‹ JosephChapitre 24 sur 96 · LIVRE I r · texte numérisé non relu

LIVRE I r

gagne en leur remettant une partie de leur or; puis, lançant des regards terribles à tous mes frères, il menace Nephthali de lui faire partager ma destinée. En même temps on me dépouille de la robe que Sélima avait tissue pour le jour de mon hymen, et l'on me revêt de l'habit d'esclave.

Alors, voyant que je n'avais plus rien à espérer ; Moment funeste, m'ccriai-je, où croyant trouver ici des frères , je m'arrachai des bras paternels, où je résistai à tes tendres instances, ô ma Sélima! maintenant je serais ton époux, nous respirerions le bonheur sous la même cabane ! . . . Tu m'attends à chaque h^ure; tu me prépares peutêtre une couronne de fleurs : abandonne-les aux vents ; elles n'orneront point ma tête...

Ensuite [n'adressant à mes frères : Je vous conjure pour la dernière fois, leur dis-je , par l'autel élevé des mains d'Aliraham, par les tombeaux de nos aïeux , par les cheveux blancs de Jacob, par vos épouses, par vos enfans, par toute la nature; enfin, par le dieu que vous adorez , ce dieu qui, maître de l'univers , nous a créés frères , qui a gravé lui-même dans nos cœurs les lois sacrées de l'amitié fraternelle , et qui en ce

moment nous regarde du haut des cieux... Vaines prières ! je ne vous implore donc plus pour moi. Retournez au hameau paternel; vous n'y verrez plus un frère qui vous est odieux : que Jacob n'ait pas la douleur de perdre tous ses fils.... Soulagez sa vieillesse!...

Nephthali se précipite alors dans mes bras ; nous confondons nos pleurs et nos sanglots. Je retrouve donc ici un frère ! lui dis-je: moment entremêlé d'horreur et de satisfaction Ecoute : pense que je ne suis plus,

et souviens-toi de ma volonté dernière.... Ne répands pas de larmes. Si tu es touché de mes malheurs, jure-moi de ne point abandonner mon père; sois l'appui de sa vieillesse ; console, s'il se peut , sa douleur ; qu'il ignore à jamais les auteurs de mes infortunes , il ne pourrait soutenir un coup si terrible. ... Je te recommande Sélima. . . . Soutiens -moi , je succombe au poids de mes malheurs... Prends soin de Benjamin...

J'allais poursuivre; mais Siméon arrache Nephthali de mes bras : mes frères s'éloignent , et les étrangers m'entraînent. Il me semblait que l'on déchirât mon creiu" en me faisant rompre à la fois tant de liens. Les

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