CHAPITRE H
Comment Joseph se comportait à l'égard de ses parents.
Si Marguerite tenaît & ce que chaque chose fût i sa place et parfaitement arrangée dans sa petite demeure , elle tenait bien plus encore à ce que tout fût réglé et en ordre dans Je cœur de son enfhnt. Chaque affection, commandée par la nature, y tenait sa place au rang voulu. Ainsi , après sa mère, Joseph n'aimait rien tant que sa bonne grand-maman, la seule que le Ciel lui eût conservée ; puis »e8 oncles ,'se8 tantes et toute leur petite famille , qui était aussi la sienne.
Marguerite avait grand soin de ne parler d'eux à son fils, que d'une manière propre à entretenir les Sentiments de respect et d'amour qu'il leur avait voués. £lle avait quelquefois à s'en plaindre , mais elle ne s'en plaignait jamais à Joseph , dans la crainte de lui donner des impressions fâcheuses et difficiles à détruire.
Elle voulait qu'il fût exact à leur rendre les visites qu'exigeaient les convenances ou les rapports d'intimité.
Quoiqu'elle fût presque seule chargée de nourrir sa belle-mère, Marguerite ne trouvait pas trop longue la vie de cette bonne vieille, et ne disait pas une parole à son fils qui pût lui faire croire que ce fardeau pesait trop à ses épaules. Aussi un de ses yoisins» vieil-
igitizedbyOoOgle
18 J08SPH
lard de plus de qoatre-TiDgts ans , étant un jour maltraité par ses enfants, et Tun d'eux , dans un accès de colère , lui ayant dit ces abominables paroles : c Oh ! vieux dure-trop-long-temps M.», si tu étais donc cent pieds sous terre !... a Joseph , qui les entendit , demeura pétrifié comme si la foudre eût tombé à ses pieds. Il se jeta tout en larmes dans le sein de sa mère , protestant qu*il aimerait mieux mourir mille fois que de penser seulement une pareille chose de sa mère ou de sa grand'maman.
Cependant cette vieille femme , respectable par son âge et ses vertus , avait un caractère extrêmement difficile et aigri par de longues infirmités , ce qui n'était pas de nature à flatter beaucoup un enfant. Maia Joseph se rendait si aimable auprès de sa grand'mère, que cette pauvre femme devenait aimable , elle aussi^ quand il était là. Ce qui lui plaisait surtout dans son petit-fils» c'est qu'il ne faisait jamais de bruit auprès d'elle. Partout ailleurs Joseph se gênait beaucoup moins , et se livrait de plein cœur aux plaisirs les plus bruyants; mais dès qu'il entrait chez sa vieille maman, il adoucissait les éclats de sa voix, donnait à ses gestes moins de vivacité , et tout en lui semblait faire silence , même le bruit de ses pas.
Il avait à peine quatre ou cinq ans , qu'il était déjà capable de ces attentions , pour lesquelles sa grand'-* mère avait une véritable reconnaissance , ce qui lui faisait aimer ce petit-fils à la folie.
Ses cousins le chérissaient aussi beaucoup » et Marguerite en était charmée. Destinés probablement à passer leur vie les uns auprès des autres et dans de continuelles relations» elle aimait à les voir préluder ,
* On noua pardonnera ce mot; nous ne l'avons malheureusement pas inventé.