CHAPITRE XVII
rm-voiM comtDent on s'y prend pour ne (kîfe dr t<yrt è personne quand on n*a aucaa principe de religion ? Je seriâ» enehanté- de me procurer cette re* cette , car je regarde la chose comme excessivement difficile. Voas n'êtes pas encore fort avancé dans )a vie y jeune homme , et vous ne savez pas dans quelles' positions délicates une probité purement humaine^ peut se trouver chaque jour, et coiftbien il faut de courage pour résister à la tentation de s'enrichir aux dépens des autres quand on peut le faire secrètement sans compromettre son honneur et sa réputation. Ne croyez pas que ce soit une chose si aisée que de rie faire tort à personne. Ceux mêmes do'nt la conscience est tenue en bride par la religion ont peine a deméu* rer sur la ligne étroite de la justice et de la probité ; et vous croyez qu'une conscience qui n'aura ni joug ni frein ira sans peine et sans diflicultés son droit chemin dans cette route glissante? Oh ! non ; soye^ sûr, mon ami, que pour savoir régler ses intérêts temporels de manière à ne jamais compromettre ceux du prochain, il faut être dominé par le sentiment d'un autre intérêt bien supérieur; je veux dire l'intérêt del'éternité. Il faut savoir jouer à qui perd gagne, pour demeurer honnête homme en certaines circonstances. Vous ne voyez que la surface de la société , mon jeune ami , et tout ce qui brille vous paraît pur; mais nous qui depuis long-temps avons plongé le regard jusqu'au fond , nous pouvons vou» dire que sous une eau claire en apparenee on rencontre du bourbier fort souvent, et je ne fais pas injure au monde en déchirant ainsi à vos yeux le masque qui le couvre ; lui-même est le premier à convenir de se» tdrts en ce genre, à les publier, à s'en glorifier et à laisser entendre que si on a trop de délicatesse dans
les affaires on ne saurait y réussir ni faire fortune. » Ne croyez donc pas, Gustave , qu*il soit si facile de ne faire de tort à personne. La religion , béias ! ne suffit pas toujours elle-même pour persuader à certains cœurs les sacrifices nécessaires pour arriver là ; comment se flatter que la raison puisse être plus forte et y suffire toute seule ? Oh ! que la foi est un fondement solide pour asseoir la probité, et qu'il est difficile de lui donner ailleurs un support sur lequel on puisse compter !
— C'est pourtant bien commode , dit Gustave, de n'avoir pas de religion , on fait ce que Ton veut alors.
— Ce qu'on veut , mon ami » n'est pas toujours ce qu'on doit. L'homme ne peut être dans ce monde sans que le Créateur lui ait imposé des devoirs ; où prendra-t-il la force de remplir ces devoirs si vous lui ôtez la religion ? Ferez- vous voler un oiseau après lui avoir coupé les ailes , et rouler une pesante voiture si vous ôtez le cheval qui la Iratne ?
— Il est vrai , M. le curé , dit Gustave un peu déconcerté, que ce serait difficile ; mais enfin qu'est-ce donc qui vous fait tant^âimer cette religion que vous nous présentez comme nécessaire ? Que voyez-vous donc en elle qui vous oblige à la regarder comme l'œuvre de Dieu ? Je connais bien des gens , moi , qui ne Ja trouvent pas si belle , et qui la regardent comme rien du tout.
— Vous me faites là une bien grave question , Gustave , et j'en suis heureux pour vous et pour vos amis qui m'entourent, car vous m'obligez à défendre une cause qui m'est bien chère , et qui est la vôtre comme la mienne , quoique vous n'en conveniez pas encore. Laissez-moi donc vous dire à l'aise quels sont les principaux titres de la religion à notre con-