LIVRE II
d'un pas rapide; mais je n'aperçois aucun d'entre eux. Je demande où sont les fîls de Jacob. On me répond que depuis plusieurs jours ces fils , peu dignes d'un père si vertueux, ont délivré le hameau de leur présence, qu'on ignore leur nouvelle retraite, mais qu'on les a vus se rendre vers la foret voisine.
A ce discours je pousse de profonds sour)irs , et je porte mes pas errans dans la campagne : déjà s'avançaient les ombres de la nuit. Que j'éprouvai de combats ! Prolonger mon absence , c'était inquiéter vivement un père et une amante que je désirais moi-même de rejoindre. Mais pouvais-je retourner sans être accompagné de mes frères ? Eussé-je dit à Jacob qu'ils n'étaient plus dans Sichem, que j'ignorais le lieu de leur demeure? Je résolus de me sacrifier plutôt que de ne point ramener tous ses enfans dans ses bras. Je n'attendis pas le retour de la lumière. La nuit avait étendu son voile sombre, et j'entrai dans la forêt, où, marchant au hasard, je m'écriais : Fils de Jacob , mes frères ! où êtes-vous ? Ma voix se faisait entendre comme les cris douloureux d'un agneau qui a perdu sa mère.
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Quoi ! interrompit ici Zaluca , épouvantée , t'cngager seul daus 1 horreur des ténèbres , au milieu de cette forêt ! Je tremble que les bêtes féroces ne t'aient attaqué. Elles fuirent devant moi , répond Joseph ; je dus trouver dans mes frères des coeurs plus cruels...
Un étranger accourut enfin à mes cris, et me dit que les enfans de Jacob étaient à Dothaïm; je crus que c'était une intelligence céleste qui descendait à mon secours. Ah ! lui dis-je, si tu traverses le hameau de Jacob, veuilles entrer dans la cabane du vieillard ; dissipe ses craintes et celles de la jeune Sélima, à laquelle je serais maintenant uni, sans des circonstances fatales ; dis-leur que si je retarde mon retour, c'est que je suis les pas de mes frères.
Je continue ma route; et marchant toute la nuit, j'arrive au point du jour dans la plaine de Dothaïm. Bientôt je vois s'avancer de nombreux troupeaux; leurs chiens fidèles courent à moi , et me font des caresses. Ah ! m'écriai-je transporté de joie, je vais donc embrasser mes frères ! Je me précipite en même temps à la rencontre du premier; c'était Siméon. A la fureur qui s'alluma