispositions avoient été faites pour marcher aujourd’hui, que j’y renonce; et me détermine à attendre ici tristement les évenemens et les nouvelles qui pourront me décider. Je serai prêt de façon à pouvoir marcher pour lors dans l’espace de deux fois 24 heures.
Vous n'avés pas besoin, mon Prince, de me rappeler combien cela est fâcheux. J’en sents tout le poids et les conséquences, et il a fallu un effort de raison pour plier mon désir et ma volonté, et oublier toute ma convenance pour celle des autres, mais qu’est ce que la Volonté d’un contre celle de tous? et quelle aide peut-on se flatter de gens, que l’on fait agir contre leur conviction? Ils se retirent, vous laissent dans l'embarras, et ne font que strictement leur devoir, et seul on n’est pas suffisant de tout faire et de tout prévoir. Il n’y a qu’un cri que l'on auroit dû passer au mois d’avril, mais alors quand c’etoit moi qui le disois et pressois ce passage, rien n'etoit prêt, rien arrangé, rien n'etoit possible: enfin la situation est très fâcheuse, et je ne puis vous cacher, mon Prince, la peine cuisante que j‘en ressen ts. Je tacherai en attendant de ne pas perdre tout à fait mon tems, et de me former des Generaux un peu plus maneuvriers qu'il ne le sont maintenant.
Si les occasions se présentent, je tacherai d’en profiter. Il faut bien que dans cet entrefait le Russes fassent quelque chose, que leur flotte s'approche, qu’en Crimée il arrive quelque evenement, et qu’enfin les Turcs se décident à un parti d’après lequel je pourrai aussi prendre le mien. Deux Pacha doivent déjà être arrivé à Vidin avec des Corps de troupes, dont l’un doit marcher vers Belgrade et l’autre passer le Danube sur des ponts établis en cet endroit pour se porter en Valachie, et delà penetrer dans le Bannat de Temesvar. Cela donnera peut-etre lieu à quelques évenemens. Voici tout ce que je peux vous dire pour le present
mon cher Prince, et je vous prie de faire valoir ces raisons
à l’occasion par vos discours, qui font tant d'impression sur l’etranger et sur le public. Adieu mon Prince portés vous bien et croyez moi avec tout l’amitié.
(Signé:) Votre très affectioné
JOSEPH
JOSEPH AN KAUNITZ
Semlin ce 18 Juin 1788.
Je vous envoyé cijoint mon cher Prince, cette lettre que je viens de recevoir du Prince de Ligne et que je vous prie de renvoyer à ma chancellerie après l’avoir lue. Vous pouvés vous imaginer combien son contenu m’est désagréable, il me force à agir en conséquence, savoir à ne pas être la dupe de ces gens là, en me mettant seul en avant, et leur servir de pattes du chat, adieu.
(Signé:) JOSEPH.
JOSEPH AN KAUNITZ
Semlin ce 17 Juillet 1788.
J'ai reçu mon Prince, la lettre que vous venés de m’écrire, et je suis fort obligé au Roi de Sardaigne, qu’il ait en partie contribué à me procurer la satisfaction de causer un instant avec vous. Je vous joins ici la lettre de
même que ma réponse que vous lui ferés parvenir, et une copie de cette derniere pour vous.
La trahison commise envers l'Official Brognard, le Capitaine Pernet et leur Compagnon m'a fait la plus grande peine, on ne peut rien imaginer de plus abominable, et quoique je n'aie point connu personnellement Brognard j’en entends dire tant de bien de tout le monde, que je le regrete encore d’avantage. Quant au Capitaine Pernet, c’etoit un homme d’esprit et d’intelligence, tandis que Vukassovich n’est qu'un bon Soldat.
Vous avés parfaitement raison, que pour le present il n’y a autre chose à faire qu'à souffrir son mal en patience, mais je ne puis comprendre comment on a toujours pu tant vanter la bonne foi des Turcs, après que dans plusieurs
occasions déjà je n’en ai vu que des atrocités, manque de
parole et la plus mauvaise foi, aussi suis-je bien décidé dans les occasions qui se présenteront d’user envers eux des moyens, qui ont si bien servi les russes et de les traiter avec la derniere rigueur.
Pour ce qui est du grand Visir, je ne puis vous en
dire autre chose, mon Prince, si non que d’après les nou-
velles, que j’en ai reçu jusqu’à hier, il se trouvoit encore à Sophie, mais qu’il avoit détaché un gros corps à Nisse, et un autre à Vidin, et envoyé plusieurs petits detachemens dans la Valachie, et sur les grands chemins de Yidin et de Nisse vers Belgrade.
Avant hier nous avons vu arriver dans cette place un renfort asséz considérable d'infanterie et de Cavalerie, suivi de nombre de chariots et de chevaux de bat, et comme de-
puis bien de tems on a vu fort peu de monde dans Belgrade, on est dans l’incertitude si ce sont de troupes fraiches, ou seulement un détachement de cette garnison, pour aller prendre et escorter le Convoy qui y est entré.
Selon toutes les nouvelles, et même d'après la déposition de deux déserteurs Turcs, qui sont passés cliés nous depuis peu, la Garnison de Belgrade ne doit pas être bien forte, et tout au plus de 10m hommes, puisque les 4- et 5000 hommes de troupes étrangères qui y etoient, en sont successivement désertés pour la plus part, aussi n’entend-on plus tirer un seul coup, ni font-ils la moindre entreprise depuis quinze jours. Hier m'est parvenu par Courier la nouvelle de General Wartensleben comme vous verrés par son rapport, que le Grand Vizir est arrivé à Vidin, et qu’il vouloit même avancer vers Kladowa. J'attends la Confirmation pour me regier en conséquence. Au reste mon projet ultérieur pour la Campagne est très simple. Ayant attendu si longtems pour passer la Save et assiéger Belgrad, il faut bien attendre encore plus longtems, pour, que le Grand Vizir avec la principale Armée, soit par l’évenement arrivé à la flotte turque dans le Liman, ou par l'Entrée de l’une des deux armées russes dans la Moldavie, et de la Marche de l'autre vers Oczakow, se décidé ou à marcher ou contre les russes ou contre nous avec toutes ses forces, ou à se partager, ou enfin la saison avançant, que son armée se diminue par la défection de ses troupes, et alors il est à esperer que je pourrai reparer au mois de Septembre, ce qu’on a perdu au printems, et cela avec plus de certitude pour la réussite, et moins de hazards.
Adieu mon cher Prince, vous pouvés compter, que dès que je saurai quelque chose vous en serés informé portés vous bien, et croyés moi bien sincèrement
Votre affectioné ami (Signé:) JOSEPH.
JOSEPH AN KAUNITZ
Semlin ce 3 Août 1788.
Mon cher Prince de Kaunitz. Vous verrés par les deux Lettres ci joints du Prince de la Ligne et du Lieutenant Colonel Herbert l'etat présent des Armées Russes, dont il n*y a pas beaucoup à esperer. L’inconcevable levée de bouclier de la Suede augmente encore leurs embarras et nous pourrions bien être dans le cas, de les partager, si ce mal gagnoit de proche en proche. Je vous prie, mon cher Prince, de me faire connoitre vos reflexions lumineuses sur une situation aussi critique que paroit celle dont nous sommes ménacés et quel parti vous croyeriés convenable à tout événement?
Pour moi je me tiens encore ici en panne jusqu’à ce que les grandes chaleurs soient passées, et que le Grand Visir qui selon mes dernieres nouvelles est encore à Nissa, se soit décidé à quelque chose, ce qui pourra nous mener jusqu’à la fin de ce mois, ou je recevrai aussi les nouveaux Bataillons, que j’ai été obligé de faire marcher après avoir affoibli l’Armée pour envoyer des renforts au Banat et en Transylvanie.
Adieu mon cher Prince, vous commisses les sentimens avec lesquels je suis
Votre très affectioné ami (Signé:) JOSEPH.
KAUNITZ AN JOSEPH
Du Jardin à Mariahilff, le 10 Août 1788.
Par le billet, dont m’a honoré V. M. le 2. de ce mois, Elle a bien voulu me communiquer une Lettre du Pce< de Ligne avec une autre du Lieut Colonel de Herbert, et me faire connoitre en meme tems:
„Que le contenu de ces deux Lettres Lui fesoit appréhender que, dans l’état present des armées russes, il n’y avoit pas beaucoup à en esperer.“
„Que l’inconcevable levée de bouclier de la Svede augmentoit encore leurs embarras.“
„Que nous pourrions bien être dans le cas de les partager, si le mal gagnoit de proche en proche.“
„Et que dans ces présuppositions V. M. desiroit que je Lui communiquasse mes idées sur une situation aussi critique, que paroissoit celle, dont nous sommes ménacés, ainsi que sur le parti, que je croirois le plus convenable à tout événement.“
Je suis véritablement peiné de voir V. M. aussi affectée qu’Elle me paroit l'être d’un état de choses, non pas impossible sans doute, si on ne tache de les prévenir; mais en échange en ce cas non seulement invraisemblable, mais
meme parfaitement impossible; et je Lui avoue moyennant cela, que bien loin de voir aussi noir, je vois encore du remède à tout, malgré les evenemens de huit mois passés d’une façon, qui pourra paroitre plus inconcevable peutetre à la postérité, que la levée de bouclier du Roi de Svede.
Pour ce qui est des armées russes, je crois devoir appuyer mon opinion à leur égard sur ce, que nous en mande le Cte. de Cobenzl par la dépêche, que nous a remise son dernier Courier, et bien plus encore sur ce que doit les engager à faire leur propre intérêt. Le contenu de Sa Lettre ne me permet pas de douter que le Pce. Potemkin ne prenne Oczakow.
V. M. aura vu aussi, que le Maréchal Romanzow a eu les ordres les plus pressants, et les plus positifs de se porter en avant conformement aux désirs de V. M. et do mettre toute la Vigueur possible à ses opérations, et comme il s’est plaint qu’il manquoit de Cavallerie, que l’on vient de lui en envoyer d’après la Lettre du Pce. de Ligne.
La prise de Chozim, qui se rendra, j'espere à la fin, et dont la reoccupation de Jassy pourra peut-être être la suite, donnera des facilités, à ce qu'il semble, aux operations ultérieures du Ce. de Romanzow, lequel quand même il n’auroit que 29 mille hommes, d'après ce que mande Mr. Herbert, pendant la dernière Guerre, avec une armée qui n’etoit gueres plus considérable, n’en a pas moins battu les Turcs par tout, ou il les a trouvés; et c’est d’ailleurs une reverie ce que dit ce Lieut. Colonel de la prétendue appréhension du Maréchal à l’égard des Polonois.
La Levée de bouclier du Roi de Svede augmente sans doute les embarras de la Cour de Petersbourg, mais d’après la dernière dépêche du Cte. de Cobenzl, elle ne s’en trouve pas moins déjà actuellement dans un état de defense, d’après le témoignage du Gran Duc même, asséz rassurant, pour ne pas devoir faire craindre de grands progrès de la part des Svedois.
L’évenement du dernier Combat entre la flotte russe et Svedoise, qui a été favorable à la première, fournit des espérances fondées pour ceux qui pourront le suivre.
On ne peut gueres douter que le Danemarc ne reconnoisse le Casus Foederis.
La Cour de Berlin desaprouve hautement et en tous lieux l'aggression de la Svede. Elle ne sauroit y prendre part sans se brouiller à jamais avec le Grand Duc, qui hait le Roi de Svede le plus cordialement possible, et que cependant elle a tant d’intérêt de ménager, désirant constamment, comme on fait, de le faire rentrer tôt où tard dans l’alliance de la Prusse.
La France a déjà menacé le Roi de Svede de Lui retirer ses anciens subsides.
Ce Prince n’a obtenu encore aucune des conditions du marché, qu'il a fait offrir à la Porte ottomanne, comme nous le savons par des voyes, qui ne sauroient nous être suspectes; et la dernière note, qu'il a fait remettre au Ministère russe, est si scandaleuse et si révoltante, qu’elle ne peut que détourner de plus en plus toutes les Cours de l’Europe de la tentation de prendre part à son equippée.
Dans cet état de Choses il me semble, que rien n’est moins vraisemblable, que de voir le feu de la Guerre s’éteindre,
au moins dans cette année; Mais j'avoue qu'il n’en seroit pas de même, si par une continuité d'inaction, ou en fesant la guerre avec trop de circonspection, on la fesoit durer, qu’à üieu ne plaise; et que, en ce cas, il seroit sans doute trespossible, que d'après le plan de M. de Herzberg, la Cour de Berlin, par l’offre d'une Mediation armée, proposât aux deux Cours Imples. des Conditions de paix aussi desavantageuses et peu honorables pour elles, qu’elles lui seroient utiles; et qu'en cas de refus, elle se déterminât à les y forcer par la voye des armes.
