‹ Joseph, ou, Le vertueux ouvrier: ou le vertueux ouvrierChapitre 10 sur 74 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

comme aui plantes^ et que notre pauvre cœur sans lui serait nécessairement frappé de stérilité, nous devons donc prier surtout pour demander son secours.

— C'est vrai, dit Joseph, et je te remercie de m'y faire penser, d

Ces deux jeunes enfants étaient Tun pour l'autre comme deux frères. Depuis qu'ils avaient lu les détails de l'amitié si célèbre et si chrétienne de saint Bazile et de saint Grégoire de Nazîanze , ils avaient résolu d'imiter parfaitement ce beau modèle , et ils y réussirent. Cette amitié était aussi pure que vive , et personne n'en souffrait ; au contraire, Joseph et Arthur étaient aimés et en quelque sorte vénérés de leurs compagnons d'étude; et ce dernier ayant eu une maladie qui le conduisit aux portes du tombeau , ce fut comme une désolation dans l'école tout entière : on ne parlait que de lui ; on en demandait à chaque pas des nouvelles à Joseph, qui avait le privilège de pouvoir aborder journellement ce cher malade, et qui se faisait un bonheur de rapporter jiux autres les traits édifiants de la patience de son ami.

a Si vous le voyiez dans ce lit , disait Joseph, il a l'air d'un ange : vous ne sauriez croire avec quelle fermeté et quelle force il se raidit contre les douleurs atroces qu'il endure; le médecin lui-même en est tout étonné chaque fois qu'il le visite. Hier ce pauvre ami consolait sa mère , qui pleure presque continuellement dans la crainte de perdre celui qu'elle appelle son trésor. Il a eu, l'autre jour, deux ou trois heures de délire; hé bien , il ne parlait que du bon

Dieu et de notre école ; il t'a nommé , Frédéric

Oh ! prions tous le bon Dieu pour qu'il guérisse notre ami. D

Arthur se rétablit en effet au bout de quelques se-

maînes , et Joseph en fut aussi heureui que sMI eût échappé Jui-même à la mort.

Ce que Joseph était en classe^ il Tétait à régiise, dans les rues, chez lui, partout. On ne le voyait pas 6*arréter inutilement dans sa route, ni se livrer à des jeux trop prolongés , encore moins à des disputes . car il les avait en horreur. Dans les rues, il suivait exactement Tordre prescrit par ses maîtres , qui , comme on le sait, tracent eux-mêmes à leurs élèves la route qu'ils doivent suivre , en les distribuant en autant de groupes qu'ils ont de quartiers différents à parcourir, et les surveillent, pour ainsi dire encore, quand ils ne sont plus sous leurs yeux.

Joseph n'aurait pas fait un pas , n'aurait pas dit un mot en-dehors de Tobéissance, et quoique le silence ne fût point prescrit le long des rues , il évitait ce-' pendant les clameurs, les chants , la dissipation , qui impriment trop souvent à la physionomie des écoliers, lorsqu'ils sortent de classe, un air de vagabondage. Il se serait fait un grand reproche d'insulter en passant les vieillards ou les personnes contrefaites, qui sont ordinairement victimes de la malice des écoliers. Joseph se contentait de les plaindre, et si quelques-uns de ses amis les lui faisaient remarquer en s'en moquant, Joseph leur fermait la bouche par ces paroles : «Tu es bien heureux de n'en avoir pas autant ; mais qui t'a dit qu'un jour lu ne seras pas difforme toi-même ! Serais-tu bien aise alors qu'on se moquât de toi ? d

C'est surtout à l'église que la sagesse de noire vertueux écolier brillait du plus vif éclat. Les yeux attachés sur son livre ou sur l'autel , il lisait et priait sans s'occuper du bruit qui pouvait se faire au loin ou auprès. Le cher frère , il est vrai , se trouvait près de

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