‹ Joseph, ou, Le vertueux ouvrier: ou le vertueux ouvrierChapitre 62 sur 74 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

alors dans les moindres détails , et aussi la crainte de lui avoir fait quelquefois de la peine ou de n*avoir pas èxé assez bon pour elle. Jamais on ne sent plus vivement ce qu'on devait aux auteurs de ses jours que quand on a eu le malheur de les perdre.

Il voulut qu'on plaçât sur les restes de cette mère chérie une tombe modeste , mais vraiment religieuse , et dont il donna lui-même le dessin. Le talent de Joseph et sa foi vive se retrouvaient dans ce petit monument. Il était d'un goût exquis dans sa simplicité ^ et parlait au cœur en plaisant aux yeux.

Joseph , qui avait souvent eu l'occasion de travail 1er dans les cimetières, ne déguisait point sa pensée sur la manière dont on traite anjourd'hui ces lieux de repos où l'homme va dormir d'un si long sommeil. Il respectait les lois et les usages qui de nos jours dans les grandes cités exilent les pauvres morts loin des regards de ceux qui les ont perdus; mais il ne pouvait s'empêcher de dire que les habitants des campagnes lui paraissaient en cela plus heureux parce qu'ordinairement les cimetières y sont placés au milieu même du village.

« On nous parle beaucoup, disait Joseph , des exhalaisons contagieuses qui peuvent émaner des tombeaux : pour moi je suis convaincu que lorsqu'on a donné aux fosses la profondeur voulue, il n*en sort point de mauvaise odeur, mais seulement des leçons utiles. Il y a soixante ans les morts dormaient tous au milieu des vivants ; la santé des hommes en étaitelle pour cela moins bonne et leur vie moins longue? Nos aïeux ne mouraient guère qu'âgés de quatrevingts à cent ans, e( aujourd'hui que les cimetières sont si loin de nos villes , voyez comme la jeunesse en fait rapidement le chemin. Ah ! c'est qu'il y a

qaelq[He efaose qui précipite les bommes vers la tombe plus vite que Todeur du cimetière : t^'est le ?ice, le dérèglement et la corruption des mœurs. Laissez, disait Josepb , laissez la religion remédier à ce mal , et TOUS verrez la vie des hommes grandir en proportion de leur sagesse , sans que vous ayez besoin de reculer si loin ces êtres ebéris que nous aimons tant à visiter et dont nous avons encore besoin de prendre des conseils. »

La tombe de Marguerite était surmontée d'une .petite croix qui indiquait la route qu'avait prise Pâme de cette vertueuse mère en entrant dans Téternité. Quelques mots , qui disaient son âge , Tamour de ses enfants pour elle , Tépoque de sa mort , suffisaient à former son épitapfae. <i S'il fallait, disait Josepb en pleurant , inscrire toutes ses vertus sur une tombe , la plus large n'y suffirait pas. Elles étaient, du reste , imprimées dans les cœurs de tous ceux qui avaient connu cette vertueuse mère. »

Joseph , Mélanie et leurs enfants allaient souvent visiter cette tombe le dimanche au soir. Les enfants y répandaient des fleurs à pleines mains ; Josepb et son épouse , des larges et des prières.

La famille de Joseph était nombreuse. Le premier de ses enfants s'était envolé au ciel à Tâge de trois mois ; mais depuis il en avait eu cinq : deux garçons et trois filles , dont les âges étaient assez rapprochés. Le soin de leur éducation l'occupait sans cesse, et il était bien secondé par Mélanie.

Ses garçons étudièrent où s'était formé jadis leur vertueux père, et ils lui donnèrent l'un et l'autre beaucoup de satisfaction. On entendait leur nom revenir souvent dans les distributions de prix^ et Joseph , en pareil cas , n'aurait pas changé son

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