C’est donc cet état vraisemblable des choses, si la guerre vis-à-vis des Turcs traîne en longueur, et non pas leur état actuel, qui me paroit devoir allarmer; et j'en conclus qu'il faut à tout prix empecher, qu’il ne parvienne à exister, et que comme ce n’est, uniquement, que par l’employ des moyens les plus vigoureux pendant le reste de la Campagne, que la Porte pourra être forcée à devoir donner les mains à des conditions de paix honorables et acceptables encore pendant l’hyver prochain, il faut les employer absolument.
Si la Russie prend Oczakow, et obtenoit peut-être encore quelques autres médiocres avantages pendant la Campagne, elle pourroit fort bien nous proposer de nous prêter conjointement avec elle à offrir la paix à la Porte, et si en ce cas nous ne nous trouvions pas nantis, comme elle, d’avantages, qui puissent nous dédommager jusqu’à un certain point au moins de ce que la Guerre nous aura coûté, en hommes et en argent, nous serions dans la cruelle situation de l'avoir faite, non seulement à pure perte, mais d'avoir sacrifié même toute notre considération politique et militaire, par la façon, dont elle auroit fini pour nous.
Il faut par conséquent, à mon avis, que sans perdre un moment de tems, Y. M. par les plus vigoureuses opérations tache de se mettre en possession de tout ce qui est le plus à portée d'être conquis, pour pouvoir le conserver par la paix, ou le troquer, s'il ne lui convient pas de le garder, contre d’autres acquisitions, qui seroient plus à sa bienséance.
Pour cet effet il me semble, qu'il faut composer incessamment Zwei Hauptarmeen , celle de V. M. et une autre de 50 mille hommes effectifs, qu'il faudroit, avec tout ce qu'il faut sans exception, confier au commandement de celui qu'Elle croira le plus en état de Lui en rendre bon Compte, et ce qui ne seroit pas moins essentiel, qu'Elle lui laissât la liberté pléniere d'en faire l’usage, qu’il jugeroit être le plus convenable aux Circonstances, et à l’intention dans la quelle il faudroit lui confier qu’Elle est de faire la paix, s'il se peut, pendant l'hyver prochain.
A cette fin, il me semble, qu’ainsi que le Grand Visir doit chercher et cherchera sans doute à éviter un combat décisif, parcequïl aura bien plus gagné, s’il parvient à nous faire user la Campagne infructueusement, que raisonnablement il ne peut esperer d’une bataille; par la raison inverse il nous convient de chercher à combattre son Armée, ou des grands Corps d'armée, qu'il en auroit détachés; parceque une ou deux Victoires remportées sur les armées ottomannes, et sur lesquelles il semble que l’on est en droit de compter, vu notre supériorité en savoir et en artillerie, tout sera dit en ce cas; et la Porte se prêtera vraisemblablement en faveur de l’une et de l’autre des deux Cours Imples. à des Conditions de paix aussi avantageuses et aussi hono-
râbles, que les circonstances peuvent nous permettre d’en exiger d’elle.
L'orsque V. M. me fait 1‘ honneur de me demander mon avis, je dois ne point biaiser vis-à-vis d'Elle, tout comme je dois et sais me taire, lorsqu’ Elle ne me l'a point demandé.
Je ne suis point inquiet par Conséquent sur la façon, dont Y. M. trouvera bon d’accueillir ce très -humble avis, j’espere même qu’au moins Elle prendra en bonne part tout ce que je viens d’avoir l’honneur de Lui exposer, et dans cette Confiance je Lui baise les mains avec la plus profonde soumission.
(Signé :) KAUNITZ-RIETBERG.
JOSEPH AN KAUNITZ
Jabuka ce 15. Août 1788.
Mon cher Prince de Kaunitz. Je viens de recevoir votre Lettre du JO. de ce mois, Je suis parfaitement convaincu et je l’etois de tout tems que nous devions agir offensivement, mais le tems ayant été manqué au printems, la chose est devenue beaucoup plus difficile, qu’elle l’eut été alors.
Je suis actuellement dans un très grand embarras, les Turcs ayant forcé la position du General Papilla à Schupanek qui par une négligence inconcevable s’est conduit à cette occasion contre les ordres réitérés et très positifs que je lui avois donnés, de ne point rester en place. Tous les
autres Postes de ces montagnes se trouvent pris en revers et par là les Turcs ont en leur pouvoir une partie des Montagnes du Banat et la rive gauche du Danube.
Nous y avons perdu du monde et du Canon et je suis en pleine marche avec une partie de l’armée pour aller chercher ce Corps Turc et le rechasser, si je puis. Du reste l'Armée que j'amene de Semlin n’est pas bien nombreuse, car il y à peine 20 mille hommes, le reste devant couvrir Semlin et TEsclavonie.
Vous saurez déjà, mon cher Prince, que j’ai fait choix du Maréchal Laudon pour commander le Corps de Croatie, il aura plus de 60 mille hommes sous ses ordres avec le plein pouvoir de les employer, comme il le jugera à propos.
Si l'affaire du Banat se termine heureusement, alors je pourrai penser à Belgrad, si non il faudra voir, comment on pourra s'arranger.
Adieu mon cher Prince, je vous prie de me continuer vos Avis Salutaires, mais l’eloignement et les circonstances changeant souvent la nature des choses, et elles se trouvent tout autres sur les lieux qu’elles paroissent de loin. Vous connoissés les sentimens d’estime et d’amitié que je vous ai voués.
(Signé:) JOSEPH.
(P. S. de la main propre de l’Empereur.)
La plus grande peine que j 'éprouvé dans ce moment important, c’est d’etre incommodé d'une Toux seche qui me rend la respiration embarassé, et je maigris, les forces aussi diminuent passant des nuits blanches, et à cella il vient de se joindre une petite fievre qui garde le Tipe de quarte et
voilla un mois que cella dure Je travaille auquelle je ne cesse de me livrer comence à me coûter et à cheval je me fatigue même au pas mais pourtant je vais mon train et tant que je pourrai me trainer seulement, je ne quitterai pas ma besogne ou je crois en honneur etre dans ce moment necessaire adieu votre sincere amitié et interest pour moi m’a engagé d'entrer dans ces details.
KAUNITZ AN JOSEPH
le 25 Août 1788.
(Dicté par S. A.)
Je rends mille Grâces très humbles à V. M. de la bonté, qu'Elle a bien voulu avoir de me mander tout ce, que contient Son gracieux Billet de Jabuka du 15. du courant, et je partage bien cordialement toutes les fâcheuses sensations de Pâme, que doit Lui avoir causées tout ce, qui est arrivé, et encore plus ce qui n’est point arrivé jusqu'à présent; Mais comme le passé est passé, et que quod factum , infectum fieri non potest , je n’en parlerai plus à V. M. Il me semble qu'il ne faut plus penser qu’à l'avenir, et commencer relativement à cet avenir, par ce qu'il y a de plus important et de plus pressant, et c'est à mon avis la conservation de Sa precieuse Personne, qu'Elle doit devant Dieu et les hommes, à l’Etat et à Ses fideles Serviteurs, avant tout et plus que toute autre chose.
Ce que Vous avez la bonté de me mander en détail, Mon Cher Maître, des Symptômes de l'Etat de Votre Santé chancelante et allant de mal en pire depuis plus de deux
mois, est très-fort en droit d’allarmer, et il est fort à appréhender que Vous y succomberez, si Vous n’y apportez, sans tarder un moment, le remede, sans le quel il ne sauroit y en avoir aucun autre, et ce remede c’est de Vous éloigner incessamment de toute la fatigue de Corps et d'esprit, et de toutes les fâcheuses agitations de l’Ame, que dans ce moment ci et jusqu’à votre entier rétablissement Vous n’étes plus en état de pouvoir supporter, non plus que les impressions des climats, dans les quels se fait et se fera la Guerre par la suite, et pour cet effet, il faut que Vous abandonniez incessamment le Commandement personnel de Vos armées; à l’exception de Charles quint, et encore quelques fois seulement, presque tous les ancêtres ainsi que la plus part de Souverains de l’Europe, ont cru pouvoir et devoir le confier à leurs Généraux pour se reserver à ce qui est proprement le devoir de l’état du Souverain, c’est à dire le Gouvernement et la Surveillance generale de l'état que la Providence Lui a confié; et je Vous avoue que, pour ne pas faire comme eux, je ne vois d’autre raison, que l’exemple du Roi Frédéric II, le quel tenoit à des circonstances qui lui étoient personnelles, et qui par conséquent ne peut ni doit faire loi.
Je pense en même tems que, comme vraisemblablement le Maréchal Lacy ne voudra pas rester à l'armée dez que Vous la quitterez, et que cela ne seroit pas même praticable vis-à-vis du Maréchal Laudon, comme le sait mieux que moi V. M., il faudra remettre le Commandement général de Vos Armées à ce dernier avec plein pouvoir de confier à qui il voudra celui des Corps d'armée qu’il jugera devoir en détacher. Pour Votre Personne, Mon Cher Maître,
Vous devriez à mon avis par raison de l’état de Votre Santé revenir ici incessamment, à fin de pouvoir vaquer aux soins, qu’on jugera les plus propres à la rétablir; pour d'ici ne Vous occupez que du soin de ne laisser manquer de rien vos armées, et du reste de vos affaires du dehors et du dedans. Je crois même que pour Vous aider à pouvoir supporter ce poids qui ne restera encore que trop considérable, Vous feriez fort bien d’appeller ici incessamment M. le Grand Duc de Toscane, en qui Vous avez Confiance pour Vous aider et soulager jusqu’à Votre entier rétablissement; et pour ce qui est du Commandement Général de Vos Armées comme le Maréchal Laudon n’a pas aussi une santé bien robuste, je crois qu'il faudroit le prier et lui ordonner même de penser à tous les moyens, qu’il jugera propres à pouvoir le soulager et alléger sa besogne, et l'autoriser d’avance à les employer quels qu'ils soient.
En attendant, comme le seul ami de mon espece que Vous ayez au monde, je crois devoir prendre sur moi de vous envoyer votre premier médecin Stoerk; et je Vous conjure pour ne rien avoir à Vous reprocher devant Dieu et devant les hommes, de déférer à tous les conseils, que je viens de prendre la liberté de Vous donner avec l’attachement sans bornes, que je vous ai voué pour la Vie.
(Signé:) KAOTïTZ-RIETBERG.
JOSEPH AN KAUNITZ
Klein-Di ckwann ce 26 Août 1788.
Mon Prince. Le contenu des deux interceptes que vous
aures vus du Cabinet et de Hertzberg à Dietz est aussi Beer, Joseph II. und Kaunitz. 20
interessant que positif. Or je ne connoitrois ni mes devoirs qui me lient à la Conservation et au bien être de ma Monarchie et de mes concitoyens, si je ne vous declarois que de résister à deux Ennemis à la fois comme la Porte et le Roi de Prusse qui environnent toute la Monarchie est chose impossible, et d’autant plus impossible que la foiblesse et la nullité des moyens de la Russie sont evidens, et que de la France ni d’aucune autre part je n’ai rien à attendre, mais que bien au contraire je suis sûr de la plus mauvaise volonté à mon egard.
Couvrir et defendre seulement nos frontières contre les Turcs, qui s’étendent depuis la mer Adriatique jusqu’au Dniester, et defendre la Boheme, la Moravie et une partie de la Gallicie contre le Roi de Prusse en même teins est de toute impossibilité. J’ai actuellement 282000 hommes sur pied que je paye de ce coté uniquement occupés à couvrir mes pays, mes habitans et leurs habitations d’une ruine et d’une destruction totale, suite d’un quart d’heure que cet ennemi destructeur passe dans un endroit, où hommes, femmes, et enfans ou bétails sont enlevés, récolté et effets brûlés, et ce sera un miracle si je trouve moyen de finir cette Campagne sans que des plus grandes dévastations que celles, qui se sont déjà faites se suivent; j’ai tout lieu même d’en douter.
Il est vrai qu'il s’est commis des bevues et quelques fautes, surtout la derniere du General Papilla et celle du Prince Charles à Dubitza ont renversé tout le plan de Defense du Bannat et d' Agression en Bosnie, mais du reste dès que le mois d’Aviil a été malheureusement perdu pour commencer l'offensive du coté de Belgrade, il n’y avoit plus
autre chose à faire, et il est encore étonnant que l'on se soit soutenu, et qu’on ait pu repousser l’Ennemi, qui faisoit constamment tant d’Attaques avec des forces aussi supérieures en differens endroits le long de toute la frontière sans avoir pu percer autre part qu’à Scliupaneck.
