CHAPITRE Vil
» Ainsi t Joseph , la Providence pendant notre vie ne nous épargne pas lei; coups de marteaux , c'est-àdire les tribulations et les peines, à ceux surtout d'entre nous qu'elle destine à occuper dans le ciel les places les plus distinguées. Ne murmurons donc point quand la main de cet adorable Ouvrier nous taille et nous façonne au moyen des épreuves dont il sème ici-bas notre carrière.
o J'ai remarqué que les Pères de l'Eglise , et en particulier saint Augustin, n'étaient jamais plus éloquents que quand ils développaient aux fidèles cette pensée si consolante, que vous n'oublierez pas, mon enfant, et qui pourra vous consoler au besoin.
» Je n'ignore pas que la profession que vous allez embrasser a, comme toutes lés autres, son côté faible, ses épines ; mais il y a un remède au mal , et la Religion ne manquera pas de vous le présenter.
» Je sais que par votre état vous serez plus que d'autres exposé aux intempéries des saisons; qu'il vous faudra quelquefois essuyer la pluie, la brume, les frimas, et qu'en bâtissant des maisons pour d'autres, vous serez vous-même à découvert, tantôt au milieu d'un atmosphère glacial , tantôt exposé pendant des journées entières aux rayons d'un soleil dévorant, lorsque vous aurez à blanchir ou à ravaler une façade qui en recevra d'aplomb tous les feux ; mais , mon cher Joseph, n'étes-vous pas du nombre de ceux qui doivent manger leur pain à la sueur de leur front? n'avez-vous pas des fautes à expier, une pénitence à faire, une croix à porter, un ciel à gagner? Et la pénitence d'un ouvrier ne consiste-t-elle pas , aux deux tiers et demi, dans les travaux rigoureux que la Providence lui impose? Il ne s'agit que de les supporter en vrai chrétien.
» Je sais également qu'obligé par état de monter jusqu'au sommet des édifices les plus élevés , vous verrez plus d'une fois vos jours en péril ; mais la crainte d'un accident vous rappellera , dans ces circonstances , la pensée si utile de la mort , et cela ne pourra que vous être avantageux. Vous sentirez que la prudence , la sagesse , la tempérance « sont particulièrement nécessaires aux hommes dont la vie est plus exposée que celle des autres, et vous vous efforcerez d'acquérir ces belles et importantes vertus. »
Joseph remercia son pasteur des excellentes choses qu'il venait de lui dire , et il sut les mettre à profit dès lors et plus tard. Sa mère avait fait choix pour lui d'un bon maître , et le jeune homme s'en montra digne par son application au travail et son intelligence dans l'étude des règles de son art.
Il s'occupait du matin au soir sans perdre une minute , et en venant chez lui prendre ses repas , que Marguerite avait soin de tenir prêts à l'heure voulue, il ne s'amusait point de côté et d'autre ; il ne passait jamais loin du chantier que le temps rigoureusement nécessaire.
Ce n'était pas seulement à son maître que Joseph obéissait; il pe montrs^it docile à la voix des ouvriers plus âgés et plus instruits que lui , et paraissait toujours disposé à leur rendre service et à écouter leurs observations ; aussi était-il aimé de tous ses compagnons , qui le regardaient à juste titre comme un bon enfant.
Quand Joseph avait soupe et terminé, le soir, tous ses petits travaux , il s'occupait à lire de bons livres , et pour faire plaisir à sa mère , il lisait tout haut , pendant qu'elle travaillait à côté de lui. C'était pour Joseph une double jouissance que d'amuser sa mère