CHAPITRE XIV ^ i
pas mieux de porter à ta pauvre mère les petits profits que tu peux faire dans ton atelier? »
Théodore ne savait que répondre ^ mais malheureusement les remontrances de Joseph ne Tempecbaient pas de prêter aussi Toreille aux funestes conseils des ouvriers qui cherchaient à le perdre, et qui étaient en cela trop bien secondés par le chef même deTatelier, homme léger et sans principes, qui était toujours le premier à rire de ceux qui paraissaient vouloir faire mieux que les autres.
Joseph , quoique d'un tempérament sanguin et d'un caractère vif, était pourtant ennemi des disputes , et n'aimait pas qu'on troublât feau quand elle était tranquille. On ne le vit jamais prendre part aux querelles ni se mêler aux émeutes , petites ou grandes Il apprit un jour que des ouvriers mutinés venaient de se mettre en grève pour obliger les maîtres à hausser leur salaire . et qu'ils menaçaient même , si on ne se rendait pas à leur désir, d'aller plus loin encore et de se porter chez les riches pour piller leurs maisons.
« Belle entreprise qu'ils font là , dit Joseph en levant les épaules ! s'imaginent-ils avoir le dessus , par hasard, et y gagner beaucoup? Ils ont beau faire tapage , force restera toujours à la loi , tant qu'il y aura quelqu'un pour la faire respecter ; et , après qu'ils ouront pillé des maisons, il leur faudra cracher le lendemain ce qu'ils auront mangé la veille , perdre deux ou trois années en prison , et n'en sortir qu'avec une mauvaise note qui ne s'effacera pas de long-temps.
» Espèrent-ils qu'on tes imitera partout et que l'anarchie deviendra générale? Ce serait bien pis encore^ que pourrait- il leur en revenir de bon?
Quelques-ans des plus hardis, des meneurs pécheront peut-être en eau trouble ; voilà ce que je vois de plus clair ; mais il faudra que la masse des ouvriers recommence encore à travailler comme auparavant , et peut-être même avec un salaire bien moins élevé. Ils auront changé de maître , et puis c'est tout. Auront-ils gagné au change ? Je n'en sais rien , et j'en doute très-fort. »
Tels étaient les sages raisonnements de ce vertueui jeune homme , et ils n'étaient pas sans influence sur les ouvriers avec lesquels il entretenait des rapports journaliers. Aussi disait-on quelquefois au chantier que Joseph valait mieux seul qu'une brigade de gendarmes, attendu que les gendarmes ramassaient les émeutiers après coup , et que Joseph , par ses bons avis et l'autorité de ses exemples , contribuait beaucoup à empêcher et à prévenir les émeutes.