Il n’y a rien de si facile que d'imaginer qu’il faudroit rassembler une couple de Grandes Armées, passer dans le pays ennemi, y faire naitre des evenemens intéressants et décisifs par des batailles, ou des Sièges. Cela seroit parfait contre toute autre Puissance Européenne avec laquelle on seroit en guerre; et les Russes qui etoient toujours en pays Ennemi comme la Moldavie, la Yalachie, et la Besarabie ou des deserts peuvent agir ainsi, et l'ont fait avec succès.
Mais nous c’est tout autre chose pour occuper quelques lieues des pays en Servie ou en Bosnie, provinces sans cela sans resource et dévastées, nous aurions 20 lieues du plus beau pays derrière nous avec la plus belle culture et beaucoup de population et qui ont coûté des sommes immenses à établir, ruinés dans un instant : le jeu ni l'avantage ne seroit pas egal. Et de quel droit peut même un Souverain laisser oter la vie et détruire les possessions de ses sujets, qui le payent pour le defendre? et les abandonner uniquement pour aller faire des conquêtes insignifiantes ou pour obtenir des avantages futiles, qui sonnent seulement dans le Gazettes, et dans l'opinion du Grand nombre, pendant qu'il diminueroit le vrai Capital de son Etat et en affaibliroit toutes les resources pour des années. Je fais la guerre à la Porte seul, puisque la Russie loin d'être partie principale et moi l'Allié, Elle n'a pas même causé
une diversion et que tant qu’il y a des troupes de
terre turques elles sont toutes contre moi. Ajoutés à cela mon Prince, que ce n’est point à des Armées seules qu’on fait la Guerre, mais à toute une population, que chaque vieillard, chaque enfant en état de tirer un coup de fusil est soldat, quand il s’agit de defendre ses foyers, ou d’aller piller et assassiner dans le pays ennemi: le nombre est donc indeterminable.
Si la Russie avoit voulu ou pu faire ce qu’on avoit droit de supposer ou de prétendre d'Elle savoir qu’Elle ait fait avancer une Armée dans la Moldavie entièrement abandonnée et que cette Armée se fut approchée du Danube comme pendant la derniere Guerre ou elle etoit seule, alors la Gallicie, la Buccowine et une grande partie de la Transilvanie étant couvertes, je pouvois réunir tous les Corps que j'y ai maintenant, me porter egalement sur le bas Danube, y établir le centre des Operations, avancer en même tems en Bosnie, et faire le Siège de Belgrade sans craindre, que le Grand Visir vint le troubler, puisqu’il n’auroit jamais osé marcher en Servie, et dégarnir la Bulgarie en laissant sans defense les chemins qui mènent du bas Danube à Adrianople; ce qui eut egalement exposé ses derrières et sa Communication avec la Rumelie.
Mais à present c’est tout le contraire, et si avec cela le Roi de Prusse et l’Angleterre viennent à s’en meler comme il est clairement exprimé dans ces interceptes et d’une façon même obligatoire avec l’ordre à Dietz de le déclarer à la Porte, soit en nous forçant à accorder tous les Avantages qu’ils désirent ou en nous obligeant à leur faire en même tems la Guerre, alors dans ce dernier cas la Monarchie est perdue, parce qu’il faudroit diminuer le
nombre de troupes qui se trouvent actuellement contre la Porte, pour empêcher seulement le Roi de Prusse de ne pas occuper toute la Bohême et la Moravie et de marcher à Vienne. Mais en diminuant les forces actuelles contre la Porte nous ne sommes plus en état de nous defendre, et par conséquent une grande partie de la Transilvanie, le Banat de Temesvar, et l'Esclavonie seront perdus avec un couple de milliones d’habitans, et cela sans pouvoir reparer les ravages pendant un Siecle. Or il n’y a pas d’ Allié au monde qui puisse prétendre ni valoir ces sacrifices sans procurer en même tems à l’autre les moyens pour sa propre sûreté.
Je crois avoir asses fait, puisque par ma déclaration de Guerre et par mes mesures j’ai attiré à moi toutes les forces Ottomanes, j’y ai perdu hommes et millions, et j’ai sauvé la Russie qui n’etoit nullement préparée ni en état de faire la guerre dans ce moment là, ainsi qu’on l’a vu. Elle auroit perdu la Crimée, Cherson et les autres provinces qu’Elle a acquises par l’autre Guerre, indubitablement sans moi. Or tous ces raisonnements doivent mener à une fin qui est que je crois, que vous devés, mon Prince, un Courier en Russie avec ces interceptes très claires et obligatoires, que vous devés y joindre tous les raisonements si vrais et si convaincants que je viens de faire et que pour agir très honetement je voulois demander à l’Imperatrice les moyens qu’Elle pouvoit me procurer pour ma sûreté contre le Roi de Prusse, puisqu’il ne s’agissoit pas moins que cela. Que si elle ne pouvoit pas m’en donner des satisfaisantes et suffisants comme je suis bien sûr, il falloit au moins proposer conjointement une paix acceptable à la Porte
et que si cela ne lui convenoit pas non plus, Elle devoit au moins me laisser la liberté de songer à faire la mienne. Je serois néanmoins toujours à même, le paix faite avec la Porte de pouvoir lui être encore très utile en contenant le Roi de Prusse et les Polonais sur les vues qu’a le premier de se procurer un agrandissement considérable en Pologne, et les derniers de secouer l’influence prépondérante qu’Elle y a. Avec les Possessions que T Impératrice a actuellement, Elle n’a rien à craindre, et Elle pourra toujours faire une Guerre definitive contre la Porte.
Je soumets tout cela à vos serieuses reflexions mon Prince je vous prie d’y penser mûrement, et d’agir en conséquence, puisque vous y êtes entièrement autorisé de ma part.
(Signé:) JOSEPH.
(P. S. de la main propre de S. M.)
Ma santé mon cliere Prince dont je vous avois entretenu l'autre jour est un peux meilleur quoique les jours de la fievre j’en ait encore de resentiments, et que la Toux et difficulté dans la respiration continue, je marche neanmoins avec l’armée en voiture pour ménager mes forces à une grande occasion, il s’agit de sauver le banat et la Transilvanie menacé par tout l’armée du Grand Visir, Wartensleben est canoné dans sa position, mais il tient ferme encore il sera heureux si j’arrive encore à temps, et si la fortune nous seconde, car nous sommes en tout 18000 hommes contre 100000, adieu portés vous bien.
JOSEPH AN KAUNITZ
Illoya ce 9. Septembre 1788.
Mon cher Prince! dans l'attente des reflexions que vous aura fait naitre ma derniere lettre de Klein Dickwann et des mesures qu’en Conséquence vous aurés jugées à propos de prendre, je crois devoir vous tenir au fil de toutes les circonstances.
Selon tous les interceptes la Cour de Berlin continue à poursuivre son projet de profiter de cette guerre pour s’agrandir. Toutes ses vues sont tournées directement et uniquement contre nous; par les derniers même elle instruit son Ministre Dietz, que si la guerre ne tournoit pas au desavantage de la Porte, comme elle l’avoit suposé, et que par conséquent on ne pût lui proposer des cessions, qu’elle n’etoit point embarassée, et qu’elle n'en executeroit que plus facilement son plan d’agression contre moi, si j’etois malheureux. Cela fait voire que coûte qui coûte si on ne prévient pas, elle parviendra de l’une où de l’autre façon à son but.
Vous aurez vu mon Prince puisque on vous communique les Rapports que je reçois des Corps détachés, que le Major Stein rapporte, que le Turc, qui par le Grand Visir en personne lui avoit été donné pour le conduire, et lui servir de sauve Garde, en sortant de la Caverne de Veterani, qu’il avoit defendue pendant trois semaines, lui avoit répété par 4 fois par un interprète italien, également du Grand Visir, qu’il devoit me signifier à son retour chés moi, qu'il desiroit de faire la paix avec moi, et que lui se chargeoit même de me faire avoir quelques avantages.
Quoique cela soient de propos en Fair, et tenus peut-etre pour voir ce qu’on pense, néanmoins provenant immédiatement de celui qu’a été chargé par le Grand Visir de le conduire, cela mérité reflexion.
Notre Situation du moment est celle ci. Je suis conjointement avec le Corps de Wartensleben placé assés avantageusement derrière un grand Ravin, qui joint les hautes montagnes et touche à la riviere de Ternes, devant l’endroit de la Poste qu’on nomme Szlatina. L’Armée quoique reunie avec le Corps de M. de Wartensleben, ne fait en tout que 30m hommes.
Les Turcs occupent toute la Valée de Schupaneck et Mehadia, le Danube jusqu’à un endroit nommé Perszaszka, toute la Yalée de l’ Aimas, et leurs patrouilles parcourent les Yalées de Kornia, et Mehedika jusqu’à Terregova, ou le terrain commence à se reserrer entre les montagnes. Un grand nombre de Villages, qui se trouvent dans ces Districts ont été brûlés, et comme la retraite de Mr. de Wartensleben a été secrete, et précipitée, la plus grande partie de la Population avec tout le bétail, les effets, et les produits de la récolté ont été la proie de l’ennemi, qui a eu tout le teins d’aller fouiller les bois et les montagnes, ou ces pauvres gens s’etoient sauvés pour le moment.
Selon toutes les nouvelles quoiqu’on ait bien de la peine à s’en procurer, toute la force de l’Armée du Grand Visir doit se trouver reunie entre Orsowa et Mehadia. Il y a un Corps détaché au Danube, qui tient les hauteurs au dessus de la Grotte de Veterani, ou nous avions fait de retranchemens. Le reste du pais n’est parcouru que par des Trouppes de Cavalerie.
Mon Armée donc se trouve à trois marches de celle du Vizir. Tant qu’il ne sort point des gorges de Mehadia, et qu’il ne débouché pas vers nous, tous les gens d’experience et qui connoissent le pais assurent qu’il est impossible de l’attaquer. Jusqu’à present nous le tenons encore reserré dans cette partie des Montagnes du Bannat. Mr. de Brechainville est détaché le long du Danube, et tient les gorges qui conduisent des Montagnes de l’Almas dans la pleine. Les mines sont par là egalement encore couvertes et défendues, et il faudra attendre dans cette position ce que le Grand Vizir fera.
Nous couvrons le grand chemin de Karansebes, et en meme tems celui qui conduit en Transilvanie. Il est probable que le grand Vizir tachera de forcer le passage du coté du Danube, qu’il fera remonter un grand nombre des Batimens armés qu’il a pour se faciliter par là les incursions dans le plat pais. Mais étant déjà marché ici, ce que je n'aurois jamais fait sans les vives sollicitations de Mr. de Wartensleben, et les assurances réitérées qu'il maintiendroit son poste, et qu’il ne pouvoit penser à une retraite, je me suis vu engagé à passer les Montagnes avec l’armée et à deux marches avant d’en déboucher le matin ou il me parloit encore des secours qu’il desiroit, et de quelques pièces de Batterie, qu'il vouloit faire venir de Temesvar, le même après diner il me fit savoir qu’il se retiroit encore le meme soir. Je ne pus donc que continuer ma marche et me trouvant déjà dans cette vallée je ne puis en retourner par le même chemin dans la plaine, sans avoir des nouvelles plus positives que l’ennemi rassemble vers là ses plus grandes forces, à quoi je m’attends cependant. Si l’on peut d’avance
former une conjecture sur la façon dont cette campagne se terminera, il est probable que le Grand Vizir se bornera à faire remonter prés de cent Batimens armés, qu’il a sur le Danube vers Belgrad, à ravitailler par là cette place de tous les vivres possibles, à y établir un corps, et à faire sous la Protection de ces mêmes Batimens armés des ravages considérables tout le long du Danube et aussi de la Save, et il ne passera pas je crois avec son Armée ni le Danube ni la Save et par là il nous mettera dans l’impossibilité de l’attaquer, et d'en venir à une affaire décisive, enfin il gardera Meliadia, Schupanek et cette vallée tout l’hiver comme une conquette, chose qu’il fera sonner très haut à la Porte, et qui pourra en même tems lui servir d’echange pour Sabacs, et pour tout ce qu’on pourra lui prendre en Bosnie. Voila le triste tableau, que je dois vous faire, mon Prince, et je ne puis point vous en faire esperer un plus riant même pour la Campagne prochaine, sans quelques evenemens imprévus, car ne pouvant augmenter l’armée en dégarnissant encore d’avantage la bohème et la Moravie, et les russes ne faisant rien et nous laissant par conséquent dans cette terrible étendue de pais tout le poids seul sur les bras pour nous defendre contre 3 a 4 cents mille Turcs qui environnent nos frontières. Vous jugerés vous même mon Prince ce qu’il y a à esperer ou à craindre. Adieu je vous prie de me croire avec toute l’amitié.
