‹ Joseph, ou, Le vertueux ouvrier: ou le vertueux ouvrierChapitre 5 sur 74 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

par leur entente cordiale au milieu des jeux^ à cette union de sentiments et de pensées qu'ils devaient porter plus tard dans les graves affaires de la vie.

Cette amitié franche et sincère ne laissait guère de place entre eux à la jalousie » passion fatale qui sème trop souvent la division , même parmi les frères , et à laquelle il est si difficile d'échapper entièrement ! Joseph était assez heureux pour n'en pas avoir dans le cœur le plus petit germe, et Marguerite eut le talent de lui inspirer la plus grande horreur de ce vice, sans lui en faire naître l'idée. Elle l'obligeait à se rendre heureux du bonheur de ses petits parents comme du sien propre , et à remercier Dieu pour eux quand ils avaient reçu quelques grâces signalées. Son cœur et sa bourse étaient toujours à leur disposition «^ mais il ne leur donnait jamais rien de considérable sans en avoir demandé permission à sa bonne maman.

Joseph aimait beaucoup à rendre service aux autres, et sa mère prenait les plus grands soins pour entretenir en lui cette bonne disposition. Elle était heureuse de penser que son lils ne serait pas de ce& hommes qui comptent toujours avec le prochain ; qui ne veulent faire absolument que ce qu'ils doivent et riep de plus; qui ne lèveraient pas de terre un brin de paille quand un autre qu'eux a été chargé de balayer la place , et qui finiraient peut-être par laisser noyer un homme en disant , comme Gain, qu'ils n^ont pas reçu l'ordre de veiller sur lui ni de le tirer de l'eau. Joseph ne savait qu'une chose, c'est qu'il faut rendre service aux autres quand on le peut, et les traiter comme nous voudrions être traités nousnaêmes si nous nous trouvions à leur place K Cette règle évangélique fut toujours la sienne.

» Tgb. IV. 16. Luc. VI. 31.

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loseph ayait un oncle dont le cœur était bon » maïs dont le caractère , violent et emporté , causa dans la famille une de ces divisions si déplorables , qui durent quelqoerois de longues années et ne se terminent pas toujours aussi bien cj^ue celle-ci.

A la mort de son mari , Marguerite avait été obligée de prendre , par rapport à ce beau-frère , des mesures qui blessèrent sa soseeplibitité. Il s'en-* porta violemment, et jura de ne plus voir sa bellesœur et de ne jamais lui pardonner.

Notre petit Joseph , quoique bien jeune encore , comprit qu'il ne devait point épouser cette querelle, Il pleura, en voyant pleurer sa mère, et lui demanda la permission de continuer à visiter son oncle , ce qui était tout-à-fait dans les idées de Marguerite. Un motif de religion poussait déjà cet enfant à agir de la sorte. Il avait entendu dire souvent à sa mère quMI faut savoir pardonner et rendre le bien pour le mal. L'occasion était trop favorable pour n*en pas profiter. Son oncle le recevait assez bien , et peut-être mémo eut-il plus d'une fois, en le voyant, Tidéede se rapprocher de Marguerite ; mais il n'avait pas encore le courage de faire cette démarche » si difficile quand la nature toute seu!e la réclame , si douce et si aisée quand c^est la religion qui y porte! Il se passa donc encore bien des années avant que la réconciliatioa ne s'opérât ; mais on peut croire que la belle conduite de Joseph ne contribua pas peu à amener ce précieux résultat.

Un jour que Marguerite était seule et bien éloignée de penser à ce que le Ciel lui préparait en ce moment, Ambroise (c'était le nom du beau- frère) se présente chez elle , accompagné du plus jeune de ses enfants.

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Mai^uérite, itonuée, se lève» fait quelques pas ea avaot et voit son beau-frère s'avaoeer vers elle avec un visage calme et gracieux :

c Ernest , dit^il à son fils , embrasse ta tante. »

Et Marguerite se penche aussitôt pour recevoir la baiser de J'enfant. Mais quelle fut sa surprise et sa joie , lorsqu'en se relevant elle vit Ambroise s'ap-proclier pour Tembrasser aussi.

Etait-ce un rêve ou une réalité? Marguerite était 81 heureuse qu'elle n*osait croire à ce bonheur.

a Je viens , dit Ambroise en s*asseyant , vous demander un service.

•—Mille plutôt, dit Marguerite. »

Ce service n*était au fond qu'un prétexte , et la véritable raison de cette démarche était le besoin qu'éprouvait Ambroise de mettre enfin son cœur à Taise , et d'éteindre une inimitié dont il ne pouvait plus porter le fardeau.

Joseph , en rentrant , fut témoin de la joie de sa mère , et la partagea bien sincèrement. Il bénit Dieu de cette réconciliation. Mais ce qui le charma mille fois'plus encore et lui parut une espèce de prodige, c'est que jamais depuis il ne fut question du passé entre Marguerite et Ambroise ; c'était Tunique moyen de rendre solide et durable ce rapprochement si précieux. Un seul mot d'explication eût peut-être tout dérangé , tout détruit. Ce mot heureusement ne fut jamais prononcé. On agit et on se parla comme si de mémoire d'homme il n'y eut pas eu une ombre de mésintelligence dans la famille. Joseph eut la consolation devoir sa mère au chevet d'Ambroise, lui prodiguer nuit et jour, dans plusieurs maladies graves qu'il fit, les soins les plus touchants et les plus empressés. Ambroise , de son côté , la payait par

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mille attentions et par des services rendus dans une foule de circonstances. Cette conduite si belle et malheureusement trop rare en pareille occasion , con* Iribua à leur bonheur mutuel et à celui de toute la famille , qui comprit , elle aussi , la beauté de ce silence et sut rimiter.

Les liens du sang n'étaient pas les seuls que Joseph , dans son enfance , eût appris à respecter. Sa mère lui avait inspiré une profonde vénération pour ceux qui lui servaient de pères, et à qui la religion ou les lois civiles avaient donné sur lui une autorité qu'on ne doit pas regarder comme une simple fiction. Son parrain et sou tuteur trouvèrent toujours en lui un enfant soumis ^ reconnaissant et dévoué. Il les visitait souvent , les consultait au besoin , n'en parlait jamais que dans les termes les plus respectueux , et semblait vouloir , par les égards dont il les environnait, se dédommager de ce qu'il ne pouvait plus faire pour un père, trop tôt ravi à sa tendresse.

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