April
Mon Prince! J’ai reçu la Note que vous m’avés envoyé avec le Papier présenté par le Chevalier Keith. Je me reserve de vous en parler demain matin moi même, mais comme l'affaire me paroit importante et exiger une prompte réponse, j'ai voulu en attendant vous communiquer les idées qui me sont venues en examinant ce Papier.
Cette proposition de la part de la Cour d'Angleterre tant pour la forme, que pour la chose me paroit amicale
et différente des precedentes, et dérivée de l’intention de cette Cour de prévenir le plutôt que possible l'extension de la guerre. Je crois donc qu’il faudroit répondre aussi poliment que possible, en se rapportant spécialement aux déclarations faites précédemment, et particulièrement par mes lettres à l’Angleterre et à la Prusse.
Je crois qu'il seroit utile de répondre, que par ce qui avoit été traité déjà avec la Porte et qui avoit été communiqué à l'Angleterre, le Roi aura vu, que la Cour de Vienne et son Allié en faisant tout leur possible pour établir un armistice avec la Porte, avoient prévenu les intentions du Roi. Que je suis toujours dans les mêmes sentiments, et que j'ai toute raison de croire que l'Impératrice pense de même, et que je serai charmé de voir, si le Roi de son côté pourra faire cesser les empêchements qui ont été mis à la conclusion de la paix et de l'armistice par les insinuations et la conclusion du Traité entre la Cour de Berlin et la Porte. Que quant aux affaires des Pays-Bas, je suis fermement résolu, que tant dans le cas, qu'ils retournent volontairement sous ma domination , que meme dans le cas, où je me trouvasse forcé de les réconquérir par les armes, je n’y entreprendrois jamais la moindre chose contraire à l'ancienne Constitution des Provinces Belgiques, et j’admettrois avec bien du plaisir, satisfaction et réconnoissance le rénouvellement de la garantie de la Cour d'Angleterre, et que d'ailleurs par ma lettre de main propre, que j'ai fait présenter au Roi par le Comte Rewitzky, le Roi aura vu ma façon de penser et le désir sincere que j’ai de contribuer de mon côté de toutes les façons possibles et convenables au rétablissement de la paix et à la
Conservation de la tranquillité générale de l’Europe pour l’avenir. Ce sont là les idées, qui me sont venues dans l’esprit et que je soumets à votre examen en me reservant de vous en parler demain.
LEOPOLD
KAUNITZ AN LEOPOLD
Sire !
Au moyen des Suites naturelles d’un bien long Ministère, je sens que je ne suis plus dans le Cas de pouvoir continuer à servir Votre Majesté, comme il pourroit Lui paroître nécessaire ou agréable de l’être et en Conséquence, je crois pouvoir et devoir même La supplier d'accepter ma Démission de tous les Emplois, dont j’ai été honoré successivement par Feue Sa Majesté l’Impératrice Marie Therese d'immortelle Memoire.
Je suis bien certain que Votre Majesté jugera mes services passés, comme ils pourront Lui paroître mériter de l'être; et dans cette Confiance, je n’ai rien à Lui demander, que la permission de pouvoir rester dans la Maison, que j'habite actuellement, jusqu'à ce que j'aie trouvé à me loger ailleurs, et sur tout la Continuation de sa haute Bienveillance, qu'ainsi, que jusqu’à présent, je tacherai de mériter à l'avenir par toutes les preuves possibles du vif et respectueux attachement, avec lequel je ne cesserai jamais d'être Sire de Votre Majesté
Le plus ancien et le plus dévoué de ses Serviteurs (Signé:) K AUNITZ-RIE TBERG.
Vienne le 26 Avril 171)0.
KAUNITZ AN LEOPOLD
Sire !
.Tai dit vrai à Y. M. dans ce que j’ai eu l’honneur de Lui exposer, et je ne saurois Lui cacher, qu’il m’eut été fort agréable, qu’en Conséquence Elle eût daigné m’accorder ma retraite; Mais comme d'après ce que la bonté de V. M. a chargé Mgr. l’Archiduc de me dire de sa part, je vois qu’Elle croit, qu’il peut importer au bien de son service, pour le dehors et le dedans, que je continue encore à rester en place dans les Circonstances critiques, où l’Etat se trouve actuellement, je ne me permets plus de penser à moi, et je me soumets à y rester Votre Majesté le désirant: bien heureux, si ma résignation à sa volonté pouvoit Lui être d’une utilité conforme à mes voeux.
Je prie V. M. d'être bien persuadée, que ce n’a auroit été qu’avec bien du regret, que j’eusse quitté le service d’un Prince, que je trouve aussi digne d’etre servi par un homme de ma façon de penser, que l’est V. M. Laquelle par des vertus est l’objet de ma vénération et par Sa bonté celui de l’attachement le plus vrai, avec lequel je suis et ne cesserai jamais d’être
de Votre Majesté
Le plus soumis et le plus dévoué de ses serviteurs
KAUNITZ-RIETBERG
Vienne le 27 Avril 1790.
KAUNITZ AN LEOPOLD
9 Juin 1790.
Supposé que Votre Majesté se détermine à accorder une Audience a Mr. Jacobi, et a recevoir de ses mains ce qu'il dit avoir à Lui remettre de la part du Roi son Maitre, et qu’il assure être aussi satisfaisant, que je suis persuadé du Contraire, je la prie très instamment de vouloir bien se borner à lui dire avec un ton et une mine ferme et plutôt serieuse que trop douce :
Qu’elle desire sincèrement, que ce qu'il lui remettra soit dans le cas de pouvoir lui permettre d'y donner les mains, et qu’après qu’elle en aura vu et pesé le contenu, elle fera parvenir Sa réponse au Roi son Maitre le plutôt que possible.
Sa Cour abuse de tout ce qu’on lui dit, elle fait actuellement semblant de regarder le status quo avant la guerre comme une chose convenue dans tous les cas tandis que cependant on ne s’est déclaré pour ce parti qu’au pis aller et non pas definitevement et dans tous les cas.
Ce Mr. Herzberg est un homme abominable et très dangereux, il n’v a rien de gagner vis-a-vis de lui par trop de facilité, et je suis très persuadé, que si nous avions eu à Berlin un Ministre plus propre à faire respecter sa cour, on n’aurois peut-être pas osé bien des choses de fait et de paroles que l’on a cru pouvoir se permettre vis-à-vis d’une pauvre espèce que l'on sait pouvoir intimider autant qu'on veut.
KAUNITZ AN LEOPOLD
Il me paroit important de ne pas laisser prendre racine dans les têtes des Etats Généraux que leurs Alliés ont trouvé bon de mettre en avant dans ce moment-ci, rélativement aux troubles des Pays-Bas, au Sujet des quels il n'avoit pas été question d’eux jusqu’ici, à l’espoir de faire consentir V. M. à l’absurde proposition que l’on s’est permis de Lui faire par le Mémoire de Mr. de Haeften; et par cette considération je crois qu’il conviendroit d’y répondre dès à present, et sans attendre même les premières notions qui nous parviendront sur la tournure que pourront avoir prise les négociations entamées en Silésie.
C'est d’après ce raisonnement que j’ai dicté le projet de réponse très-humblement ci-joint, qui me paroit poliment, mais avec dignité, faire sentir et dire en peu de mots, tout ce qu'il faut, et rien au de là. S’il étoit conforme aux intentions de Y. M. je le ferois passer à Son Chargé d’affaires à la Haye, et j’en remettrois ici une Copie au Baron de Haeften, et j’attendrai Ses ordres à cet égard avec la plus profonde soumission.
KAUNITZ-RIETBERG
Vienne le 28 Juin 1790.
APOSTILLE DES KAISERS.
Je vous renvois, ci-jointe, Mon Prince, la réponse à donner au Ministe d'Hollande sur le mémoire qu’il a présenté, et que vous m'aviez envoyé hier. Je l’approuve en-
Beer, Joseph H. «ad Kaunitz. 2i
tièrement, étant on ne peut pas plus convenable et écrite dans les termes les plus mesurés, mais les plus convenables aux circonstances présentes.
LEOPOLD
KAUNITZ AN LEOPOLD
Votre Majesté verra par les deux lettres très-humblement ci-jointes ce que c'est que le personnage, dont il y est fait mention. Cet homme est chargé de demander à V. M. des secours pour l'exécution des ridicules projets de Mr. le comte d’Artois, et pas moins que l’employ de la petite bagatelle d’une armée pour cet effet; avec toute l’energie et la force des raisons qu'il m’a été possible d'employer, j’ai tâché poliment de lui faire comprendre l'absurdité de la proposition et l'impossibilité, dans laquelle devoit être V. M. d’après ses circonstances au dehors et au dedans de pouvoir y donner les mains; mais j’y ai perdu mes peines, et cet homme, qui n’a pas eu une seule chose raisonnable à me répliquer, insiste à vouloir attendre ici le retour de V. M. pour Lui présenter la lettre de son commettant et un mémoire, dont il m’a donné lecture et dans lequel il n’y a pas le sens commun pour tout autre qu'une aussi mauvaise tête que l’est celle de l’auteur du plan. J’ai cru devoir prévenir V. M. sur cette seccatura, qui L’attend et que j’aurois désiré pouvoir Lui épargner.
J’ai 1* honneur d’être avec la soumission la plus profonde
(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.
Vienne 29 août 1790.
LEOPOLD AN KAUNITZ
Mon cher Prince. J’ay reçu votre note et les papiers y joints que je vous renvois. La visite de Mr. de Castelnau à mon retour ne peut pas être fort amusante pour moi, j’en connois tous les plans et projets, ayant vu ici en route dans une mauvaise auberge un autre François déguisé, qui étoit son compagnon et chargé de la même mission. A mon retour nous en parlerons plus au long ensemble; ce projet est aussi extraordinaire et leger que ceux qui le proposent. Je vous prie, mon prince, d’être persuadé de toute l'estime et amitié avec laquelle je suis
Votre très affectionné LEOPOLD.
Laubach le 3 septembre 1790.
LEOPOLD AN KAUNITZ
Mon prince. Je vous renvois ma lettre pour le comte d’Artois, qui est telle que vous me l’aviés proposée, ainsi que la minute*); je vous prie dd* la lui faire parvenir, Mr.
*) Monsieur mon cousin. J'ai reçu successivement les deux lettres, que Votre Altesse Royale a chargé le sieur de Castelnau de me remettre. J’ai écouté ensuite avec intérêt et sensibilité tout ce qu’il m’a exposé de vive voix, et je lui ai dit de mon côté tout ce que mes circonstances et la connoissance, qui m’est parvenue presqu'en même tems des intentions du Roi au sujet de l’objet de sa mission ont pu me permettre de Lui dire. Il le rendra sans doute fidèlement à V. À. R. et je crois par conséquent devoir m’en rapporter au récit qu’il lui fera de mon entretien avec lui pour épargner à V. A. R. des redites qui seroient absolument superflues. V. A. R. ne sauroit douter
de Castelnau étant déjà parti pour Frankforth. En même tems je vous préviens, que je crois que le Roi de Naples compte venir vous trouver chés vous aujourd’hui à votre manège pour vous faire voir ses chevaux et voir ceux que vous avés reçus de Russie. Je suis . . .
Vienne 22 septembre 1790.
Turin ce 20 juillet 1700. — L’opinion de l’Europe à votre egard, Monsieur, l’estime universelle que vous avés sçu mériter: tels sont les motifs de ma confiance en vous. Non, le prince Kaunitz ne souffrira pas la destruction, le renversement total de l'autel et du trône.
Je ne m’étendrai pas davantage; le baron de Castelnau, qui vous remettra cette lettre, vous expliquera tous les objets de son importante mission; croyez, Monsieur, qu'il mérite en tous points votre confiance.
Mais vous trouverés simple, que j’ai saisi cette occasion, pour vous donner personnellement, Monsieur, la ferme assurance de tous mes sentiments et de ma parfaite estime.
Le comte d’Artois.
de mes intentions à l’égard de tout ce qui a trait à la monarchie françoise, au Roi, à toute sa famille et en particulier à votre personne. Je souhaite vivement l’occasion et la possibilité de pouvoir en donner des preuves. J’espère qu’Elle me rendra la justice d’en être persuadée, et je suis bien sincèrement avec la plus parfaite considération et l’amitié la plus vraie,
Monsieur mon cousin,
de V. A. R.
KAUNITZ AN LEOPOLD
Votre Majesté trouvera dans les rapports ci-joints la substance de mon entretien avec le sieur de Jacobi mais peu exactement rendu et avec fiel, uti sol et, conséquemment à sa mauvaise foi et à sa mauvaise volonté.
Voici l'exacte vérité:
Au sujet de la communication solennelle des intentions définitives de l'Impératrice de Russie, relativement à sa paix avec la Porte Ottomanne, je lui ai dit:
Que, cette communication nous ayant été faite en même tems qu’au Roi de la Grande Bretagne, et la même absolument, le Roi de Prusse devant l’avoir eue naturellement aussitôt par son allié, celle qui auroit pu lui parvenir par notre canal nous avoit paru superflue, et que c’étoit la seule raison, qui nous avoit engagé à nous en dispenser; mais que le Roi son maître désirant ce non obstant pareille communication de notre part, je ne manquerois pas de la lui faire parvenir par son moyen, dez que Votre Majesté m’y auroit autorisé, ce que je ne doutois pas qu’Elle feroit sans aucune difficulté.