KAUNITZ AN JOSEPH
Du jardin à Mariehilff le 9 Septembre 1788.
J’ai l’honneur d’envoyer à Votre Majesté le résultat des réflexions qu'Elle m'a ordonné de faire, et je La prie d'agréer ce travail, qui m’a beaucoup coûté dans tous les sens, en faveur de l’intention, qui m’a engagé à m’y livrer.
Avec la plus profonde soumission.
(Signé:) KAUNITZ- RIETBERG.
APOSTILLE DES KAISERS.
Je vous joins ici mon chere Prince les reflexions qui en reponsent aux vôtres m’onts parues necessaires pour vous métré bien au fait du Status. Vous en porterès ensuite certainement le jugement le plus conforme au bien general et en prendrés les mesures en conséquence adieu ma santé n'a point amélioré que du coté des forces la Toux et l’empechement dans la respiration restent toujours nous sommes vis a vis de l’enemi qui nous a desja täte de touts les cotés on ne peut encore prédire ce que nous serons dans le cas de faire ces montagnes et leur grande supériorité présentant bien des dificultés adieu.
JOSEPH AN KAUNITZ
Illoya le 15 Septembre 1788.
J’ai reçu mon cher Prince, vos observations sur la lettre que je vous avois écrite de Klein-Dickwann. Sans entrer
dans un detail, qui devroit être infiniment long, pour vous prouver combien les choses vues par Soi même sur les lieux different de celles qu’on croit faciles dans son Cabinet, parcequ’on les desire, vérité dont j’ai été si convaincu, que c’est elle qui m’a engagé à faire tous mes voyages dans mes provinces, et à me trouver moi même à la tête de mes armées.
Par un intercepte subséquent vous aurés observé mon Prince, que Mr. de Hertzberg instruit le ministre Dietz, que si les turcs obtiennent des avantages sur moi, et que par conséquent l’idée de quelque cession ne puisse leur être proposée, il n’en sera que plus facile pour le Roi de s’en procurer, et que les Turcs dévoient seulement ne point faire la paix, sans la médiation du Roi, et demander comme condition de ma part de coder la Galicie à la Pologne. Quelque absurde que soit cette idée, on ne voit cependant le projet bien formé, et décidé de profiter de tous les evenemens soient heureux ou malheureux, que cette guerre pourra ammener, pour procurer à la Prusse un accroissement de Puissance à nos Dépens.
Les exemples que vous cités des guerres passées, mon Prince, sont bien differens des circonstances du moment. Du tems du Pce< Eugene toute l’esclavonie, le Banat de Temesvar, et même encore une grande partie de la Hongrie etoient deserts et presque point habités. Suite de la longue Possession dans la quelle les turcs en avoient été; et par conséquent il n’y avoit pour eux rien à prendre et à détruire, ni pour nous rien à garder, on pouvoit donc se rassembler sur un point et abandonner tout le reste.
A la guerre de 1737 le Bannat de Temesvar avoit seulement commencé à prospérer, et fut totalement ruiné. L’Esclavonie etoit peu de chose. Mais actuellement, qu’après 50 ans de paix, et une dépense infinie qu’on a faite en Bâtisses pour les Colons et pour former la milice confiniere, ces pais se trouvent profiter de l'avantage de leur heureux sol, et etre devenus des plus belles provinces de la Monarchie, le cas n’est plus le même.
Le Cordon qui vous paroit, mon Prince, absurde pour résister dans toutes ses parties aux attaques de l’armée ennemie, n’est point tiré pour cela non plus, mais il l’est contre un tas d'incendiaires et d’assassins, qui sans cela viendroient brûler et ravager tout les pais, et faire perdre toutes les dépenses qu’on y a faites.
Je vous ai déjà dit qu’on avoit à faire à toute une Population et à l’assemblage de tout ce que la Puissance Ottomane a pu ramasser en homme, qui seul se trouve reuni entre ce qu’on nomme la Valachie autrichienne, les montagnes du Bannat de Temesvar, qui en sont occupées, et la rive droite du Danube jusqu'à Belgrad. Je vois par mes yeux, que toutes leurs Expéditions ne tendent qu’a la Destruction; par tout ou ils peuvent aboutir, quand même ce n’est que pour quelques momens, ils alument habitations, hayes, foin, herbe, enlevent le Bétail, tuent les hommes, ou les emmenent. Ils ont l’avantage de se rassembler dans un point, puisque user de represaille seroit peine perdue, les hameaux de la servie et de la Yalachie, n’etant d’aucune Valeur.
Il y a même une différence très notable dans la façon de faire la guerre des turcs actuellement que dans d’autres
guerres. L’artillerie surtout par les soins et les peines et l’angleterre se sont donnés a été infiniment augmentée et ammeliorée, ou on voit les effets visiblement, et on se trompe très fort, si on prend les turcs pour un tas d’hommes sans ordre, sans ensemble, et méprisables. Ils exigent beaucoup d'attention et de contenance de la part de ceux, qui veulent les repousser.
Les argumens que vous me cités des guerres difficiles que la maison d’autriche soutint contre des ennemis multipliés, changent aussi de face dans le moment présent, puisque jamais le cas n’existoit d’une guerre turque, et d’une guerre avec le Roi de Prusse en même teins. D’abord la Puissance prussienne etoit alors encor nulle, et bien au contraire les trouppes Brandebourgeoises etoient jointes aux imperiales contre les Turcs, et tous les princes d’Allemagne concourroient à s’opposer à la Porte et à la France. Pendant le Regne de S. M. l’Impératrice, il n’y eut jamais de guerre turque, et qu’on ne dut la conservation de la Monarchie, qu’à son courage d’esprit, néanmoins cette même Epoque fit naitre la puissance prussienne, qui est bien autre et de fait et d’opinion qu’elle ne l’etoit l’année 1740.
Une guerre donc que la Monarchie autrichienne auroit à soutenir contre la Porte et la Prusse en même tems, et dans les circonstances dans les quelles se trouvent ses alliées, et la mauvaise volonté des autres puissances, très sûrement sa Destruction s’en suivroit, ou elle devroit souscrire à toutes les conditions qu’on exigeroit d'elle, car depuis la mer adriatique jusqu’à Eger dans tout le Pourtour la Croatie, la hongrie, la transilvanie, la galicie, la moravie et la Bohême ces deux ennemis l’entourent, la Galicie les ayant à
craindre tous deux avec cela très peu sûr de ce qui arriveroit aux pais bas d’après les nouvelles sécrétés du Comte de Trauttmannsdorf, je vous laisse juger mon Prince vous même, si on peut se faire illusion sur les risques que la Monarchie courreroit, et si je ne dois aviser aux moyens de prévenir de façon quelconque un tel événement.
Vous voudrés donc bien, mon Prince, prendre toutes les mesures que votre Expérience et sagesse vous dicteront, pour prévenir par une paix avec la Porte les mauvaises intentions prussiennes, ou pour me procurer au moins des certitudes de la part de mes deux Alliées, savoir la Russie et la France, qu’elles agiront, le cas échéant de toutes leurs forces pour en empêcher les fâcheux effets. Chose d’autant plus necessaire, que la France ne veut pas même regarder comme un Casus foederis toute guerre qui pourroit naître avec le Roi de Prusse au sujet de son agrandissement en Pologne. Voilà tout ce que j’ai voulu vous faire connoitre mon Prince, en réponse aux observations que vous m’avés faites.
JOSEPH AN KAUNITZ
Jllova ce 20 Septembre 1788.
Mon cher Prince Kaunitz. En envoyant un Courier à Vienne avec des ordres au Conseil de Guerre pour remplacer 4 Bataillons en Hongrie Je veux en même teins vous informer de la cruelle situation dans laquelle je me trouve.
Je contenois depuis 17 jours toute l’Armée du Grand Visir dans ces Montagnes malgré les tentatifs réitérés qu il a fait pour en forcer le passage. J'avois placé Mr. de Brechainville et le General d’Aspremont dans les débouchés de l’ Aimas et le long du Danube, ils avoient des Abatis et tous les Avantages possibles du terrein pour eux. Je me flattois ainsi de gagner du tems, avancer dans la saison, et trouver moyen de repousser les Turcs entièrement hors du Bannat, lorsque par un évenément aussi cruel qu'imprevoyable je me vois déjoué et cela par un soi disant mesentendu d’ordre verbal porté de la part du General Aspremont au Major O' Reilli. Enfin ils quittent tous deux leurs postes, en retirent les troupes, et s’en vont dans la plaine sans avoir vu l'Ennemi, ni tiré un coup de fusil. Le Lieutenant General Brechainville en apprenant leur retraite croit que l’Ennemi va le tourner qui n’existoit pas, et quitte aussi tous ses postes. Ayant vu leur erreur ils ne la reparent point; ils restent six jours sans me faire Rapport, et en attendant l’ennemi eut tout le tems de sortir des défilés, et voilà le Danube et la plus belle partie du Bannat en son pouvoir. Mr. Brechainville s’est retiré vers Temesvar, et par conséquent pour n'être point coupé de mes vivres, et n’être pas pris en dos, je suis obligé de me retirer pareillement d’ici, d'ouvrir par là le pais à l'Ennemi, et d’exposer aussi la Transilvanie à des incursions, dont je couvrois encore en même tems les entrées.
La retraite déjà ce mot dit tout par lui meme, sera très difficile par le grand nombre de Cavalerie legere de l’Ennemi qui nous harcellera et entamera de tout coté; neanmoins on se tirera de cet embarras. Si seulement on
fût à même de sauver de sa ruine totale cette belle province si fertile, qui a coûté tant des millions et 50 années de soin et de travail à la créer pour ainsi dire, et tant de milliers de personnes innocentes, qui perdent fortune, vie ou liberté, cette vue me perce le coeur.
Du reste la peine que je ressents mon Prince les fâcheuses conséquences que de toute façon j’entrevois, la honte, quoiqu’ innocemment pour moi, mais qui rejaillit sur toute l'armée et sur son chef, ne se laisse point décrire et ne peut seulement qu'être sentie. Ma santé délabrée, je ne la mets pas même en ligne de compte, quoique l'Atshme ne me quitte point, et je ne quitterai pas la défense de ma patrie dans un moment aussi critique dût il s’en suivre pour moi tout ce qu'il voudra.
Je confie mon cher Prince toutes mes peines à votre amitié reconnue, étant sûr de l’intérêt avec lequel vous les partagerés. Je desire bien qu’une occasion se presente à pouvoir reparer tous ces malheurs, je ne la manquerai sûrement pas. Soyés persuadé mon Prince de la parfaite amitié avec laquelle je suis
(Signé:) JOSEPH.
JOSEPH AN KAUNITZ
Du Camp de Lugos 29 Septembre 1788.
Mon cher Prince Kaunitz! J'ai reçu par le retour de
mon Courier votre Lettre du 24, et je sens tout le prix de
l’amitié et de l’intérêt, que vous m'y témoignés. Je ne puis Beer- Joseph II. und Kaunitz. 21
pas profiter de vos conseils dictés par la sagesse de Tage, puisque vous sentires vous même, que dans le metier de soldat, qui tient tout à l'honneur, il y a des choses et des momens, qui ne peuvent être calculés, mais qui doivent être seulement appréciés par le sentiment si délicat de l'honneur. Ma santé à la quelle vous vous intéressés, est à peu près au même point, et je n'y trouve pas grand changement, quoique je sois sous la toile.
Quant à nos affaires, elles sont encore de même. Je suis ici avant Lugos à attendre dans la plaine, que l'ennemi débouché des montagnes pour marcher à sa rencontre. La retraite du General Brechainville, qui nous a obligé de venir ici a mis au pouvoir de l’ennemi toute la partie basse du Banat le long du Danube, qui jusqu’à Panczowa est devenue une proie des flammes, et par conséquent tous les etablissemens faits depuis tant d’années, et à tant de fraix sont entièrement détruits.
La malheureuse allarme occasionnée par des fripons, qu'on n’a pas pu découvrir encore, et qui s'est répandue dans les équipages de l’armée, ainsi que parmi les habitans du pais, depuis Caransebes jusqu’à Temesvar, ce qui fait dix lieux de chemin, a causé des dommages et des exécrations en fait de pillage, et de meurtre, qui sont inconcevables au point, que jusqu’au jour d’aujourd’hui on a encore toutes les peines du monde à remettre les choses dans l'ordre, du quel elles n’auroient jamais dû sortir.
