‹ Joseph, ou, Le vertueux ouvrier: ou le vertueux ouvrierChapitre 51 sur 74 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Une soirée au presbytère.

Si les plus belles fVages de Tarchitecture gothique ou de la renaissance se trouvent ordinairement dans nos grandes villes , et si c'est là qu'on voit ces roagniflques églises que nous a léguées le moyen*âge et dont nos temples modernes avec toutes leurs splendeurs ne sauraient reproduire l'imposante majesté , il faut pourtant avouer que quelquefois au sein des campagnes Tœil rencontre des édifices religieux non moins dignes d'intérêt et tout aussi profondément marqués au cachet de la piété de nos pères. Mais souvent , hélas ! ces trésors cachés ne sont point appréciés par ceux qui les possèdent ; ils en jouissent sans y attacher d'importance et sans se mettre en peine d'en garantir la conservation. On est loin de se douter au village , que cette pauvre petite église qui semble demander l'aumône à tons ses visiteurs , et oik l'on ne trouve ni tableaux , ni dorures , ni rien de ces ornements étrangers qui abondent ailleurs , est pourtant riche de son propre fonds , et possède lés précieux restes d'une véritable opulence que bien des cathédrales lui eussent enviée.

Fleureux alors si , au milieu de cette population peu éclairée qui laisse tranquillement faire aux siècles leur œuvre de démolition , apparaît un de ces hom-

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mes à qui le vrai beau n'échappe poiot , quelque part qu'il se trouve, lors même qu'il serait à demi effacé, UQ de ces hommes qui savent prendre en main Ja cause des arts, et pour qui une simple pierre taillée par un ciseau religieux, à une époque de foi/parait toujours digne d'être conservée comme une espèce de relique ! Heureux si cet homm« , ayant la conscience de son devoir comme ami des arts , se sent le courage de protéger contre une destruction plus ou moins imminente ces murs à moitié ruinés et ces pierres noircies par le temps.

C'est au prêtre , c'est au pasteur que cette belle mission convient surtout. C'est lui qui doit prendre sous sa sauvegarde ces monuments négligés, et jeter le cri d'alarme quand la main du temps ou le msu'teau du vandalisme se prépare à en consommer la perte.

Près de la ville où habitait Joseph , au fond d'une campagne , se trouvait une petite église autour de laquelle ^ sous des massifs de lierre qui l'envelop* paient, l'œil de l'observateur découvrait ces ligures bizarres et emblématiques, ces colonnetles habilement ciselées qui rappellent une époque célèbre et donnent à l'édifice un caractère vraiment monumental.

Long-temps privée de pasteurs , cette paroisse ne s'était guère occupée de restaurer la maison de prière, qui pourtant la méritait à tous égards ; mais la Providence venait d'y conduire un prêtre pieux et éclairé, qui comprit tout d'abord que s'il devait travailler d'une main à relever la foi et les mœurs qui tombaient aussi en ruines, if devait soutenir de l'autre ce temple matériel dont il comprenait la valeur et dont il aurait à répondre à la religion et aux arts.

Il signala l'existence de ce monument , en fit connaître les périls, en demanda la conservation. Sa voii

fol entendue ; le gouvernement accorda des secours , et an architecte reçut Tordre de les employer avec intelligence à cette couvre qui méritait vraiment des •oins particuliers.

Oo choisit des ouvriers habiles , parmi lesquels se trouva iosepb. Les travaux devaient durer plusieurs moia.

Le curé , i qui on était redevable en cette circonstance d'une précieuse initiative, jouissait en vrai connaisseur et en bon prêtre du succès de sa négociation. Il allait souvent visiter les ouvriers, s'entretenait avec eux , les encourageait, et les invitait quelquefois à venir le soir au modeste foyer du presbytère passer quelques heures dans des entretiens utiles sous plus d'un rapport.

Son regard pénétrant n'avait pas tardé à distinguer le mérite particulier de Joseph , et sous les dehors d*un bon ouvrier \\ avait reconnu en lui l'intérieur d'un bon chrétien.

La religion devait nécessairement entrer pour beaucoup dans ces conversations de la veillée , où le curé mettait à l'aise ses jeunes visiteurs. Un d'entre eux semblait s'être chargé de faire le rôle d'accusateur et de critique, et il n'entendait jamais vanter les bieofiiits du christianisme sans chercher à en diminuer kl gloire et sans faire quelques objections que le bon prêtre ne laisi^ait jamais sans réponse.

a Monsieur le curé voudrait bien nous faire aller tous à confesse , dit un jour le jeune ouvrier, mais il n'y réussira pas ; je déclare , pour ma part, vouloir me borner à être un honnête homme, et je crois que la meilleure de toutes les religions c'est de ne faire de tort à personne.

— Mon ami , reprit le curé en souriant , me di-

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