Ce que cet homme rend cependant encore beaucoup moins fidèlement, c’est ma réponse à la proposition que l’on a eu l’impudence d’oser faire à Votre Majesté:
de déclarer à l’Impératrice de Russie, que si elle est attaquée par le Roi de Prusse pour ne pas avoir trouvé bon de souscrire à la stipulation du Status quo de la convention de Reichenbach, elle ne devoit pas compter sur son assistance.
Voici ce que je lui ai répondu:
Que personne n’ignoroit les engagemens de défense réciproque de l’alliance de Votre Majesté avec l’Impératrice de Russie; que du consentement de son allié, elle avoit pu promettre à Reichenbach de ne plus prendre aucune part à la guerre entre la Russie et la Poite, si malheureusement il arrivoit qu’elle continuât; mais qu’Elle n’avoit jamais promis et auroit même d'autant moins pu promettre qu’Elle lui refuseroit Son assistance au cas, qu’Elle fût attaquée par une autre puissance , qu’on ne devoit ne pouvoit même supposer que le cas pût en exister, et qu’ainsi je ne croyois pas, que Votre Majesté pût jamais donner les mains à ce qu’on Lui dem and oit à cet égard, sauf néanmoins Ses bons offices, qu'Elle emploveroit certainement toujours avec plaisir; et comme le sieur de Jacobi n’auroit pu répliquer que par des sophismes et des mauvaises raisons j’ai cru devoir lui en épargner la peine, en rompant la conversation sur cet article.
En conclusion, quoiqu’avec beaucoup d’embarras, il a bazardé cependant de me demander très respectueusement, si j’avois lu la brochure intitulée: Babel, et sur ce que je lui ai dit que je m’étois contenté de m’en faire rendre compte et que je n’y avois fait aucune attention parce qu’on m’a voit assuré que personne n’y étoit nommé, il eut l’imprudence de dire, que cependant sa cour y étoit désignée; mais comme je lui ai répondu tout de suite, que je respectois trop le Roi son maître pour me permettre de le supposer, il m’a paru confondu de cette réplique, à laquelle il ne s’attendoit pas; et c’est ainsi que nous nous sommes séparés.
Votre Majesté fera sans doute tout co qu'il Lui plaira, ainsi que ces messieurs le supposent; quant à moi j’ai fait ce que je croyois devoir faire et je ne puis qu'attendre Ses ordres, supposé qu'il Lui plaise de m'en donner.
Avec la plus profonde soumission
(Signé:) KAUN1TZ-RIETBERG.
Vienne le 28 septembre 1790.
Ti ■es humble Postscriptum.
Hier au soir dans ma salle de compagnie je me suis apperçu, que le sieur de Jacobi cherchoit l’occasion de pouvoir me parler d'affaires, et comme je n'ai pas voulu avoir l'air de chercher de mon coté, à l’éviter, j'ai cru devoir ainsi au contraire la lui fournir et voici ce qu'il m’a dit, toujours du ton de ménagement et de l'extrême circonspection dans ses expressions auxquelles je l'ai accoutumé par les miens et les miennes.
Il m’a demandé si j'avois bien voulu me faire représenter les termes de la communication que nous avoit faite l'Impératrice de Russie de ses actuelles et dernières demandes, et je lui ai répondu, que non seulement je m’étois empressé de me les faire remettre sous mes yeux, mais que même je n’avois aucune difficulté de lui en faire la communication dez à présent, persuadé que Votre Majesté ne le désapprouveroit pas; et en conséquence comme je me trouvois avoir dans ma poche le précis très-humblement ci-joint, je le lui ai donné tout de suite de la main à la main.
Il a tenté de revenir ensuite sur l'article de la déclaration de Reichenbach relatif à la Russie, de jouer méchamment sur l'expression du ni indirectement, et m'a demandé si je persistois encore dans l'opinion que je lui avois témoignée de l’obligation indispensable de satisfaire à ses engagemens défensifs vis-à-vis de l'Impératrice de Russie, dans laquelle se trouveroit Votre Majesté, si Son alliée étoit attaquée par toute autre puissance; et je lui ai répondu, que j’en étois si intimement convaincu que quant à moi personnellement j’étois bien éloigné de pouvoir en avoir une autre. J ai ajouté qu’en y repensant encore dans cette journée pour mon propre appaisement, j'avois dicté à la hâte une observation très-laconique sur cet objet; que s’il avoit envie de la voir, je n'avois meme aucune difficulté de la lui communiquer, non pas ministeriellement, mais comme ma façon de voir personnelle dans cette occurrence; et comme il me témoigna en avoir la plus grande envie et que je me trouvois également l'avoir dans ma poche, je n’ai point hésité à la lui laisser lire dans un coin de la salle et même de la lui laisser sur son instante prière, afin que, en rendant compte de son contenu, il fût dans l'impossibilité de pouvoir la dénaturer, et parceque je ne crains pas de réplique fondée à un raisonnement qui n’en est pas susceptible.
Je souhaite que Votre Majesté puisse approuver mes démarches et j’ai l'honneur d’être avec la plus profonde soumission
(Signé:) KAUNITZ-R1ETBERG.
LEOPOLD AN KAUNITZ
Mon cher Prince de Kaunitz, La demande d'une déclaration* cà la Russie faite par Jacobi, et la thèse qu’il a avancée pour l'appuyer, lui méritèrent bien justement la réponse vigoureuse que vous lui avés donnée dans les papiers cy joints.
Je l’ay fait connoître au Comte de Goerz, qui reçut ici l'ordre de m’en parler, et faire parler, en ajoutant que si le Roi conservoit des doutes après le parti que j'avois pris pour mes propres conquêtes sur mes dispositions relatives au maintien des conquêtes d'autrui, il ne dépendroit que de lui de se les assurer par la sincérité et la bonne volonté que j’attendois de sa part dans le cours des négotiations qui alloient s’ouvrir avec son concours je suis
Votre très affectionné LEOPOLD.
Le 15 Octobre 1790.
LEOPOLD AN KAUNITZ
Mon cher piince. Je crois devoir vous prévenir, que le marquis Luchesini a été ce matin chés moi avec Mr. de Podewils pendant deux heures et qu'il ne m’a parlé que d'Italie et belles lettres, sans me toucher un mot d'affaires et me nommer la Russie, ne m’ayant fait qu’un simple compliment du Roi. Je vous en préviens pour votre règle et suis
LEOPOLD
Vienne, le 26 Octobre 1790.
KAUNITZ AN LEOPOLD
Le sieur de Jacobi vient de me notifier ministeriellement qu’il est destiné à remplacer le comte de Podewils, et comme j’ai pour un personnage de son espèce toute l’indignation et le mépris qu’il mérite, je me suis borné à lui dire, que j’en rendrois compte à Votre Majesté.
Il est certain que ce choix est un manque d'égard très marqué pour Votre Majesté, qui se trouve avoir à Berlin un prince de Reusz, qu'il ne peut manquer d'être observé par le public et d'autres cours; qu’il est d’ailleurs le plus propre à éloigner jusques à la possibilité de l’établissement d'une confiance entre les deux cours, et que par conséquent la cour de Berlin ne pouvoit mieux choisir, si telles sont ses louables intentions, comme sans vouloir s’aveugler on ne peut pas en douter.
Quoiqu'il en soit cependant, il me semble qu’il sera de la dignité de Votre Majesté de chercher et nommer le plutôt possible pour le poste de Berlin quelqu’un de la classe du sieur de Jacobi, ferme et doué de toutes les autres qualités nécessaires, pour pouvoir rappeller Mr. le prince de Reusz, qui seroit, ce me semble, très convenable à tous égards pour le poste de Naples, qu’aussi bien il faut remplacer.
Je soumets ces très humbles considérations aux lumières supérieures de Votre Majesté et j’ai l’honneur d’être avec la plus parfaite soumission
(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.
LEOPOLD AN KAUNITZ
Vienne le 5 novembre 1790.
Je suis entièrement d'accord avec vous, mon prince, dans le principe et il n’est sûrement pas possible d'avoir un personnage plus désagréable de toute façon pour ministre que le sieur Jacobi; non obstant pourtant je crois que pour le présent il sera plus prudent de suspendre encore toute démarche formelle contre le sieur Jacobi, ou de rapeller le prince Reusz, peut-être le sieur Jacobi pour conserver la nouvelle charge plus lucrative pour lui changera-t-il de conduite, et en le faisant partir nous risquerions d'en avoir un pire ici et de le voir dans le ministère à Berlin; et quant au prince Reusz, nous sommes toujours à teins de le rapeller et destiner pour Naples, dès que vous m’aurés proposé la personne pour le remplacer. Je suis
LEOPOLD
LEOPOLD AN KAUNITZ
Mon cher Prince de Kaunitz! Le Marquis de Brême m'a envoyé la lettre ci-jointe avec les deux autres pièces, que je vous envois pareillement, et qu'il a reçu de Turin, en disant avoir eu ordre du Roi de me communiquer avec les reflexions qu’ il ajoute dans sa lettre. Comme elle combine en partie avec celle que la Reine m'a fait écrire par le Secrétaire Blumendorf, que je vous envois aussi, je vous prie de me proposer la réponse, que vous croirez qui sera convenable de lui faire, puisqu'il paroit qu'il demandera audience pour en avoir une de ma part, quoique le Roi de Sardaigne ne m'ait pas écrit lui même; et voir en même tems, si vous ne croiez pas convenable, que j'écrive une lettre par Mr. d'Ecars au Comte d’Artois, pour, en conséquence de ces papiers, lui ôter tout espoir de traiter ultérieurement avec lui sur les affaires de France.
Vienne ce 3 Janvier 1791.
LEOPOLD
KAUNITZ AN LEOPOLD
Sire. En me donnant Y honneur de mettre sous les yeux de Votre Majesté les papiers qu’Elle m'a renvoyés, mon seul but a été de L'informer:
que la personne qui étoit désignée, ce n'etoit pas moi.
Je me flatte, qu’Elle ne me croit pas capable de Lui en imposer, et moyennant cela, qu’Elle en est persuadée; il ne me reste rien à ajouter par conséquent, si ce n’est, de La supplier de vouloir bien à l’avenir, pendant que j’occuperai encore ma place, ne rien croire de tout ce qu’on pourroit s’aviser de me prêter, avant de m'avoir demandé à moi-même, si cela est viai ou faux, attendu que d'autres que moi étant autorisés sans doute aujourd'hui à traiter avec les ministres étrangers, sans m’avoir demandé préalablement mes intentions, comme il se fesoit jadis, lorsqu’il y avoit encore de la suboidination, que ces ministres doivent supposer exister encore, je pourrois être compromis aussi souvent, que ces gens là jugeroient être de leur convenance de leur laisser croire, que ce quils disoient étoit conforme à ce que je pensois, et les avois chargé de dire, ce qui ne seroit pas honnête sans doute, mais pas moins possible néanmoins, comme le prouve la proposition de l’absurde idée de la médiation de Votre Majesté entre la Russie et les cours alliées, dont Elle commit l’auteur, et par conséquent le prétendu premier ministre, le quel, s’il n’est pas encore assés hardi pour s’en arroger le titre, au moins s’en donne les airs, ainsi que de son crédit sans bornes vis-à-vis de Votre Majesté.
Je sens bien, qu’il peut être incommode d’avoir un chef trop clairvoyant; mais il est aisé de s’en débarrasser, et je m’en rapporte à cet égard au bon plaisir de V. M. avec la plus parfaite soumission.
(Signé:) K AUNITZ-RIETBERG.
Vienne 12 janvier 1791.
LEOPOLD AN KAUNITZ
13 janvier 1791.
J ai reçu, mon Prince, votre billet cy joint, j’avois déjà très bien compris l'autre jour dans votre note qu’il s’agissoit du Sr. Spielman, mais je n'avois jamais pu m’imaginer, que vous puissiés croire qu’un subalterne de votre département et un homme, que vous avés depuis tant d’années sous vos ordres, qui vous est si reconnoissant et attaché, que vous pouvés faire chercher à tous les moments pour lui donner vos ordres, lût assés fou pour se donner des airs ou pour se faire passer pour un ministre, je suis bien fâché de voir que cette affaire vous cause du chagrin, car elle n'en vaut pas la peine, si vous n’êtes pas content de ce que fait quelqu'un de vos subalternes, faites le chercher, donnés lui les ordres et instructions que vous voulés, je ne crois pas que vous puissiés jamais croire, que je veuille entretenir le désordre ou insubordination dans aucun département et encore bien moins dans le vôtre, et je crois que vous me devés rendre la justice, de la pleine confiance et amitié que dans toutes les affaires et circonstances je vous
ay toujours témoigné en toutes les occasions, et elle vous est due et bien justement, si je me sers du référendaire Spielman dans les affaires, c'est que je l'ay toujours trouvé ainsi que vous l'avés toujours reconnu vous même, mon prince, lui ayant témoigné pendant tant d'années votre confiance: honnête, attaché au service, droit et laborieux, et je ne voudrois pas que des individus jaloux de la confiance, que je lui témoigne, pour brouiller les affaires cherchent a vous indisposer contre lui, j’en aurois vraiment de la peine, car je ne cherche que le bien de mon service, celui de la chose, que vous puissiés être tranquille et content, et de vous témoigner en toutes les occasions toute l’étendue de mon entière confiance en vous assurant de toute la parfaite estime, confiance et amitié, avec laquelle je suis et serai toute ma vie
votre très affectionné LEOPOLD.
