‹ Joseph, ou, Le vertueux ouvrier: ou le vertueux ouvrierChapitre 23 sur 74 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

en s'instruîsant par des lectures utiles. Ou ne saurait dire combien les soirées d'biver lui étaient précieuses sous ce rapport , et le profit qu'il en tirait.

Il y avait dans sa paroisse une petite bibliothèque gratuite, fondée par le curé et soutenue par le simple produit d'une quête faite annuellement dans Téglise à un jour marqué. Pauvres et riches y contribuaient , et les livres , se multipliant d'année en année , la bibliothèque put bientôt suffire à tous les besoins de la classe ouvrière de cette paroisse. C'était en général des livres d'histoire , car il s'agissait de procurer à ces jeunes intelligences un délassement réel , mais en même temps utile. Joseph les lisait avec le plus vif intérêt, sans néanmoins y passer trop de temps , car il avait besoin de se reposer la nuit, et ses lectures, quelque agréables qu'il les pût trouver, se terminaient toujours vers dix heures.

a Je ne sais pas quel plaisir tu peux prendre , lui disait un de ses camarades, à lire des ouvrages si simples et qui ne doivent avoir d'intérêt que pour des enfants ; j'aurais honte , à quinze ans , de tenir ces brimborions dans mes mains.

— Pas moi , dit Joseph ; je les trouve très-agréables , précisément parce qu'ils sont petits. Quand je lis pour étudier^ j'en choisis de gros , si je crois y trouver plus de science qu'ailleurs ; mais quand je ne cherche qu'à me délasser et à m'amuser, j'aime beaucoup mes petits volumes. Là tout est clair, rapide , naturel : on sait d'où l'on vient et où l'on va. L'esprit ne se fatigue point, le cœur se remplit de bons sentiments , la morale est toujours pure ; tandis que tes grands romans , qui n'en finissent jamais et qui entassent et entremêlent les choses les plus bizarres et souvent les plus dangereuses , me cassent

la tète et m'ennuient. Encore heureux quand ils ne sont que fatigants; mais je ne sais ce qu'ils valent sous le rapport de la moralité. Si Ton y trouve çà et là deux ou trois bonnes paroles, elles sont noyées parmi des exemples si mauvais et des détails si obscènes , que c'est vraiment les acheter trop cher que de se les procurer à ce prix. Je n'irai jamais me jeter dans un gros buisson d'épines pour cueillir une petite rose sauvage , pendant que j'en ai dans mon jardin qui sont beaucoup plus belles et que l'on peut prendre avec la main sans craindre de se blesser.

Ne sais-je pas que tous les romans ne cherchent qu'à effacer la honte qui doit couvrir le vice et à le peindre des plus belles couleurs , pendant qu'ils ont soin de rendre la vertu moins attrayante en l'affublant de ridicule ou en mettant toujours le malheur à ses trousses ?

9 Puis-je ignorer que quelques-uns de ces dangereux écrivains vont encore plus loin et qu'ils cherchent à prouver, dans leur prétendue peinture de mœurs , qu'il n'y a pas un seul être vertueux dans le monde; que la vertu n'est qu'un nom ; que l'entraînement des passions les plus dégradantes est une condition de l'existence humaine , et qu'il n'est pas pos* sible de résister à cette inévitable fatalité?

ii Et puis, pour achever de me mettre bien avec eux, n'ai-je pas découvert qu'ils poussent aujourd'hui la fourberie jusqu'à donner de faux titres à quelquesuns de leurs ouvrages , et qu'ils nous amènent ainsi des loups cachés sous une peau de brebis? Je ne suis pas encore revenu de l'indignation que j'en ai éprouvée l'autre jour.

» Robert m'avait prêté un ouvrage qu'il n'avait pas lu , et dont le^ titre promettait de beaux préceptes de

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