LIVRE II
ne pouvoir être heureux qu'aux dépens du bonheur de mon frère ! Telles étaient mes plaintes,
Sélima cherchait à me consoler; sa voix insinuante dissipa ma tristesse : j'espérai que l'absence affaiblirait et la haine cruelle de Siméon, et un amour qu'il avait voulu éteindre dès sa naissance, et je ne songeai })his qu'à Sélima et aux apprêts de mon hvmen.
A côté de la cabane de Jacob s'élevaient deux beaux palmiers, qui, parfaitement semblables à ceux qui forment cette demeure consacrée aux larmes , paraissaient m'appeler sous leur ombrage. Souvent assis sous ces palmiers: Croissez, ô rameaux, chantais-je; épaississez votre feuillage : témoins du tendre amour qui m'unit à Sélima, vous serez quelque jour notre habitation chérie. Ces rameaux avaient crû , leur feuillage s'était épaissi ; et je touchais à ce jour qui faisait l'objet de mes désirs. Avec quelle ardeur je préparai ma cabane nuptiale! les branches dociles se pliaient à mon gré , et les fleurs semblaient s'assortir fl'elles-nu'mes. Vous voyez ici l'image de cette demeure qui devait être si fortunée,
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La cabane étant faite , j'y conduisis Sélima : sa présence y prétait un nouvel éclat aux fleurs et à la verdure. Hélas! nous n'avons vu qu'un moment le séjour où nous devions être unis à jamais !
Le jour de mon hymen étant arrivé , je devance l'aurore : le silence régnait encore dans le hameau ; je porte mes regards impatiens vers les lieux où le soleil se lève. Il paraît enfin, mais chargé d'épais nuages, que ses rayons avaient peine à percer; les ténèbres semblaient vouloir prolonger leur empire. Eh quoi! disais-je, un ciel serein n'embellira point la plus heureuse de mes journées! En prononçant ces mots, un secret pressentiment troublait mon cœur.
Etonné de ne pas goûter plus de joie, je me reprochais mon indifférence.
Bientôt je vole vers Sélima; à peine l'aije entrevue , que ce trouble est dissipé. Je la pare des fleurs que je venais de cueillir; elle me décore d'une guirlande où l'on distinguait des emblèmes de notre union; mais je remarquai que les fleurs qui composaient ces emblèmes étaient mouillées de ses larmes.
Nous nous rendons dans la cabane d&
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Jacob; il nous serre tendrement dans ses bras. Cependant mes frères ne paraissaient point : mon père, pour leur marquer l'impatience que nous avions de les revoir, propose d'aller à leur rencontre.
Nous sortons de la cabane; le vieillard me donne une main, et l'autre à Sélima; précédés du jeune Benjamin, nous traversons le hameau, au milieu de mille cris de réjouissance, et sur un chemin que les enfans et les épouses de mes frères avaient parsemé d'un feuillage fleuri. Je portais des regards satisfaits et sur ces épouses vertueuses, et sur ces enfans qui ne participaient point à la haine de leurs pères, et sur ces nombreuses cabanes décorées de fleurs nouvelles. Nous nous avançons à quelque distance du hameau ; Jacob s'assied sous un cèdre, tandis que Sélima, Benjamin et moi, nous montons sur une colline, afin de pouvoir lui annoncer l'arrivée de mes frères.
Le soleil avait fait la moitié de sa course, et mon père alarmé commençait à craindre qu'il ne fût arrivé quelque malheur à ses enfans; il se reprochait d'avoir consenti à }eur départ, et il voulait aller lui-même les
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secourir ou les consoler. Quant à moi, soupçonnant trop les véritables raisons de ce retard, je vis que mes espérances avaient été frivoles. Veuille te reposer sur mon zèle , lui dis-je , j'irai trouver mes frères.
Hé quoi! répondit-il, tu veux aussi me quitter ! je me verrai donc privé de tous mes fils ! .... Il est vrai que t'envoyer à Sicliem, c'estv aller moi-même; je connais ta tendresse pour tes frères... Cependant, s'il me fallait attendre ton retour ainsi que le leur? Je ne suis pas éloigné du trépas : si je mourais sans que tu reçusses mes bénédictions, sans que ta main me fermât la paupière !
A ces paroles, je fus vivement attendri. D'un autre côté, Séliraa me pressait, avec les expressions les plus touchantes, de ne la point quitter. Mon cœur éprouvait de violens combats; mais l'amitié fraternelle et le devoir l'emportèrent. J'embrassai le vieillard , qui , me serrant contre son sein , poussait des gémissemens dont mon âme était troublée. J'embrassai Sélima; et le jeune Benjamin, qui partageait notre douleur commune, me tendait les bras et versait des larmes.
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Sélinia, éplorée, suivit mes pas. Je n'ai pu te parler librement, dit-elle, en présence de Jacob. Où vas-tu? as -tu donc oublié la liaine de tes frères? penses-tu les ramener dans le hameau ? Ce jour devait étrele plus heureux de notre vie: si tu m'aimais , pourrais-tu reculer notre union ?
Je t'aime, lui répondis-je; mais l'amour éteindrait-il l'amitié que je dois à mes frères ? Ma félicité ne serait-elle pas troublée, si je célébrais sans eux mon hymen? Croistu que Jacob , inquiet sur le sort de ses fils , nous unisse en leur absence ? C'est l'amour autant que l'amitié qui me porte à accélérer leur retour.
En achevant ces mots , je m'arrache doucement d'entre ses bras , et je m'éloigne. De temps en temps je me retournais , et j'attachais les yeux sur ces tendres amis, qui de leur côté me suivaient de leurs regards. Mais lorsque je les perdis de vue, je fus saisi de lapins vive douleur. Je lis quelques pas vers eux pour les voir encore : ils s'avancèrent vers moi dans le même dessein : nous nous tendious les bras, et nous demeurions long-temps à nous regarder avec des démonstrations muettes de tendresse.
Je me demandais : D'où vient répandent-ils des larmes? Mais pourquoi mon propre cœur est-il si serré? Si je les quitte, c'est pour un jour seulement, et pour revoir des frères.
L'idée de mon devoir se réveillant dans mon esprit , je donnai encore un dernier regard à Jacob, à Sélinia et à Benjamin; et portant les yeux sur le hameau paternel, qui s'étendait devant moi sur une colline , j'y découvris ma cabane nuptiale : Adieu, dis-je, heureux séjour ! avant que soient fanées les fleurs qui te décorent, j'espère voir sous ton ombrage se dissiper le trouble de mon cœur. En même temps je continuai ma route.
A mesure que j'avançais, le désir d'embrasseï- mes frères tempérait ma tristesse. Je me flattais qu'ils ne pourraient résister à mon empressement, et à l'amitié tendre et sincère que manifesteraient les accens de ma voix, mes regards, mes prières et mes larmes.
Occupé de ces idées , j'entre dans Sichem , à l'heure où les troupeaux quittaient les pâturages : dans l'espoir de rencontrer mes frères, je traverse le hameau