‹ Joseph, ou, Le vertueux ouvrier: ou le vertueux ouvrierChapitre 41 sur 74 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

de faire , Jt\ auqueJ le bon Dieu ]*avait presque miracaleuseofieot arraché. Marguerite Tembrassa une fois de pJus , et ce fut surtout alors qu'elle comprit toute la puissance qu'exerce sur le cœur de ses enfants, une n)ère qui a su s'en faire aimer.

Joseph revit tous ses amis; il en fut accueilli comfne il devait Têtre. Arthur n'avait point attendu sa visite , il était accouru le premier C'était plutét un frère qu'un ami.

Donne-moi bien vile des nouvelles de nos cama^ rades , dit Joseph après l'avoir embrassé : Robert?

— Mort.

— Comment mort ! il aurait vendu de la santé à tout un réf^imeot , et il promettait de devenir fort comme un Hercule.

— Mon ami , Robert n'a pas su se conserver ; tu sais qu'il avait un oncle fort riche, qui le protégeait et qui lui faisait faire ses classes ici ? Eb bien ! cet oncle Ta envoyé à Paris pour étudier la médecine. Robert n'a ùit que s'amuser ; il a eu le sort de Teii-* fant prodigue, mais non pas son retour. Après avoir vécu deux ou trois ans dans la débauche , et avoir épuisé par mille excès sa bourse et sa santé , il est arrivé ici à moitié consumé par le mal , et trois moi« après nous le mettions en terre.

— Ob le malheureux ! dii Joseph. £t Fabien?

— Mort.

— Pas possible !

— Si, vraiment, et d'une manière bien triste même.

— Tu sais comme il était impie dans son enfance; Ëb bien ! le misérable, en grandissant, l'était devenu plus encore. L'ombre même d'une église lui aurait fait peur; et quand on lui parlait des prêtres, il se

mettait en colère. A ses yeux , la vie n'était qu'un Jeu , la vertu qu'un nom , Pimmortalité qu'une chimère; et pourvu qu'il se procurât de l'argent , n'importe de quelle manière , il était content.

» Ses parents le destinaient au commerce. II entra comme garçon dans un riche magasin. Dieu seul peut savoir ce qu'il y fit pendant dix mois ; mais au bout de ce temps-là , il se rendit coupable d'un vol de confiance tellement aOreux , que toute la ville , qui en eut connaissance , en fut indignée. Fabien n'était pas assez fort pour supporter son infamie , ni assez courageux pour chercher à s'en laver. Il ne trouva dans son âme toute païenne que le désespoir et la mort. Un matin il se fit sauter la cervelle.

— Je frémis , dit Joseph , et n'ose plus rien te demander. Sont-ils donc tous morts?

— Non , reprit Arthur; mais il y en a pourtant encore un qui manquera à l'appel ; c'est Adolphe. Il n'y a pas huit jours que nous l'avons conduit au cimetière. Figure-toi que ce pauvre jeune homme s'est laissé aller au vin dès Tâge de quinze ans. Quand il n'était pas au chantier, on était sûr de le trouver au cabaret. Si encore il n'eût fait que s'y rafraîchir! mais il s'y gorgeait de vin , et, par malheur, on ne savait pas lui en refuser quand il l'aurait fallu.

» A force de s'enivrer il était devenu tout hébôté, et j'ai cru pendant un moment qu'il perdait toul-àfait la têle. C'était pourtant bien dommage , car il était adroit comme une fée , et il n'y avait personne pour travailler mieux que lui quand il avait son bon sens. On voulait le marier avec une excellente petite fille qui aurait commencé sa fortune et fait sou bonheur; il avait en main , comme on dit , la plus belle boule. Eh bien ! mon ami, tout cela est perdu. On

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