‹ JosephChapitre 40 sur 96 · LIVRE IV. ITp · texte numérisé non relu

LIVRE IV. ITp

mes. Il regarde d'un œil Turieux cette demeure inaccessible : il cherche à ébranler les portes; mais elles résistent à ses efforts. Plus ardent par les obstacles, il court ver» le geôlier, et lui demande l'accès au cachot. liC geôlier le refuse d'un ton farouche. Alors l'inconnu tombe à ses pieds; ses pleurs se précipitent de ses veux. Vous le voyez, lui dit-il , je n'ai point d'armes , je suis un simple berger, l'ami de Joseph; je ne veux que l'embrasser. Si jamais la douce amitié s'est fait sentir à votre cœur, si vous avez connu l'infortune, et qu'une main chérie ait essuyé vos larmes, ne soyez point iiiexora])le.

L'àme du geôlier, attendrie par la voix et les pleurs de l'amitié, se trouve pour la première fois sensible. 11 dit au berger de le suivre; il lui ouvre les portes de la prison. Le berger s'élance dans ce séjour ténébreux, et embrasse Joseph sur sa couche : ils gardent tous deux un long silence. Consolateur généreux, dit enfin Joseph, âme noble , qui seul compatis à mes peines, parle, qui es-tu? quels sont ces tendres liens, et ces soupirs qui |)énètrent jusqu'au fond de mon cœur?

laO JOSEPH.

Ne reconnais-tu pas ton ami, répond le berger, celui qui ne peut vivre sans toi, qui vient partager ta douleur, et te tirer de ce lieu funeste?

O doux langage de l'amitié! dit Joseph , combien vous touchez un cœur devenu presque insensible par les disgrâces ! Cher Itobal , quel génie bienfaisant t'a ouvert ces portes terribles?.... Mais il n'est plus de félicité pour moi, dans peu ce cachot sera ma tombe. Va , retourne au hameau ; que mes amis soient heureux : pourquoi viens-tu troubler ton bonheur par l'aspect de mes infortunes ?

Nous heureux ! répond Itobal , ah ! depuis le moment funeste où des barbares t'arrachèrent de nos bras, la consternation et le deuil régnent dans tout le hameau. Nous avons brisé nos lyres; on ne se pare plus de fleurs, nos cabanes n'en sont plus décorées ; l'amour est banni du milieu de nous; on ne se rassemble que pour pleurer tes malheurs. Les troupeaux mêmes errent tristement dans les campagnes; la nature entière ne nous paraît plus qu'une affreuse prison ; nous avons repris notre condition première, et nous ne sommes plus que de

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