CHAPITRE XIX
enfentg bons , à les mettre en état de devenir plus tard quelque chose , et si la Providence les en trouve dignes, elle leur dira peut-être un jour : Ma fille, montez plus haut. C'est son affaire à elle. Nous aurions beau charger nos enfants de dentelles et de dorures , nous ne les rendrons pas plus grands pour cela. C'est une mauvaise spéculation que de vouloir pour ainsi dire forcer la main au bon Dieu. Je plains de tout mon cœur les parents qui pour élever bien haut leurs enfants croient qu'il suffit de les niettre sur des échasses ; moi , je crois qu'il vaut mieux s'efforcer de leur faire acquérir un mérite solide que de viser au clinquant et de les pousser à une fausse grandeur qui n'est souvent que le marche-pied de la misère.
Joseph se conduisit toujours d'aprèi^ ces principes, et il eut la consolation de voir ses filles devenir en grandissant de bonnes femmes de ménage , et rencontrer toutes de bons partis , qu'elles durent à l'excellente réputation dont elles jouissaient plus encore qu'à toutes les qualités extérieures dont elles étaient douées.
Joseph, qui aimait beaucoup les pauvres, avait accoutumé de bonne heure ses enfants à les aimer aussi. A ses yeux l'aumône n'était pas seulement un conseil , c'était un devoir rigoureux. Il la faisait en proportion de sa petite aisance , c'est-à-dire que ses largesses n'étaient pas considérables; mais pourtant elles étaient réelles et visibles. On savait que Joseph était charitable et qu'il trouvait mille moyens de venir au secours des indigents.
Cette générosité n'était pas du goût de tout le monde ; on lui disait quelquefois qu'il avait tort de dépouiller ses enfants pour couvrir les étrangers.
a Je ne les dépouille point, disait Joseph; au con-
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traire, je travaille dans leurs iotérèts en ai^elant sur leur tète les bénédictions de Dieu. Ils seront toujours les premiers servis; mais ils ne sont pas les seuls à qui je crois devoir mes services. Si je suis père , je suis chrétien aussi , et le Gode civil n'est pas ma seule loi. L'Ëvangile a toujours été ma règle , el j*y vois clairement qu'il faut donner si nous voulons que Dieu nous donne. Vous me dites que j'ai beaucoup d'enfants, c'est vcai ; mais je m'imagine en avoir un de plus , et c'est Jésus-Christ lui-même qui s^est ' mis dans l^ pauvres pour recevoir mes secours , et qui saura bien les reconnaître dahs l'autre monde , peut-être même dans celui-ci. »
En effet , nous allons voir les bénédictions de tout genre entrer dans la maisoi^ de Joseph , pendant que les aumônes en sortaient pour aller se répandre dans le sein des malheureux.