LEOPOLD AN KAUNITZ
Mon Prince. Je viens de recevoir la pièce interceptée cy jointe, par la quelle vous verrés que nous aurons ici dans peu de jours Mr. de Calonne, et le Comte d’Artois qui compte y venir de Venise par surprise, vous pouvez vous figurer combien cette visite m’est désagréable, et de quelle conséquence Elle peut être et les bruits qui s’en suivront même pour la personne du Roi et de la Reine de
France, ce qui augmente mes soupçons c’est que le baron d’éscars a gardé les deux lettres que j’avois écrites au Comte d’Artois dont une il y a un mois et l’autre depuis 15 jours selon la minute que vous m’aviez envoyée pour lui ôter tout espoir de secours de ma part, et ce n’est qu’aujourd’hui que le dit Baron d’escars, à ce qu’on m’assure compte de les envoyer, cela m'a fait croire que d’accord avec le Comte d’Artois sous prétexte qu’il n’a pas reçu ma réponse, il vouloit lui donner l’occasion de pouvoir venir ici, je crois indispensable d’empêcher cette venue du Comte d’Artois ici, et de décliner même qu'il ne m’attende pas à Venise à mon passage avec le Roi de Naples par cette ville, vous en sentez mieux que moi les raisons, je vous prie donc de me donner vos conseils, comment vous croiriez que cela pourrait s’éviter le plus promptment et le plus convenablement, pour être une fois délivré de tous ces tripotages françois qui ne peuvent faire que du mal, et surtout à la Reine, ne mènent a rien, et après les dernières déclarations surtout du Roi et de la Reine de France ne peuvent absolument plus être admis, je suis avec l'estime et l’amitié la plus parfaite
votre très affectionné LEOPOLD.
du 14 janvier 1791. in dorso ganz eigenhändig.
LEOPOLD AN KAUNITZ
Mon Prince. Parmi les interceptes d'hier vous trouverez celles cy jointes envoyés par Courrier à Berlin, je dois donc
vous prévenir pour votre règle que tout ce qu'elles contiennent sur mes prétendus discours avec Milord Elgin et Mr. Macpherson relativement à ma prétendue médiation entre la Russie et la Prusse et à la ratification de la convention de la baye sur le pied de la paix d’ Utrecht est entièrement faux, je ne leur ai dit qu'en général que je désirois que la paix générale se fasse, que je ne voyais pas ce que l'Angleterre gagneroit à la guerre, que la convention de la haje avoit été ratifiée sans dire ni quoi ni comment et sur ce que ces Messieurs me disent qu'ils avoient ordre du Roi de Prusse de me dire, qu’il désiroit de faire ma connaissance et d'avoir une entrevue avec moi, et que cela pourroit se faire à Dresde, je leur répondit poliment pour le Roi, et qu'il me paroissoit que si il le désiroit cela pourroit se faire plus naturellement l’Automne prochain si étant en Bohême, le Roi se trouvoit en même temps en Silésie aux revues, et qu'on pourroit en visitant les confins se rencontrer, voila tout ce que j’ai dit, j'ai voulu vous en prévenir puisque ces Messieurs s’avisent de mentir impunément, et n’ajoutent point dans leurs lettres que je leur ay déclaré, que je serai toujours constamment attaché à mes liens avec la Russie, et qu’aucune démarche ni intrigue ne me dégagera de mes obligations envers Elle. Je suis.
LEOPOLD
14 janvier 1791.
ß e er, Joseph II. und Kaunitz.
LEOPOLD AN KAUNITZ
Mon prince. J’ai reçu le papier que vous m'avez envoïé et que je vous remets ci-joint. J'ai réfléchi mûrement sur cette affaire, qui est de la plus grande importance, et je ne puis pas vous dissimuler, que je ne trouve aucune raison pour ne pas persister dans la résolution, que je vous ai marquée sur votre premier rapport. On ne peut point selon Moi refuser d'accepter l'envoï secret de la personne, que le Roi de Prusse propose d'envoïer ici, d’autant plus que cet envoi selon la proposition faite a tout l'air de vouloir être ou paroitre amical. Dans le premier cas il paroit qu'on pourra en tirer un bon et utile parti; et dans le second cas cette mission servira pour découvrir et être une fois au clair des intentions et vues de cette cour.
Quant aux propositions à faire à la cour de Russie, quelqu'avantageux, que je crois, qui'il puisse être pour nous, de nous interposer en général pour la médiation entre la cour de Berlin et celle de Russie dès que cela se fait du commun consentement de toutes les deux, et que nous en sommes, comme nous le sommes, requis par la proposition présente de la cour de Berlin, et qu'il paroit que les cours qui y sont intéressées, ainsi que l’Angleterre en seroient toutes bien aises pour sortir d’embarras, autant il me paroit impossible, injuste et dangereux de faire au Roi de Prusse des propositions en détail relativement à la Russie, avant que d'être assurés de son consentement et d'être autorisés par cette même cour.
La cour de Russie ne peut jamais avoir de jalousie ou d'ombrage sur l'envoi projeté par le Roi de Prusse, puis-
qu'il s’entend de soi-même, que comme il s’agit des affaires de la Russie, il faudra l’informer dès à présent, et surtout à l’avenir avec le plus grand détail, confiance et sincérité de tout ce qui est relatif à cette mission.
Enfin il me paroit que de cette façon l'affaire est toujours avantageuse pour nous dans toutes les trois hypotèses possibles, parce que i. si la cour de Berlin a l'intention d’agir dans cette affaire tout de bon et de vouloir seulement terminer la guerre, alors la médiation sera facile à combiner: nous nous en ferons un mérite auprès de la cour de Russie, et l’honneur nous en restera encore envers le public; 2. si le Roi de Prusse cherche un prétexte pour engager la Russie à retenir une partie de ses conquêtes afin d’obtenir un avantage également pour lui, dans ce cas dans le cours de la négotiation nous devrons obtenir pour nous également des avantages proportionnés aux leurs au delà du status quo; 3. ou bien la cour de Berlin veut nous tromper ou faire mauvais usage de nos propositions vis à vis de la cour de Russie pour nous brouiller avec elle, et alors dès que nous ne lui déclarons pas nos intentions en détail préalablement, nous lui en ôtons tous les moïens d’en abuser; et en écoutant les propositions de la personne que le Roi enverra ici, nous nous mettons dans le cas d’être informés de ses intentions, et nous pourrons en faire l’usage qui conviendra à nos circonstances politiques.
Soïez au reste, mon Prince, persuadé de l’estime et amitié avec laquelle je suis
(Signé:) Votre très affectionné LEOPOLD.
Vienne ce 19 janvier 1791.
LEOPOLD AN KAUNITZ
Mon prince. Je viens de recevoir votre billet cy-joint et suis fâché que mes raisons dans ma lettre précédente n'ayent pas pu vous persuader sur l'affaire importante dont il s'agit, je vous ay communiqué sincèrement ce que j’en pensois, je vous prie de donner les ordres nécessaires pour les expéditions à faire, qui sont à ce que je crois pressantes, puisqu' accoutumé à tenir l'ordre dans mes départements je n’ay donné et ne donnerai ni ferai passer aucun ordre directement au référendaire de votre département que par le canal de son supérieur, et je croyois de vous avoir donné tant de preuves de mon éstime et confiance en toutes les occasions, pour ne pas devoir être soupçonné même de pareilles démarches, quant à la lettre cy jointe pour herbert, je croirois qu'il seroit nécessaire d’en différer encore l’expédition jusqu'à ce qu’on [sache] mieux le résultat ultérieur des Conferences. Je suis avec l'estime la plus parfaite
votre très affectionné LEOPOLD.
Vienne ce 20 janvier 1791.
KAUNITZ AN LEOPOLD
2 février 1791.
Il me semble que bien près peut-être de l’arrivée du personnage, qui nous a été annoncé de Berlin, il est de la
plus grande importance d'être décidé d'avance sur ce qu’on lui dira, ou ne dira pas; l'un et l'autre ne pouvant pas manquer de faire un effet quelconque.
Cette détermination doit être fondée sans doute sur le calcul des possibilités, et sur celui de ce qui convient réellement à nos vrais intérêts du moment, ainsi que l’avenir.
Pour cet effet j’ai l’honneur d’envoyer a Votre Majesté les deux Papiers très humblement ci joints, propres à ce qu'il me semble à éclaircir la matière et je souhaite qu’ Elle puisse les trouver conformes à la- pureté des intentions qui me les ont dictées.
KAUNITZ-RIETBERG
APOSTILLE DES KAISERS.
Je vous renvois mon Prince les Papiers cy joints et vous en suis infiniment obligé, ils me serviront de règle et maximes en cas de besoin, quoique je crois que l’arrivée du personnage en question de Berlin n’aura plus lieu, et que ce qui en a été dit et proposé ne l’a été que pour nous sonder.
LEOPOLD
LEOPOLD AN KAUNITZ
J'ai écrit au comte d'Artois la lettre dont je vous renvois la minute telle que vous me l’aviez proposée, et je
ne manquerai pas tant dans cette affaire ainsi que dans toutes les autres, de vous communiquer toujours et ce que je ferai et de vous consulter avec bien du plaisir sur tout ce qu’il y aura à faire je suis
LEOPOLD
KAUNITZ AN LEOPOLD
Votre Majesté peut garder s’il Lui plaît ces deux papiers, parceque j en ai gardé les dictées; mais je La prie cependant pour ma direction de vouloir bien m’apprendre en peu de mots ce qu’Elle en pense.
(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.
Vienne, le 8 février 1791.
APOSTILLE DES KAISERS.
J’ay reçu, mon prince, vos deux papiers, que je garde pour ma notice, direction et instruction, je vous en suis infiniment obligé et suis parfaitement de votre sentiment dans tous ces points, je vous prie seulement de me renvoyer la note originelle du comte Rzewusky sur les affaires de Pologne, n'en ayant point de copie, pour pouvoir la lui faire rendre ensuite par le comte Cobentzel, en y ajoutant de bouche ce que vous m’avés marqué.
J'ay donné hier en main propre ma lettre pour le comte d'Artois au baron d’escars, je lui ay expliqué bien nettement et clairement mes sentiments contenus dans ma lettre, et que je ne voulois plus être mêlé de leurs plans ni projets; il m'en a paru persuadé et a fait partir fontbrune en Courier.
Quant à la venue du Sr. Bischofswerder, que je ne croyois pas devoir s’effectuer tout de bon, je suis entièrement de votre avis, sur la façon de se contenir avec lui, je garde votre papier pour me servir de règle et dès qu’il sera arrivé je viendrai chés vous avant de le voir, pour concerter encore mieux la façon de le recevoir, et ne manquerai pas après l’avoir vu de vous informer exactement de ce qu’il m’aura dit, pour profitter avec bien du plaisir de vos lumières et avis, je suis
LEOPOLD
LEOPOLD AN KAUNITZ
Je vous renvois les papiers cy joints et la copie du projet sur la Pologne, dont j’ay gardé l’original, quant au projet de la lettre pour la Russie, il sera teins de voir ce qu'il y aura à y écrire, lorsque le Sr. Bischofswerder sera venu et aura parlé de l’objet de sa mission, je suis
# LEOPOLD
Vienne 10 février H 91.
KAUNITZ AN LEOPOLD
14 février 1791.
J’ignore ce qui peut avoir déterminé le ministerieux Buschmann à demander qu’on lui fît trouver, à la barrière de lignes de Vienne, des renseignemens sur ce qu'il avoit à faire, lorsqu'il seroit arrivé; et tout ce que j’y vois, c’est qu’en toute occasion, de la part de ces gens là, il ne faut jamais s’attendre à des procédés simples et nets.
Quoiqu’ il en soit cependant il m’a paru qu’on ne pouvoit pas se dispenser de satisfaire à sa demande, et en conséquence, j’ai mandé au Prince de Reuss, dez mercredi passé, que l’on s’y conformeroit.
En conséquence il faudra l'avertir par un Billet anonyme, qu’il peut aller loger dans la maison telle, qu’on lui indiquera, et qu’il y sera averti du Jour, de l’heure et du Lieu, auquel on pourra le voir.
Le plus convenable à mon avis seroit quelqu'auberge on autre Maison près de l'Augarten, ou V. M. pourroit le faire venir dans la Maison qu’Elle y a, lors, et autant de fois,- qu’ Elle en auroit envie. Ce qu'Elle aura déterminé à cet égard, je l’exécuterai, si Elle trouve bon de m’en charger.
