‹ JosephChapitre 37 sur 96 · I-XVHE IV · texte numérisé non relu

I-XVHE IV

VOUS pu résister à tant de douleur ? Ah ! nous ne sommes plus; ce souffle qui m'anime encore va s'éteindre, et nos cendres dispersées voudront vainement se réunir!

Telles sont les idées lugubres où son esprit s'abandonne. Maintenant il se retrace tous ses malheurs. Tantôt il suit leur fil depuis la première étincelle de la haine de ses frères jusqu'à cette dernièrecatastrophe: tel le malheureux tombé de la cime des Alpes roule de précipice en précipice jusque dans un abîme épouvantable qui touche au centre de la terre , où l'œil des mortels ne peut le suivre, et où nul n'entend ses cris. Tant«jt ses malheurs, comme les vagues amoncelées d'une mer en courroux, se présentent à la fois , et semblent fondre sur lui. Alors son Ame, qui pouvait à peine soutenir l'aspect de chacune de ces disgrâces, est trop faible contre l'horrible tableau qui les réunit : il se précipite de sa couche; et , se roulant sur la terre, il fait retentir de ses cris les voûtes du cachot. Un affreux silence succède à ses cris. Bientôt le désespoir renaît au fond de son cœur, éclate sur ses lèvres, quand tout à coup l'infortuné s'arrête , comme effrayé de l'excès de sa dou-

I08 JOSKPH.

Jeur. Grand Dieu! s'écrie-t-il, ma bouche a-t-elle proféré ces murmures? Ombres d'Abraham et d'Isaac , et toi peut-être , ombre de mon père, si vous errez autour de ces heux pour voir si je soutiens mes maux. avec courage, que pensez-vous du lâche désespoir où votre fils s'abandonne ?

A peine a-t-il prononcé ces paroles , que du fond du cachot s'avance un fantôme éclatant. Cest un vieillard vénérable : la plus sublime vertu et la sagesse de plusieurs siècles sont peintes dans ses traits; à travers les rides qui sillonnent son front éclate une joie tranquille : la majesté de ses regards; sa démarche noble , et la barbe blanchie qui descend jusqu'à sa ceinture, tout en lui imprime le respect.

Arrivé devant Joseph, qui levait sur Jui un œil timide : Tu ne te trompes point, lui dit-il, l'ombre d'Abraham vient juger ta vertu et la raffermir. Mon fils, ne te laisse point abattre : reprends ton noble courage. J'ai connu l'infortune, et j'ai su la vaincre. Mais n'arrête point tes regards sur les vertus des mortels : invoque l'auteur de ton être; c'est du Ciel que descendra dans ton sein le plus solide courage : il t'entendrait.

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