‹ JosephChapitre 17 sur 96 · LIVRE TT · texte numérisé non relu

LIVRE TT

je voyais d'un œil satisfait croître Benjamin (c'était son nom); je IxJnissais le ciel de m'avoir donné un frère avec lequel je pusse goûter les charmes d'une amitié mutuelle.

Parlerai-je d'une circonstance peu remarquable (car, hélas! un tel songe pouvait-il venir du ciel)? Je racontai à Jacob, en présence de mes frères, qu'il m'avait semblé, dans une nuit majestueuse, que le soleil, la lune, et onze étoiles, se détachaient de la voûte céleste comme pour se prosterner devant moi. Mes frères crurent entrevoir dans ce songe un présage de leur abaissement et de ma grandeur future.

Vains fantômes! astres, vous êtes maintenant témoins de l'ignominie de mon sort.

De tous mes frères, Siméon et Rubeu étaient les plus animés contre moi. Je différais à vous les dépeindre ; et si je pouvais vous dérober leurs actions, je ne tracerais ])as leur caractère. Que je plains surtout Siméon! Quelque affreuses que soient mes infortunes, elles n'égalent pas encore les siennes. Mes premières années ont du moins coulé dans le sein du bonheur; mais lui, depuis qu'il respire, il ne connaît que des sentimens d'amertume. Éloigné de mes

amis les jjIus chers, je m'occupe de notre teiiflresse réciproque; au comble des disgrâces , je goûte encore la douceur d'aimer : mais l'amitié n'a jamais su attendrir Siméon; jamais ses yeux ne versèrent de ces larmes délicieuses que le cœur préfère aux ris. Toujours sombre et chagrin, il cherche la solitude : sa noire chevelure rend plus sensible sa pâleur naturelle; jeune encore , les rides sillonnent son front ; il n'a jamais chanté ni pris en main la lyre; il voit les fleurs et l'aurore sans attendrissement. Quoiqu'il ne soit pas l'aîné de me* frères , tel est son ascendant sur leur esprit, qu'ils le regardent comme leur chef. Ruben, qui est le plus âgé d'entre eux , me haïssait avec plus d'artifice....

Mes pleurs vous annoncent que je touche à la circonstance qui devait me rendre le plus fortuné des mortels.

Le jour où l'on célébra la fête que je vous ai dépeinte , et au moment que mon père m'eut couronné de fleurs > arriva dans notre hameau une jeune bergère nommée Sélima. Un voile couvrait son visage, mais sa taille et sa démarche attiraient tous les yeux. Elle s'approche de Jacob. Respecta-

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