‹ JosephChapitre 12 sur 96 · LIVRE I. 2f · texte numérisé non relu

LIVRE I. 2f

<îe rh^tnen, soudain un feu dévorant s'allume dans son cœur, et se répand dans tous ses membres : son âme égarée se forme le tableau d'un jeune homme, le seul mortel qui doive fixer ses vœux. Comme Narcisse se contemplant dans l'onde et voulant s'unir à cette image, elle est vivement frappée de ce tableau ; il se grave dans son cœur en traits ineffaçables. Depuis ce moment Vénus lui a paru les présenter sans cesse à ses regards; et lorsque, contrainte par le devoir, sa bouche jurait à son époux de l'aimer, ses sermens ne s'adressaient qu'à cette image charmante.

Comme elle arrive dans le hameau de Putiphar, elle est frappée d'entendre unç agréable harmonie; elle s'avance et aperçoit de loin les bergers et les bergères , ornés de guirlandes de fleurs , et qui unissaient leurs voix au son des lyres. Quoi! dit-elle, sont-cc là ces esclaves que l'on m'avait peints si féroces, et dont je me proposais d'adoucir le sort ? Hélas! ils sont plus fortunés que moi; ils abandonnent leurs cœurs aux penchans de la nature, et, heureux l'un ])ar l'autre, ils ne sont pas contraints tians leurs amours. En disant ces

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mots elle les regarde, verse quelques larmes, et s'éloigne en soupirant.

Devant elle est une forêt sombre et solitaire ; elle y porte ses pas dans l'espoir d'y trouver plus de repos. Se livrant au cours de ses pensées, elle s'enfonce sous l'ombrage épais , quand une cabane ornée de fleurs odoriférantes attire ses regards. A l'entrée de la cabane était assis un jeune homme d'une beauté frappante : c'était Joseph ; sa blonde chevelure descendait jusque sur le gazon; il gémissait, et tenait les yeux tris-» tement attachés au ciel : autour de lui erraient ses troupeaux.

A son aspect Zaluca est saisie de la plus vive surprise; un trouble soudain s'empare de ses sens , son cœur palpite ; le feu de l'amour coule dans ses veines, et l'embrase. Immobile, elle considère long-temps Joseph : plus elle le regarde plus elle est attendrie; son œil enflammé ne peut s'éloigner de lui , et elle se sent comme enchaînée dans ce séjour.

Ce soir Joseph , au lieu de célébrer avec ses compagnons l'arrivée de l'épouse de leur maître , était demeuré dans sa retraite ; en vain ses amis l'avaient pressé de sécher

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ses larmes et de joindre sa voix à leur mélodie , ils n'avaient pu triompher de sa tristesse. A ses pieds était une lyre qu'Ito- Lal avait portée dans cette cabane. Joseph y attache les yeux , il la prend dans ses mains. Bientôt il pousse ces accens douloureux, qu'il accompagne de la lyre :

On veut que je me couronne de fleurs, que ma bouche éclate en chants d'allégresse, et que ma main forme une agréable harmonie! Hélas! ces heureux accords sont-ils faits pour un infortuné?.,.. Echos qui environnez le lieu de ma naissance, vous les entendîtes autrefois , vous vous plaisiez à les redire.... Sur ces rives lointaines quel serait le sujet de mes chants ? Célébreraisje les douceurs de l'amour et de la tendresse filiale? Noms chers et sacrés, vous ne faites que réveiller ma douleur!... Exalterais-je les beautés de la nature, cet ombrage, ces fleurs, ces ruisseaux, qui ont perdu pour moi leurs plus doux charmes, qui ne sont plus les témoins de ma félicité?.... Et toi, Etre souverain, qui règnes sur tout l'univers, toi, à qui je consacrais souvent mes accords au sein de l'infortune, pourrais-je produire des sons dignes de

toi? Lyre, désormais sois muette, ou n'exprime que des gémisseraens... Ce seront mes seuls accens jusqu'au tombeau... Coulez, mes pleurs, soulagez, s'il se peut, un cœur brisé... Que ne puis-je en ce moment pousser ma dernière plainte et répandre ma dernière larme !..,

Il veut poursuivre , mais les cordes trempées de ses pleurs ne rendent plus aucun son; sa voix est éteinte, et sa main, qui imitait le cours interrompu de ses sentimens, n'erre plus sur la lyre.

A cette voix douce et touchante; à cette mélodie où se peignait tout l'égarement de la douleur ; à ces gémissemens, et à ce silence plus expressif encore , Zaluca , vivement attendrie , ne peut retenir ses larmes : les oiseaux sont muets et immobiles; et les troupeaux, qui erraient autour de la cabane, s'arrêtent et semblent émus. Ainsi quand Philomèle a vu périr son amant , elle gémit long-temps en secret, et ses tons les plus lugubres sont trop faibles jiour sa tristesse ; mais lorsqu'elle rompt enfin le silence, ses premiers accens sont si douloureux, que ses compagnes attendries suspendent leurs chants; et si quelque amante

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