LIVRE III
à ses pieds, il embrasse ses genoux. Sans les liens étroits que mon cœur ne peut rompre , lui dit-il , tous mes désirs se borneraient à servir jusqu'à la fin de ma vie un si bon maître. Mais j'appartiens à Jacob mon père , et à la jeune Sélima ; au jour marqué pour notre hymen je fus vendu par mes frères. Ayez pitié de mes malheurs, de ma jeunesse, des vieux ans de Jacob, des larmes de Sélima; renvoyez-moi dans le hameau paternel : mon père vous paiera le prix de ma rançon. Si vous me refusez, permettez que je retourne dans votre hameau; le séjour d'une ville est étranger pour moi : je trouverai dans ces campagnes le seul bonheur que je puisse goûter loin de Sélima et de mon père.
La tendre humanité faisait le caractère de Putiphar. Touché des prières et des larmes de Joseph : Hé quoi! dit-il, je croyais récompenser vos soins en vous tirant d'un état abject, et j'ai redoublé vos peines! Je vous perds à regret; mais, heureux de procurer à la fois la félicité d'une famille et la votre , je vous renvoie dans le hameau qui réunit tout ce qui vous est ther. Vous m'outragez en m'offrant une
gfi JOSEPH.
rançon : me croiriez-vous incapable d'une action désintéressée? et d'ailleurs votre zèle et vos services ne vous ont-ils pas affranchi? Quel or égalerait le prix dont vos vertus m'ont payé ? Prenez un de mes chameaux; allez embrasser votre père; allez essuyer les larmes de Sélima. Fortuné Joseph , vous serez aimé tendrement !
A ce discours Joseph est vivement ému : sa bouche entr'ouverte ne peut exprimer la foule des sentimens dont son cœur est oppressé; il tient les yeux attachés sur son bienfaiteur, et les larmes qui coulent plus abondamment sur ses joues sont le seul langage de sa reconnaissance. Putiphar lui tend la main , le relève ; et franchissant la distance que met l'orgueil entre le maître et l'esclave, il lui ouvre les bras. Joseph s'y précipite , et ne peut articuler ses adieux que d'une voix entrecoupée.
Zaluca, couchée encore sous les myrtes, méditait des projets de vengeance, lorsque son époux paraît sous le berceau. Vous voyez couler mes larmes, dit-il en s'avançant : Joseph est libre ; j'ai reçu ses adieux ; en ce moment il part, et retourne au hameau de son père.... Mais quel courroux