‹ JosephChapitre 18 sur 96 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

ble vieillard, dit-elle, c'est à regret que je trouble ta joie. Tu vois une triste orpheline, issue de Nachor, frère d'Abraham.

Lorsque je perdis mon père, j'étais encore au berceau : je viens de fermer les yeux a ma mère. C'est moins son ordre que le bruit de tes vertus qui m'attire en ce lieu: sers d'appui à ma jeunesse, ralentis le cours de mes larmes; et, consentant à flatter ma douleur, permets-moi de t'appeler du nom de père.

Aux accens de cette voix, je sentis palpiter mon cœur; mes regards voulaient pénétrer le voile pour considérer celle qui proférait des sons si touchans. Mais quelle ne fut pas mon émotion , lorsque Jacob lui ayant accordé sa demande , elle fît voir à découvert tous ses traits ! Une fleur qui, mouillée des pleurs de l'aurore, s'épanouit et prodigue à la fois ses charmes et ses parfums , est une faible image de ce que parut en ce moment la jeune Sélima. Ses larmes, comme une source argentée, coulaient le long de ses joues jusque sur sou sein ; sa belle main les essuyait avec sa blonde chevelure. Ses premiers regards se ♦ournèrent vers Jacob; ensuite nos yeux

se rencontrèrent, et nous fûmes troublés. Je m'approchai d'elle, et lui dis : J'ai souvent demandé au ciel une sœur, le ciel comble en cet instant mes vœux. Cependant ma bouche prononçait à regret ce doux nom , et il me semblait exprimer faiblement l'impression qu'elle m'avait faite.

Elle nous accompagna dans la plaine où la fête fut célébrée: là nos yeux s'arrétaieat souvent l'un sur l'autre; et tandis qu'elle baissait les siens, je la regardais encore; ma lyre demeurait muette entre mes mains. Jusqu'à ce jour mon cœur n'avait connu que l'amour filial et l'amitié fraternelle; je ne savais quel était ce nouveau sentiment; mais il me semblait si doux et en même temps si impérieux, que je crus n'avoir encore rien aimé.

Ici Zaluca ne put cacher l'agitation de son cœur. J'abuse de votre bonté, lui dit Joseph; mais tantôt je m'abandonne au souvenir des mes infortunes , tantôt à celui d'une félicité trop passagère.

Continue, répond-elle avec une tranquillité feinte, et n'omets aucun détail.... Je crains que cette Sélima ne soit la cause de tes disgrâces Mais peut-être les sen»

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