LIVRE II
noms de Jacob, deSélima, et de Benjamin, sortaient de ma bouche ; mes pleurs se précipitaient en torrens ; j'invoquais le ciel , je poussais des cris douloureux. Mais bientôt mes yeuxs'obscurcissent, mes genoux chancellent , et je tombe. Je bénissais l'Etre suprême, croyant toucher à l'heure démon trépas: des soins intéressés me rendent à la vie. En rouvrant les yeux, je demande mon père et Sélima, et je ne me vois entouré que de ces vils mercenaires qui trafiquent de la liberté des hommes.
Nous partons. Aucun objet ne frappait mes regards, on m'adressait vainement la parole : mon âme était absorbée dans le seul sentiment de la douleur. Toujours plongé dans cet égarement funeste, et, sans savoir quelle route nous avons prise, j'ai été conduit dans ce hameau, où Bulophis m'a mis au nombre de vos esclaves.
Voilà le récit de mes infortunes. Mon cœur trop plein , et qui jusqu'à ce jour ne s'est pas permis de raconter ses peines, seul soulagement des malheureux, a fait éclater devant vous toute sa douleur. Je vous ai dévoilé les crimes de mes frères. Cependant je ne doute point qu'ils ne soient en proie
aux remords : la vertu aura repris son empire dans leurs âmes. . . , Vous donnez des pleurs à mes disgrâces. Que cette sensibilité me présage un heureux avenir! Vous ranimerez ma vie languissante, et vous ferez renaître la joie dans le hameau de mon père.
Il se tait. La douce impression que fait sur un cœui* sensible le silence qui succède à une mélodie touchante est le sentiment qu'éprouve Zaluca. Elle se livre au plus vif attendrissement; ses larmes, sans qu'elle s'en aperçoive , continuent à couler de ses yeux ; tous les objets semblent avoir disparu devant ses regards; elle ne voit pas même Joseph. Enfin , sortant de cette rêverie profonde, elle se lève, promet au jeune esclave de terminer des infortunes si peu méritées, et prend la route de son palais.
Joseph, plus tranquille, essuie ses pleurs, et rentre dans le hameau.