‹ Joseph, ou, Le vertueux ouvrier: ou le vertueux ouvrierChapitre 59 sur 74 · CHAPITRE XVHI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVHI

nou» allons nous créer des ressources précieuses pour nous tous , mais plus particulièrement encore pour ceux qui n'ont pas beaucoup d'aisance. Tant qu'on a de la santé , on s'aperçoit moins du besoin qu'on a des autres et ou croit pouvoir marcher seul ; mats dans la maladie , c'est une autre affEiire ; on est vraiment malheureux , quand on voit autour de soi ixm femme, des enfants, qui auraient besoin de notre travail pour vivre , et qui se trouvent à la charge du premier venu. Dans une société de ce genre , au contraire, les remèdes, les soins sont assurés à celui qui souffre , et le pain ne manque point à ses enfants lorsqu'il ne peut plus leur en donner.

9 Et puis , il y a ordinairement un médecin attaché à ces sociétés , et il en devient l'ami particulier, le protecteur dévoué. Un malade pauvre et isolé pourra quelquefois ne pas être aperçu du médecin , ou bien il sera négligé, oublié par Tetfet de circonstances qui ne supposent de mauvaise volonté dans personne , mais qui n'en sont cependant pas moins fâcheuses pour les pauvres malades. Ses parents , retenus peutêtre par une timidité mai entendue , n^oseront pas aller frapper souvent à la porte du docteur, dont ils savent que les soins ne pourront pas être payés par eux. Ici , au contraire , une somme a été. donnée par nous, et nous pouvons réclamer des soins, au double titre de la charité et de la justice. Tout cela me parait très-précieux et n'est pas trop cher payé de dix ou douze francs par an. »

Joseph fut toujours très^iidèie aux règlements de sa société. Il était l'un des premiers rendus aux réunions périodiques qui avaient lieu à des f-poques rapprochées. C'était pour lui une véritable jouissance de se trouver parmi ces bons ouvriers , qui avaient de

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leur côté une très-grande estime pour lai. a En se ▼oyant souvent, disait-il .. on apprend à se mieux connaître et on s'aime davantage. Deux cailloux qui se rapprochent font jaillir de ce ^contact une vive étincelle ; eb bien ! quand nous nous serrons la main en vrais amis , les cœurs même froids se réchauffent , et Tamitié parait augmenter. »

Partout où Joseph trouvait un sociétaire , il croyait lui devoir des égards et un dévouement tout particulier. Son zèle redoublait lorsque quelqu'un d'eux était malade; son tempérament robuste et vigoureux lui permettait de passer facilement , même après une journée de travail , la nuit au cbevet des infirmes. Il le faisait souvent , et toujours avec un air de bonté et de complaisance qui doublait le prix du service rendu. 11 ne s'entendait pas mal à soigner les malades, et surtout il ne manquait Jamais de recommander à ceux qui les visitaient de parler peu , de ménager leur état de faiblesse, même dans la convalescence, de ne rien leur dire de désagréable , et de ne pas se permettre •de leur faire prendre quoi que ce pût être sans l'agrément du médecin. Il était inébranlable sur cet arti* de, et disait que quand on avait mis sa confiance dans un homme qui la méritait , il était aussi ridicule que dangereux d'aller quêter par ailleurs mille conseils opposés les uns aux autres et d'en faire l'application à l'insu du docteur.

Joseph s'était procuré un petit ouvrage ayant pour titre le Livre des malades ^ et , comme il savait parfaitement lire et qu'il le faisait avec goût , les malades étaient les premiers , quand leur état le permettait, à lui demander de faire une petite lecture auprès de leur lit. Elle n'allait jamais à plus d'une page ou deux ; car en faisant du bien à l'âme de sou ami

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