‹ Joseph, ou, Le vertueux ouvrier: ou le vertueux ouvrierChapitre 44 sur 74 · CHAPITRE XIV i i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV i i

De pas respecter encore davantage celui-ci ? J'aî vu , disait-ii , dans une de nos grandes villes de France, ane belle statue de marbre représentant rAmitjéà la manière antique. Le statuaire avait eu Theureuse pensée de graver sur la robe de TAmitié ces niots en grands caractères : été et hiver , de près et de loin, LA MORT ET LA VIE , comme pouT donner à entendre que rarailié véritable doit être à l'épreuve de tout, et demeurer invariable pendant que tout cHange et varie autour d'elle.

» Je ne sais pas, disait-il un jour à Arthur, comment les autres sont faits; mais j'en vois à qui Pamitié semble peser et qui sont toujours prêts à saisir les occasions de s'en débarrasser comme d'un fardeau ; je ne comprends rien à cela , moi. La vie n'est pourtant pas trop longue pour qu'on puisse se lasser d'aimer ses vrais amis , et je n'ai pas de plus grande joie que de me promettre de les aimer encore et pour toujours dans le ciel.

— Tu as raison , dit Arthur ; mais il faut pour cela que nos amitiés soient de nature à nous y conduire; qu'elles ressemblent à celles des saints, qui ne voulaient posséder le cœur des autres que pour les rendre bons ou meilleurs.

— Approuvé , dit Joseph en tendant la main à Arthur. C'est parce que je te vois dans ces sentiments que je tiens à ton amitié, plus encore qu'à toutes les autres. Cultivons-la, mon ami, en nous yoyant souvent et toujours d'une manière utile. Je me rappelle avoir entendu citer par un prédicateur cette parole de TEcriture qui me plaît beaucoup : a Le fer aiguise le fer, et la vue de l'ami entretient et excite l'amitié '. »

1 Ferrum ferro exacuitur, et homo exacuit faciem amici sui. PROV, xxvn. 17.

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Joseph ne rendait pas service seulement k ses amis ; il était bon pour tout le monde. Tout près de chez lui demeurait un jeune homme de treize à quinze ans, qui apprenait le métier de menuisier, et sur qui ses parents ne veillaient pas autant qu'ils Tauraient dû faire. Joseph , qui savait que Texpérience des hommes faits doit être une seconde Providence pour les jeunes gens qui les entourent , tâchait de prévenir celui-ci contre les dangers inévitables de sa position. Il lui donnait fréquemment de très-bons conseils avec Tautorité que lui donnaient son âge et ses principes de religion bien connus.

a Prends garde , Théodore , lui disait-il un jour, je crois que tu commences à le laisser influencer par les mauvais discours et surtout par les exemples des ouvriers libertins. Tu crois te donner de l'importance et de la valeur eu les imitant : tu te trompes. Je crains qu'il n'en soit de toi comme de beaucoup d'apprentis que j'ai' connus. Ils étaient d'abord timides et retenus ; mais bientôt cette timidité s'est changée en une véritable elTronterie. Ils ont voulu se mettre de niveau avec les ouvriers plus âgés qu'eui» les imitant partout ; à l'église , où ils n'osaient plus fléchir le genou; dans les rues, où ils ne paraissaient jamais qu'avec une cigarette à la bouche , et dans les ateliers surtout, où ils les entendaient jurer et tenir de mauvais discours ; ils juraient sur le même ton , par bravade ou pour se faire bien venir d'eux. Encore une fois, prends garde , Théodore, il ne faut pas grand temps pour se perdre; je t'ai vu déjik plusieurs fois sortir du café avec deux ou trois jeunes gens de vingt à vingt-cinq ans. Dis-moi , je te prie , si tu es de taille à marcher avec eux et si tu peux gagner quelque chose dans celte compagnie. Ne ferais-tu

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