Toutes les lettres du Roi de Prusse et de Herzberg sont marquées au coin de la plus ferme resolution de vouloir profiter de cette guerre, se procurant des avantages à mes dépens, et je le repette, que si nous ne tâchons con-
jointement avec la Russie de les prévenir en faisant une paix quelconque avec la Porte, nous aurous les plus grands embarras, et déjà la Diete de Pologne, et les affaires de la Suede pourront en convaincre la Russie.
Adieu, mon cher Prince, je laisse à votre prudence, le choix des moyens, qui vous paroitront les plus conformes au bien général. Croyez moi bien sincèrement, et pour la vie avec toute l’amitié et toute la confiance
Votre très affectionné (Signé:) JOSEPH.
KAUNITZ AN JOSEPH
de Vienne, le 11 Octobre 1788.
Je remercie très humblement Votre Mte. de ce qu’Elle a bien voulu m’apprendre, qu’Elle avoit reçu ma lettre du 24., et de ce qu’Elle a eu la bonté d'agréer les sentimens qui m’ont engagé à l’ecrire.
Je sens parfaitement au reste, que l’honneur est particulièrement attaché à la profession des armes, et c’est exactement parceque j’en suis très convaincu, que j’ai cru devoir exposer à V. M. dans plusieurs de mes lettres ce qu’il m’a paru qu’il falloit faire pour reparer les breches qu’avoit reçues le notre, et le rétablir, s’il étoit possible. On peut y attacher cependant des idées differentes; et
comme il ne m’appartient point de décider quelles peuvent
être les plus fondées, je ne reviendrai plus à l’avenir sur cet objet.
L’etat de nos affaires ainsi que l’esprit, qui m’a paru avoir gagné l’armée, est très fâcheux assurément; et je doute fort que le grand Yisir, pour nous en tirer, ait la complaisance de venir se presenter dans la plaine. Je pense néanmoins qu’en attendant Y. M., qui a fait remettre la Moldavie aux Russes, pour de bonnes raisons sans doute, mais que j’ignore, feroit fort bien de se faire mettre en possession de la Valachie par l’armée que pourroit rassembler, s'il se peut, le Maréchal de London pour y soutenir des quartiers d’hyver, et se faire rendre au moins ce que nous avons perdu, en ayant en main de quoi rendre, si jamais il pouvoit être question d'une négociation de paix conjointement avec la Russie pendant l’hiver prochain; au lieu qu'il n’est, ni ne pourra être question d'une paix acceptable, ou seulement proposable l'honneur sauf, dans l’etat actuel des choses, comme j'ai eu l'honneur d'exposer et de le démontrer à Y. M. par des argumens sans répliqué dans plusieurs des lettres, que j’ai eu l'honneur de Lui adresser pendant cette fâcheuse Campagne.
Quant a moi je ne manquerai certainement ni le moment, ni les occasions de faire ce, qui paroitra conforme à l'honneur, et à l’intérêt de V. Majesté; mais il faut qu'il vienne cet heureux moment, et jusques là je ne puis qu être attentif et attendre.
Avec la plus profonde soumission.
(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.
JOSEPH AN KAUNITZ
Seralin le 28 Octobre 1788.
Mon cher Prince je ne doute point que vous aurés observé comme moi, que les démarchés Prussiennes et les vues cachées encore au Publique du Ministre Hertzberg deviennent d'un genre et d'une force qui exigent en vérité qu’on prenne de notre part les mesures les plus serieuses pour en prévenir les conséquences, je vous prie donc de me faire sçavoir ce que vous croyiés qu’il y aura à faire car il ne s’agit pas moins que de me forcer à des cessions, à exciter une révolte en Hongrie, sans les idées qu’il a pour la paix future avec la Porte et l’alliance à conclure avec elle, object qui pour le présent et l’avenir seroient de la conséquence la plus funeste; la Russie ne peut plus douter des mauvaises intentions à son egard, la déclaration Prussienne en Pologne, celle au Danemark pour l’assistance comme allié qu’elle a donné à la Russie contre la Suede sont manifestes, elle devra donc être convaincu qu'il n’y a rien à faire contre la Porte tant que le Roi de Prusse ne sera pas abaissé.
La france est presque dans le même cas avec lui ce qui est arrivé en Hollande tout ce qu’il insinue à la Porte pour lui oter son influence enfin ses liaisons étroites avec l’Angleterre et la Hollande doivent bien lui ouvrir les yeux sur ses vues, ainsi en communiquant ou faisant conoitre à ces Puissances son Projet sur la Pollogne et par elles à la Porte et à la Pollogne, je crois qu’il en seroit pour ces intrigues, et que la Porte et la Pollogne devroient etre
convaincues que toutes ses belles paroles et ofres ne sonts que des embuclies pour les faire concourir avec leur desavantage, à son agrandissement, voyés donc je vous prie si ceci ne pouroit accélérer l’alliance entre la France et la Russie et en même temps peut-être faire la Paix avec la Porte pour le dejouer entièrement de touts ses projets et pour le present et à l’aveuir, adieu je vous trace ici mes idées je vous prie de les arranger pour le bien de l’etat.
(Signé:) JOSEPH.
JOSEPH AN KAUNITZ
Semlin ce 17 Novembre 1788.
Je vous joinds ici, mon Prince, la lettre de T Impératrice qui n'est que Complimens. J'ai lu avec attention la Dépêché du Comte Cobenzl et surtout la Copie du rescrit en françois adressé au Prince Gallizin. L’idée de la Russie de vouloir faire la Guerre au Roi de Prusse, et de se mettre sur la defensive vis-à-vis de la Porte est excellente et facile pour Elle qui n’a que la Crimée et Cherson à defendre, dont l'une est entourée de la mer et l'autre des Stepes inhabitées, pendant qu’elle seroit totalement destructive et infaisable pour moi, car j’aurois toutes les forces des Turcs depuis Chotym jusqu’à l’Adriatique seul sur les bras, et celles du Roi de Prusse en Gallicie, en Moravie, en Boheme, et peut-être même aux Pays-bas.
A une pareille proposition il n’y a qu’un mot à repondre: si l' Impératrice veut se brouiller avec la Prusse qu’Elle fasse la paix avec la Porte à tout prix; si Elle veut continuer la guerre avec la Porte, qu’Elle soit coulante sur tous les points qui intéressent le Roi de Prusse soit visà-vis de la Suede comme en Pologne. Car enfin je suis irrévocablement décidé de renoncer plutôt à la face de tout l’univers, qui me donnera raison à l'Alliance de la Russie dont j’ai déjà été cette année très mal secondé, que de prendre le moindre engagement ou de faire la moindre demarche qui pût entrainer la Monarchie dons cette double guerre, qui seroit sa ruine. De la part de la Russie on ne peut compter sur des vigoureuses démarches, et de leurs promesses et de leurs belles paroles je n’ai été que trop joué, puisque ils manquent foncièrement de moyens d’argent, de credit, et sourtout d’energie, et que l’Imperatrice Ellemême baisse tous les jours et ne s’occupe que d’intrigues des favoris, de miseres, et abandonne ses affaires à la merci de quelques subalternes. De ses Generaux mis à la tête de ses Armées le Maréchal de Romanzoff est connu un Prussien damné, et ce seroit lui qui commanderoit contre eux, le Prince Potemkin est inepte pour le Commendement; l’Armée est dans le plus grand délabrement, et c’est ainsi, qu’ils voudroient entreprendre deux Guerres à la fois, et me mettre de la partie.
J'ai voulu, mon Prince, vous informer tout de suite par une estaffette de mes intentions claires et inébranlables pour vous faciliter le travail que vous ferés à ce sujet, et pour que vous puissiés dresser en cette conformité les instructions que vous donnerés au Comte Cobenzl et la réponse
à la Russie, qui doit Elle même, ainsi que tout liomme impartial, trouver que je serois seul la Victime et la dupe de tout cette affaire, car ils seroient sur la defensive visà-vis des Turcs et des Prussiens, et les Turcs et les Prussiens n’ayant rien à craindre ni à gagner d'eux, seroient occupés à m'attaquer de tous cotés et à s’enrichir de mes dépouillés.
Après avoir arrangé ici mes affaires, je parts demain pour Peterwardein, et ensuite pour Esseg, Pest et Vienne, où je compte d'arriver vers les premiers jours de Décembre, et de vous revoir mon Prince en bonne santé ainsi que de pouvoir vous nenouveller les assurances de mon amitié, avec laquelle je serai toujours.
(Signé:) JOSEPH.
JOSEPH AN KAUNITZ
Adoigne le 24 Novembre 1788.
Je vous envoys c'y joint mon cher Prince ce qu’à la hâte en voyage j'ai pu coucher sur la question importante dont il s’agit je vous joins ouverte une lettre pour l' Impératrice si vous la trouvés bonne, je vous prie de l’envoyer à ma chancellerie ou mon secrétaire a l’ordre de la copier pour Cobentzl et de la cacheter, et vous la renvoyer pour le Courier si au contraire vous ne la trouviés pas à propos,
vous n’avés qu'a la renvoyer à ma chancellerie en faisant dire qu’on l’y garde ce qui sera fait le mauvais temps, et les mauvais chemins n’accommodent pas ma poitrine dont je suis encore fort incommodé adieu j’espere de vous revoire dans une lOaine de jours.
JOSEPH
Vienne, le 14 février 1789.
Je viens de lire tout à l’heure la Lettre de Jacobi à Herzberg, que Votre Majesté a bien voulu marquer d'un NB., et je crois devoir l’informer tout de suite que ni par maniéré de Conversation, ni autrement, il ne m'a pas dit un mot relatif à la Moldavie et à la Valachie, et qu’ainsi il est tout aussi faux, qu'il m’en ait parlé directement, qu’il l’étoit la semaine passée, qu'il m’en ait fait parler par un Quidam. Mais je suis bien moins étonné de ce Mensonge, que de Cent autres, que se permettent habituellement les Employés de sa Cour; parceque n’osant contrarier directement la Chimere de Mr. de Herzberg, Votre Majesté pourra se rappeller que lui et Diez, qui regardent comme telle tout son plan ridicule tachent de l’en faire revenir, en mettant dans la bouche d’Autruy ce qu’ils n’osent pas lui dire directement.
Quoique il en soit cependant, je serai toujours bien aise que Votre Majesté veuille bien me communiquer tout ce qui Lui parvient sur mon Compte; parceque moyennant cela, Elle ne sera jamais ni dans l'erreur, ni même en doute sur rien: ma Moralité pouvant Lui etre le Garant le plus assuré, que de ma part Elle saura toujours la vérité.
Avec la plus profonde soumission
(Signé:) K AUNITZ-RIETBER G.
APOSTILLE DES KAISERS.
Nous nous connaissons assés mutuellement pour qu’un troisième eut tousjours très mauvais jeu, qui vou droit même en épargnant la vérité donner des méfiances, je vous envois tout ce que je reçois bien sure, que vous traités avec une egale indifférence, tout ce que l'on se permet de vous suposer ou de vous faire dire tout comme moi je le fais pour ce qui me regarde adieu
KAUNITZ AN JOSEPH
Du 10 Juin 1789.
Une femme bourgeoise de moyen âge, et modestement vetue m’a présenté la Lettre très-humblement ci-jointe, et m’a quitté tout de suite après, sans me donner le tems de lui demander ni son Nom, ni sa demeure, et j’ai crû ne
point devoir l’ouvrir parceque, moyennant la Supériorité (l'Ame de Votre Majesté, je sais qu’il n’est rien, qu'Elle ne puisse voir sans une émotion, qui pourroit être préjudiciable à sa précieuse santé et à cette Occasion, je ne puis pas m’empêcher d’envoyer en même tems à Votre Majesté l’extrait ci-joint d’un intercepte, que je viens de lire.
Il m'a toujours paru, depuis le premier moment de la Guerre que pour pouvoir se flatter d’obtenir ou de garder quelque chose à la future pacification, il conviendroit de preference de se mettre en possession de ce qui pouvoit être le plus facile à prendre, afin de se trouver nanti, à la paix, de quelque chose, que l’on put garder ou échanger, au lieu de préférer une entreprise aussi difficile, si non impossible, que la conquête de la Bosnie, que je n’ai jamais pu envisager comme pouvant se faire et encore moins se garder. J’avoue à Votre Majesté, que je suis encore toujours d’avis, ainsi que j’ai eu l’honneur de la Lui mander pendant la derniere Campagne, que l’on eut bien fait alors, et que l’on feroit bien encore de tacher de s’emparer de la Valachie, et même, du Consentement de la Russie, qui ne seroit peut-être pas difficile à obtenir, de la Moldavie, par les raisons dites ci dessus, et il me paroit incontestable, que si on s’etoit mis dans le cas de pouvoir ouvrir cette Campagne, nanti des ces deux Provinces, on se trouveroit dans une situation bien différente de celle, où l’on se trouve actuellement, et que Selim III. quelque puisse être le degré de son humeur guerriere, seroit vraisemblablement bien plus disposé à la Paix qu’il ne paroit l’etre.
