‹ JosephChapitre 34 sur 96 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

éclate dans vos yeux? quel désordre s'empare de votre àme ?.... Quelle est cette robe ? c'est celle de Joseph....

L'àme de Zaluca est partagée entre la consternation et la fureur. Après un combat d'autant plus violent qu'il était court, la fureur l'emporte. Contrainte de s'accuser elle-même, ou de rejeter sur Joseph un crime odieux, irritée de le voir échapper à sa vengeance, la rage précipite ces paroles du fond de son cœur : Joseph ! l'ingrat! l'insolent! il part! il triomphe! Vengez mes affrons.... Cette robe, sa fuite, ne vous instruisent-elles pas de ses outrages?

Putiphar demeure immobile de surprise et de courroux. Aisément susceptible de jalousie , il aimait une épouse qui , bien qu'insensible à sa tendresse, s'était jusqu'alors montrée vertueuse, et avait paru respecter les nœuds de l'hymen. Il se rappelle la fuite de Joseph , sa pâleur et son trouble. Grand Dieu! s'écrie-t-Il, tant d'hypocrisie entre -t- elle dans le cœur de l'homme ! Pendant que je donnais des larmes à l'histoire simulée de ses malheurs, que je vantais sa vertu, et que je l'embrassais, ce perfide, ce vil esclave!... Mais je

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jure par tout ce qu'il y a de plus sacré qu'il n'échappera point à ma vengeance.

En même temps il marche à pas précipités vers son palais ; et s'informant de la route que Joseph avait prise , il le fait poursuivre. Joseph n'avait point retardé son départ; assis sur un chameau , il s'avançait rapidement dans la campagne. Il fuyait avec joie un séjour aussi funeste que tumultueux, et lui opposait les douceurs qu'il allait goûter dans l'habitation paisible où il coulerait ses jours auprès d'un père et d'une épouse, et où tout, jusqu'aux remords de ses frères, entretiendrait sa vertu. Il se promettait de ne leur adresser aucun reproche , et que Jacob ni Sélima n'entendraient jamais de sa bouche le véritable récitdeses malheurs. Tandis qu'abandonné au cours agréable de ses pensées , il songe qu'à chaque pas il s'approche de sa félicité, tout à coup il se retrace les amis qu'il laisse au hameau de Putiphar. Avant de partir, il veut les embrasser encore , leur commimiquer son bonheur, et donner quelques regards au séjour de sa captivité : il est des liens qui attachent une âme sensible aux lieux où l'on a pleuré ses infortunes.

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Peu éloigné du hameau, il y porte ses ])as : à peine y est-il entré que les bergers l'entourent, et font éclater des transports d'allégresse. Mes amis, leur dit-il, vous me voyez pour la dernière fois : mes peines sont enfin terminées. Putiphar, le meilleur des maîtres , a donné des larmes à mes disgrâces; il m'a ouvert les bras; j'ai senti la tendre humanité qui faisait palpiter son cœur : il m'a dit que j'étais libre. Quelque vive que soit ma joie, je ne vous quitte pas sans regrets. L'amitié, la vertu, l'infortune, sont les nœuds sacrés qui nous ont unis. Je pars , et je vous laisse dans l'esclavage! Mais je me flatte que vos liens ne seront pas éternels. Continuez à consacrer tous vos soins à un maître sensible au sort des malheureux , et qui sait récompenser la vertu.

A ces mots la douleur se peint sur leurs fronts: mais bientôt s'oubliant eux-mêmes, ils partagent la satisfaction de Joseph; leurs pleurs s'arrêtent, ils le félicitent, ils l'embrassent : il demeure plus long-temps dans les bras d'Itobal.

Tandis qu'ils se font ces tendres adieux, s.'avance une troupe armée dont les farou-

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ches regards annoncent des ordres sévères. Ils environnent les bergers , et l'un d'entre eux s'adressant à Joseph : Esclave indigne des bontés de ton maître , lui dit-il, d'une voix terrible, rentre dans les fers : Putiphar nous ordonne de te conduire dans le plus profond cachot. Il dit : les acclamations de joie et de tendresse sont suspendues; et Joseph, frappé comme d'un coup de foudre, tombe entre les bras des bergers aussi consternés que lui : la douce joie expire dans ses yeux ; et l'incarnat dont elle avait animé son teint fait place à une pâleur mortelle. Tel un jeune héros, sortant du champ de bataille où il a signalé sa valeur, est reçu aux portes de la ville avec transport, lorsqu'au milieu des embrassemens des citoyens et de sa famille, un ennemi l'atteint d'un plomb mortel : il tombe ; l'audace de la victoire s'éteint dans ses yeux mourans ; le sang coule sur les lauriers dont on a couronné son front ; et ces bras entrelacés qui le serraient en témoignage de joie et de tendresse, ne lui servent plus que de soutien.

Lorsque Joseph a repris ses sens : L'aije bien entendu, dit-il, d'une voix faible, cet ordre qui m'arrache soudain au bon-

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