KAUNITZ-RIETBERG
APOSTILLE DES KAISERS.
15 février 1791.
Je crois convenable de faire préparer pour le Sr. Buschmann un quartier convenable dans une auberge en Ville,
puisque dans cette saison il n'est pas possible de le voir à
l’Augarten. Je crois qu'il faudra l’en prévenir par un Billet
anonyme à la ligne, et lui dire en même tems, qu’il doit
s’adresser ensuite au Vice-Chancelier C,e de Cobenzl, ne
voulant pas être le premier à le voir. Je vous prie de
donner ces Ordres au dit Vice-Chancelier Cte- de Cobenzl,
pour qu'il reçoive le Sr. Buschmann, qu'il écoute ce qu'il
lui dira ou proposera, et le laisse et tache de faire parler i
autant que possible, sans s'engager en rien, ni lui donner
de réponse sur aucun objet quelconque, prenant seulement
le tout ad notam et ad referendum le plus exactement qu'il
pourra, pour Vous en rendre ensuite un Compte exact, qui
vous mette en état d’examiner et de juger de ses in-
tentions.
LEOPOLD
KAUNITZ AN LEOPOLD
14 février 1791.
Au moyen de plusieurs ordres réitérés adressés a Mr. de Herbert il semble que l’on peut être tranquille sur le dénouement du Congrès de Sistove; mais la pièce ci jointe est si révoltante pour une ame honnête que je n'ai pas pu m’empêcher cependant de mettre par écrit les réflexions qu'elle m'a engagé à faire et je crois devoir les faire parvenir à la Connoissance de V. M., parce qu’Elle y trouvera de quoi se convaincre de plus en plus de l’excès de la mauvaise foi et de la mauvaise volonté sistématiques
dans ces gens là, d'après l'expérience qu’on en fait journellement, et toutes les fois qu’il leur est possible d’en trouver l’occasion.
(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.
APOSTILLE DES KAISERS.
15 février 1791.
Je suis entièrement d’accord avec les principes contenus dans le papier cy-joint, autant que j’en puis juger, sans avoir sous mes yeux la pièce dont il y est question et que je n'ai pas trouvée dans le paquet. Je suis
LEOPOLD
LEOPOLD AN KAUNITZ
Vieillie 15 février 1791.
Je vous remercie, mon prince, pour les papiers, que vous m’avés envoyés, je vous les renvois cy joint et suis entièrement d'accord avec vous,J’ay gardé la pièce relative à l'audience du Sr. Jakobi pour l'avoir présente jeudi, lorsqu'il viendra chés moi, et je serois bien aise, si vous me vouliés bien envoyer demain une petite note de la façon que vous croiriés le plus convenable, que je répondisse au sieur Jacobi à ses propositions dans son audience du jeudi, je suis
LEOPOLD
KAUNITZ AN LEOPOLD
16 février 1791.
Voici ce que je pense que pourroit répondre V. M. au personnage en question, dans l'audience qu’Elle se propose de lui accorder demain Jeudi.
ad lmum- Que V. M. se flattoit que l’équité personnelle du Roi le porteroit à comprendre, qu’en sa qualité d’allié de l’Imp. de Russie, Elle n’étoit pas dans le cas de pouvoir concourir avec lui et ses alliés, ni d'autres cours, a insister vis-à-vis de l’Imp. sur l’acceptation du status quo strict, mais que, malgré la différence, que .sa position différente devoit mettre naturellement à sa conduite vis-à-vis de son allié, il pourroit assurer le Roi son maître, qu’ Elle ne s’étoit pas moins employée d'être chaudement jusqu’ici au succès de ce que l’on désiroit; qu'Elle continueroit avec plaisir sur le même ton, mais qu’à cette fin, Elle ne devoit pas lui cacher, que bien loin de se porter à employer jamais celui de la menace plus on moins positive, qu’à son avis on ne devoit jamais se permettre entre Puissances indépendantes, Elle s'en abstiendroit soigneusement, intimement persuadé qu'il n’étoit pas plus fait pour réussir vis-à-vis de Sa Maj. Imp., qu'envers qui que ce soit.
ad 2dum- Que pour ce qui La regardoit, Elle connaissoit parfaitement les obligations , et qu’Elle étoit incapable d’y contrevenir
ad 3tuim- Il semble qu’il convient de ne point répondre du tout à ce Catéchisme politique, non plus qu’à la Reflexion relative à la Chimère de l'Equilibre
ad 4tu,n Que votre M. avoit chargé le Pce. de Reuss de communiquer au Ministère du Roi dans le plus grand détail tout ce qui avoit trait aux affaires de Liège, quant au passé, pour autant qu'Elle y a eu part ainsi que de ses intentions sur l'avenir à cet egard, et que moyennant cela, Elle n'avoit rien à y ajouter, si ce n’est, qu'Elle se flattoit qu'Elle n’aura rien laissé à désirer au Roi sur cet objet.
Et si cet homme a l’audace d’oser vouloir entrer en pourparler sur d’autres affaires , soi disant majeures le parti le plus convenable paroitroit être celui de n’entrer avec lui en aucune discussion sur pareille matière, dont j'ignore quels pourront être les sujets, et sur lesquels par conséquence on ne peut rien dire.
ad 5tum- Sur le chapitre de ce que ce Personnage est chargé de faire sentir délicatement, et qui est d'une impudence révoltante il semble que Y. Majesté pourroit lui répondre.
Qu'elle sait apprécier à sa juste valeur le bien et le mal qu’on lui fait, et que le Roi peut être assuré moyennant cela, qu'Elle ne méconnaîtra jamais ni l’un ni l’autre, qu’en Conséquence Elle rendra toujours le bien pour le bien, et qu'Elle désire même sincèrement que l’avenir puisse lui faire oublier le passé.
LEOPOLD AN KAUNITZ
du 17 février 1791.
Mon Prince! Je viens d’avoir eu la visite du Sr. Jacobi; il s’est comporté fort modestement, a fait de grands complimens de la part du Roi; Et sur l’affaire de Liège il a dit qu’il n’y avoit eu que des mésentendus; que le Roi de la part des ses Ministres avoit fort désapprouvé leur conduite, et qu’il désiroit seulement que l'exécution du décret de la Chambre de Wetzlar se fasse avec modération, puisqu’elle étoit juste; que le Roi avoit souhaité d’y envoyer quelques trouppes, mais que lui même trouvoit cela sujet à trop d'inconvéniens: Je lui ai répondu, que je ne m’étois mêlé de l’affaire de Liège que pour faire exécuter les décrets de la Chambre de Wetzlar, et non pour juger cette affaire; que si le Roi de sa part y vouloit concourir corn-
me Etat de l'Empire, selon les loix et Constitutions de l'Empire, je n’y avois aucune difficulté; mais que toutes les modifications à faire au Décret de Wetzlar ne dépendoient pas de moi, mais de ce que l'Evêque de Liège voudroit accorder lui même à ses Sujets.
Il toucha légèrement l'affaire de la ratification de la convention de la Haye en disant que le Roi souhaitoit que les affaires dans ce pays s’arrangent au gré de mes désirs.
Sur la Russie il souhaita de me persuader qu’il étoit de son intérêt et du nôtre de l'engager à faire la paix sur la base du Statusquo, et de le lui conseiller; il appuya beaucup sur le désir de la paix, mais que tant sa Cour que l’Angleterre, la Svède, et même l’Espagne feroient cause
commune pour forcer la Russie au Statusquo, et qu'oh déployeroit pour cela les mesures les plus vigoureuses. Je lui répondis sur cela, que la Russie par sa force, ses resources et sa situation n’avoit rien à craindre de leur part que la preuve en étoit dans les arméniens qu'elle préparoit tout de bon. Que le Roi n’avoit rien à gagner à cette guerre; l’Angleterre ne pouvoit opérer avec succès dans la Baltique avec ses flottes, et que les autres Cours ne donneroient que leurs bons offices pour la paix et surtout l’Espagne; que je désirois que la paix se fasse, et que l’Impératrice y étoit également portée; mais que jamais elle ne s’en laisseroit préscrire les conditions par personne, et que surtout elle n’accepteroit jamais le Status que, et que moi je ne pouvois ni le lui proposer, et bien moins encore parler haut sur cette matière à mon amie et alliée.
Il entra en détail sur la situation d’Oczakow, et du Dniester en me disant, que si la Russie avoit le cours de cette rivière, la Pologne perdroit le débouché de ses denrées qui sans cela vers la Baltique alloit en diminuant; il me parut meme qu’il m’auroit touché volontiers la corde de Danzig; mais j’en évitai le discours. Il me dit, que si la Russie étoit bien sûre de ne pas pouvoir avoir des secours de nous en cas, ni suite de la guerre, cela la rendroit plus traitable; à cela je lui répondis fermement, que j’avois mes engagemens avec la Russie, aux quels je ne manquerois jamais, et que la guerre commençant, les suites et conséquences en étant incalculables, je ne pouvois pas répondre d’avance sur les démarches, que je me trouverois dans le cas de faire, et les mesures à prendre dans ces cas.
Enfin il me parla d’un Courier, qu'il venoit de recevoir de Szistow, où Luchesini se plaint, que Herbert refuse d’accepter la garantie de la Cour de Berlin à la paix future, et doit avoir fait à ce qu’il dit un mémoire rempli d'autres prétentions contraires aux Conventions de Reichenbach; comme il me dit qu'il en parloit sans en être chargé, et seulement parcequ'il regrettait que cette difficulté feroit un nouveau retard de 4 semaines à la négociation de la paix, jusqu'à ce que les Couriers reviendroient des Cours médiatrices, je lui répondis que je n'étois aucunement informé de cet incident.
Enfin il me parla des affaires de France disant qu'il étoit singulier que des mauvais sujets sans réputation avoient pu faire une pareille révolution. A cela je lui répondis que dans toutes les affaires, les gens qui se permettoient tout, et n’étoient pas scrupuleux sur les moyens, et sur tout les employés qui n'avoient rien, et pas même de réputation ni crédit à perdre, entreprenoient plus que les autres; mais que la fin en étoit toujours mauvaise. Mon apologue ne lui plut point, et il se retira. J’ai voulu vous prévenir d’abord de toute notre conversation pour votre règle, et pour que vous puissiez voir par la suite, s’il écrira conforme à la vérité, ou non.
LEOPOLD
KAUNITZ AN LEOPOLD
22 février 1791.
Je recevrai, lorsqu’il plaira à Y. M. l’honneur qu’Elle veut bien me faire et en attendant je la prie de vouloir
bien lire et relire avec l’attention que peut mériter l’importance du sujet, l'ouvrage très humblement ci joint, que j’ai fait quelques jours avant l’arrivée du Sg. de Bischofswerder, dans lequel Elle verra peut-être avec quelque étonnement, que j'ai pu être de l’avis de Mr. de Herzberg, chose que je n'eusse jamais cru pouvoir m'arriver *).
LEOPOLD AN KAUNITZ
Mon prince. Comme je compte de partir d’ici le 14 de ce mois, et que je sçais que les affaires politiques ne peuvent être en de meilleures mains et directions que les vôtres, je vous prie de les gérer comme de coutume avec votre zèle accoutumé, et de m'envoyer les affaires les plus importantes par l'occasion des courriers qui me suivront de teins en tems.
Quant aux affaires des Pays-Bas et d'Italie, je vous prie de les envoyer sur le pied accoutumé à mon fils François, qui vous les renverra avec les résolutions, et que je charge d'expédier toutes les affaires pendant mon absence, ne me réservant que les affaires majeures, lesquelles, quand elles seront d’importance pressante, me seront envoyées par des couriers exprès.
Mon fils viendra avec plaisir le plus souvent qu'il pourra vous voir et prendre vos avis et conseils sur les affaires pour sa direction. C’est avec bien de plaisir que j'attendrai celui de vous revoir à mon retour et vous assurer
*) Beiliegend Reflexions relatives à la Cour de Berlin.
do bouche des sentiments d'estime parfaite avec lesquels je suis
votre très affectionné LEOPOLD.
Le 12 mars 1791.
KAUNITZ AN LEOPOLD
8 Mai 1791.
Quoique le Cte. de Mercy m'ait addressé par Courier la Depeche très humblement ci-jointe, il m'a paru cependant superflu de la faire passer de meme à V. M., parce qu'elle ne contient rien qui puisse exiger ou même être susceptible de quelque détermination prompte de sa part. Au fond ce n’est qu'une répétition de contenu des Lettres du Baron de Breteuil, et on n’y voit rien de nouveau que la conciliation de la contradiction qu’il paroissoit y avoir jusqu'ici contre la conduite du Roi relative à la nouvelle constitution, et les demandes, qui se faisaient en son nom, étant à présent à découvert qu'il se flatte de pouvoir rendre les factieux asses confiants pour lui faire trouver quelque moyen de pouvoir s'évader avec la famille Royale. Chimere à ce qu'il me semble vis-à-vis de gens, qui se méfient de ses intentions plus que jamais, et qui doivent être par conséquent plus que jamais sur leurs gardes. Encore ne témoigne-t-on être déterminé à avoir le courage de tenter une évasion, que supposé les préalables indiqués, dont aucun ne paroit
13 e er, Joseph 11. und Kaunitz. 26
pouvoir avoir lieu, au moins quant à présent, c'est a dire dans un cas sinon possible au moins très invraisemblable.
