‹ Joseph, ou, Le vertueux ouvrier: ou le vertueux ouvrierChapitre 9 sur 74 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

plus petit , et qui pousse l'homme à se rendre capable de servir un jour utilement sa patrie, sa famille, luimême. Loin de défendre cette émulation , elle la prêche , elle la recommande ; et c'est cette religion sainte, mon enfant , qui vous dit par ma bouche que vous seriez dès aujourd'hui coupable devant Dieu , si vous négligiez de prendre les moyens d'avancer dans la carrière que vous voulez parcourir. Oui , dès aujourd'hui votre paresse pourrait être criminelle si , en vous empêchant d'acquérir les connaissances premières qui sont le fondement de toutes les autres , elle vous empêchait de remplir plus tard les grands desseins que Dieu a peut-être sur vous. C'est quelque chose sans doute que d'être toute sa vie un bon manœuvre ; mais ce n'est pas assez pour ceux que Dieu appelait à devenir d'habiles entrepreneurs, des architectes distingués, et qui , en négligeant l'étude et le travail, ont végété toute leur vie dans l'obscurité et la misère , et n'ont été utiles ni à eux-mêmes ni aux autres.

D Si donc vous sentez au fond de votre âme le germe des talents qui peuvent vous faire avancer, ne l'étouffez pas par une coupable négligence; développez- le au contraire par l'étude et l'application , car vous aurez un jour à en rendre compte à Dieu.

D Apprenez de bonne heure, non-seulement à bien lire et à bien écrire, mais à bien posséder l'arithmé tique , la géométrie , la grammaire. J'ai connu des hommes à qui il n'a manqué que cela pour devenir quelque chose dans le monde. Ils avaient de l'expérience et de la bonne volonté ; ils avaient même des protecteurs, des amis dévoués qui auraient pu les servir et les pousser ; mais que peuvent les protecteurs les plus puissants pour ceux qui n'ont pas su se pro-

téger eux-mêmes en acquérant certaiues conuaissances indispensables que la bonne volonté etlabonne conduite même ne peuvent pas toujours remplacer.» Ces conseils, dictés par une haute sagesse , Joseph les recueillit et les grava en caractères ineffaçables dans son cœur.

Il était le modèle des écoliers de sa classe : docile à ses maîtres , comme il Pavait toujours été à sa mère, il ne voulait leur offrir dans sa vie que des roses : assez d'autres se chargent de faire pousser des épines sous leurs pieds.

a Vois-tu, Arthur, disait-il un jour à un de ses camarades avec qui il se promenait dans la campagne, vois-tu cette terre qu'on vient de labourer et d'ensemencer? quelque bon que soit le grain qu'on y a mis, quelque talent qu^ait eu le laboureur pour bien l'y mettre, si la terre maintenant ne le conserve pas, ne réchauffe pas et ne lui envoie pas des sucs nutritifs, tout sera perdu et on ne trouvera rien au temps de la moisson.

D Ainsi en est-il de nous Par rapport à nos études, nous avons des maîtres excellents et bien dévoués, tu le sais. Mais ils ont beau faire, si nous n'écoutons pas leurs leçons avec docilité, et si nous négligeons de les faire fructifier en nous , leur peine aura été inutile , et ils en auront la récompense sans que nous en ayons le profit.

— Tu oublies une chose, dit Arthur, dans la belle petite comparaison : c'est que pour échauffer, humecter et nourrir le grain qu'on lui a confié , cette terre a besoin de la rosée du ciel , et nous quel besoin n'avons-nous p9s aussi de la grâce divine ; pour féconder la parole de nos maîtres ? puisque c'est Dieu qui donne l'accroissement aux vertus , aux talents ,

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