Votre Majesté n’a jamais desapprouvé jusqu’à present ma respectueuse franchise, je n’appréhende pas par Consé-
quent qu'Elle puisse la désapprouver dans cette Occasion, et dans cette Confiance je Lui baise les mains avec la plus profonde soumission.
(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.
APOSTILLE DES KAISERS.
La lettre cachetée que vous m’avés envoyée ne contenoit qu’une annonce d'abus et de mécontentement, qui se trouvent dans une partie de F Hongrie.
Ce que vous voulés bien me marquer au sujet de la conquête de la Bosnie n'a jamais été un projet de campagne mais Mr. le Maréchal Laudon dès l’année passée, et encore cette année-ci auroit voulu occuper le District de l'Unna, que nous desirons avoir, et il auroit été bien plus facile de l'obtenir à la pacification, s'en trouvant déjà en possession, que par troc; mais il vient meme de me mander d'avoir renoncé à toute operation de ce coté la, et de marcher à Gradisca pour attaquer Berbir et le prendre si cela se peut, par là nous aurions tout le cours de la Save entièrement libre.
Quant à la Valachie, vu les forces Ottomanes qui se trouvent justement reunies de ce coté, on ne pourroit l'occuper qu'avec la grande Armée, qui par conséquent devroit abandonner l’objet essentiel de tenir la Garnison de Belgrad en échec, et de couvrir toute la Syrmie et le Bannat, outre cela une armée considérable n'y pourroit point subsister, vu qu’elle devroit tout amener apres elle par chariage, et cela au travers des montagnes difficiles de la Transilvanie, celles
du Bannat étant entièrement sans chemins pour entrer en Valachie.
Les Corps du Prince Cobourg et du Prince Hohenlohe ont déjà les ordres, qu'à mesure que les Russes avanceront vers le Danube ils en fassent autant de leur coté, et alors une partie de la Valachie pourra selon les circonstances être occupée par nos trouppes. Du reste comme c’est un Pais, dont la possession ne me convient aucunement, et que le Roi de Prusse voudroit justement que j’en devins le Possesseur pour executer son grand projet et me faire perdre la Galicie, je crois beaucoup plus sage, de ne pas me mettre du tout dans le cas de l’avoir.
Du reste le commencement des operations des armées turques décidera ce que l’on pourra faire ou ne pas faire cette Campagne, s’ils affoiblissent vers le haut du Danube et se concentrent plus vers le bas, où si les Russes remportent quelque avantage de marque sur eux, alors nous sommes tout prêts de passer la Save, de marcher à Belgrad et d’en commencer le Siege.
Voila mon Prince à peu près tout ce que je puis vous dire du projet de Campagne.
Comme vous vous intéressés à ma santé je vous dirai, qu’elle est encore assés délabrée des fievres assés fortes qui me prennent, m’ont fort affoibli, extrêmement maigri, la toux et l'expectoration continuent toujours, je prends le quinquina pour arrêter les effets de la fievre, je ne mange point de viandes je ne sors point de la chambre, je ne suis hors du lit que pendant quelques heures par jour, les nuits sont très mauvaises et je ne puis dormir
(Signé:) JOSEPH.
Beilage.
Constantinople vom 8. Mai 1189.
Extrait de la lettre interceptée du Comte de Choiseul au
Mqis. de Noailles.
Il est inévitable de commencer la Campagne, et tous mes travaux seront en pure perte, si les armes Imperiales n’obtiennent pas quelque avantage marqué. Les Nouvelles publiques me font craindre qu’on ne persiste à vouloir attaquer la Bosnie. On ne sait donc pas à Vienne ce qu’une pareille Conquête doit coûter. Avec un quart des moyens de moins qu’elle exigeroit, on pourroit frapper des Coups décisifs en Valachie.
KAUNITZ AN JOSEPH
du 25 Juillet 1789.
La révolté complette de Paris, et la Révolution plus ou moins étendue, qui doit en résulter naturellement en France, est la fâcheuse nouvelle que nous donne le Comte de Trautmansdorff par le Courier qui aura l'honneur de remettre à Votre Majesté ce qu’il m'écrit, conjointement au Lettres addressées à Votre Majesté Elle même dans lequelles, ainsi que dans les ci-jointes Elle trouvera des details de cette Catastrophe.
Je suis bien fâché de la sensation qu’elle doit causer à Votre Majesté. Mais j’ai crû ne pouvoir pas m’empecher cependant de Lui transmettre tout ce qui m’est parvenu à cet egard. Je La supplie de s’en alfecter le moins qu’Elle pourra et je Lui baise les mains avec la plus profonde soumission
(Signé:) K AUNITZ-RIET BERG.
APOSTILLE DES KAISERS.
Je vous suis obligé mon cher Prince de ces nouvelles qui sonts effectivement incroyables, mais tout ce que Ton a fait faire au Roi pour les amener est encore bien plus inconcevable quand on le combine avec le parti de se rendre à discrétion comme il vient de le faire, ma santé n'est pas dérangé au point à m’afecter d'evcnements auxquelles surtout je n'ai aucune part adieu.
JOSEPH
KAUNITZ AN JOSEPH, du 29 Juillet 1789.
Il est très possible sans doute, comme l'observe Votre M,e- que les Russes ayent quelques grands succès, parcequ'ils sont entreprenants; parceque les Généraux Commandants leurs Armées de terre et de mer ont des pouvoirs illimités, qu'ils n'ont jamais bésoin d'attendre des Ordres de Petersbourg sur leur Operations; Que par conséquent ils peuvent profiter des Circonstances du moment, ou de la Consternation de l'ennemi apres une perte de place ou d'un échec, en un mot, de tous les avantages, qu'à la guerre peut donner une Journée, et quelques fois même, un moment; Mais il n'est pas également probable que, même en pareil cas, attendu la façon de penser et les prétentions du Sultan Selim, qui ne veut entendre parler de rien, qu'on ne lui rende Oczakow et la Crimée, la Russie parvienne à
obtenir une paix acceptable si précipitée, qu'on n’ait pas le teins d’y intervenir de façon ou d'autre, à moins que Potemkin ne batte les Turcs en deçà du Danube, et ne menace Constantinople par Terre, ce qui n’est pas plus vraisemblable.
Quoiqu'il en soit neanmoins, il est toujours certain que Potemkin en tous Cas ne pouvant être autorisé qu'à la Condition de l’Uti possidetis existant, et non pas du possible mais incertain de l'avenir, qui peut aussi bien nous etre favorable qu’à eux, en supposant l’employ des mêmes moyens, Votre Majesté renonceroit dez à present et d'avance à toutes les Conquêtes possibles dans le Courant de cette Campagne, sans aucune utilité, à ce qu'il semble, parceque d'apres toutes les vraisemblances, avant que de Petersbourg il ne puisse parvenir à Mr. Potemkin l'autorisation nécessaire, pour qu'il puisse se prêter à celle que veut lui adresser Votre Majesté, avant que la Connoissance de cette autorisation ne nous soit parvenue, et avant que d’ici il ne puisse avoir la Nôtre, il doit avoir frappé quelque grand Coup, ou n’en fera plus de la Campagne, et enfin, parceque d’ailleurs comme non seulement il n’est pas possible que Potemkin n’ait été informé par sa Cour des Démarches que nous avons fait faire à la Porte, et de ce qui en a résulté, mais que Nous mêmes directement d’ici avec une Lettre très flatteuse, Nous lui avons communiqué tout ce, que Nous savons à cet egard, ce que Nous pourrions lui en dire ultérieurement ne serait qu'une redite et nullement une marque de Confiance propre à flatter sa Vanité.
La Sagesse de Votre Majesté jugera de la Valeur de ces observations, et après avoir eu l'honneur de les Lui
Beer, Joseph II. und Kaunitz. %%
exposer, je ferai tout ce qu'Elle m’ordonnera avec la plus profonde soumission
(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.
APOSTILLE DES KAISERS.
Vous etes très faussement informé mon Prince, si vous croyés que les Commandants Generaux n’onts pas pleins pouvoir ou qu’ils doivent demander permission ou aprobation à quelque entreprise c’est le plan en general de la Campagne qui leur a été donné et qui a été concerté avec eux dès que vous croyés qu'une paix particulière et précipitée entre les Russes et Turcs ne peut avoire lieux, il vaut mieux tout laisser dans l’état present et ne rien dire en Russie ni au prince Potemkin.
(Signé:) JOSEPH.
31 juillet 1789.
Je remercie très-humblement Votre Majesté d’avoir bien voulu nTapprendre que j’etois dans l’erreur sur une opinion, qui m’étoit commune avec tout le public, n’etant pas plus que lui dans le secret sur tout ce qui a trait aux operations de la guerre, quoique j'ai l’honneur d’etre le Chancelier de Votre Majesté, et Chef du Département po-
litique; et j’espere que moyennant cela Elle trouvera mon erreur à cet égard excusable. J'augure favorablement au demeurant de l'avenir: les Maréchaux commandants ayant les mains libres, ce qui ne seroit pas, s'il ne leur étoit pas permis de s'écarter du plan convenu avant l'ouverture de la Campagne, quoique son éxécution, à la rigueur, fut impossible par le Changement des circonstances, ou qu’ils jugeassent sur les lieux pouvoir faire autrement ou mieux. Mais comme je suis très-persuadé que la Sagesse de Votre Majesté aura vu et pesé ces vérités avant moi, je me crois autorisé à me flatter d'une Campagne propre à nous donner la paix que du fond de mon coeur je desire autant qu'elle est désirable.
Je crois devoir ajouter cependant à ce que je viens d'avoir l’honneur de dire, que je suppose que Votre Majesté desire que le Maréchal Haddik Lui demande sa démission du Commandement de l’armée; parcequ’il me semble qu’Elle doit le desirer par plusieurs raisons, qu'il seroit superflu de Lui détailler. Cela supposé, j’offre à Votre Majesté de m’employer à déterminer ce Galant homme à cette démarché, et peut-être avec succès; parcequ’il m’honore depuis bien des années d’une entière confiance. Mais il faudroit que pour cet effet je sçus positivement, par qui, et comment Votre Majesté compte le remplacer, attendu que cette Notion pourra influer beaucoup sur sa détermination.
Que Votre Majesté me dise donc à cet égard tout ce qu’il Lui plaira, attendu que je trouverai tout très-bon, par principe et par habitude, n’étant ni Curieux, ni Facce n d o ne.
Je Lui baise les mains avec la plus profonde soumission.
(Signé:) KAUNITZ-R1ETBERG.
APOSTILLE DES KAISERS.
Tout le plan de Campagne consiste a etre tranquille pour ne pas attirer l’attention des Turcs vers Belgrade jusqu’au moment que la saison et les inondations permetent d'en commencer le Siege et en attendant on esperoit de prendre quelques châteaux en Bosnie cella s’est réduit au seul Berbir et on va penser a l’entreprise de Belgrade le moi d'Aoust vers sa fin en donant le vrai temps si j’avais pu imaginer vos liaisons d’amitié avec le Marechall Hadig je vous aurais prié mon prince de vous charger de cette commission penible que je viens de faire moi meme il y a deux jours.
JOSEPH
KAUNITZ AN JOSEPH
Vienne le 14 Septembre 1789.
11 me semble que l’idée nette et ce que l’on peut dire de raisonnabl sur l'état de la question relative au Diplome inaugural que doivent proposer à V. M., à ce que j’apprends, les Députés de la Diete d'Hongrie, se réduit au
fond au contenu de la petite Note très-humblement ci-jointe, tout le reste que pourra Lui dire le Judex Curiae, qui me paroit un personage tout au moins fort équivoque, ne sera que battre la Campagne et destiné à embrouiller la matière pour dérouter.
Je pense qu'il faut tenir bon, aussi long-tems qu’on pourra, et rembarrer ces Messieurs dans l’ésprit de mon Syllogisme, qui me paroit cohérent et sans répliqué.
Je pense de même sur les deux des impertinentes propositions, aux quelles je répons par l’autre des petites Notes que V. M. trouvera pareillement ci jointe, et entre autres qu’à sa place je ne lirois pas en leur présence le nouveau projet que les Députés pourront Lui présenter pour ne pas être dans le cas de devoir m’expliquer sur les détails de son contenu, et que pour ce qui regarde la partie de l'Armée, qui sera dorénavant la dotation de l' Hongrie, je la composerois toujours, s’il est possible, de deux tiers d’Allemands ou autres étrangers, et d’un tiers seulement de troupes Hongroises nationales.