Je suis aussi bien dans l’attente des ordres de V. M. sur cet objet, et il seroit superflu moyennant cela de lui en dire davantage quant cà présent.
LEOPOLD AN KAUNITZ
J’ai reçu, mon Prince, la lettre, que vous avez bien voulu m'adresser avec la lettre du Br. de Breteuil, et la réponse, que vous lui avez faite, que je vous renvoyé cijointe, et sur la quelle je suis entièrement d’accord avec Vous. Comme j’ai vu à Florence Mr. de Calonne, qui y a été envoyé de la part du Comte d’Artois, ainsi que le Marquis de Bombelles , ci - devant Ambassadeur du Roi de France à Venise, qui y est venu tant de la part du dit Comte d'Artois, que du Br. de Breteuil, Je vous envoyé cijoint un memoire, qui contient T histoire de tout ce qui s'est passé ici entre eux, et moi relativement aux Affaires de France, comme aussi les copies des lettres, et mémoires, qu'ils m’ont présenté, ainsi que les copies des lettres du Comte d’Artois, et du Br. de Breteuil, et mes réponses, à fin que vous soyez au fait de tout ce qui est relatif à ces affaires, en Vous priant, après que Vous en aurez fait usage, ou les aurez fait copier, si vous le voulez, de les remettre à ma Chancellerie à Vienne.
LEOPOLD
Florence 9 Mai 179 î.
LEOPOLD AN KAUNITZ
Mon Prince! J’ai reçu par le Courier le Memoire que vous m'avez envoyé relativement à nos affaires de la Pacification. Je suis d’acord avec vous dans les points et vues, que contient votre Note alléguée sous Nr. 7, que j’approuve entièrement. Par le Courier que je vous avois déjà préalablement envoyé, vous aurés su les singulières propositions que Milord Elgin est venu me faire ici. Je vous en envoyé cijointe la continuation, étant seulement en doute, si dans ces propositions, qui paroissent parvenir plutôt du seul Mr. Pitt et du Roi, que de tout le Ministère, celui ci est d’accord avec les propositions faites à Vienne par le Sieur de Bisclioffswerder, où s' il cherche seulement à découvrir quelles sont les propositions que le dit Sieur de Bisclioffswerder a faites. Sur tout ceci, je vous prie mon Prince, de faire les reflexions, que vous jugerés les plus convenables, et de me dire sincèrement votre sentiment et vos conseils, comme aussi la communication, que vous croyes qu'il conviendra faire à la Russie et la Repense qu’il faudroit donner à Milord Elgin, et aux Cours intéressées, pour ne paroitre d’avoir l’air de rejetter tout à fait les soi-disantes bonnes intentions de l’Angleterre.
Votre très affectionné
LEOPOLD
Florence ce 14 Mai 1791.
Milord Elg’in s'est présenté de nouveau à S. M. l’empereur le 10 de May, et a beaucup insisté sur la conclusion de l’Alliance, disant qu’il avoit des pleins pouvoirs pour la signer, en poche; qu’il auroit expédié un Courier en Angleterre; et qu’on lui reponde oui ou non qu’il croyoit, que le moment pour la signature de l’Alliance, de la quelle personne n’étoit informé, hors le Roi et Mr. Pitt, pressoit beaucoup, qu’il etoit essentiel qu’elle fût signée avant que l’Angleterre et la Prusse parlassent à la Russie sur les conditions de la paix; et il ajouta que si S. M. le flattoit d’entrer dans cette alliance, il etoit alors autorisé à lui consigner une note peut-être même signée par lui, pour proposer formellement de la part de sa cour cette alliance.
S. M. lui répondit, que pour les conditions de la paix, Elle les communiqueroit à la Russie; et que sur l’article de l’Alliance comme cette affaire doit être serieuse, il falloit du tems pour y réfléchir, et être à même de donner une réponse sur ce point, qu’Elle n’entreroit jamais en rien, sans le concert de la Russie son alliée.
Sur cela Milord répondit, qu’il avoit ordre de suivre partout dans la Lombardie S. M., et être toujours à l’entour d'Elle pour avoir une réponse. Et enfin, qu’ayant entendu parler, qu’il etoit question d’une entrevue de S. M. avec le Roi de Prusse, il esperoit qu’on le feroit tout de suite, et que le sieur Ewart et le Duc d’York, s’il étoit en Allemagne, y seroient compris. Ou voit que tous ces discours sont concertés et combinés avec les propositions que Mr. de Bischofswerder a faites.
Milord Elgin est venu de nouveau chez S. M. le 11 de May, et lui a présenté le Memoire signé par lui même, dont la copie est ci-jointe sans pourtant y ajouter rien de bouche, ni faire là dessus aucune verbale déclaration.
LEOPOLD AN KAUNITZ
Mon Prince! Je vous renvois ci-joints les différents papiers que vous m’avez remis. La révolution survenue en Pologne est bien extraordinaire; il est probable que toute la nation n'y acquiescera point, et il faudra voir ce que la
Russie en dira, car pour la Cour de Berlin probablement elle est sous main d'accord avec le Roi de Pologne, et a le projet de faire marier la Princesse de Saxe avec le second fils du Roi de Prusse. L’occasion de cette révolution pourra être bonne pour accorder quelques facilités en Galicie et y attirer une bonne partie des meilleures familles de la noblesse mécontente en Pologne.
Quant à la déclaration donnée par l’Ambassadeur de France à Vienne au nom du Roi, elle est bien extraordinaire tant pour les phrases, que pour les principes qu’elle contient. Je souhaiterois de savoir de vous, mon Prince, la réponse que vous croyez qu’on doive y faire; car le Roi de Sardaigne à ce qu’on dit, ne l’a point acceptée, et a même renvoyé l'Ambassadeur.
Quant à vos papiers relativement à la mission de Milord Elgin, je les ai vu avec bien du plaisir et suis d’accord entièrement avec vous dans les principes. Et quoiqu'il semble que les propositions de l’Angleterre soient dictées par la nécessité des circonstances, je crois pourtant qu’on en pourra tirer bon parti, en les combinant avec tout ce que je vous ai déjà écrit sur les propositions de Milord Elgin et celles que Mr. de Bischofswerder a faites à Vienne.
Je vous renvois également la lettre du Comte de Mercy, aussi bien que la lettre confidentielle qu'il m’a écrite relativement aux affaires de France. Le Comte d’Artois est venu me trouver ici à Mantoue ou je suis présentement. Il a tenu plusieurs conférences avec moi, dans les quelles il a toujours paru fort pressé de hâter une contrerevolution en France, et de se mettre à la tête. J’ai taché de lui en faire
concevoir tout le danger et de modérer son ardeur. Il a convenu avec moi, qu’il ne falloit rien tenter, ni rien faire sans un préalable concert entre toutes les Puissances, mais surtout de l'Espagne, du Roi de Sardaigne et de l'Empire, et sans qu'on soit assuré que l'Angleterre et la Prusse ne s'y opposeront point. Qu'il faut être assuré préalablement de la volonté du Roi de France même et qu'un manifeste de la part de 1‘ Espagne et de toute la maison de Bourbon doit précéder toute démarche.
Le comte d'Artois m’a fait voir différentes lettres et commissions qui lui étaient venues de la part du Roi et de Madame Elisabeth par Mr. de Durfort envoyé exprès de Paris, pour le presser d'agir d’accord en tout «avec moi pour sauver le Roi de la cruelle situation dans la quelle il se trouvoit. J'ai taché de modérer la vivacité du Comte d'Artois et de le persuader et enfin de l'engager à mettre par écrit tous les points qu’il demaiidoit à fixer, et il me les a remis. Je vous les envois en copie ci-joints, ainsi que les décisions que je lui ai données sur chaque article et que vous trouverez marquées en marge. Par ce mémoire vous verrez les intentions du Comte d’Artois et ses projets, et par mes réponses vous verrez comment j’ai taché de le retenir, et il m'a promis qu’il ne fera rien sans mon aveu et consentement.
En conséquence des réponses que j’ai données à ce mémoire, vous verrez mes intentions sur cette affaire, qui sont en général de secourir, «autant qu’il sera en mon pouvoir, le Roi et la Reine de France, dans le cas qu'ils puissent s’évader et se sauver de Paris, et après qu'ils auront protesté formellement contre tout ce qui a été fait et qu’ils
ont approuvé jusqu’à présent par force; et qu'ils auront appellé à eux à leurs secours leurs fidel es sujets et alliés, et réclamé particulièrement le mien comme leur allié et parent; que hors de ce cas, je suis intentionné de n’agir envers la France, ni avec mes trouppes que j'ai aux Pays Bas, ni avec aucun manifeste ou déclaration; au moins qu'on agisse en tout préalablement de concert avec l'Espagne, le Roi de Sardaigne et l’Empire et qu'on soit assuré que la Prusse et l’Angleterre n’empêcheront point, et que l’Espagne par un manifeste public et formel ait préalablement déclaré ses intentions. Que je crois, qu'un pareil concert seroit utile et l'unique moyen de sauver le Roi et la Reine et d'empêcher la propagation du système françois dans les autres pays, que pour cela il faudroit convenir avec les Cours intéressées et surmentionnées d’un concert et des mesures à tenir pour agir tous en même temps et conformement en faveur du Roi. En conséquence de ces maximes et des points que vous trouverez établis dans mes réponses au papier du Comte d’Artois, il sera necessaire d’expedier un Courrier en Espagne pour faire part à cette Cour de mes intentions, et la faire déclarer sur ses intentions relatives aux affaires de France et le concert à former avec moi en conséquence, si elle veut faire un manifeste ou non, et quelle marche elle compte de tenir dans cette affaire. Des démarches pareilles doivent être faites à Turin pour faire déclarer le Roi sur ses véritables intentions.
Il faudra charger également le Piince de Reuss à Berlin pour en porter au Roi et à Mr. Bischofswerder pour leur communiquer mes idées sur cet objet et pour savoir quelles sont les intentions de la Cour de Berlin, et se dépêcher
pour prévenir sourtout tant en Espagne qu’à Berlin les interprétations que le Comte d’Artois pourroit y faire donner sur mes intentions, par ses Emissaires et par les Courriers qu’il expédiéroit, différentes peut-être de la vérité.
Vous expédierez pareillement un Courier au Comte de Mercy pour l’instruire pleinement et à fond de mes intentions pour tous les cas possibles, afin que pour le cas que le Roi et la Reine puissent s’évader de Paris, il puisse leur offrir l'appui et le secours de mes trouppes, et les faire marcher à leur secours dans le cas qu'ils les demandent, et que, liors de ce cas, à la réserve d’approcher mes trouppes vers les confins de la France, surtout du côté du Hainaut après l’inauguration, s'il croit que les circonstances des Pays- Bas peuvent le permettre, il ne fasse aucune autre démarche, et modère et tienne en frein la trop grande vivacité du Comte d'Artois, qui dans peu compte de se porter dans le voisinage des Pays-Bas, et que j’ai addressé au Comte de Mercy pour qu'il puisse le retenir plus aisément.
Enfin vous donnerez les ordres au Departement des finances pour cautionner dans les formes de ma part un emprunt que le Comte d'Artois va faire d’un million et cinq cent mille livres de France avec la Maison Hope d’Amsterdam, et de cinq cent mille livres avec celle de Betmann à Francfort. Ceci ne devant être qu'un simple cautionnement pour la sûreté d’un emprunt, je puis le faire d’autant plus aisément, que j'ai des sûretés plus que suffisantes en mains. Vous informerez en même tems le Comte de Mercy de ce cautionnement.
Quant aux demandes que le Roi de France a fait faire par Mr. de Breteuil, le mouvement ordonné des trouppes
aux Pays-Bas les satisfait en partie. Quant à la demande de 15 millions, il faudra la décliner de bonne façon, puis qu’elle n’est pas exécutable, mais le Comte d'Artois m’a fait voir, qu’il a des fonds pour la valeur de cinq millions dans la Flandre françoise, qu’il laisseroit à la disposition du Roi, quand il seroit parti de Paris, ce que vous pourrez faire savoir confidemment au Comte de Mercy.
Quant aux affaires entre les Princes d’Empire et la France, il faudra pousser cette affaire en Empire selon les voyes legales et constitutionelles, et selon ce que je suis obligé comme Empereur et Chef de l’Empire pour en soutenir les droits.
