‹ Joseph, ou, Le vertueux ouvrier: ou le vertueux ouvrierChapitre 42 sur 74 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Ta tiré, jeudi dernier, du fond de la mière, où le vin l'avait précipité.

— Ah ! mon Dieu , que de nnisères ! Enfin , quand il n'y aurait à être sage d'autre profit que de se bien porter et de conserver les avantages qu'on a dans ce monde , ce serait déjà quelque chose qui devrait rendre la sagesse bien précieuse aui jeunes gens. Mais enfin n'auras-tu pas quelques nouvelles plus agréables à m'apprendre ?

— Si , vraiment: tu te souviens d'Isidore?

— Crois-lu?

— Eh bien ! mon ami , il n'est plus reconnaissable; bon comme un ange aujourd'hui , et le meilleur des ouvriers qu'on puisse trouver. Ah ! j'ai quelquefois entendu dire qu'on ne pouvait pas se corriger malgré tous ses efforts , et que quapd on était porté à la malice, c'était une fatalité , il fallait être méchant. Je t'assure qu'Isidore a donné un fameux démenti à cette maxime.

II faut avouer qu'il a eu bien de la peine à triompher de ses mauvaises inclinations ; mais il n'en a que plus de mérite et n'en aura que plus de gloire. Non-seulement il est sage et réglé , mais il est bon chrétien ^ et depuis qu'il pratique la religion il n'a pas bronché une seule fois. On lui en a pourtant bien fait de toutes les façons ; mais il a «upporlé tout avec courage , et il a même fini par fermer la bouche à ceux qui l'insultaient ou qui se moquaient de lui.

» Dans l'atelier où il travaille , les ouvriers s'entretenaient un jour de choses impures; et, comme on lui demanda ce qu'il en pensait, il fit connaître que tout cela lui paraissait trop vil et trop bas pour qu'un homme qui se respecte pût prendre plaisir à en entendre parler.

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» Il se ftt une explosion de rires , et on le traita de fanatique et de dévot.

» Se tournant alors vers les douze ou treize ouvrier» qui fentouraient , Isidore leur demanda ce qu'ils entendaient par le mot dévot ; mais n'ayant eu aucune réponse , il leur dit : a Eh bien ! je vais vous rapprendre, moi. Dévot signifie dévoué à quelqu'un, et rien n'est plus beau que le dévouement. Un bon soldat se dévoue pour son prince et en est ebéri ; et moi je me dévoue au Prince des princes et au Roi des rois ;• nous verrons si j'y perdrai. »

» Isidore se remit alors au travail , et personne n'osa plus rien lui dire.

— Bien , bien ! fit Joseph en battant des mains ; et avec tout cela , Isidore comment se porte* t-il ?

— Parfaitement.

— A la bonne heure ; en voilà un à qui nous pourrons serrer la main avec une joie pleine et entière. »

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