Je ne dis rien des Pays-bas, parceque tout ce que j’ai dit, au sujet de la Hongrie, est à peu-près également applicable à eux; mais ce qui est essentiellement important quant aux Provinces Belgiques c’est d’accélérer au possible la marche des Trouppes, et d'y envoyer plutôt dix milles hommes de plus que de moins qu’il n’en faudroit. Je crois ne rien devoir laisser ignorer à V. M. de tout ce que je pense de relatif aux interets de la Monarchie en grand, et c'est ce qui m’engage à prendre la liberté, de Lui envoyer toutes ces rêveries qu'Elle voudra bien j'espere, prendre
en bonne part comme venant du plus attaché de Ses Serviteurs.
(Signé :) KAUNITZ-RIETBERG.
KAUNITZ AN JOSEPH
24 Septembre 1789.
Le Prince de Gallitzin vient de me communiquer au moyen de la copie très-humblement ci-jointe, l’important événement pour la Russie, dont il y est fait mention, et il ne doute point de la vérité du fait. La Lettre cependant n’est que confidentielle d’un Commis du Bureau des affaires étrangères du Cte' de Besborodkou, elle ne lui est parvenue que par la poste ordinaire, et je n’en ai encore la confirmation ni de la part du Cte' de Cobenzl, ni de celle du Cte> de Stakelberg, le quel n’en a rien écrit non plus jusqu’à présent au Prince Galitzin.
La raison qu’on peut avoir eue à Petersbourg pour différer la communication d’une aussi bonne et aussi importante nouvelle, j’avoue que je ne l’imagine pas; mais cela ne peut pas manquer de s’éclaircir de moment à autre.
Le Prince Galitzin se flatte aussi que les armées du Prince Potemkin ne tarderont plus à faire parler d’elles; ce que Dieu veuille, ainsi qu’il seroit fort à desirer.
Je n’ose pas prendre la Liberté de demander des nouvelles à Votre Majesté des ses armées, et particulièrement de Belgrade; Mais Elle peut penser combien elles intéres-
sent quelqu'un, qui comme moi regarde ses affaires, comme si c’étoit les siennes, et j’espere que moyennant cela Elle excusera ma curiosité.
Je Lui baise les mains avec la plus profonde soumission.
(Signé :) K AUNIT Z-RIETBERG.
APOSTILLE DES KAISERS.
Je crains bien que la nouvelle de Cobentzel soit la vraie, et que cette afaire n'ait pas été si décisive que le porte la nouvelle du Prince Gallitzin, quant a Belgrade je n’ai eu encore que deux lettres du Marechall Loudon et elles ne contienent qu’un journall, de ce qui s’est fait jusqu'à present, actuellement ils sonts au conseil de guerre pour etre imprimés dans la feuille ajouté a la gazette sans cella je vous les aurais tout de suite envoyés, on n’en est qu’aux premières dispositions et les fauxbourg même ne sonts point encore occupés adieu.
JOSEPH
KAUNITZ AN JOSEPH
24 Septembre 1789.
Je n’ai rien dit encore à Votre Majesté sur la Déclaration, que Jacobi veut engager sa Cour à Lui faire, dans le cas de quelque grand succès de la part de Ses armées,
et entre autres de la prise de Belgrade, par la raison que quoique possible, elle est au moins incertaine, et qu’avant d’en avoir vu la teneur, il seroit prématuré d’avoir une Opinion à cet égard. Ce qu'il y a de certain cependant dez à présent, c’est que dans le cas de quelque grand succès décisif, dans le courant de cette campagne, il sera toujours bon d'engager les Turcs, s’il se peut, à proposer une paix acceptable et précipitée; afin que personne n’ait le tems de s’en mêler.
(Signé:) KAÜNITZ-RIETBERG.
APOSTILLE DES KAISERS.
Je suis parfaitement de votre avis qu’il ne faut plus tarder a tacher d’avoire la paix avec la porte apres cette campagne meme Belgrad pris, si on ne peut la garder, entièrement rasé, pourra etre rendue pour l’obtenir.
JOSEPH
le 12 Octobre 1789.
Je vous donne part mon cher Prince que je viens de recevoir la nouvelle que Belgrade est pris par Capitulation la Garnison sort libre mais toute l'Artillerie consistant en 300 pièces de Canon est a nous cette bonne nouvelle je
m'empresse de vous la doner sachant T interest que vous y prenés adieu.
(Signé:) JOSEPH.
KAUNITZ AN JOSEPH
Les Interceptes, qu'en dernier Lieu Votre Majesté a bien voulu noter comme très-important, m'ont également paru l'être beaucoup; parcequ’ ils nous apprennent que Mr. de Herzberg a bien baissé le ton, et que la peur paroit avoir pris la place de l'arrogance, avec laquelle il se flattoit, que le Roi son Maitre pourroit faire la loi aux deux Cours Imples’ Il semble qu'il est persuadé que dans l’état actuel des Choses, une Déclaration ne seroit plus dans le cas de les intimider.
Il témoigne même l’être, qu’ Elles peuvent, s’il le faut, continuer la guerre sans risque, défensivement contrée la Porte, et réunir en même tems des forces supérieures contre la Cour, si elle Les attaquait, on J^eur donnoit sujet de pouvoir appréhender qu’elle en avoit l’intention.
Dans cette persuasion dez à présent, elle ne pourra naturellement qu’augmenter, si nous avions le bonheur de nous emparer encore d’Orsowa et de la Valachie, avant la Clôture de la Campagne.
Il en resuite par conséquent:
Que nous n’avons point à appréhender, soit en ce cas, soit même dans l’état actuel des Choses, une levée de Bouclier de la part de sa Cour au Printems prochain; soit que.
d'ici là, la Paix se fasse ou ne se fasse pas; quand même elle parviendroit à conclure le Traité qu’elle propose à la Porte; parceque, malgré ce Traité, elle ne rompera pas avec les deux Cours lmp'68, si elle croit ne pas pouvoir le faire sans risque; tout comme, même sans ce Traité, je ne doute pas qu’elle le fit si elle croyoit le pouvoir.
Les deux Lettres ci-rejointes de Mr. de Herzberg, pareilles à peu près, à l’exception du plan de nous faire attaquer par la Croatie, prouvent tout ce que je viens d’avoir l'honneur de dire.
Il s’ensuit que, s’il falloit faire encore une Campagne, il n’est pas vraisemblable que le Roi de Prusse osât nous attaquer encore dans l’état actuel des choses:
Que par conséquent, il est si peu vraisemblable que l’on ait à appréhender une levée de bouclier de sa part, qu’il est certain, au contraire.
Que, si nous n’avions pas plusieurs autres raisons pour désirer le prompt rétablissement de la paix, rien ne devroit nous engager à nous la faire souhaiter. La Continuation de la Guerre, du point d’où l’on partiroit à l’ouverture de la Campagne prochaine, surtout si on la commençoit avant que les Armées Ottomannes ne peuvent être rassemblées, pouvant raisonnablement nous faire esperer de pousser nos progrès au de là des limites de la paix de Passarowitz.
C’est dans ce point de vue que Votre Majesté aura trouvé sans doute, le Contenu de ces deux Interceptes, très important; et ils le sont réellement beaucoup, moyennant la Connoissance qu’ils nous donnent de ce Changement de la façon de penser de Mr. de Herzberg.
J'ai trouvé très satisfaisante aussi, et très-faite pour confirmer Herzberg d'autant plus dans son opinion, tout le passage de la Lettre de Jacobi au Roi du 7. Cour., que j'ai sousligné ainsi, que la Dépêche qui lui est adressée de la part du Ministre, pareillement ci-jointe, qu’elle contient la même idée, et que par conséquent sa Lettre l’y trouvera préparé d'avance, quisqu'il l’a conçue avant lui, et qu’il paroit même l’avoir envisagée comme assés modérée de notre part.
En un mot, j’avoue à Votre Majesté, que j’ai vu ces trois Interceptes avec grand plaisir, et que, quoiqu’il arrive, ils m’ont paru fort satisfaisants.
Il faudra voir à-présent les effets que pourront avoir produits les démarches, qui ont été faites jusqu’ici pour ramener la Paix le plus tôt possible, s’il se peut d'une façon conforme à l’état actuel des Choses, et convenable à l’avenir.
Je baise très-humblement les mains à Votre Majesté Impériale
(Signé:) KAUNITZ-RIETBERGr.
Vienne, le 11 Novembre 1789.
KAUNITZ AN JOSEPH
Vienue le 12 Novembre 1789.
L’Ambassadeur de France m’a remis la Lettre de la Reine très-humblement ci-jointe, et m’a communiqué en même tems par ordre de sa cour la singulière pièce pareil-
lement ci-jointe, sur laquelle on lui a mandé seulement, que le Comte de Mercy nous informe roit de tout ce qu’on Lui avoit dit à cet égard; Il m’a assuré en même tems que c’étoit tout ce qu’il en savoit, et en conséquence il s’est borné à la simple communication.
Le contenu de cette Instruction est manifestement destiné à sonder les vues et les intentions de la grande Bretagne sur l’objet, dont il est question, mais j’avoue que j’ai peine à concevoir, pour quoi se trouvant avoir Mr. de la Luzerne à Londres, on a voulu charger de preference de cette commission délicate un personnage certainement à tous égards moins digne de confiance, que Lui, et si tant est^ qu'on ne l’en ait chargé, qu’àfin, que son arrivée en Angleterre n’eût pas l'air d’une fuite; il y avoit à ce me semble bien de commissions moins signifiantes à lui donner, qui eussent dû faire également l’effet de détruire, ou laisser au moins en doute l’existence des soupçons odieux, qui courent sur son compte; quoiqu’il en soit cependant il paroit s’en suivre, que quand même tel eut été le motif secret de sa prétendue mission, le fond et la forme ne m’en paroitroient pas moins une école ministerielle du Cabinet de Versailles; vraisemblablement le Comte Mercy nous mettra dans peu en état de pouvoir juger de la valeur de cette démarche; laquelle en attendant paroit devoir nous être très indifferente; la franche communication, qu'on nous en a faite, ne donnant Lieu à aucun soupçon à cet égard.
Avec la plus profonde soumission
(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.
JOSEPH AN KAUNITZ
Vienne le 13 Novembre 1789.
Mon cher Prince de Kaunitz. En vous renvoyant cette pièce communiquée par l’Ambassadeur de france je ne puis vous cacher l’etonnement qu’elle m'a causé. Elle est d’une si grande singularité quelle surprend sous quelque point de vue qu’on l’envisage; car on ne peut pas même y trouver du bon sens, et qu’elle est d’une inconséquence parfaite soit dans la Commission donnée au Duc d’Orléans, soit dans les Conditions quelle renferme, soit enfin dans la façon de nous en prévenir. Je ne sais en vérité, si je dois me remercier ou me fâcher. Tout ce qu’on en peut conjecturer de moins défavorable, c’est que le Roi et son Ministère ont été forcés à cette démarche par le parti du Duc d’Orléans qui voudroit lui procurer des avantages, et qu’ils ne m’en ont fait part, et n’ont ajouté la ridicule Condition qu’en perdant le Pays Bas j’en sois content, que pour colorer leur mauvaise foi, leur injustice, et leur trahison comme Allié, n'étant plus les Maîtres ni le Roi ni les ministres d’agir pour eux-mêmes; mais ils sont forcés à tout ce que leur préscrit la Clique infernale dont provient tout le malheur de la france et qui est diamétralement opposée au sistème de notre alliance, comme ils l’affichent et l’ecrivent publiquement.
Dans cet état des choses non seulement nous n’avons plus d’ Allié, mais la france dirigée par ce parti est devenue notre ennemi acharné qui nous fera tout le mal possible tant qu’il aura le dessus, et si même le parti du Roi re-
prenoit un jour son Autorité, combien de tems faudroit-il avant de pouvoir nous être de la moindre utilité? Il ne nous convient donc nullement d'être plus longtems la dupe et je crois qu'il faut communiquer tout de suite cette étonnante Pièce tant en Russie que par Courier à M. de Reviczky et lui prescrire le langage qu'il aura à tenir vis-àvis du Ministère Anglois pour obtenir une réponse positive sur ces menées et en même tems pour faire concevoir à l’Angleterre l’interet qu'elle pourroit avoir ainsi que la Hollande, de se rapprocher de la Maison d'Autiiche et de la Russie qui ne paroit pas désirer mieux, en stipulant pour premier objet la garantie des Pays Bas de la part des Puissances maritimes.
