‹ Joseph, ou, Le vertueux ouvrier: ou le vertueux ouvrierChapitre 31 sur 74 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

un enfoDt , et cette mère si courageate qui va le lui disputer? Ah! je n^aurais pas moti» de courage qu'elle , sois-eo sûr, et si je venais jamais à apprendre que le lion inferaal t'aurait saisi quelque part , j*y volerais, et il n'aurait pas le dessus.

D Mais je f afflige , mon enfant , par toutes ces sup* positions et ces craintes e)[agérées, quMl faut bien pardonner à un cœur de mère. Non , tout cela n'est qu'un rêve ; tu es bon losepb , et tu demeureras bon avec le secours du Ciel. Tu sais par expérience, mon enfant , tout ce qu'on gagne à être vertueux : le Ciel d'abord , car une piété constante nous en assure la possession , et puis cette paix du cœur qui ne se trouve point dans les jouissances criminelies et qui conserve a<u corps sa vigueur, pendant que le vice altère et rifintf^es plus fortes constitutions.

» Que dirai*je encore? Un jeune homme sage et reconnu pour tel obtient l'estime et la considération publi<|ue , ce qui est une fortune , Joseph , et la plus solide de toutes. Ohl combien de jeunes gène en se rendant méprisables se sont rendus malheureux ! Le monde a beau être vicieux lui-même, il n'estime encore et n'estimerayamais que la vertu , et il se trouve comme forcé de lui donner tôt ou tard la préférence.

D Oh ! sois donc toujours sage , Joseph , pour con*^ ' server ton âme , ton corps , ta santé , ton avenir, et aussi pour conserver ta pauvre mère ; car le jour où j'apprendrais que tu aurais perdu ton innocence et que tu serais devenu un libertin , tout serait fini pour moi sur la terre; le chagrin me tuerait en peu d'ins*tants , et tu aurais conduit ta mère au tombeau, d

Joseph n'y tenait plus ; son cœur était gros de soupirs , et il étouffait sous le poids de ses remords. U se jette à terre , se roule dans la poussière, pleure à

chaudes larmes et ne peut trouver dans sa bouche que ces paroles désolantes : a Je serai donc le bourreau de ma mèrel.... »

Mais voilà que tout-à-coup il se passe dans Tâme de ce pauvre jeune homme quelque chose de merveilleux. Joseph , égaré , perdu , vient de se retrouver lui-même. La grâce a porté un coup puissant ; son cœur ne résiste pas cette fois. Après un moment de silence, il se relève tout-à-coup. Les mouvements convulsifs qui Fagitaient ont cessé. Son visage est plus calme ; ses yeux , encore baignés de larmes » sont pleins d^espérance et presque de bonheur.

tt Mon Dieu, dit-il d^une voix attendrie, je vous demande pardon de n avoir pas fait pour Tamour de vous , ce que je vais faire pour ma mère; mais, au fond , c'est vous qui remportez la victoire , car si ma mère a écrit cette lettre , c'est bien vous, mon Dieu, qui la lui avez dictée. Non , non , le fils de Marguerite ne sera pas plus long-temps indigne de sa bonne mère. Je sens tout ce qu'il y a eu de déréglé dans ma conduite , tout ce qu'il y a d'affreux dans mon état ; mais, mon Dieu, tout n'est pas perdu. L'édifice tombe en ruine, mais les fondements tiennent encore. La foi est dans mon cœur, et là-dessus on peut toujours bâtir avec facilité. Oui, mon Dieu, je redeviendrai bon avec le secours de votre grâce et l'appui de ma mère. C'en est fait , je me lève comme l'enfant prodigue, et je viens à vous.... d

Joseph, appuyant alors sa tête sur ses mains, pleura et se soulagea ; ses larmes étaient plus douces dans ce moment.

Mais quel parti prendre pour échapper aux perfides amis qui ont juré sa perte ? Il n'y en a pas deux ; il faut fuir. Joseph n'a rien qui le retienne; quoique li-

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