CHAPITRE ZYII ièi
religion à i'aj^pel des nouveaux apôtres ; tous enfin viennent là comme les fleuves vont se jeter dans rOe^an ; et je me dis encore ici : Gomment supposer qu*un Dieu bon se soit joué de toutes ces nations , et qu'il ait prfs plaisir à leur imposer un joug inu* tJle ou dangereux , en les amenant au christianisme et en les y rattachant ?
» J*aime cette religion , et elle me parait divine , parce que je remarque dans ses croyances l'immobilité qui caractérise la vérité. Partout ailleurs je vois les opinions varier, je vois des idées nouvelles détruire les anciennes ; et je comprends cette mobilité, ce progrès dans tout ce qui vient de la main des hommes; mais ce qui vient de Dieu , ce qui est dit et révélé par lui ne peut pas être sujet au changement, attendu que ce qu'il dit est vrai et doit toujours demeurer tel. Aussi suis-je obligé de reconnaître Taction et l'assistance de Dieu là on je vois des doctrines qui se perpétuent , se conservent , se transmettent sans Variations , sans ombre de changement. Si la religion pouvait être faite et refaite par les hommes, je n'y croirais plus, mes amis : ce qui m'attache à elle , c'est que je vois que son existence est indépendante de leur malice comme de leur secours , et que si Dieu veut bien se servir d'eux, il n'a pourtant pas besoin d'eux.
» J'aime cette religion et j'y crois » parce que je sens vivement qu'il n'y a que Dieu qui ait pu la soutenir au milieu des attaques continuelles dont elle a été l'objet depuis dix-huit siècles. Je m'abandonne à elle avec confiance , parce que je n'ai jamais vu personne se repentir au moment de la mort de lui avoir été fidèle. J'ai bien vu des hommes sans religion trembler dans ces derniers moments, et se ratta-
eher à la foi comme un navire près da naufrage à SOD ancre de miséricorde ; mais je n'ai jamais tu , ni un autre non plus , de vrais croyants regretter alors de Tavoir été. Ils ont pu craindre pour leurs œuvres, si elles ne leur paraissaient pas assez pures; mais ils n'ont jamais tremblé pour leur foi ; elle leur inspirait plus que jamais, sur leur lit de mort , une souveraine confiance.... »
Le curé se tut alors ; il se fit un moment de silence dans rassemblée. Gustave trouvait que ces raisonslà pouvaient en valoir d'autres, et il passait sa main sur son front et dans ses cbeveux, sans y rien trouver qui pût ôter de leur force aux paroles qu'il venait d'entendre.
» Libre à vous , monsieur le curé, dit-il enfin, de croire à cette religion et de Taimer; mais si tout ce que vous venez de dire vous y attache , il y a une chose qui m'en éloigne , moi ; c'est qu'elle est into* lérante votre religion, et qu'elle met le couteau sur la gorge à tous ceux qui ne pensent pas comme elle. Cela ne me paraît ni charitable ni bon.
-— Et où avez^vous appris cela , mon cher Gustave ? dit le curé avec bonté. Ce sont des paroles que vous avez sans doute ramassées en courant dans la rue ; mais avez-vous pri« soin d'examiner ce qu'elles pouvaient valoir ?
D L'intolérance de la religion , la comprenez-voos bien? Oh ! non ; permettez-moi de vous dire q^e vos idées sur ce point sont fausses , et parce que la foi nous recommande de craindre l'erreur et de nous en préserver avec soin , vous vous imaginez qu^elle nous ordonne de haïr nos frères égarés. Vous vous trompez , Gustave ; laissez-moi vous le démontrer d'une manière sensible.
CITAPITRC XVII i 43
D Je suppose que dans ce moment ?ou8 sortiez avec Joseph , et que l'un se mette à dire , II fait nuit ; Tautre ^ Il fait jour. Pourriez-vous avoir raison tous deux en même temps? Non , ce ne serait pas possible 3 Ja vérité est une , et on ne peut pas transiger avec elle ; un de vous deux aurait nécessairement tort.
D Que faudrait-il faire alors, mes amis ? vous tirer auz cheveux? vous accabler d'injures? vous prendre à la gorge? Non, vraiment ; il faudrait que celui qui a raison fît tous ses efforts pour convaincre Tautre de Terreur dans laquelle il se trouverait; qu'il lui parlât avec bonté , et qu'enfin , sMl ne pouvait parvenir à le détromper , il se contentât de le plaindre , sans lui faire aucune injure ni aucun mauvais traitement, mais aussi sans adopter sa manière de voir, puisqu'il aurait Ja certitude qu'elle est fausse.
D Mon ami, voilà toute l'intolérance que vous trouverez dans la religion. Laissez-moi appliquer ici le raisonnement que je viens de faire, il est clair que si un homme dit Jésus-Christ est Dieu , et qu'un autre dise Jésus-Christ n'est pas Dieu , ils ne peuvent point avoir raison en même temps , c'est impossible. Que doivent-ils faire alors? Se haïr? s'injurier? se battre ? Pas du tout. 11 faut que celui qui a le bon« heur de posséder la vérité , et qui tient en main les preuves si solides de la divinité de notre adorable Maître ^s'«fforce ds persuader à l'autre qu'il devrait croire à ce dogme fondamental , et par suite à toute la religion , dont il est la base et le point principal. S'il parvient à le, lui persuader, ils jouiront en commun du pieux trésor de la vérité ; s'il n'y parvient pas , c'est un «malheur, il faudra en gémir; il faudra plaindre celui qui ne voit pas ou tte veut pas voir la
i^Âf lOSEPR
fértté ; il faudra détester l'erreur dans laquelle il est ploDgé ; mais le haïr , le persécuter ,.... jamais !.... Cest un frère qui s'égare , et il doit être aimé jusque dans ses égarements.
» Voilà » mon ami , Tesprit de l'Eglise et son intolérance bien entendue. Intolérance pour Terreur, cha* rite vife pour les personnes , quelles qu'elles soient.
— Oh ! monsieur, dit GusUive, vous ne dites pas tout : est-ce que l'Eglise ne fait pas brfrter, quandelle le peut , ceux qui ne veulent pas penser comme elle?
— Les brûler, Gustave ! elle aurait donc tout-à-fait oublié les paroles de son divin Fondateur, qui pourtant sont écrites dans l'Evangile ,t où personne ne pourrait les efiacer : x Allez « enseignez tous les peuples ^ » Oui f enseignez-les , mais ne les brûlez pas. Votre mission , mes apôtres , consistera à persuader aux hommes la vérité dont vous êtes les dépositaires et les organes ; quant au jugement et au suppliée de ceux qui refuseront de vous écouter, c*est l'affaire do Dieu qui vous envoie et non point la vôtre.
» Jamais on ne prouvera , Gustave , que l'Eglise se soit écartée de ses principes. Je dis l'Eglise , remarquez-le bien ; car si le roi et les autres puissances de la terre ont cru devoir déployer en certains cas une rigueur formidable contre ceux qui en méprisant la religion méprisaient aussi la ^ix publique et voulaient la troubler, il pe faut pas demander compte i l'Eglise de ce qu'elle n*a pas fait elle-même , ni la rendre responsable des cipuautés et des vengeances particulières que son esprit n'avait pas dictées ! N'ayez pas peur, Gustave , en demeurant fidèle aux principes de l'Evangile , nous n'allumerons jamais devant vous
^ Mattb. xxviu. S(t .