‹ JosephChapitre 30 sur 96 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

chées, s'éveille avec effroi. C'est ainsi que, dans une ville réduite par un long siège à l'extrémité , lorsque les malheureux citoyensr livrés au repos ont enfin oublié leurs disgrâces, tombe une tour minée par des assauts souterrains; la ville entière, depuis ses fondemens jusqu'au haut de ses remparts, éprouve une secousse horrible; et tandis que le camp ennemi écoute ce tumulte avec les transports d'une barbare allégresse, le citoyen se réveille tremblant, et voit sa perte assurée.

La douce aurore, parée des roses qui répandent un parfum délicieux sur la terre, commençait à se montrer dans l'orient, lorsque Zaluca, frémissant de rage, s'arrache à son palais champêtre , et va cacher sa honte dans les murs de Memphis.

Joseph apprend avec satisfaction la nouvelle de ce départ. Le soir, il prévient l'heure où il se rendait à sa solitude. Il pense que dans son malheur il pourra du moins s'occuper librement de Sélima, et que les moraens qu'il lui consacre ne seront pas troublés par une rivale jalouse.

Rempli de ces idées, il touchait à son asile. Quelles sont sa surprise et sa douleur

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lorsqu'il voit l'autel renversé, la cabane abattue, et les fleurs dont il l'avait décorée éparses sur le gazon ? Comme un villageois qui, sur le soir, soupirant après le repos, ramène à pas lents ses bœufs et sa charrue renversée; déjà il se peint la joie qui , à son aspect, éclatera dans les yeux de son épouse, et les cris caressans de sa naissante famille; mais comme il touche à sa chaumière, la foudre se précipite des cieux, il voit la chaumière embrasée, et il entend les voix mourantes de sa femme et de ses enfans ; pâle et glacé d'effroi il demeure immobile: ainsi Joseph tient long-temps les yeux attachés sur ce spectacle. Il se jette enfin sur ces débris, il les embrasse; et les arrosant de larmes : Cabane chérie! s'écrie-t-il, toi que j'avais consacrée au plus doux souvenir, non, les vents ne t'ont pas détruite; le Ciel ne m'eût pas ravi l'unique consolation que je goûtais en ce lieu : je reconnais ici les coups d'une rivale offensée. Il dit, et pleure long-temps sur ces ruines.

Cependant les vertus de Joseph, que jusqu'alors il avait exercées à l'ombre des bocages, ces vertus paisibles et modestes^ semblables aux vapeurs odorantes qui , s'è-

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