CHAPITRE I
qui Jui eD reirenaidot à elle-même , que parce qu^elU y voyait pour Tavenir de son fils un moyen de persévérance. « Tant que mon iils m'aimera , disaitelle souvent, il écoutera volontiers mes paroles; et lors même que je n'aurai plus la force de lui imposer mes volontés comme des lois , il me restera toujours une puissance véritable sur son cœur , parce qu'il m'aimera et qu'il craindra de m'affliger en me désobéissant, d
Marguerite ne se trompait pas. Une mère sera toujours bien puissante, malgré la faiblesse de son sexe 7 si elle a su de bonne heure , en se rendant aimable à ses enfants, ajouter aui droits que lui donne la nature^ et qui finissent bien souvent par être méconnus , une espèce de droit de conquête sur leurs cœurs ; droit que les années ne lui feront pas perdre , car l'expérience prouve qu'une bonne mère devient de plus en plus chère à ses enfants à mesure qu'ils avancent en âge ; et le moyen d'acquérir cette influence si douce et si forte , n'est pas d'abandonner les enfants à leurs caprices et de tolérer lâc^iement leurs défauts ; mais il consiste à les reprendre avec bonté , à ne point se livrer aux emportements de la colère en les punissant, à leur montrer toujours une grande bienveillance , à se donner beaucoup de peine pour eux y et à leur laisser voir qu'on la prend avec plaisir à cause de la tendre affection qu'on Uur porte. Ce sont là les précieuses chaînes qui rattachent un enfant à sa mère et le mettent pour jamais dans un doux esclavage , dont il eat rare que Ton soit tenté de s'affranchir.
Ce beau sentiment de l'amour filial n'occupait pourtant pas la première place dans le cœur de Joseph , et s'il avait tant d'affection et de dévouement
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pour sa mère , c'est qu'il aimait bien plue encore le bon Dieu, el qu'il aurait craint de lui déplaire et de provoquer ses malédictions en négligeant ce qua* trième commandement, auquel le Seigneur attache éfidemment une importance toute particulière.
Marguerite, qui savait au milieu de quel monde son fils serait un jour appelé à vivre , s'appliquait à élever aussi haut que possible le principal rempart qui devait le protéger contre les attaques de tout genre, auxquelles un jeune homme vertueux est nécessairement exposé ; ce rempart , c'est la crainte de Dieu , Pesprit de religion, la foi vive et éclairée* c Je tiens encore plus, disait Marguerite , à la foi de mon enfant qu'à son innocence, parce que je suis persuadée que son innocence ne peut tenir que par sa foi. »
Cette excellente mère ne se serait pas contentée d'apprendre à son fils quelques mots de catéchisme qu'il eût répété à la façon des perroquets ; elle voulait que Joseph comprit ce que Dieu est pour nous , et qu'il ne pût jamais raisonnablement douter de l'existence de ce souverain Maître. Ainsi Joseph savait comme les autres enfants que c'était Dieu qui l'avait créé et mis au monde; mais il savait mieui que beaucoup d'autres que notre existence aussi bien que celle de toutes les créatures suppose nécessairement l'existence de ce premier Etre , puisque nous n'avons pu recevoir la nôtre que de lui. Aussi un de ses camarades, à qui il parlait un jour de Dieu, lui ayant dit avec un air de mépris : a Âb ! Dieu ! Dieu ! c'était bon autrefois ça» mais aujourd'hui on sait bien qu'il n'y en a pas. — Tieos! répartit Joseph, et dis-moi donc, je te prie, d'où est venue cette poule qui passe là dans la rue?
CHAFITRB I d
-^ Belle demande, elle ?ieiït d*itn ouf.
-i- El cel œuf doù vieût-il?
— D'une poule.
— El cette poule?
— D'un œuf.
— Et cet œuf?
-^ Mais irons-nous loin comme cela? dit Tautre.
-— Tant que tu voudras , reprit Joseph ; ce qu*il y ft de certain c'est que nous arriverons enfin à un CBuf qui rie sera point venu d'une poule, ou à une poule qm ne sera pas venue d'un œuf , mats qui aura été créée par un Etre tout-puissant, car il est impossible qu'on œuf ou une poule se soient faits eux»roéroes« »
€e serait peu néanmoins de savoir que Dieu existe et qu'il doit nécessairement exister, si on ne se mettait jamais en irapport avec lui. et qu'on le traitât comme un Dieu de bois ou de paille, comme un vain fantôme de divinité. Aussi Marguerite en parlait-elle souvent à son fils ; et pour graver plus facilement dans ce petit cœur la pensée de €elui qui devait en posséder les principales affections, elle avait imaginé une courte sentence qu'elle répétait presque tous les jours à Joseph : a Mon enfant, lui disait-elle, Dieu nous regarde et nous garde: puisqu'il nous regarde, nous devons être toujours bons et sages sous ses yeux , et puisqu'il nous garde > nous devons être pleins de confiance et ne pas craindre trop les dangers qui pourraient nous menacer, car le bon Dieu est toujours avec nous et pour nous. »
Cette parole si utile n'échappa jamais au vertueux Joseph ; il aimait dans sa vieillesse à la répéter encore. Ce fut la dernière qu'il prononça pour s'encourager à mourir, et i ne pas trop craindre eu mettant le pied sur le seuil de l'éternité.
