LIVRE iir. yi
Veux-tu que mon créd it t'élève jusqu'à moi ? qu'il me sera doux que ton bonheur soit mon ouvrage! Satisfait des seuls biens de l'amour, veux-tu demeurer esclave? les grandeurs, dont j'étais si jalouse, te seront sacrifiées : cette cabane où tu as répandu tant de larmes deviendra le séjour de ta félicité; elle sera mon palais, et l'unique témoin de notre tendresse.
En prononçant ces mots , elle arrêtait sur Joseph des regards pleins de flamme. Tout paraissait seconder ses désirs : la douce lumière de la lune , en éclairant ses charmes , les rendait plus touchans ; l'ombre mobile du feuillage cachait et découvrait tour à tour un sein agité par de tendres soupirs; l'amour qu'elle venait de faire éclater parlait encore dans ses yeux; la forêt entière, et les guirlandes de fleurs dont la cabane était décorée , exhalaient des parfums odoriférans; et les rossignols, par leur voluptueuse mélodie, invitaient à l'amour les mortels et les habitans des bois.
Le jeune esclave , saisi de la |)lus vive surprise , gardait le silence. Zaluca en tirait un augure favorable; ses regards étaient plus touchans : elle croyait (ju'un soupir
8o JOSEPH,
achèverait sa conquête, lorsqu'il lui dit avec douceur :
Vous n'exigez pas sans doute que je vous déguise mes sentimens, et ma langue ne pourrait se prêter à la feinte. Je ne puis répondre à votre tendresse. Grand Dieu, je serais infidèle à la vertu auprès de cet autel qui t'est consacré ! O mes aïeux ! ô mon père! je me rendrais indigne de vous. Et toi, ma chère Sélima, je te manquerais de foi dans ce lieu où tous les jours je t'offre mes larmes, et qui me retrace ton image et ma cabane nuptiale !.. Mais vous, pardonnez ma hardiesse, n'étes-vous pas unie à un époux ? Si je suis fidèle aux liens de l'amour , ceux de l'hymen ne sont-ils pas plus sacrés encore ? Quand on a serré des nœuds si doux, peut-on former quelque autre désir? L'union de deux cœurs, cette union si libre , est donc ici l'ouvrage de la contrainte, et le même jour la voit naître et s'anéantir ! Si cette contrée autorise de telles mœurs , moi , je ne trahirai point mon devoir, Sélima et mou maître. Esclave et dépouillé de tout, je conserve la vertu , le seul bien qui me reste. Mais vous la respecterez vous-même. S'ilé^t vrai