‹ Joseph, ou, Le vertueux ouvrier: ou le vertueux ouvrierChapitre 70 sur 74 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

— 1^8 encore ; je suis à la veille pourtant ; maU qu'<e8t-«e que cela fait à la ohose ?

— !0h ! c'est qu'il y a tant d'abus dans le mariage que je ne comprends pas comment voub y pourriez songer. Savez-vQus bien que je connais des femmes qui tourmentent leurs maris du matin au soir^ qui les trompent^ qui les pilent, qui les mettent aux galères. Ah ! Monsieur» ne vous mariez donc pas, il y a trop d'abus dans le mariage; c'est une abomination.

-* B^ ! flt le commis-voyageur, mais je connais « moi , des femmes qui rendent leurs maris très- heureux. J'espère que celle que je prendrai sera de ce nombre. Vous avez beau dire , le mariage est une excellente afiaire quand on s'y comporte bien. Vous y voyez des abus; mais des abus ne sont pas la chose. Autant vaudrait dire alors que le commerce est un brigandage , parce qu'il y a des négociants qui font des banqueroutes frauduleuses ou trompent en vendant. Je crois pourtant , moi , que le commerce est une bonne chose , et je le crois , en dépit de ceux qui en usent mal et qui le déshonorent.

— Je vous remercie , Monsieur, dit Joseph , d'avoir si bien plaidé ma cause. Appliquez à la religion tout ce que vous venez de dire du mariage et du commerce, et vous ne serez plus tenté de la mépriser i cause de l'abus que les hommes en font quelquefois.

— Oh I mais ce n'est pas la même chose.

— Pardonnez-moi , Monsieur, les abus auxquels la religion a donné indirectement naissance ne disent rien contre elle ; ils prouveraient aii contraire sa bonté ; car on n'abuse que de ce qui est bon. C'est à ceux qui la pratiquent mal qu'il faut faire le procès. Du reste , je me permettrai de vous faire remarquer que ces abus sont bien moins nombreux que vous ne

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le pensez ; qu'ils sont mêlés de beaucoup de bien , et qu'il n'est pas juste de ne voir que la paille dans Taire; il faut tenir compte aussi du bon grain. Je vous dirai que l'Eglise travaille sans cesse h corriger les abus auxquels l'ignorance , la cupidité ou la superstition peuvent quelquefois donner naissance, et que ce serait la calomnier que de dire qu'elle nourrit et fomente ces abus , ainsi que le prétend un homme célèbre par son apostasie , et qui a bien osé dire que dans la religion on dispense de la pratique des vertus ceux qui suicent les pratiques extérieures qu'elle consacre.

» Quand j'ai lu ces lignes , dit Joseph , j'étais si indigné que j'aurais voulu mettre le livre sous mes pieds. »

C'est avec cette vigueur que Joseph savait défendre au besoin les intérêts de la religion , quand elle était attaquée ou insultée devant lui.

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