Le Comte d’Artois est parti d’ici pour Vorms et Coblentz, et comme il ne tardera pas, vu son impatience naturelle, à envoyer des personnes de sa suite en Espagne et à Berlin, il est essentiel que vous pressiez l’envoi du Courrier en Espagne, que vous pourriez faire passer par Milan, afin que je puisse en voir les expéditions, avec une minute de lettre à écrire par moi au Roi d’Espagne que j’expédierai en même tems, et les instructions au Prince de Reuss et au Comte de Mercy pressent également pour éviter les sinistres impressions que la trop grande vivacité du Comte d’Artois pourroit produire, dont vous verrez les traces et les idées dans tous les points de son mémoire.
Le Comte d’Artois a renvoyé Mr. de Durfort au Roi avec le memoire, dont je vous envois la copie ci-jointe et que j’ai corrigé en bien de parties. Cette pièce pourtant ainsi que les articles que le Comte d’Artois m’a donnés sont fort secrettes et je vous prie de les garder pour vous seul et le Baron Spielmann, si vous croyez de les lui com-
mimiquer. Vous verrez par tout ceci, que le Comte d’Artois a des idées romanesques et voit tout en favorable et beau. Surtout le nombre des trouppes qu’il espère d’avoir d'Empire, des Suisses et du Roi de Sardaigne. Pour moi je crois, qu’avec toute la bonne volonté possible on ne peut pas plus faire pour le Roi, que ce que je propose.
Je vous prie, mon Prince, de donner tous les ordres necessaires pour ces expéditions, et d’être persuadé de toute mon estime et attachement, avec le quel je suis
Mantoue le 20 Mai 1791.
Votre très affectionné
LEOPOLD
P. S. je vous prie, mon Prince, d’envoyer au Comte de Mercy la lettre ci-jointe que je lui écris, par le courrier que vous lui expédierez.
LEOPOLD AN KAUNITZ
Mon Prince! Depuis le dernier Courier que je vous ai envoyé, il n’est plus rien passé d’interessant en affaires politiques ici. Le Sieur de Bischofswerder s’est comporté avec toute la franchise, honnêteté et loyauté possible, il a expédié d’ici deux Courriers, l’un au Roi son maître, l’autre au Marquis Lucchesini à Sistow pour leur rendre compte de ses commissions, et charger expressément le Marquis Lucchesini de terminer promptement les négociations à Sistow , d’empecher toutes les démarches violentes des Turcs, et de mettre fin à toutes les chicanes qui y ont été faites. Il n’aime point du tout ce Ministre, et se plaint
beaucoup aussi de Milord Elgin et de M. Ewart Ministre d’Angleterre à Berlin, qui a présenté au Roi des Rapports faux et entièrement différons de ceux de Milord Elgin en les lui attribuant ce dont il a été convaincu, en envoyant d'ici les minutes des lettres du Milord Elgin. Ce dernier depuis l’arrivée du Sieur de Bischofswerder ne me parle plus d'affaires, et va retourner à Vienne. Le dit Sieur de Bischofswerder ayant désiré d’être éloigné de Milord Elgin et surtout de Monsieur Macpherson, a pris le pretexte de son amitié pour le Comte Marcolini Grand Chambellan de l’Electeur de Saxe, qui (étant venu ici par hazard pour voir la seconde fille de mon Frere, et peut-être pour la demander en mariage pour le Prince Maximilien de Saxe) m’a été de la plus grande utilité m’ayant servi à diriger et persuader le Sieur de Bischofswerder. Celui-la va le ramener à Fano, d’ou le Sieur de Bischofswerder viendra vers le 15 du mois prochain à Vienne pour s’y trouver k mon arrivée. Les points que j’ai fixés, et dont nous sommes convenus ensemble', sont :
Que la paix se feroit promptement à Sistow sur le pied du Status quo strict convenu à Reichenbach, sans aucune autre restriction quelconque, et que les questions des limites seroient traitées en suite.
Que l’alliance defensive entre moi et le Roi de Prusse unicquement devoit être considérée comme convenue et fixée, qu’on en traiteroit les conditions à Vienne après mon retour avec le Sieur de Bischofswerder.
Que lorsqu’elle seroit faite et convenue on la communiqueroit à la Russie et à l’Angleterre comme Alliées res-
pectives en leur laissant la liberté d’y accéder, si elles le trouveront convenable.
Que l'Electeur de Saxe pourroit y être compris également.
Et enfin que l'entrevue entre moi et le Roi de Prusse auroit lieu aux premiers jours de Septembre à Pilnitz chez l’Electeur de Saxe, sans aucune étiquette, de laquelle tous les Ministres étrangers, et nommément ceux d'Angleterre seroient absolument exclus.
En conséquence de ces données vous pourrés faire préparer les papiers et matériaux necessaires. Vous renouvellerés par Courier s’il le faut, les ordres les plus pressans au Congrès de Sistow pour la Signature de la paix sur le pied du Status quo strict convenû, pour prévenir toute insulte de la part des Turcs si l'armistice fini, il venoient nous attaquer.
En meme temps vous chargerez le Prince de Reuss de témoigner au Roi de Prusse les sentimens de mon estime et amitié personelle pour lui, et de la reconnaisance dont je suis pénétré pour avoir appris ses sentimens, dont je reconnais une nouvelle preuve dans la mission du Sieur de Bischofswerder, du résultat de la quelle j'espere que le Roi aura lieu d'être content.
En attendant je vous prie, mon Prince d’être persuadé de toute mon estime et de la parfaite considération avec laquelle je suis
Votre très affectionné LEOPOLD.
Milan ce 26 Juin 1791.
LEOPOLD AN KAUNITZ
Milan ce 27 Juin 1791.
J'ai reçu mon Cher Prince par le Courier Gostoni les differentes dépêches que vous m’avés envoié le 17. 19. et le 21. de Juin, que je vous renvois ci jointes.
En général je suis entièrement de votre avis et approuve les raisonnemens et les reflexions que vous faites sur ces importantes affaires. Vous aurés vu par les Dépêches que je vous ai envoié par le Courier Bini et par celles, que je vous envoie par ce Courier ci, le Ton modéré dont se sert présentement la Cour de Berlin qui se combine parfaitement avec les notices que vous m’avés envoié avec vos Relations. Cette Cour témoigné beaucoup de Jalousie de l'Angleterre et de la façon arbitraire dont elle veut s'emparer de toutes les négociations. Les dispositions qui ont été faites jusqu’à cette heure pour la partie Militaire sont très justes très prudents, et je les aprouve entièrement. 11 faut pourtant qu'elles ne soient que proportionnées au besoin possible en cas d'une attaque imprévu de la part de turcs et pas supérieures tant pour ne pas témoigner une peur excessive, que pour ménager autant que possible le païs et les finances. Les démonstrations de la part des Hongrois ne devront être recherchées, que dans le Cas d’un vrai besoin et attaque de la part des Turcs, mais en attendant j'aprouve entièrement ce qui a été fait pour les sonder sur ce point, et les déclarations données par le Judex Curiae et le Chancelier Provisionel. Vous pourés leur en témoigner ma satisfaction, et dans le Cas qu’on doive recourir à cet expédient,
il faudra le faire de la manière la plus légale, et alors le Palatin qui est avec moi sur le retour y assistera immédiatement.
Je vous renvois la Charte Blanche signée de ma 'part pour autoriser mes Ministies Plénipotentiaires à signer la paix.
J’ai bien pensé et réfléchi mûrement toutes les Circonstances de cette affaire, je vous ai fait connoitre par le Courier précèdent mes intentions sur ce point, et je ne puis ici que vous les renouveller. La signature de la paix nous est necessaire et le plus promptement possible, n’ayant ni Armée rassamblée ni aucune disposition faite pour continuer la guerre; Notre état des finances ne nous le permettant également ni nos interets. Nous avons promis à Reichenbach à la face de l’Europe de faire la paix sur le status quo strict, il est donc de T honnêteté et de la bonne fois de tenir exactement une Convention faite publiquement et solemnellement à la face de toute l'Europe sans s’arrêter à des disputes de Confins ou d’objets qui dans le fond ne sont pas de grande valeur, et se réduisent à des chicanes. La Paix en posant à principe ne sauroit être signée trop tôt ni trop promptement pour empocher que les Turcs, animés peut être par les ministres Prussiens même ne tentent l'armistice étant fini, quelqu’attaque ou irruption dans nos Provinces soit en Croatie soit du Coté de Bannat, ou de la Transilvanie qui pourroit produire des inconvénients réels, être un affront désagréable à souffrir et un insult à nos troupes qui ne sont point en forces suffisantes à résister à une première attaque. Par toutes ces Raisons et par celles qui peuvent en dériver je ne puis qu'insister sur
l’ordre donné par mes precedentes de Charger promptement mes Ministres au Congres, à y conclure et y signer la paix sur le pied du Status quo strict, de la façon qu’a etc Convenu à Reichenbach se reservant cà traiter ensuite la paix une fois Conclue et Signée, de l’arrangement des limites tant en Croatie que dans le Banat, comme vous le proposez dans Votre dépêche du 21. Juin, par le moyen et le concours des médiateurs.
Quant à l’alliance à faire avec le Roi de Prusse, étant uniquement défensive et réciproque, je ne vois point, quelle puisse porter à aucun inconvénient. Vous aurés vu déjà par mes lettres precedentes mes intentions sur ce point, on en traitera le detail avec le Sr. de Bischofswerder à Vienne et vous aurés déjà vu qu’il est convenu qu’on offrira à l’Angleterre et à la Russie comme nos alliés réciproques d’y accéder si elles le jugent à propos.
Quant à mon entrevue avec le Roi de Prusse, chez l’Electeur de Saxe à Pilnitz comme vous avés vu par mes lettres précédents, elle est convenue et aura lieu à la fin du Mois d’Août. Je la Crois très importante et interessante, et vous pourés en conséquence de ces points diriger vos instructions à mes differens Ministres aux Cours Etrangères, et surtout pour prévenir la Cour de Russie sur l’Entrevue.
Quant aux affaires de France je suis entièrement de votre avis, j’attendrai ce que Vous m’enverés par le Courier qui doit aller en Espagne que je receverai en route, et que j'expédirai avec les lettres de main propre au Roi d’Espagne et de Sardaigne qui y sont rélatives. J’ai communiqué en Confidence au Sr. Bischofswerder et à Milord Elgin les copies des papiers que vous m’avés envoiés pour eux.
Je suis parti de Milan et m'arrêterai une couple de jours à Padoue, pour y expédier le Courier qui doit passer en Espagne. Si les Nouvelles que j'y apprendrai seront de nature à exiger un prompt retour, je reviendrai par le plus court chemin de la Pontiéva et la Carinthie à Vienne.
Mais si à ce qu'il paroit les Circonstances du Moment ne sont pas si pressantes, je passerai par Trieste, Gorice et Laibach où j’attendrai les Nouvelles ultérieures.
En attendent je vous prie d'être persuadé de la Considération et de l'attachement avec lequel je suis
Votre très affectionné
LEOPOLD
P. S. Dans ce Moment je viens de recevoir par un Courier de Turin la note ci-jointe qui me fait croire que le Roi et la Reine ont pu s'évader de Paris, ce qui pouroit donner lieu à de grandes Conséquences si elle se confirme je vous enverrai un autre Courier.
LEOPOLD AN KAUNITZ
J’ai reçu mon Prince les notes que vous m'avez envoyés en date du 28 de Juin relatives à la paix de Sistow que je vous renvois ci jointes, j’approuve entièrement dans tous les points, et le contenu et vos réflexions. J'approuve entièrement la déclaration que vous proposés d'y joindre, comme aussi que vous informiez le plus promtement possible les Plénipotentiaires à Sistow, afin qu’ils puissent en donner
communication et notice aux Ministres des cours médiatrices pour prévenir et empecher que les Turcs ne rompent l’Armistice par les faits, mais en même temps vous les instruisez également que dans le cas que les Turcs rompent l’Armistice en commençant des hostilitez sans que de nôtre Coté on y donne la moindre occasion, quoique je sois toujours disposé a conclure la paix selon ce qui a été convenu et sera équitable, les circonstances alors seroient tellement changées qu’ils ne seroient plus autorisés à traiter de la paix sans demander des nouveaux ordres, et instructions de leur cour dont ils peuvent également prévenir confidentiellement les ministres des Cours médiatrices pour les engager à empecher les Turcs à commencer les hostilités
(Signé:) Votre très affectionné LEOPOLD.
Padoue 5 Juillet 1791.
LEOPOLD AN KAUNITZ
J’ai reçu mon Prince, par le Courier vôtre Dépêché du 9 de ce mois, que je vous renvois ci-jointe. J'approuve entièrement vos reflexions et les expéditions que vous avés faites en conséquence quant à la chose et quant à la forme,
et surtout l’expedition du dernier Courier à Berlin. J'ap-
Beer, Joseph II und Kaunitz. 27
prouve également l'expedition faite au Comte de Cobentzel relativement à cette affaire
Votre très affectionné
LEOPOLD
Trieste ce 13 Juillet 1791.
