‹ Joseph, ou, Le vertueux ouvrier: ou le vertueux ouvrierChapitre 61 sur 74 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Un bon fils devient facilement un bon père.

Marguerite demeurait avee ses enfants. Elle avait un trop boD esprit pour pouvoir troubler eo rieo la paix de leur ménage. Jalouse, eomme elle devait l'être , de Taffection de son fils , elle savait pourtant que Joseph devait être désormais moins à elle qu'à Mélanie, qui, en devenant son épouse, avait dû prendre la première place dans son cœur. Elle s'efforçait donc de rendre leur union aussi tendre et aussi solide que possible , par les bons conseils qu'elle donnait à l'un et à l'autre avec une rare prudence. Elle avait souvent gémi, en voyant le bonheur des familles troublé par la mésintelligence que faisait naître entre deux époux une belle-mère exigeante ou d'un caractère trop difficile.

Marguerite comprenait que Chacun dans ce monde doit avoir son tour, et que si une jeune femipe doit s'aider des conseils de ceux qui ont plus d'expérience qu'elle , il est pourtant juste qu'elle soit maîtresse dans la maison ', et qu'elle s'accoutume à tenir en main le timon des affaires domestiques. Si elle ne réussit pas toujours, on si elle se trompe quelquefois, est-ce une raison pour lui faire pendant des journées entières la mauvaise humeur , pour lui adresser à tf)us moments de petits reproches , des observations pi-

qualités et amères , et pour se plaindre sans cesse d*elle au mari , qui ne sait à qui donner raison ?

Ce n'est pas ainsi que Marguerite entendait les affaires. Elle se bornait à diriger doucement sa bru en la laissant agir et en s*effaçant à propos. Elle se souvenait d'avoir été jeune autrefois, et elle comprenait qu'à vingt aps on ne peut pas avoir autant d'expérience qu'à cinquante. Quand donc il arrivait à Mélanie de se tromper, ce qui peut arrivera tout le monde, Marguerite le lui faisait remarquer avec bonté; mais elle choisissait d'ordinaire Je moment où elles étaient seules ensemble ; et quelque modéré que pût être un reproche, elle ne l'adressait jamais à sa bru en présence de Joseph » encore moins devant leurs enfants.

Mélanie, si bonne elle aussi , était touchée de la délicatesse de cette conduite ; en sorte que Marguerite, qui n'avait pas l'air d'exiger l'affection de sa famille, la possédait néanmoins au plus haut degré et de la manière la plus convenable.

Joseph était plein d'attention pour sa mère : à table elle était toujours servie la première; quand elle parlait , tout le monde faisait silence , et lors même qu*il lui arrivait de ne pas raisonner juste en quelque chose , Joseph ne disputait point avec elle , il se contentait de lui faire respectueusement ses observations, et si la vieille mère tenait encore à son sentiment , Joseph ne s'irritait et ne s'emportait point , et changeant adroitement de conversation , il conservait toujours un visage agréable, et la paix n'était jamais troublée dans cette heureuse famille.

Quand Marguerite mourut, Joseph la pleura en bon lils. Deux souvenirs surtout faisaient couler ses larmes : celui des anciennes bontés de sa mère , des soins qu'elle avait pris de lui et qu'il se rappelait

Page 1