‹ JosephChapitre 13 sur 96 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

ÎTifortunée porte ses pas errans dans la foret, elle-même interrompt ses plaintes, et lui laisse exprimer sa propre douleur.

Zaluca continue à considérer Joseph :

elle est prête à s'approcher de lui et à lui demander le sujet de ses larmes ; mais un trouble secret la retient, et, tandis qu'elle reste indécise , il se retire. Arrivée dans sa demeure champêtre, elle croit encore le voir, elle croit encore entendre ses chants : la nuit ne peut dissiper ces images; et si le sommeil ferme un moment sa paupière, des songes séduisans les lui ramènent.

Dès le matin elle demande quel est ce jeune berger qui se retire dans le fond des forêts pour verser des pleurs. On lui dit qu'il appartient à Putiphar; on lui vante sa beauté, sa douceur, ses vertus; on lui apprend qu'il a su giigner ses compagnons les plus féroces , et même l'inflexible Butophis; qu'avec lui la félicité est arrivée dans le hameau ; mais qu'en la répandant autour de lui, lui seul n'en jouit point, et se plonge dans une mélancolie profonde; qu'aucune bergère n'a su attendrir son cœur, et que ses amis les plus chers n'ont encore pu lui arracher son secret.

Zaluca écoute avec complaisance les éloges que l'on prodigue à Joseph ; mais quand on lui parle de la douleur de l'infortuné , ses yeux se couvrent d'un nuage. Elle se demande le sujet de son trouble, et se persuade que c'est la pitié. La tristesse , dit-elle , qui était peinte sur le front de Joseph est toujours présente à ma pensée: quelle âme n'en serait émue? Si jeune et si malheureux! il mourra victime de son silence.... Sans doute il est d'un rang illustre ; on découvre de la noblesse à travers sa naïveté ; on a vu les dieux mêmes réduits à la condition d'esclaves.... Seul de ses compagnons, il n'offre ses vœux à aucune bergère!.... Je veux qu'il m'ouvre son cœur; je veux tendre à sa jeunesse une main bienfaisante.

Elle dit; et avant que le soleil ait achevé sa carrière, elle sort du palais sans être accompagnée, et ses pas se portent comme d'eux-mêmes vers la forêt. Joseph, assis dans sa cabane isolée , payait à sa douleur le tribut accoutumé de ses larmes , quand tout à coup Zaluca parait à l'entrée de la cabane. Surpris , il se lève , retient ses sou-^ pirs , et veut essuyer ses pleurs.

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Jeune infortuné, ne te trouble point, dit-elle d'une voix émue ; l'épouse de Putipliar vient terminer tes disgrâces. Quel est donc le sujet qui t'oblige à rechercher cette solitude, à renoncer aux douceurs de l'amour et aux jeux innocens qui conviennent à ton âge? Craindrais-tu de me confier tes secrets? Je connais moi-même l'infortune; et quand je serais au faîte de la félicité, tu ne trouverais pas mon cœur insensible à tes peines. Tes pleurs ont su m'attendrir. Je lis dans tes traits que ta naissance est trop au-dessus de ce vil abaissement : quel barbare a pu te précipiter dans l'esclavage? Parle; gémis-tu d'un état si indisne de toi? Dès ce moment tu es libre : la liberté est le moindre des biens auxquels tu pourras prétendre ; ma main essuiera ces larmes , les dernières qui couleront de tes yeux.

A ces mots , Joseph , vivement ému , cède à l'espoir de voir terminer ses peines, et se résout à révéler des crimes qu'il voulait ensevelir dans un silence éternel.

Le soleil paraissait tout en feu derrière la cabane et à travers l'épais feuillage, tandis qu'à l'opposé la lune traçait son orbe *

argenté dans les cieux et sur les flots tremhlans du Nil. Les chants des oiseaux s'affaiblissaient par degrés, les feuilles des arbres s'agitaient plus lentement; on entendait encore les niugissemens des troupeaux satisfaits, qui s'éloignaient des pâturages : mais bientôt tout se tait, et le calme est universel. Zaluca, assise avec Joseph à l'entrée de la cabane sur un siège de gazon, fixe ses regards sur le jeune esclave , et lui prête une oreille attentive : la nature entière semble écouter en silence. Il prend la parole.

FFN nu LIVRE PREMIER.

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