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daus ses yeux, je m'aperçus du moment où il me reconnut. Audacieux, dit-il, tu me suis dans des lieux où j'évite ta présence! paré de cette guirlande odieuse, emblème de votre union, tu veux donc me forcer à être témoin de ton bonheur ? 11 me repousse en disant ces mots.
Je l'avouerai, je voulus vaincre cette haine : malgré ses efforts je le pris dans mes bras; et, sans pouvoir parler, je le serrai contre mon sein avec une violence pardonnable à la seule amitié.
Mais loin d'être attendri par ces embrassemens, il en devint furieux. Sont-ce là, dit-il, des témoignages de tendresse ou de haine? Faible ennemi, qui ne m'as vaincu que par la ruse , penses-tu me surpasser eu force? En prononçant ces paroles, il se débat, s'arrache de mon sein, s'arme de son coutelas , et le tient levé sur mon cœur. Je ne lui opposai aucune résistance; mais Ruben accourut, et retînt le bras de mon frère.
Aussitôt je me vois entouré d'eux, je les entends délibérer sur mon sort. La fureur de SiméoM ne ])ouvait être contenue. Il déchire la guirlande qui m'avait été attachée
Hî JOSEPH.
par la main de Sélima ; et, sans me laisser le temps de l'implorer, il m'entraîne et me précipite dans une citerne : elle était sans eau.
Le soleil touchait au milieu de sa course , et mes frères s'abandonnaient à la joie d'un festin, tandis que, faible et presque inanimé, étendu sur la pierre brûlante, j'attendais le trépas. Tout à couj) Siméon paraît au bord de la citerne ; il m'ordonne d'en sortir , et me prête du secours. Quoique la même fureur éclatât dans ses regards , je crus que la compassion avait touché son âme.
Je le suis d'un pas chancelant jusqu'à l'endroit où mes frères étaient assemblées: là , je vois avec une vive surprise des étrangers qui leur comptaient de l'or. Mais apprenant bientôt ma destinée malheureuse, mes yeux se portent de toutes parts pour chercher Ruben ; il s'était écarté. D'abord mes sanglots me coupent la voix : je surmonte enfin ma douleur , et j'adresse ces paroles aux fils de Jacob :
Si les regards , les soupirs et les pleurs (l'un frère pouvaient vous attendrir, je vous épargnerais les rçproches. Est-ce là le prix
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de la tendre amitié que je vous ai vouée depuis mon enfance ? J'ai quitté le hameau paternel pour vous y ramener; ne vous trouvant pas à Siehem, je vous ai suivis jusqu'en ce lieu, et je vous aurais suivis plus loin encore ; je ne voulais pas célébrer mon hymen sans être entouré de mes frères, sans avoir regagné leur tendresse , et voilà l'accueil que je reçois, et les soins de mon amitié me coûtent tout mon bonheur! .... Mais, dites, est -il bien vrai que vous ayiez la barbarie de m'arracher à un père , à une épouse...., à des frères? car je ne puis encore oublier que vous l'êtes. Pouvez-vous bien vous résoudre à vendre votre propre sang? L'or est-il donc d'un plus grand prix à vos yeux que les doux et sacrés liens de l'amitié fraternelle?.... Siméon, pourquoi Ruben l'empêcha-t-il de me donner la mort? JMais il n'est pas ici , reprends ton coutelas, voilà mon cœur ; j'aime mieux mourir que d'être esclave et vivre loin de tout ce qui m'est cher. ... Si mes malheurs ne vous touchent point; si, sans répandre des larmes, vous vous représentez les cris et les sanglots que , loin des miens , je pousserai dans l'horreur de l'esclavage ; êtes-vous
insensibles à la douleur de Jacob ? voulezvous faire couler les pleurs d'un père, et le précipiter dans le tombeau ?... Hé quoi ! étes-vous donc tous armés contre moi ?
Neplithali , mon cber Neplitbali! toi qui partageas mes jeux , et qui reçus de la nature un caractère plus doux, te contentestu de verser des pleurs?.... Siméon, mon frère! (ce nom seul devrait t'attendrir) tu m'aimas autrefois ; je ne te hais point, même après ce traitement barbare. Proviens les remords qui déchireront ton âme; rendsmoi la liberté, et j'oublie tout : mon père , Séliraa même, ne m'arracheront point ce secret funeste; j'effacerai la trace de mes larmes , je t'embrasserai ; nous retournerons au hameau , et notre amitié réciproque adoucira la vieillesse de Jacob , et prolongera sa vie.
En disant ces mots, je lui tendais les bras; et mes regards, en l'implorant, l'assuraient de ma tendresse.
La plupart de mes frères parurent touchés ;Nephthali voulut prendre ma défense; les étrangers même qui m'avaient acheté étaient attendris et irrésolus. Mais, ô pouvoir de l'avarice sur les cœurs ! Siméon les