CHAPITRE IV
met quelquefois beaucoup moins encore que l'avenir ne donnera.
Le frère de la première était un jeune religieux distingué par ses talents et plus encore par sa piété- Fidèle à tous les devoirs qu'impose la charge si intéressante mais si difûcile d'élever la jeunesse , il ne s'étudiait pas seulement à former Tesprit de ses écoliers en leur rendant agréables et faciles les premiers éléments de la science , et leur jugement en leur apprenant à se faire des idées justes de chaque chose , mais il donnait les plus grands soins à bien diriger leur cœur, en le portant à Tamour des vertus chrétiennes et sociales ; leur faisant surtout aimer celles qui , en perfectionnant l'individu , contribuent également au bonheur et à la tranquillité publics. Ainsi il leur recommandait souvent la charité et la sincérité; et , quand iJ surprenait dans la conduite de quelque élève UB mensonge ou une fourberie, il s'attachait à le couvrir de confusion , pour inspirer aux autres la plus grande horreur de ce vice.
Ce bon frère aimait d'un amour égal tous les enfants confiés à ses soinset à sa soIJicitude, parce qu'il savait que tous sont également chers à Dieu, et qu'il ne voulait , pas plus que son adorable Maître , faire acception des personnes ^ Cependant , lorsqu'il voyait dans un élève des dispositions toutes particulières, et que la Providence paraissait avoir des vues plus élevées sur l'avenir de cet enfant, il s'attachait avec un soin spécial à préparer cet avenir et à entrer dans les intentions du Dieu qui demandera un jour beaucoup à celui à qui il aura beaucoup donné ^.
Joseph était évidemment de ce nombre; aussi le
' Non est personarum accepter Deus. Âci. x. 34. » Luc. xu. 48.
frère de la première lui donnait-il, indépendamment des avis généraux, certains conseils particuliers dont il pouvait profiter mieux que d'autres, et qui, malgré sa jeunesse, n'étaient pas trop relevés pour lui.
a Mon enfant, lui disait-il quelquefois, tous ne savez pas à quoi la Providence vous destine. Vous êtes né dans une condition obscure , et vous y resterez peut-être toujours ; mais là , comme ailleurs , on peut se rendre utile , et il en faut prendre dès aujourd'hui les moyens.
Peut-être aussi le bon Dieu vous appellera-t-il i occuper dans le monde une position distinguée ; et , dans ce cas, il veut que vous vous en rendiez digne et capable. Songez-y de bonne heure , les premiers pas dans une carrière décident souvent des derniers, et quand on veut sauter bien loin, il faut prendre un vigoureux élan. Avec de l'instruction , une bonne conduite , du temps et de la persévérance , vous pouvez atteindre le haut de l'échelle dont vous occupez aujourd'hui le degré le moins élevé.' Mille autres sont partis d'aussi bas , pour arriver aux plus belles positions dans la société, et qui vous a dit que vous n'auriez pas le même sort ?
D Sans doute, mon cher enfant, la religion, au nom de laquelle je dois vous parler, condamne et réprouve Vambitiony c'est-à-dire Vamour déréglé des grandeurs, qui fait qu'on ne peut y parvenir que pour en jouir à l'aise sans songer à se rendre utile aux autres, et qu'uniquement occupé de s'élever sur la terre on néglige ce qu'un véritable chrétien doit faire pour s'élever aussi dans le ciel.
» Mais la religion ne défend pâs cette noble émuialùm qui fait qu'on aspire à ce qu'il y a de plus grand en commençant par bien faire ce qu'il y a de