‹ Joseph, ou, Le vertueux ouvrier: ou le vertueux ouvrierChapitre 46 sur 74 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Les prôtres.

Joseph et un de ses amis se rendaient , par une belle matinée de printemps , à leur chantier , qui était assez loin hors de la ville. En traversant une rue déjà pleine de monde , ils firent la rencontre d'un prêtre qui les salua fort poliment et auquel Joseph rendit son salut.

Il avait à peine remis son chapeau sur sa tête , que Thomas , c'était le nom de son camarade , tirant du fond de son estomac un crachat qui semblait là tout exprès, le lança avec bruit dans la direction que suivait l'ecclésiastique.

a Un peu plus /dit Joseph , tu crachais sur lui.

— Mais , c'est bien sur lui que j'ai craché.

— Bah ! est-ce qu'il n'y avait pas de place à terre ?

— Si ; mais je déteste ces gens-là , vois^tu ; je les regarde comme des monstres qui nous mangeraient tout vifs s'ils le pouvaient.

— Tu badines, Thomas, dit Joseph en riant; moi, j^ai regardé ce prêtre avec attention , car je crois le connaître un peu , et je ne lui ai certes pas trouvé la ligure d'un antropophage.

— Hé bien , moi ; je dis que c'est une mauvaise engeance que tous ces prêtres-là ; et si je les tenais

dans un mortier, je fassure que je pilerais de bon cœur. Comment ! des êtres qui passent leur vie à ne rien faire pendant que nous nous tuons à travailler : des êtres quî ne cherchent qu'à voler notre argent et qui boiraient jusqu'à notre sang s'ils étaient les maîtres !...

— Eh I mon ami , dit Joseph ^ tu es donc arriéré de soixante ans? Ton grand-père n'en aurait pas plus dit en 93. Tu ne connais pas les prêtres» Thomas, et tu les juges en homme prévenu.

— Ah ! bah ! c'est que tu es un cagot, toi.

— Non, je ne crois pas être un cagot; mais je tâche d'avoir du bon sens et de m'en servir. Tu ne vois dans les prêtres que des fainéants parce qu'ils ne travaillent pas comme toi; mais ne sais-tu pas qu'il y a bien d'autres manières de s'occuper utilement , et que les travaux de l'esprit , auxquels ils sont condamnés par état , sont quelquefois plus pénibles que les travaux du corps ? J'ai connu des prêtres qui se levaient tous les jours à quatre heures du matin et qui avaient fait plus d'ouvrage à l'heure qu'il est maintenant, que nous n'en ferons, nous, dans une demi-journée.

a Tu les. vois passer tranquillement dans la rue pendant que tu travailles , et tu t'imagines qu'ils ne font rien ; mais il faut bien leur donner le temps d'aller là où le travail les appelle , je veux dire au chevet des malades , dans les maisons des indigents , à l'église, dans les prisons , partout où il y a des consolations à donner et des maux à adoucir , car c'est là qu'on les trouve.

» Tiens , Thomas , vois comme la haine que tu portes aux prêtres te rend injuste à leur égard. Presque tous les jours tu rencontres quelques-uns de nos

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