CHAPITRE XXII
doDc point à celles de Uni d'autres , où Ton voit uoe troupe d'enfants qu'on prendrait pour des petits païens y s'asseoir, déployer leurs serviettes, porter sur les mets un œil avide, et manger sans même paraître se souvenir du Dieu bon qui ouvre la main , selon l'expression du Prophète, et remplit de ses bénédictions tous les êtres qui ont reçu de lui le mouvement et la vie ^ a Je comprends , disait Joseph , que le cheval qui est dans mon écurie mange son foin sans s'occuper du Dieu qui l'a fait pousser et qui le lui donne; il n'est qu'un cheval ; mais mes enfants sont des êtres raisonnables , des chrétiens ; je veux qu'ils le soient réellement , et aussi qu'ils le paraissent, n
L'exactitude de Joseph à toutes ces pratiques religieuses lui avait attiré dans le principe quelques fades plaisanteries , mais cela n'eut qu'un temps. On s'aperçut bientôt que ce n'était pas chez lui une religion de complaisance, comme celle de beaucoup de gens qui n'en ont qu*autant qu'il faut pour s'attirer l'estime de leur curé ou pour obtenir ses secours , et qui ^ rentrés chez eux , se dédommagent en tourmentant leurs frères, leurs sœurs ou leurs enfants de la con-* trainte qu'ils se sont imposée un moment à Téglise, sous les regards du public On vit que la piété de Joseph ne variait jamais ; qu'il n'était pas moins chrétien chez lui , au travail , dans les affaires , dans les plaisirs même, qu'il paraissait l'être à l'église; ce n'était donc point un jeu» un calcul, une spéculation d'hypocrite ; c'était le fruit d'une conviction (>rofonde. Joseph n'avait rien qui se démentit dans sa conduite; on le trouvait toujours sur la même ligne, celle de la religion et de la probité. On cessa donc bientôt de le rallier, et on liait par l'admirer.
> Aperifl tu manum taam , et impies omie animal beoedictione.
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Joseph avait lliabitude de communier deui foi? Tannée; à Pâques et à Noël. Il ne chercbalt, en le faisant, ni à attirer les regards du monde, ni à les éviter. Pourquoi rougir de bien foire? Pourquoi ne pas avoir le courage de ses convictions quand on a le bonheur &e n'en posséder que de louables ? Joseph communiait S la petite messe de sa paroisse, au milieu de cette masse de simples femmes , où apparaissaient cependant quelques autres hommes non moins courageux que lui et qui faisaient autant d*honneur à la religion.
Dans les conversations auxquelles il prenait part, Joseph n*aimait point à faire naître des discussions religieuses, parce qu*il savait que la plupart de'ceux qui disputent en pareil cas , ne le font point avec le calme, la modération , là bonne foi nécessaires pour reconnaître la vérité ou pour se laisser subjuguer par elle. Mais s*il n*aimait point à provoquer les disputes religieuses , Joseph ne savait pas reculer quand sa ibi était attaquée ; il la défendait vivement par des arguments simples mais solides , avec autant et plusr de chaleur que s*il se fôt agi de sa propre réputation ou de celle de sa femme.
H était souvent exposé à rompre ainsi des lances avec rincrédulité , dans les voyages qu'il faisait pour affaires et dans les auberges où il prenait ses repas.
«Est-ce que vous avez la bonhomie, Monsieur Tentrepreneur, de croire à la rfeligion ? lui dit un jour à table d*b6te une espèce de touriste ; moi j^en suis revenu depuis long-temps; en Texaminant bien je n^y al trouvé que des abus qui m^en ont dégoûté.
— Monsieur, dit ;loseph en le regardant avec dou*ceur, êtes- vous mtrié t