CHAPITRE XXIII
poir, li D*igDorait pas que , reotrés chez eux sous le poids horrible d'une perte à laquelle leur bourse n'avait pas suffi , ils déchargeaient sur leur pauvre famille toute Tamertume de leur âme exaspérée. 11 savait , en un mot , combien Tabus touche de près à Tusage en matière de jeu , et , en voyant le naufrage des autres , il avait toujours navigué sur cette mer avec une extrême prudence.
Devenu vieux y il pouvait se donner plus de latitude et passer de plus longues heures dans cet exercice qui abrégeait un peu ses soirées d'hiver. Un capitaine retraité , qui était venu dans ce quartier manger sa petite pension et soigner le vieux catarrhe que recouvrait sa croix d'honneur, semblait être là tout exprès pour aider Joseph à t»uer le temps et lui servir de partenaire*
On jouait toujours petit jeu , mais on jouait tout de bon , et le vieux brave ne tenait pas moins au gain d'une partie de piquet que Napoléon à celui des batailles , oiji il savait si bien tenir les cartes.
C'est ainsi que les jours venaient après les jours , jusqu'à ce qu'enfin le dernier se laissa entrevoir. Joseph, qui n'avait presqift jamais souffert, devait être cruellement éprouvé dans les quelques mois qui précédèrent sa mort. Il supporta son mal avec une patience dont tout le monde était édifié. On voyait combien la pensée de Dieu lui était douce et utile alors. Pas une plainte, pas un murmure dans ces souffrances si longues , mais un acte continuel de résignation et une douce paix qui rappelait celle d\i Sauveur en croix , dont l'image était sous les yeux de Joseph , qui en était lui-même la meilleure et la plus parfaite copie.
il n'avait point attendu trop tard pour régler ses
\9iS JOSEPH
aflaires de tout genre. Son testemeitt était fail , ses dettes payées ; il ne laissait à ses enfants aueun embarras ni aucune autre peine que celte que devait leur causer la perte d'un si bon père.
La religion l'avait enfironné de taus ses secours. U les avait reçus long-temps avant les dernières dé*faillaUces de son corps , parce qu'il craignait celles de son esprit, et qu'il voulait jouir de toute la plénitude de sa raison , eu recueillant les deroiers bienfaits de son Dieu sur cette terre.
On pleurait autour de lui ; mais c'était plutôt d'adrairaiionr et d'attendrissement que pour toute autre raison ; car on sentait bien qu'une si longue carrière ne pouvait plus se prolonger, et on avait tout lieu de croire que Joseph après sa mort ne serait pas perdu pour ses enfants. Il veillerait encore sur eux du haut du ciel , où il allait les précéder et les attendre.
La veille de sa mort , Joseph sentant ses forces' presqu'anéanties , en recueillit tous les restes et voulut bénir encore une fois sa famille chérie. On apporta jusqu'aux plus petits enfants. U n'y avait rien dans ce spectacle qui put effrayer leur imagination. Le bon grand-père allait s'endoftnir, et on leur disait avec raison qu'il se réveillerait plus tard. €e tableau n'avait donc rien d'effrayant; les douces teintes de* la foi en déguisaient complètement l'borreur inévitable.
Joseph profita de ce moment solennel pour adres- 'ser à chacun de ses enfauts un mot utile que la circonstance devait rendre ineffaçable dans leurs souvenirs. Saint Louis, sur son lit de mort , traçait pour l'héritier de son trône des enseignements qui valaient encore mieux que le sceptre fragile qu'il lui transmettait. Heureuses les familles oii l'on songe en raou^ rant à remplir ce devoir ! Trop souvent la bouche