CHAPITRÉ XVI
Où il est question d'un mariago.
Marguerite avançait en âge, et ses forces dinirouaîent un peu. li lui fallait un appui , et à Joseph une com-' pagne. Il avait bien déjà songé au mariage, mats il 86 se pressait pas. Tant d'autres qu'il avait coosua s'étaient trop pressés dans cette affaire y il ne voulait pas s'exposer comme eux à un amer repentir.
« Est-ce que tu ne te maries pas bientôt ? lui disait Albert; te voilà vieux garçon tout-à*rbe«ire, et il aérait temps de fixer enfin tes irrésolutions.
— Eh oui, dit Joseph , tu as raison ; mais !.«.
— Comment T mats !.... tu vises au trop parfait , mon ami , et tu voudrais , je le vois bieo , une femme sans défauts. Oh ! alors tu peux faire un voyage à kt lune , car on prétend qu'elle est habitée, elle aussi ; ta en trouveras peut-être là , mais sur la terre n'y songe pas.
— Une femme sans défaut , dit Joseph , c'est beaucoup dire , je n'aspire point là. J'en cherche une qui ait les qualités essentielles , qui puisse me rendre heureux , et je sais qu'on en peut trouver d'aussi bonnes sans aller les chercher dans la li>iie. Mais , mon ami , les apparences sont trompeuses quelquefoia ; on ne connaît pas le bon vin au cercle.
— C'est vrai , dit Albert en se pinçant les lèvres ;
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mais enûn , voyons : quelles qualités veux-tu dooc trouver dans une femme pour en faire ton épouse sans trop d^inquiétude ? Tu veux qu^elle soit sage , cela va ^ans dire.
— Oui , reprit Joseph , et qu^elle sache faire houillir le pot , car je ne me fie pas beaucoup à la sagesse passée ou future d'une femme qui ne s*apptique point aux affaires du ménage. Je veux bien que la mienne sache lire et faire sa toilette , mais je veux qu'elle sache encore mieux coudre et tenir ma maison en ordre. Je suis impitoyable sur cet article, et une femme n*aara jamais grâce deyant moi si elle n'étudie pas avant tout Téconomie domestique. C'est une si belle chose qu'une maison propre et bien rangée ! Ma pauvre mère , il est vrai , m'a un peu gâté lildessus ; car ici , tu le vois , rien n'est riche , mais tout est propre. Âh ! si par malheur je tombais avec une femme qui me laisserait languir dans la malpropreté et le désordre , je crois que j'en mourrais de chagrin.
— Â la bonne heure , dit Albert , mais tu forces an peu le tableau ; il n'y a pas beaucoup de femmes qui en viennent jusque-là.
— Plus que tu le crois, mon ami; ne t'imagine pas que toutes ces jeunes filles dont la mise élégante frappe si souvent tes regards soient aussi bien rangées chez elles que sur elles. 11 y en a dont la chambre te ferait pitié par le désordre qui y règne ; c'est à peine si elles trouvent assez d'énergie dans leur ân>e pour la balayer au besoin. Et crois-tu par hasard que le mariage les guérira de cette maladie? Non , mon cher Albert ; attends plutôt qu'elles soient devenues mères, et tu verras un nouvel échantillon de malpropreté chez elles.
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D Ce fiera bien pis encore si , en négligeant d'ac* qoérir la science du ménage, elles n*ont su étudier que les feuilletons et les romans. Oh ! alors il faudra pour les supporter une patience d'ange ; car cette fureur de lire, et de lire des livres mauvais, leur fera perdre le temps , oublier le peu qu*elles ont ap« pris en fait de travail manuel, et bientôt elles ne pourront même plus faire la cuisine.
— Tiens, fit Albert en reculant d*un pas , est-ce donc un si grand crime pour une femme de n'être pas une habile cuisinière ?
— Mais oui , reprit losepfa , et surtout pour la femme d'un ouvrier. Crois-tu que quand un homme a rudement travaillé tout le jour, il n'est pas bienaise de trouver le soir un plat bien conditionné? Sans doute je ne voudrais pas exiger que ma femme fût aussi habile qu^un traiteur ; mais j'en désire une qui ne soit pas trop gauche dans cette partie et qui sache donner des soins à mon dîner comme à tout le reste. Je ne suis pas un gourmand , crois-le bien , mais j*ai souvent remarqué qu'une femme entendue dans les affaires de la cuisine n'était jamais en peine et qu'avec rien elle savait faire quelque chose , tandis que les cuisinières mal habiles dépensent le double et ne font rien de bon. Il leur faut toujours du neuf, et elles ne savent tirer aucun parti des restes ; ce qui est pourtant une des premières choses en fait d'économie domestique.
» Voilà mon système , Albert ; après la religion et la sagesse qui en est le fruit , il faut que la femme que je cherche possède le talent du ménage, sans préjudice, toutefois, d'une bonne petite dot, d'une mine agréable et d'un bon caractère. Quand je croirai avoir trouvé ces pièces réunies dans un même sujet , j'ar-
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réterai mon cboix |. c»r j'aurai toutes le» efaaiiees de bonheur que peut raison nablement désirer un homnne qui se marie, v
La Providence tenait en réserve pour losepb une épottse qui répondait à tous les désirs de ce Tertueui jeune bomfne. Mélanie Dotour, fille d'un honnête* roarcband , avait été élevée dans les meilleurs prin*' cipes par une mère pleine dMntellfgenee et dé vert». Cette femme , qui savait que la religion bietf comprise,, bien pratiquée , donne tous les secrets du vrai bonheur, était allée puiser à cette école lés leçons qui devaient former sa fille. Ayant un jour entendu citer en chaire le portrait de la femme forte don^ TEsprit-Saint parle avec tant d'éloges anx livres de Ift Sagesse, elle avait prié son confesseur de le lui don^ ner par écrit , et tous les huit jours elle le faisait lire à Mélanie , qui avait fini par le graver dans sa mémoire, de manière à ne plus pouvoir Toublier. Voreî les paroles sur lesquelles cette mère intelligente ffp«pelait toujours plus parfaiteeiefit Tattention de 9é aile:
a Elle a cherché la laine et le lin, et elle les a travaillés elle-même avec des mains sages e^ in^^ nieuses^. Elle se lève de fort bomie heure pour va« quer aux travaux de sa maison. Tantôt elle fait àeé ouvrages considérables, et tantôt ses doigt» prennent le fuseau. Elle a ouvert sa main à Tindigent, et elle a tendu ses bras vers le pauvre. Elle a considéré le» sentiers de sa maison, et n'a pas mangé son pain dans Toisiveté... Donnez-lui de» louanges , à eatise du tra*vail de ses mains , et que ses propres oeuvre» la re*^ commandent à ceux qui voudront la juger ^ s
Voilà le modèle qm la pieuse mère de Mélanie 9^Mt
^ pRov. oap. uH.