(Signé:) JOSEPH.
KAUNITZ AN JOSEPH
Vienne le 13 Novembre 1789.
(Dicté par S. A.)
J'ai crû devoir raisonner au sujet de l'avenir vraisemblable, d’après ce qu’en pensoit Mr. de Herzberg actuellement, et dépuis que la face des affaires avoit changé si considérablement en notre faveur; et j’avoue à V. M. que je crois encore n’avoir pas mal raisonné, en fondant mon opinion sur le present plùtôt que sur le passé.
Quoiqu’il en soit cependant, nos mesures ne doivent pas moins en être calculées sur le pessimum possible,
parceque le rétablissement de la paix dépendant toujours non pas d'une seule, mais de deux volontés, peut ne point avoir lieu; et que par conséquent, dans cette incertitude il faut aussi bien que Ton fasse tous les préparatifs et tous les fraix nécessaires à la continuation de la guerre, et que comme Ton ne peut pas s’en dispenser, je ne sais pas même si, les fraix faits, il ne vaudroit presque pas mieux se déterminer dez à présent à faire encore une Campagne, la quelle vraisemblablement ne pouvant être que funeste à la Porte, donneroit bien plus certainement une paix glorieuse et avantageuse qu'on ne peut l’esperer de la presente Campagne, quelque brillante qu'elle ait été.
Quoiqu’il en arrive néanmoins, il me semble, qu’ainsi que je l’ai observé ci-dessus, il convient de prendre toutes les mesures imaginables sur le pire possible, et même de façon à faire voir au Roi de Prusse qu’elles sont prises pour tous les cas imaginables, et que l’on n’a pas peur de lui; parceque ce sera le moyen le plus efficace pour le contenir.
Je crois moyennant cela, que non seulement il n’y a aucun inconvénient à ce que Y. M. fasse toutes les dispositions qu’Elle jugera convenables aux Circonstances; mais que cela est même necessaire, pourvu qu'Elle n’ait pas l’air de menacer directement la Cour de Berlin; et je crois même, qu’il seroit très-bon de répandre que l’on fait les plus grands préparatifs pour continuer la guerre avec la plus grande vigueur, s’il arrivoit qu’on ne pût obtenir, cet hyver encore, une paix convenable à l’état actuel des choses.
A cet égard, V. M. n’ignore pas tout ce qui peut raisonnablement se faire actuellement, se trouve tout fait;
qu’il faut naturellement en attendre les effets et que jusqu’à ce que l'on en ait eu connoissance, tout ce que l’on pourroit vouloir ajouter aux démarches déjà faites, ne seroit propre qu’à éloigner l’heureux moment de la paix au lieu de l'accélérer.
Quant à la Cour de Dresde, j’ai déjà chargé à plusieurs reprises, pendant cette Campagne, le Ministre de V. M. de sonder les intentions autant que cela peut se faire, et ses réponses à cet égard ont toujours assuré jusqu'ici la persévérance dans son sisteme de neutralité: V. M. sent bien que la demande d’une explication positive dez à présent ne pourroit point avoir lieu sans des très-grands inconveniens, et en même tems que, supposée même satisfaisante, elle ne donneroit gueres plus de sûreté; et je pense par conséquent que ce n’est pas son intention qu'il se fasse dez à present une démarche ministerielle à cet égard.
Lorsqu’ Elle m’ordonnera de Lui dire mon très humble avis sur les dispositions, dont Elle s’occupe actuellement, Elle sera obéie; et en attendant je Lui baise le mains avec la plus profonde soumission.
(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.
KAUNITZ AN JOSEPH
J’ai l’honneur d’envoyer à Votre Majesté la Periode de la Lettre du Comte de Mercy du 27 Octobre dernier, dans laquelle il annonce la Communication complette du Mémoire, qui m’a été remis par le Marquis de Noailles. Il ajoute
que Mr. de Montmorin ne lui a rien caché à cet égard, et il doit avoir été parfaitement tranquille sur ce sujet, puisqu’il a jugé pouvoir différer le rapport des détails qu’il se proposoit de nous envoyer, jusqu'au renvoy de son premier Courier.
On vient de m'informer que Votre Majesté avoit demandé une Copie du Mémoire en question, pour l’envoyer à Mgr. Le Grand Duc de Toscane, et on est actuellement occupé à la faire. Mais je crois, sauf meilleur avis, qu’il vaudroit mieux différer cet envoy jusqu’à l’arrivée des renseignemens, que nous promet le Comte de Mercy, et qui peuvent nous parvenir de moment à autre; afin qu’ainsi que Nous, Son Altesse Royale soit plus en état de pouvoir juger de la valeur de cette démarché du Cabinet françois, qu’encore une fois, jusqu’ici je ne puis regarder que comme une Gaucherie, sur laquelle, avant qu’elle ne soit bien éclaircie, on ne peut rien statuer, ce me semble.
J’ai l’honneur d’être avec la plus profonde soumission
KAUNITZ-RIETBERG
Vienne, le 15 Novembre 1789.
Am Rande eigenhändig.
si vous croyés qu’il faut attendre à communiquer cette pièce au Grand Duc, cella pourra avoir lieu sans difficulté.
JOSEPH
Beer, Josef II. und Kaunitz
JOSEPH AN KAUNITZ
Vienne ce 26 Novembre 1789.
Mon cher Prince de Kaunitz. Les Evenemens de toute façon fâcheux et imprevoyables qui viennent d’arriver aux Pays Bas et surtout la Dissension qui regne entre le Ministre et le Général Commandant, les Dispositions aussi fausses que mal exécutées qui ont amené ces desastres, tout cela paroit exiger un promt remede.
J'ai en attendant fait partir aujourd’ hui matin le General Lilien muni d'une Lettre pour le Feldzeugmeistre Comte de Ferraris, par laquelle je le charge du Commandement général des Troupes aux Pays Bas et je rappelle M. d'Alton. Mais ne sachant pas, si M. de Ferraris, qui doit se trouver actuellement à Thorn, eu égard à sa santé ou pour d’autres raisons voudra se charger de cette besogne, je vous prie de garder encore là-dessus le secret jusqu’à ce que j’en aye la ceititude, puisqu'en cas de refus je devrois songer à y envoyer quelqu autre.
Mais comme il est essentiel de penser dans ce moment et dans ces circonstances plus à pacifier qu'à conquérir, d'autant plus que comme vous savés fort bien, mon cher Prince, que nous ne pouvons nous dégarnir à présent du peu de troupes, qui se trouvent encore en Boheme et en Moravie, il faut s’occuper, je crois, d'envoyer d’ici un Commissaire qui muni de plein-pouvoirs et d’instructions necessaires fut à même d'entamer un arrangement quelconque avec les Etats et les rebelles. Je ne vois personne pour cela de plus convenable que le Vice-Chancelier, Comte de
Cobenzl, vu qu'il est au fait des affaires, et que sa charge meine semble rendre le plus propre à cette Commission. Je vous prie donc, mon cher Prince, de le charger de ma part d’accelerer plus que possible son départ, de me proposer les Assignations d’Argent dont il pourroit avoir besoin et surtout de faire minuter le Plein-pouvoir et Instructions qui lui seront necessaires. Vous m’obligerés infiniment en vous chargeant de les rédiger.
KAUNITZ AN JOSEPH
14 Janvier 1790.
J’ai eu F honneur de proposer à Votre Majesté la publication d’un Manifeste relatif à la révolution des Pays- Bas, non seulement parce qu’à peu près consommée actuellement, il ne conviendroit pas de laisser le Public encore longtems en doute sur les intentions de Votre Majesté à cet égard, mais aussi parcequ’il ne nous reste plus d'autre voie pour les faire parvenir à la connoissance de la Nation Belgique.
J’ai cru dans le projet de ce Manifeste y avoir fait prendre à Votre Majesté le seul ton qui m’a paru pouvoir convenir au passé, au présent et à l'avenir, le langage de la dignité, sans humeur et ferme sans menacer et j’avoue que j'imagine si peu qu’EUe pourroit être ein angemessenerer Ton, qu’il faudra que Votre Majesté ait la bonté de me le faire connoître si Elle veut que je le sache.
Ce qui peut se faire c'est de supprimer ce qui est dit du cercle de Bourgogne dont cependant j'avois fait mention pour ne négliger aucun des moyens qui pourroit être de quelque utilité dans une conjoncture aussi embarrassante que la nôtre.
Au reste on aura soin d’éviter les répétitions qu'il pourroit y avoir dans le projet mais en totalité j’attendrai les ordres de Votre Majesté avec la plus profonde soumission.
So bald sie mir den verkürzten Aufsatz zuschicken werden, so werde ich ihnen darüber meine weitere meinung zu erkenen geben.
JOSEPH
KAUNITZ AN JOSEPH
ce 16 février 1790.
Avec le tendre attachement, que Votre Majesté me connoit depuis longtems pour Sa Personne, bien douloureusement affecté, et en même tems avec la plus grande admiration, je ne puis qu’applaudir au contenu de cette minute, que je trouve un Chef d’oeuvre, relativement au foud, non moins qu’au moment, auquel elle a été dictée.
Daignés accueillir avec bonté des larmes du plus ancien, et du plus attaché de vos serviteurs.
(Signé:) KAUNITZ.
APOSTILLE DES KAISERS.
Mon cliere ami touché de vos expressions que puis je dire aux decrets de la providence que m’y soumetre, pour vous receves toute l'assurance de la plus parfaite reconnaissance de la plus haute estime et de la plus vraie confiance, que vous mérités au dessus de tous et croyés qu'il me coûte de devoir penser a ne plus jouir de vos lumières je vous embrasse et vous recommande dans ces momens si dangereux ma Patrie qui me tient si fort a coeur.
JOSEPH
KAUNITZ AN LEOPOLD
le 16 Mars 1790.
Ap rès avoir lu les deux pièces très humblement ci rejointes, que V. M. a bien voulu m’envoyer je suis à même de pouvoir avoir T honneur de Lui dire avec Connoissance de Cause:
1. que je ne vois aucun inconvénient à la publication du testament.
2. Que non seulement je n'en vois egalement aucun à la plus prompte execution possible du plan de Concentration proposée par le Maréchal de Loudon. Mais que je la crois ainsi au contraire très convenable et même très désirable, afin qu'on voye à Berlin par cette première démarché militaire de V. M. que l'on y etoit dans l'erreur en supposant de la disposition à des mesures moins vigoureuses en ce genre, qu'à feu l'Empereur: supposition, qu’il me paroit très essentiel de détruire plus tôt que plus tard, et je prie moyennant cela instamment V. M. de donner sans delai ses
ordres à cet egard: la Chose étant réellement très pressante d'apres ce que m’a fait savoir à ce sujet le Maréchal.
Avec la plus profonde soumission.
P. S. V. M. certainement ne sent pas moins que moi, que ce n’est que la Continuation de la Guerre la plus vigoureuse des possibles, vis-à-vis de la Porte qui puisse nous ramener la paix de leur Coté et en même tems que ce n’est que les démonstrations des mesures les plus vigoureuses des possibles vis-à-vis de la Cour de Berlin, qui puissent la contenir et faire différer au moins une explosion effective de ce Cotè-là.
Pour qu’il s’en suive ces deux effets egalement désirables, V. M. est trop éclairée pour ne pas comprendre qu’il ne faut pas manquer de fonds, et je la conjure par conséquent de vouloir bien faire tout ce qu’il Lui sera humainement possible de pouvoir faire ou imaginer pour se les procurer, sans perdre un moment.
Il sei oit necessaire aussi que V. M. m’envoyât copie de la Lettre qu’Elle a écrite à l'Imperatrice de Russie et s’il se peut également un précis exact de ce qu’Elle a dit au Ministre Anglois resident à Florence, et qui a engagé celui-ci à l’expedition du Courier qu’il a dépêché au Duc de Leeds et dont il fait mention dans sa Lettre à Keith que je viens de lire.
Il est très essentiel pour ma direction dans mes propos et dans mes démarchés, que j’ai une Connoissance exacte de l’une et l’autre de ces deux Choses et c’est ce qui m’engage à la demander à V. M.
Je prie aussi V. M. de vouloir bien dorénavant ajouter toujours en marge de mes très humbles billets soit en
langue francoise soit en langue Allemande ainsi que à tous mes Vorträge Allemands en peu de mots ou Sa resolution, ou son intention ou sa façon de penser quelconque sur le Contenu afin que bien loin de pouvoir rester en doute à tous ces égards, je sache bien positivement ses intentions.
Avec la plus profonde soumission.
KAUNITZ-RIETBERG
KAUNITZ AN LEOPOLD