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HERZOG ALBERT AN JOSEPH

Bruxelles, ce 9 Juin 1787.

Sire

La situation des affaires qui devient de jour en jour plus critique dans ce pays-ci, ayant fait juger indispensable d’envoyer encore un courieur pour en informer V. M. j’ai crû ne pas pouvoir me dispenser de choisir cette occasion pour accompagner de ces très humbles lignes, le rappoit d'office que le Ministre Comte de Belgiojoso en fera par-

venir au Chancelier de cour et d'Etat. Plus en effet nous approchons du teins où doit arriver sa resolution Souveraine sur les précédentes, et plus nous découvrons tous les dangers de cette situation et l’impossibilité de détourner les maux resultans de l’accord parfait de toutes les provinces, si cette resolution n’etoit pas favorable, et ne confirmoit pas les droits que chacune d’elles vient de reclamer. Cet accord qui n’a pas été la suite d'un concert formé depuis peu entre elles, mais qui à ce que nous savons à présent, a existé dés le commencement de l’assemblée des Etats de celle de Brabant, y a été cimenté par le moyen des Députés secrets que les autres y avoient envoyés dés lors, et dont le Plan, et l'objet se manifeste ouvertement à l'heure qu'il est. Il n’y a aucune de ces Provinces dont nous ne recevions encore journellement des représentations l’une plus forte que l’autre, et l'explosion entière qui y a été arrettée, ou pour mieux dire, retardée comme ici, par les dernières Déclarations données, a pensé y éclater déjà d’une manière plus violente encore que dans cette capitale.

Elles attendent toutes à present avec impatience, mais non sans confiance celle par laquelle elles éspèrent d’étre assurées positivemeut de sa part du redressement de leurs Griefs. Mais je ne puis cacher qu’elles l'attendent dans une position à pouvoir soutenir leurs demandes au cas de refus par une résistance ouverte, à la quelle elles se croyent autorisées par les Loix et les Pactes contractés. Non seulement toute la Nation est armée, mais on voit qu’il y existe un Plan d'Operations formé pour le cas de la decision de sa cause; qu’on n’y a pas oublié même l’artillerie dont quelques villes sont fournies, ni tout ce qui a rapport aux

points de ralliement et au commendement de chaqne Trouppe ; et tout cela a été ménagé et conduit avec un tel secret qu'il a été impossible d'en découvrir la Trame, et qu’il l’est encore plus à present de parvenir à en apprendre et approfondir les détails et projets. La partie Saine des Citoiiens témoigné à la vérité être fâchée de voir l’extremité ou les choses en sont venues. Mais cette partie est si foible, qu'elle est obligée elle même de se laisser entraîner par la crainte de l'effet de Menaces de l’autre; et l'effervescence des esprits dans cette dernière, excitée même à n'en pouvoir presque pas douter, par des influences étrangères, est montée actuellement à un point, que je dois toujours craindre que tout ce que Nous avons fait pour la contenir ne devienne inutile, pour peu que la resolution tant desirée vient un peu à tarder. Je ne parlerois pas de tout ceci de la manière dont je le fais, si la position, dans laquelle nous Nous trouvons relativement aux Trouppes, ne rendoit la situation des affaires dans ce pays encore plus critique. Cela vient de faire nouvellement un objet réitéré et très sérieux des Délibérations. Nous ne pouvons nous cacher que distribuées comme elles sont à présent, nous ne sommes en force nulle part; mais il n’est guêres possible de se dissimuler non plus que dans l'état ou en sont à present les Choses, le moindre changement de Garnison, ou autre Mouvement de ces Trouppes deviendroit presqu’ immanquablement le Signal que le Pays attend pour éclater; qu’il faudroit 4 jours pour en rassembler aux Environs de Malines et d'ici un nombre suffisant à assurer l’Artillerie, les Caisses, les Archives, et les autres depots du gouvernement; qu’il n’en faut pas la moitié pour que plusieurs

Milliers de Citoyens armés et préparés tant de cette ville, que des villes et campagnes voisines puissent se jetter dessus. Que nous n’avons en attendant ici que deux Batallions sans Canon, et 600 hommes la plupart Invalides à Malines; que nos munitions de Guerre sont exposées dans les Bruyères près de la Dyle à une assés grande distance delà; qu’une autre partie de Munitions est hors de la ville de Namur; que nous n'avons ni chevaux, ni rien de ce qui est necessaire pour le transport de l’artillerie, des Caisses, et du Bagage; que nos magazins militaires sont éparpillés dans les differentes villes et Provinces; Qu’enfin il est iudubitable, que chacune de celles là, suivant le Plan concerté agiroit tout de suite en conséquence des mouvements des Trouppes qui en sortiroient pour empecher l’effet de leur réunion. Dans cette situation il s'agissoit d'opter entre le parti de risquer par un mouvement et reunion préalable d’exposer la chose publique à un malheur moralement certain, mais dont on n’est encore d’une certaine façon que menacé, ou d’attendre à le voir arriver immanquablement, si la resolution de V. M. n’étoit pas favorable aux voeux de la Nation. L’un et l’autre etoit également dangereux et délicat. Si l’on attend l’explosion de celle-ci, il sera à tous égards presqu’ impossible de remplir le Plan que l’on auroit formé, et de sauver l’artillerie et les autres effets Royaux. Si on veut la prévenir par le mouvement en question, on peut presque assurer démonstrativement que la Nation le regardera comme une déclaration décisive du refus de Y. M. de prêter attention à ses réclamations et prières, et qu’elle agira incessamment en conséquence de ce qu’elle pense pouvoir légitimement faire en ce cas; et dés lors nous ne

sommes guêrcs plus sûrs qu’après, de pouvoir executer nos

Projets militaires, et mettre à couvert les objets importants dont la garde Nous est confiée; Nous risquons de provoquer sans faute une révolté générale; qui entraînera le malheur, la dévastation, et la perte de tout ce pays, tandis qu'il n'attend de la part de Y. M. que la confirmation de ses droits et Privileges pour Lui donner encore les Preuves les plus vraies de son Attachement et de son zèle, et nous entraînons V. M. dans une guerre malheureuse et funeste, que dans ce moment ci il pourroit à tous égards Lui importer infiniment d’éviter. Ces dernières considérations ont paru si importantes, que quelque risque que Nous courrions à prendre le parti de l'attente, il parût encore infiniment inférieur à celui de provoquer une explosion qu'il dépend d'EUe d’empecher; et c'est d'après cela que Nous sommes convenus avec le Ministre et ceux que Nous avons encore consultés la dessus, qu'il ne Nous restoit autre chose à faire, qu'à exposer encore une fois à V. M. l'état de choses, et à solliciter de sa part une prompte et favorable resolution à cet égard. Elle peut juger par les details que je viens de Lui en soumettre combien Nous devons desirer de la recevoir au plutôt, et combien Le cas est grave et décisif.

Comme Elle recevra par le Canal du Ministre les Copies des toutes les Plaintes et représentations, dont les Etats et administrations des différentes Provinces Nous accablent sans interruption de toutes parts, je ne crois pas devoir en faire mention encore ici, mais me borner à finir ma Lettre par les assurances réitérées et très humbles de l'attachement aussi vif que respectueux et invariable avec lequel j'ai l'honneur de me jetter ici à ses pieds.

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