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Chaque fois que cet enfant chéri recevait quelquesunes de ces petites faveurs dont on ainoe à gratiûer Je jeune âge» un cadeau, un service, un bienfait quelconque, Marguerite le lui faisait toujours remarquer comme une attention de la Providence divine pour lui, accoutumant ainsi son cœur à la reconnaissance , et elle disait à ceui qui s'étonnaient de cette conduite : a L'expérience m'a appris que rien ne touche davantage le cœur d'un homme dans le cours de sa vie que le souvenir des anciennes bontés de Dieu; il n*en faut quelquefois pas davantage pour le rattacher à la religion ou Ty ramener. Je crois donc rendre un grand service à mon fils, en lui faisant remarquer exactement tous les anneaux de cette chaîne de grâces qui se rattache à son berceau , et qui se prolongera sans doute jusqu'à la fin de sa vie. »
Joseph avait si bien profité des leçons de sa mère qu'il était souvent le premier à apercevoir les dons de Dieu , et jamais il ne manquait de l'en remercier.
On comprend que la légèreté naturelle à l'enfance devait entraîner quelquefois Joseph dans les fautes si ordinaires à cet âge. Sa mère , qui les pardonnait quelquefois , les punissait cependant et même avec sévérité dans les circonstances où elle croyait devoir le faire ; mais ce châtiment, quoique donné à propos, ne lui paraissait pourtant pas suffisant , et ne l'aurait point rassurée sur l'avenir de son fils si elle ne l'avait amené jusqu'à détester ses fautes et à les désapprouver lui-même.
Elle avait raison ; l'enfant qui ne voit que la punition , qui ne craint pas autre chose , fera difficilement un bon sujet; son unique étude,. maintenant et plus tard , sera d'échapper avec adresse aux châtiments , et il se permettra toujours le mal en secret,
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tant qu'il ne verra pas dans ce mal quelque chose d*odieui, de détestable; quelque chose qui appelle la vengeance de Dieu et qui n'y échappera pas.
Marguerite ne pouvait pas avoir l'œil toujours sur son tils , ni le retenir auprès d'elle aussi facilement que si c'eût été une petite 611e. Joseph aimait autant à s'amuser qu'à travailler; il excellait dans les jeux de son âge ; il courait beaucoup , quelquefois même un peu trop. Sa mère n'était pas fâchée de lui voir prendre avec ardeur et vivacité les exercices nécessaires au développement des forces du corps ; mais elle l'avertissait souvent de ne pas choisir pour compagnons de ses jeux des enfants capables de lui donner de mauvais conseils ou des exemples pernicieux. Les compagnies dangereuses étaient ce qu'elle redoutait le plus pour son fils , et c'est ce qui en effet est toujours la source des plus grands maux.
On lui disait bien quelquefois que ses craintes étaient exagérées ; qu'elle s'alarmait à tort. Mais Marguerite n'çn continuait pas moins à veiller de près sur son fils , et elle disait : a J'ai vu quelquefois des jardiniers soigner avec des précautions infinies une fleur qui n'avait pas pour huit jours d'existence , trembler t]uand quelqu'un en approchait, et crier à tout moment : N'y touchez pas! n'y touchez pas !... Mais mon fils, c'est ma fleur à moi ; fleur délicieuse et dont j'attends les plus doux fruits. Qu'on ne s'étonne donc pas des précautions dont je l'environne ; les enfants vicieux et corrompus sont maintenant plus à craindre pour Joseph que toute autre chose. J^ai surpris tant de fois des mystères d'iniquité dans de tous petits enfants sur lesquels on ne veillait pas assez ! Hélas ! jusque sous le toit paternel , les frères peuvent devenir un écueii pour leurs frères ou pour
leurs sœurs quand les pareots cessent de les surveiller attentivement; à plus forte raidon , lorsqu'il s'agit d'amis ou d'étrangers doit-on redoubler de vigilance sur son enfant, et prier au moins le bon Dieu pour lui quand on ne peut pas être avec lui. »
Joseph aimait bien à faire la volonté de sa maman ; mais quelquefois il préférait la sienne propre. Marguerite ne lui laissait jamais en pareils cas les honneurs du triomphe. Quand l'enfant refusait d'obéir, sa mère lui disait d'un ton ferme, mais sans impatience ni colère : a Joseph, tu ne veux pas m'obéir; eh bien l comme il est de mon devoir de punir ta désobéissance , je te promets que quand tu me demanderas quelque chose qui te fera grand plaisir je te le refuserai , et tu seras fâché alors de ce que tu fais aujourd'hui. »
F^a première fois , Joseph s'imagina que sa mère oublierait bien vite cette menace ; mais pas du tout , elle s'en -souvint , et elle eut la force d'y tenir. Il se passait quelquefois huit jours, ou plus, entre la faute et la punition; et quand Joseph , apercevant tout-àcoup dans les mains d'un de ses amis quelque nouvel instrument de plaisir, courait à sa mère lui demander deux ou trois petits sous pour en acheter un pareil , Marguerite lui disait froidement: a Je te les donnerais volontiers, mon fils: mais il y a huit jours, quinze jours , je t'ai commandé telle et telle chose , tu as refusé de Je faire ; je t'en punis aujourd'hui en refusant ce que tu me demandes. »
Avec cette excellente méthode, Marguerite n'eut jamais besoin de frapper son fils pour k châtier, et pourtant elle lui tit si bien plier sa volonté, qu'il semblait n'en avoir plus d'autre que celle de sa mère. Etait-il en compagnie ? Marguerite lui faisait faire tout ce