CHAPITRE XXII
Toujours sur la même ligne.
Il y a des hommes qui se laissent guider dans les meilleores choses plutôt par leur goût et par Tattrait du moment que par les règles d'une prudence éclairée. Ces hommes-là sont sujets à revenir quelquefois sur l«urs pas, et après en a?oir fait trop ils arrivent souvent à n'en pas faire* assez.
Joseph sut éviter cet écueil , et m conduite en fait* de religion , comme en tout le reste, ne varia jamais.
Un de ses amis , dont la dévotion avait quelque chose d'eiagéré , lui faisait des reproches de ce qu'il ne venait pas à tous les saluts du Saint-Sacrement et à tous les sermons qui se donnaient en ville.
(K Je voudrais le pouvoir, disait Joseph , et I) me semble qu'alors je le ferais avec bonlieur; mais je ne puis prendre une habitude qui ne se concilierait pas avec les devoirs de mon état. L'Eglise , si sage en toutes choses , ne nous a pas imposé des obligations trop nombreuses ; je respecte son esprit , et je ne veux pas être plus sage que cette bonne Mère. Je sais^ ce qu'elle ordonne , je sais ce qu'elle conseille. Ses ordres, je les suis toujours; ses conseils, je les respecte; je félicite ceux qui sont en position de profiter de tdtit, mais ce n'est pas encore moi. Si plus tard j'acquiers une position indépendante, je me don-
nerai sous ce rapport un peu plus de latitude. Eo attendant , je me borne à Tessentiel et ne vais guère au-delà: mais j'y tiens pai le fond de mes entrailles, o
Il y avait pourtant une pratique de surérogation à laquelle Joseph s'était beaucoup affectionné , et qui fut la grande consolation de toute sa vie : c'est l'assistance à la messe les jours de la semaine.
a Chacun y disait- il, prend son plaisir où il le trouve; je connais de mes amis qui ne manquent pas un seul soir de Tannée d'aller au café; il leur faut quelquefois se coucher tard pour cela. Hé bien, moi» j'ai pris Tbabitade de me lever de bonne heure ; et comme en ville il y a une foule d'églises où des messes se disent à toute heure , j'ai le moyen de satisfaire ma dévotion sans qu'il m'en coûte rien de plus qu'une demi-heure de sommeil à sacrifier. En vérité, ce n'est rien pour un hommo. A mes yeux , le saint sacrifice de la Messe est au-dessus de tout dans la religion ; je crpjrais faire trop peu de n'y aller que quand j'y suis obligé. La loi de l'Eglise règle ma conduite le di> manche ; les autres jours je suis la coutume de ceux qui ont une religion éclairée. J'ai remarqué que les hommes fidèles à cette pr^ttique par conviction et piété , sont ceux qui dans la journée perdent le moins de temps et servent le mieux le public. »
Cela fait, Joseph ne songeait plus qu'à travailler tout le long du' jour; seulement il avait soin d'offrir de temps en temps son travail à Dieu , d'en accepter les rigueurs en esprit de pénUence ; et quand venaient les heures du repas , ce vertueux ouvrier y trouvait une occasion nouvelle d'élever sou cœur à Dieii.
Il avait inspiré à toute sa famille le besoin de rendre hommage à la Providence, avant et après avoir joui de ses dons. La table de Joseph ne ressemblait