‹ JosephChapitre 20 sur 96 · LIVRE II. 5l · texte numérisé non relu

LIVRE II. 5l

plus fort, je n'osais vous dévoiler ce secret. Juger conibleri mou amour est violent; depuis qu'il croît dans le silence , j'ai senti s'affaiblir en moi l'inflexibilité que l'on me reproche : peut-être qu'un jour l'austérité de mon humeur se fût adoucie. Mais, non; Sélima n'était point née pour moi : Jacob n'a pu lire dans mon cœur comme dans celui de son cher fils ; et quand il aurait pénétré mes sentimens, n'eùt-il pas fallu les étouffer? Vous avez tous été les témoins de mon opprobre; c'est en présence de vous tous qu'il m'arrache Sélima pour la donner à ce frère perfide. C'en est fait, je vais m'éloigner du hameau pour n'y rentrer jamais. Voyez si vous voulez me suivre, ou me trahir à l'exemple de Joseph. Mais pourriez-vous oublier vos propres affronts ? Jacob ne préfère-t-il pas cet enfant à tous ses fils ? Ruben , ne te souvientil plus que tu es l'aîné , et que tu occupais auparavant la première place dans son cœur? Partons: ne craignez point d'affliger Jacob par notre départ; ne se consolerat-il pas dans les embrassemens de Joseph ? Si vous êtes trop faibles pour abandonner 1 jamais le hameau paternel, saisissons du

Sa JOSEPH,

moins quelque prétexte pour ne point assister à la fête d'un hymen odieux.

Il dit, et tous jurent de le suivre. A ce discours , à ces sermens , je sentis mon sang se glacer dans mes veines.

Aussitôt mes frères se rendent auprès de Jacob : je les suis, et j'arrive presqu'au moment qu'ils entraient dans la cabane.

Ruben s'adressant à mon père : Tu nous accuses depuis long-temps, lui dit-il, de négliger nos troupeaux : permets-nous de les conduire dans les gras pâturages de Sichem. Jacob, y consent, en leur faisant promettre que , dans ce mois, le jour où la lune terminera sa carrière, jour marqué pour mon hymen , ils se ti"ouveraient dans le hameau. En même temps il reçoit leurs adieux. Siméon s'approche de lui d'un œil farouche : le vieillard le regarde avec sévérité , bientôt il l'embrasse tendrement : mais Siméon conserve son air sombre, même dans les bras d'un père.

Quelle ne fut pas ma douleur! Quoi] disais-je en moi-même, les plus tendres liens deviendi'ont toujours pour moi une source de disgrâces ! Siméon , que ne puis-je te sacrifier Sélima ! Que je suis infortuné de

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