LEOPOLD AN KAUNITZ
Mon cher Prince! J'ai appris la nouvelle de l'arrivée de Bischofswerder à Vienne, et comme je n'y pourrai être qu'entre le 20 où le 21 et qu'alors encore j'aurai bésoin d'une couple de jours avant que de le voir pour pouvoir arranger mes papiers, et supposant, qu'il sera probablement fort pressé, je Vous prie de le voir en attendant, et de traiter, et préparer avec lui ce qui peut être rélatif aux objets de sa mission, qui ne peut avoir d'autre but que la pacification. l'Alliance avec la Cour de Berlin, mon entrevue avec le Roi, les idées de la Cour de Prusse sur les affaires de France, ce que vous pourrés d’autant plus facilement, que vous êtes entièrement informé de mes intentions sur tous ces points et de tout ce qui a été traité entre moi et le sieur de Bischofswerder sur ce particulier
Votre très affectionné LEOPOLD.
Gratz ce 18 de Juillet 1791.
LEOPOLD AN KAUNITZ
23 Juillet 1791.
Mon Prince. Je vous envois cy-joint deux lettres du Roi de Sardaigne que je viens de recevoir par un Courrier de sa part qui attend ici nos réponses, de meme qu'une lettre du Roi d'Espagne avec un Mémoire qui y est joint, reçue également par un Courier qui attend ma réponse. Elles sont toutes rélatives aux affaires de France, je vous prie de me proposer les réponses à y faire aussi que les instructions a envoyer aux Gouverneurs Generaux des Pays-Bas qui les attendent sur cette matière, et qu'il faudra leur envoyer dans peu de jours par un Courrier je suis
Votre très affectionné LEOPOLD.
KAUNITZ AN LEOPOLD
Sire
A la suite de quelques conversations dans les quelles j'ai inspiré une entière confiance à Mr. de Biscliofswerder par mes propos, qui lui ont paru d'un caractère de probité, de franchise et d'une force de raison, aux quels peut-être, il ne s’attendoit pas, je suis parvenu à élaguer de ses
propositions et de ses demandes tout ce que je lui ai fait
sentir, ne pas être raisonnable, et, moyennant cela, inadmissible. J'ai rédigé en conséquence l’acte préliminaire, que j’ai déjà eu l’honneur de mettre sous les yeux de Votre Majesté, et actuellement j'ai la satisfaction de pouvoir lui en envoyer très humblement l’original, que j’ai signé avec lui, lequel étant le canevas du Traité solemnel, qui doit en être la suite, peut être envisagé dès à présent, comme le traité même.
Pour faire sentir bien vivement à Mr. de Bischofswerder la valeur du nouveau système politique, que Votre Majesté alloit établir entre Elle et le Roi son maître, et qui fait à peu près, le second tome du Traité de Versailles, qui a étonné toute l’Europe dans son tems, et a sauvé alors la monarchie autrichienne, j’ai dit à cet homme, que je crois un homme bon, tout ce que contient le Memoire ci-joint que je lui ai laissé lire pour lui rapeller dans une connexion d’idées ce que je lui avois déjà dit en grande partie par pièces et pas morceaux. Cet honnête homme à attribué au contenu de ce memoire plus de mérité, que ne doit se flatter d’avoir un ouvrage dicté à la hâte pendant le court espace de gueres au delà d'une demi heure; et comme il m’a témoigné, qu’il seroit pénétré de gratitude, si je voulois bien l'honorer de la confiance de le lai laisser, qu'il est anonyme, qu’il est flatteur pour son Maitre, qu’il ne contient rien, qui puisse compromettre, et que d'ailleurs je ne crois pas l'honnetété du Caractère de Bischofswerder capable d'en faire un mauvais usage je me suis prêté à la vivacité de ses instances, je le lui ai laissé en conséquence, et j'imagine, que Votre Majesté ne le dèsaprouvera. pas, cette marque de confiance jointe à la valeur, qu'y attache Mr.
de Bischofswerder pouvant produire de bons effets et dans aucun cas aucun mauvais.
Je félicité, Votre Majesté sur le succès d’une aussi grande affaire, parce que je la regarde dès à présent comme consommée, et j’ai l’honneur d'être avec la plus profonde soumission.
KAUNITZ-RIETBERG
Vieillie 26 Juillet 1794 .
LEOPOLD AN KAUNITZ
26 Juillet 1791.
Je vous renvois mon Prince cy -jointe votre rapport, le traité ou convention signée avec Mr. de Bischofswerder et le Memoire qui y est relatif, que vous pouvez lui donner en copie, je considère cette affaire comme arrangée, et je crois qu'EUe sera avantageuse utile et tranquillisante pour la monarchie, la confiance qu’à si juste titre vous avez inspirée dans vos conversations au Sr. de Bischofswerder y a beaucoup contribué, et fera voir à ce dernier que quand on traite avec nous de bonne foi, il n’y a de difficultés que celles, qui sont raisonnables, mais qu’on ne viendra jamais à bout de rien lorsque les intermédiaires de la Cour de Berlin seront des Luchesini où des Jakobi, je suis mon Prince
Votre très affectionné LEOPOLD.
KAUNITZ AN LEOPOLD
Sire
Mons. de Jacobi dans un entretien particulier, qu’il ma demandé ma lu, et ensuite laissé le papier très humblement ci-joint.
L'observation au sujet de l'espece de congrès, ainsi que du rappel instantané des Ministres, est juste, et on peut très bien se prêter à ce qu'il ne soit question ni de l'un ni de 1 autre de ces objets, dont aussi bien vraisemblablement le premier ne seroit bon, qu'à embrouiller les choses, ainsi que le font ordinairement ces espèces d'assemblées politiques, et le second vraisemblablement ne serviroit de rien, relativement à l'effet, au quel il seroit destiné. En general on ne pourra naturellement rien arrêter avec le Roi de Prusse; avant qu'on ne soit à même de Lui communiquer l’ensemble des réponses de toutes les autres cours sur la circulaire; et alors, comme alors, j'avoue ingénument, cependant dès a présent, que je ne crois pas, que nous aurons la satisfaction de voir rétablir en france un ordre des choses, qui puisse convenir au Roi, et à la Nation, s'il ne doit 1 être que par le moyen du concert général dont il est question.
Av ec la plus profonde soumission
KAUNITZ-RIETBERG
Vienne 7. Août j 79 J .
APOSTILLE DES KAISERS.
Je suis entièrement d’accord avec vous mon Prince et vous verres par la lettre du Roi d'Angleterre que je vous ay envoyé hier une suite de vos justes reflexions.
LEOPOLD
LEOPOLD AN KAUNITZ
Uiidatirt vom August 1791.
Mon cher Prince, quoique je compte venir un de ces jours vous voir chés vous et concerter ensemble ce qui sera à faire pour les affaires de france, les réponses à donner, et les articles qui pourroient m'être proposés à mon entrevue à Pillnitz, je crois necessaire en attendant devant faire mes dispositions pour le voyage de Vous prévenir que j'y mènerai avec moi outre mon fils, le Maréchal Lacy le croyant convenable puisque le Roi y mène le Prince héréditaire et le Duc de brunswik son Feldmaréchal, le Roi en outre y amène un adjutant et le Sr. Bischofs werder, je compte donc y mener aussi, un officier et y faire aller le Referendaire Spielmann, pour le cas qu’on veuille m’y proposer quel qu'affaire où Memoire ou points surtout sur les affaires de france, d'autant plus qu'il a déjà eu occasion de traiter ici et connaître le Sr. Bischofswerder, je vous prie de le lui dire et lui donner l'ordre de se trouver le 25 a Pilnitz, je suis avec l’estime la plus parfaite
Votre très affectionné LEOPOLD.
LEOPOLD AN KAUNITZ
Mon cher Prince. Etant revenu ce Matin à Prague de ma tournée à Pillnitz en bonne santé, je n’ai pas voulu manquer de vous en donner part tout de suite. J’ai été reçu on ne peut pas mieux, bien fêté, tant par l’Electeur que par toute sa famille, et ne saurois assez me louer de l’Amitié, cordialité et confiance que l’Electeur en particulier m’a témoigné, et avec la quelle il m’a parlé de toutes les affaires. Le Roi de Prusse a été on ne peut pas plus franc, cordial et honnête envers moi. Il me paroit pleinement persuadé et convaincu de l'utilité de l’xYlliance et la désiroit sincèrement et de bonne foi. Il m’a témoigné de la confiance. Il paroit que son intention et désir est d’être bien avec tous les voisins, et de ne désirer que la paix et la tranquillité. — Le Comte d’Artois qui s’y est trouvé avec Mr. Flachsland, Polignac, Esterhazi, Rohl, Bouillé Nassau et d’Escars, a terriblement insisté pour engager
le Roi de Prusse et moi d’accepter tous les points, dont il
avoit parlé a Yienne-Verona et qu’il nous avoit communiqué également.
Quoiqu’on ait taché par le moyen du Prince Hohenlohe au service du Roi de Prusse, qui desireroit un commandement, d’engager le roi a envoyer des troupes, pour se mêler des affaires de France, ils ne l’ont point obtenu, et nous sommes uniquement convenu de donner au Comte d'i^rtois une réponse aux points qu’il nous avoit proposés, et une déclaration signée, par le Roi et par moi, dont je vous envois la copie ci-jointe et qui comme vous verrez se rap-
porte quant à l'essentiel à mon premier projet de déclaration envoyé aux Cours: par les clauses qui y sont ajoutées nous avons empêché tout le mauvais usage que le Comte d’Artois pourroit vouloir en faire. Il compte partir vers Coblence, et je souhaite qu'il ne se porte point à quelque démarche ultérieurement imprudente; son intention étant toujours de tâcher à engager les Cours à quelques démarches qui les obligent ensuite à les soutenir, pour les forcer à agir, s’emparer de l'Alsace et s’y établir. Je me rapporte au reste à ce que le referendaire Spielmann vous dira. Je suis avec la plus parfaite considération
Prague le 30 Août 1791.
Votre très affectionné
LEOPOLD
KAUNITZ AN LEOPOLD
Vienne 4 Septembre 1791.
La Lettre, dont m’a honoré V. M., m’apprend tout ce qui s’est passé d’essentiel à l’entrevue de Pillnitz; et comme en gros cela est assez satisfaisant, j’en fais mon compliment a V. M. Tout ce que le Roi de Prusse, Lui a dit au sujet de l’Alliance a été une répétition presque literale du contenu du memoire anonyme que j'avois confié à Mr. de Bischofswerder, il est parvenu à le persuader de la valeur de son action; tout ce que le Prince a dit à V. M prouve
par conséquent, qu'il a produit l'effet, au quel il étoit destiné; et comme c'est tout ce que je voulois, qu'il fît, je ne puis qu’en être bien aise, parcequ'il n’est que la conviction, qui puisse faire esperer des actions conséquentes. Quant aux affaires de France, V. M. a gagné du tems, et cela peut suffire pour le moment; le tems fera le reste, et Dieu veuille, que ce soit de la façon, dont on doit le desirer.
K AUNITZ-RIET BERG.
LEOPOLD AN KAUNITZ
Mon cirer Prince Kaunitz. Je vous renvois ci-joint les depeches que vous m’avez communiquées; Je n'ai reçu jusqu’à present aucunes Nouvelles directes de la part de la reine; il me paroit quil seroit bon de les attendre avant de repondre à la lettre du Roi, et mon absence est la raison toute naturelle de ce delai. Je compte être le 14 de retour a Vienne, alors seulement la lettre originale du Roi me sera remise, et puis qu’à ce tems là, je ne doute pas qu'il nous arriveront des Eclaircissements confidentiels du Comte Merci
Votre très affectionné
LEOPOLD
Prague ce 2 Octobre 1791.
KAUNITZ AN LEOPOLD
Vienne le 25 Février 1792.
Monsieur de Simolin rappelle de Paris par sa Cour, comme ne l'ignore pas V. M., pour rester jusqu’à nouvel ordre à Bruxelles, ou autre lieu de Pays-bas autrichiens, à la réquisition de la Reine de France, a passé jusqu’à Vienne, sans même attendre, qu’il y fût autorisé par sa Cour pour avoir l’honneur de remettre à V. M., dans le
plus grand secret une lettre de la Reine, et à moi celle
que V. M. trouvera ci-jointe ainsi que pour Lui exposer
de bouche: que tout ce qui s’est fait, et se fait encore
journellement de la part du Roi, ne s’est fait, et ne se fait que forcément, et en même tems pour réclamer vaguement son assistance exactement sur le pied de l’ancienne chanson, c’est à dire de la façon la plus inconcluante, et la plus déraisonnable qu'il soit possible d’imaginer. Je Lui en ai dit ma pensée avec toute la force de la raison, et tout l’énergie possible; mais en Lui protestant en même tems, à
plusieurs reprises, que je ne Lui parlois pas en Ministre, mais en simple particulier. Il n’a sçû me répondre, que par des lieux communs, qui ne servent à rien, et ne mènent à rien, et il m’a fait, de vives instances pour qu’il plaise à V. M. de déterminer le jour et l' heure, à laquelle Elle trouvera bon de le recevoir, comme un particulier, de la façon du monde moins voyante que possible, et il m'a fait connoitre en même tems, qu'il comptoit s'en retourner aux Pays-bas dez qu'il auroit eu l'honneur de voir V. M. et qu’il auroit reçu ses Ordres pour la Reine, à laquelle il avoit des moyens de faire parvenir en toute sécurité la la réponse, qu’Elle trouveroit bon de Lui confier, pour Lui etre rendue.
