CHAPITRE V
action. Il semblait toujours à Arthur qu'on allait découvrir cet argent sur lui , et quand il se déshabilla le soir pour se coucher, il mit en tremblant sous son chevet le petit vêtement od était renfermé le fatal dépôt.
Une longue insomnie, de l'agitation , des rêves affreux, voilà ce qui dut faire comprendre à Arthur que les fruits cueillis sur Tarbre défendu sont souvent bien amers , et portent avec eux une punition qui n'est que le prélude de celle que Dieu leur réserve pour plus tard.
Dans la soirée du dimanche, il se gorgea de bonbons, et comme il avait le cœur généreux, il en paya largement à ses amis. Parmi eux se trouvait un de ses petits cousins , qui fut extrêmement frappé de l'opulence d'Arthur et de ses largesses inaccoutumées ; et comme la vérité s'échappe facilement à cet âge , il ne put retenir sa langue, et parla le soir même, chez son oncle, des bonbons qu'il a?ait mangés. On se regarda; Arthur rougit , et , ne pouvant plus déguiser son larcin , il fondit en larmes , tomba à genoux les mains jointes , et demanda pardou.
Sa contrition était sincère , mais elle ne le sauva pas de la pénitence qui lui était due. La verge parut dans les mains du père , et deux ou trois coups appliqués quelque part, firent une impression assez vive sur la peau, mais plus profonde encore sur l'âme d'Arthur, qui comprit la laideur de sa faute , jura de n'y plus retomber, et devint dans la suite le meilleur enfant du monde.
Isidore, autre ami de Joseph, était à Arthur ce que la nuit est au jour. S'il y eût eu un prix de malice à gagner, cet écolier aurait certainement pu y prétendre. L'amour effréné du jeu l'avait rendu paresseux,
disputeur, voleur. Oo Fentendait d*uD bout de rue à Tautre crier, 8*agiter comme un petit démon, quand ses camarades ne voulaient pas lui rendre un liard qu'il croyait leur avoir gagné. Les cheveux ordinaire* ment en désordre, les habits sales et déchirés, une voix rauque et déjà puissante pour son âge , un œil de feu , et des mains qui semblaient toujours prêtes à tomber sur le bien d'autrui ou à montrer le poing pour se battre : voilà à quels signes on pouvait reconnaître Isidore sur une place publique.
L'école, il s'en souciait peu, et n'y arrivait jamais que le dernier, en traînant les pieds» où il était rare qu'on ne vît pas une savate à côté d'un soulier. C'était le type du désordre. On le surprit vingt fois, pen* dant les classes, échangeant des marbres, jouant avec des épingles, escamotant des plumes, dérangeant ses voisins et se permettant même d'insulter à ses maîtres par des gestes pleins de mépris , qu'il faisait avec adresse sans qu'ils pussent s'en apercevoir.
Isidore demeurait tout près de la maison de Joseph; c'était pour le pauvre enfant un bien mauvais voisinage ; mais il sut se préserver de la contagion, et il eut d'autant plus de mérite à cela, qu'Isidore était très-habile à persuader le mal aux autres. C'était une de ses jouissances; il battait des mains dès qu'il voyait deux de ses camarades aux prises, et il soufflait le feu ^ dans toutes les querelles. Mais Joseph sut résister à ses insinuations , et il avait toujours présente à l'esprit la parole de sa mère , qui ne cessait de lui dire : a Je t'en prie , mon ami , ne va pas avec Isidore, n
Robert ne valait guère mieux , quoique d'un genre tout différent. Esprit faux, dissimulé, jaloux, il se plaignait sans cesse de ses maîtres, et par malheur il avait des parents qui l'écoutaienL C'était toujours lui