‹ Joseph, ou, Le vertueux ouvrier: ou le vertueux ouvrierChapitre 43 sur 74 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Un beau modèle.

Joseph n'était pas encore rendu au pays , que déjà î) y était embauché. Un entrepreneur, qui connaissait son mérite et qui voulait se l'atta<îher, avait promis à Marguerite que son (ils ne manquerait pas d'ouvrage , et Tavaif assurée d'avance de sa bienveillante protection.

En effet, dès que Joseph eut donné quelques jours au repos dont il avait besoin et aux exigences de Fa- Bittié , il se mit au travail , et tout le monde peut se convaincre que cet ouvrier valait encore mieux que sa réputation.

Le tour de France n'avait point donné à Joseph un de ces airs d'indépendance et de malhonnêteté que les ouvriers y prennent quelquefois. On peut dire, au contraire, qu'il avait gagné quelque chose en bonne tenue et en politesse. Il traitait toujours son bourgeois et les autres personnes de distinction avec des égards voulus. Ce n'était pourtant point une politesse affectée ; et. Joseph , quoique dans une condition obscure , avait l'âme trop noble et sentait trop sa dignité de chrétien pour pouvoir descendre à de basses flatteries et h d'indignes courbettes auprès de ceux dont il avait à ména^i^er la protection. S'efforçant de mériter leur estime , il n'avait jamais l'air de la

meodier. Mais cette noblesse de sentiments se trouvait jointe chez lui à ce savoir-vivre qui devient aujourd'hui de plus en plus rare , et qui fait qu'en rendant à Dieu ce qui est à Dieu , on rend aussi à tous ses supérieurs le respect , Thonneur, ia déférence qui leur vont de droit.

Cette bonne disposition de Joseph lui attirait en retour les égards de ceux qui le faisaient travailler; on aurait rougi de maltraiter en paroles ou autrement un ouvrier qui se tenait si bien. Tant il est vrai que quand Thomme vent être respecté , la première chose qu'il a à faire est de se rendre respectable.

Avec ses amis , Joseph était franc y sincère , cordial. Il aimait les bons, supportait les méchants, rendait service à tous. Son amitié n'était pas de celles qui semblent ne se nourrir qu'à table et ne vivre que de bombance. Joseph savait reconnaître ses amis quand ils étaient dans le malheur, et il ne se retirait point, comme dit l'Ecriture, au jour de l'afaiction et de la nécessité \ Son amitié était aussi solide que pure et sincère. 11 ne ressemblait pointàces hommes que l'on voit toujours prêts à rompre avec leurs amis pour un rien , pour une politesse qu'on aurait oublié de leur faire , un service qu'on n'aurait pas pu leur rendre et autres choses semblables. Avec Joseph on pouvait iharcher.sans crainte, et les affections chez lui n'étaient pas assez fragiles pour se briser au moindre choc. 11 jugeait du cœur de ses amis d'après le sien , et ne leur supposait jamais de mauvaises intentions , à moins qu'il n'en eût la preuve évidente.

a L'amitié, disait-il quelquefois , est un pacte véritable; c'est une alliance réelle entre deux cœurs, et puisqu'on tient aux autres engagements, pourquoi

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