J’ai l’honneur d'être avec la plus parfaite soumission
(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.
APOSTILLE DES KAISERS.
Je vous renvois mon Prince la lettre cy-jointe de la Reine de France, et vous prie de faire avertir Mr. de Simolin de venir aujourd'hui Lundi à quatre heures après midi chés moi pour me remettre la lettre de la Reine, en l’avertissant qu’il peut venir seul en fracq sans aucune formalité par une retirade directement chés moi je suis
LEOPOLD
ANHANG-.
A. Briefe Ton und an Maria Theresia.
KAUNITZ AN MARIA THERESIA
Le Portrait de la Princesse de Bronsvich est si satisfaisant, de touts points qu'il est bien à desirer, que celle que la Providence Nous destine, puisse lui ressembler.
J’ai trouvé d’ailleurs dans la lettre de* Gotlia, ce que Votre Majesté at eu la bonté d’y chercher hier, en ma presence, il ne seroit pas raisonnable de ne pas sentir le prix de l’estime d’un homme aussi éclairé que l’est le Roi de Prusse, mais j’ose cependant assurer, tres-humblement Votre Majesté que ce qui me fait le plus de plaisir à cet egard, c’est, que la bonne opinion que ce Prince veut bien avoir du Ministre qu’il sçait etre le plus attaché à Votre Majesté peut être, dans les occasions, de quelque utilité à son service. J’ai l’honneur d’être aux pieds de Votre Majesté
KAUNITZ-RIETBERG
ce 22 février 1764.
APOSTILLE DER KAISERIN.
S’il etoit possible que je puisse estimer le roy de Prusse ce sentimens seul de justice qu'il vous rend en ne vous confondant nullement avec tous vos colegs et rendant
justice à vos mérités me le pouroient faire estimer il faut avec bien de la délicatesse ménager ce sentimens qui peut avoir des grands suites et éviter bien des malheurs qui nous menacent.
MARIA THERESIA AN KAUNITZ
Iimsbnigg* le 28 Août 1765.
Je n'ais pas eut la force de vous parler ce matin, mon coeur est encore trop pressée pour que mes paroles puissent s’exprimer, je vous suis bien obligée de tout ces services et conseils que vous m’avez rendue et donnée pendant la vie de notre incomparable maitre je m’en suis toujours bien trouvée et les ais bien profondément imprimée dans mon coeur, je suiverois de meme avec toute la confiance celle que vous me donnerois sur mon triste avenir c’est «apres les vôtres, que je me laisse entrai ner a vienne uniquement pour avoir soings de neufs orphelins qui sont d’autant plus à plaindre que leurs naissance et la façon dont elles ont jouis jusqu’asteur du monde rendra leurs sorts toujours plus dure et à plaindre leurs bon Pere les idolatroit ne leur refusoit rien, je ne saurois continuer de même, Dieu sait combien ma miserable vie durera je suis donc bien affectée de leurs sorts et cet hyver il doit se décider je conte sur vous je ne ferois rien sans votre conseil chaque jour me fait trembler sur leurs sorts et je vous
devrois volontier l’etablissemens de ma famille comme notre
système d’etat, ce que vous m'avez dit pour la corregence
me soulage infiniment, et je conte que vous travaillerais en conséquence n’abbandonez pas mon fils je vois qu’il est flaté et contant quand il vous parle mais il est aussi de coutume et aime qu’on le cherche vous pouvez plutôt me négliger je vous en saurois gré car jamais le moindre doute
pouroit me venir sur votre attachement pour moi, conservez
vous et me croyez toujour votre bien affectionné
MARIA THERESIA
rétablissement de Leopold est votre ouvrage à la veille de
son départ j’en sens tout l’amertume mais je ne vous en
suis pas moins reconoissante.
KAUNITZ AN MARIA THERESIA
Sacrée Majesté.
A l’endroit marqué d'une Croix rouge du Nachricht Zettel , très humblement cy joint Votre Majesté trouvera ce que c'est que mon Harras, dont l’occasion qui s’en est présentée, m'at engagé à prendre la liberté de lui parler ce matin, V. M. peut en voire un Echantillon par les Etalons et 12 juments qui se trouvent icy. Si tant le barras nouvelle pouvoit convenir à V. M. au lieu des 8/m fl. auxquels il est évalué. Elle m’en donnera ce qu’Elle voudra, et tout ce qu'Elle fera sera bien fait ainsi que ce qu’Elle pouroit trouver bon de ne point faire. Je me mets a ses pieds avec la plus profonde soumission
KAUNITZ-RIETBERG
ce 13 Novembre 1772.
Peer Josep'.i II. um! Kaunitz
APOSTILLE DER KAISERIN.
Je ne marchanderois pas avec mon fidel ami, vous me donnerois pour les 8000 fl. ce que vous voudrois trop contente dans cette bagatelle de vous faire voir mon ame reconnoissante et mon coeur tout à vous d'abord qui s’agit de vous faire plaisir
MARIA THERESIA
pour les argents vous les recevrois de IIoscli pour les arrangements vous attendrois que peu des jours voulant en prévenir l’Emp. de ne rien encore marquer.
KAUNITZ AN MARIA THERESIA
Vienne ce 12 Fevier 1776.
Sacrée Majesté. La Lettre de Sa Majesté la Reine des deux Siciles, que Votre Majesté m’a fait l’honneur de m’envoyer, et sur laquelle Elle a la bonté de vouloir savoir mon avis, est remplie de sentiments qui font honneur à son coeur, à sa Prudence et à son Esprit. Elle est affectée, comme de raison, de la mauvaise Administration dans toutes les Branches du Gouvernement des Etats du Roi son Epoux, et des fâcheux effets qui en résultent. Elle regarde comme pressant la nécessité du rernede. Elle pense, et très sagement, que s’il se peut, il ne faut en employer aucun qu’avec le concours, ou aumoins de l’aveu du Roi Catholique. Elle regarde une Lettre qu’Elle Lui ecriroit, du Consentement du Roi son Epoux, comme le moyen le plus propre à ob-
tenir l'un ou l'autre. Mais quoiqu’Elle paroisse en etre persuadée, Elle a pour Votre Majesté la deferenee respectable de ne point vouloir le mettre en oeuvre sans avoir consulté auparavant l’oracle d’une Mere, dans les bontés et les hautes lumières de laquelle Elle met toute sa Confiance. Tout cela est, selon moi, on ne peut pas mieux, et je suis bien persuadé, que Votre Majesté Lui en témoignera sa satisfaction toute particulière. Je pense en meme tems, que la démarché d’ecrire au Roi d'Espagne, non seulement sera sans inconvénient, mais pourra peut-etre meme faire tout l’effet, auquel elle est destinée, supposé cependant lm0 qu’elle soit faite du consentement du Roi des deux Siciles, et non autrement; 2° que, comme il est facile au Roi d’Espagne d’averer tous les faits, qui lui seront exposés, on ne lui en exposera aucun qui ne soit exactement vrai et point exagéré; et enfin 3° que la Lettre soit des plus affectueuses et Lui marque autant de deferenee que de Confiance. Pour cet effet il me semble, que la Reine pourroit dire au Roi Catholique, son Beau-Pere:
Qu’après toutes les marques de bonté qu’avec le Roi son Epoux Elle avoit reçues jusqu’icy, et recevoit encore journellement du Roi Catholique, Elle croirait manquer essentiellement aux devoirs de la vive reconnoissanee et de la Confiance sans bornes qu’Elle Lui doit à tant de titres differents, si dans une circonstance, qui interesse bien essentiellement le Roi son Epoux, ses Etats, ses Sujets, ses Enfants et la Gloire du Roi Catholique meme, qui par tout le monde est censé etre le guide éclairé du Roi son Fils dans le Gouvernement des ses Etats, Elle persistoit dans
le Silence, qu’Elle s'etoit imposé jusqu’icy, et si, auss
assurée qu'Elle 1 etoit, qu'Elle ne retrouveroit jamais, ni en Elle meme ni ailleurs, tout ce qu'Elle etoit en droit d'attendre des hautes lumières du Roi, ainsi que de sa bonté, Elle n'y recouroit pas avec cette respectueuse Confiance dont Elle est penetrée pour Lui. Qu'Elle prenoit la Liberté, moyennant cela, de Lui presenter un bien triste, mais fidèle tableau de l'etat où en sont les choses à Naples dans tous les Departements et toutes les branches du Gouvernement.
C’est dans cet endroit de la Lettre qu'il faudroit insérer ce tableau. Mais il faudroit qu’il fut bien fait, c'est à dire, rien de vague, point de généralité, et ne contenant que des faits, accompagnés des preuves, ou qu'au moins il fut facile au Roi d’Espagne d’averer, et surtout fait de façon à ne pas avoir l’air d'etre dicté par aucune humeur contre Mr. Tanucci.
Après cet Exposé la Reine pourroit continuer et dire au Roi Catholique, qu'Elle etoit bien persuadée qu'il verra dans cet état des choses la nécessité urgente d’un remede aussi prompt qu’efficace. Que pour etre tel il semble, qu'il faut qu’il porte sur la vraie cause du mal. Qu’il est dans la Caducité du M. Tanucci, auquel son âge et l'affoiblissement de ses Facultés physiques et morales, qui en est la suite, ne permettant plus de gouverner les affaires, et de surveiller à tout le monde, comme il l'a fait très louablement depuis longues aimées, beaucoup de gens en profitent pour se relâcher sur leurs devoirs, ou meme pour ne pas servir le Roi son Epoux avec toute la Fidelité qu'ils lui devroient. Que dans cet état des choses il Lui sembloit, que le seul remede analogue au mal seroit, d'accorder au M. Tanucci la retraite la plus honorable, et de mettre à
sa place un nouveau Ministre doué de toutes les qualités necessaires pour le remplacer dignement.
Si la Reine croit avoir à Naples une ou deux personnes de cette Espece, Elle pourroit les proposer au Roi d'Espagne. Mais dans le cas contraire, et meme en ce cas, je serois du très humble avis, que S. M. devroit ajouter: Que S. M. Catholique étant plus que personne en état de juger de ce qu'il faut au Roi son Fils, le Roi et Elle le supplient de vouloir bien Leur nommer, à Naples meme, ou bien envoyer, pour en faire leur Ministre à la place du Mis Tanucci, la personne qu’il jugera la plus convenable à leuis besoins et à leurs circonstances. Elle pourroit ajouter que s'il Lui restoit le moindre (foute sur l'exacte vérité des choses qu’Elle avoit l’honneur de Lui exposer dans cette Lettre, 'Soit sur l’etat des affaires, soit au sujet de la personne du Mis Tanucci, Elle le supplioit d'envoyer au plutôt à Naples une personne éclairée, et digne à tous égards de sa Confiance, pour les y vérifier par lui meme, et ensuite Lui en rendre compte. Et Elle pourroit conclure enfin en disant au Roi, qu'Elle espere qu il ne verra dans sa démarché que l’intention la plus pure, ainsi que le respect, la tendresse et la Confiance la plus parfaite pour sa personne.
Il me semble, que la démarché que la Reine se propose de faire, si elle le fait dans l’esprit et dans le goût du Canevas de l’Esquisse que je viens d’en donner, produira peut-etre l’effet désirable, ou au moins n'en produira aucun fâcheux. Je m’en rapporte cependant, comme de raison, à cet égard, comme en toute chose au Jugement éclairé de Votre Majesté avec la Soumission la plus profonde.
KAUNITZ-RIETBERGr.
KAUNITZ AN MARIA THERESIA
J’ai rédigé dans la forme du Rapport très humblement ci joint, ce que Votre Majesté m’a témoigné desirer avoir par écrit de ma part afin qu'elle puisse, si Elle le juge à propos, l’envoyer confidemment à la Reine comme son Avis, et s’épargner, moyennant cela beaucoup de peine. Je souhaite avoir fait, et faisant ainsi, ce qui pouvoit Lui etre le plus agréable, et je me mets à ses pieds avec la plus profonde soumission
(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.
Vienne le 12 février 1776.
Je suis bieu contente de la note et en ferois usage d’abord.
KAUNITZ AN MARIA THERESIA
du 4 Décembre 1776.
Marie Thérèse depuis 35 ans m’a toujours honoré de sa confiance, Elle a même souvent daigné m’appeller, son ami, y a-t-il de plus beaux Titres à l'immortalité, et ne suis je pas excusable, moyennant cela, si je suis peu touché de tout autre eloge, et si je méprisé la calomnie.
Je n’en ai pas moins d’obligation cependant au Roi d’Espagne de ce qu’il veut bien dire à Votre Majesté sur mon sujet. Il m’a procuré par là une nouvelle marque de Sa Bienveillance, Et Elle sait que c’est l’objet de tous mes Voeux.
(Signé:) KAUNITZ-RIETBERG.
MARIA THERESIA AN KAUNITZ