‹ JosephChapitre 41 sur 96 · LIVRE IV. 12 t · texte numérisé non relu

LIVRE IV. 12 t

vils esclaves,... Te le dirai-je? je pe vois plus qu'à travers un nuage épais le Dieu que tu me montras à découvert. La bonté, me disais-tu, est son essence, et la source de tout ce qui respire. Mon cœur le reconnaissait à ces traits : mais s'il est bon , pourquoi souffre-t-il que mon ami vertueux soit opprimé? Ressemblerait-il à ces dieux mortels qui régnent sur nous ? serait-il tour à tour généreux et cruel? et ses bienfaits ne serviraient-ils qu'à nous rendre les maux plus sensibles? Mon cber Josepli, depuis que tu es éloigné de nous , son autel demeure renversé dans la poussière.

Qu'eutends-je! interrompt Joseph pénétré de douleur; c'est donc là le funeste effet de mes infortunes ! Plongé dans ce cachot , loin de l'autel élevé par mes mains, je pensais quelquefois ( et cette pensée adoucissait mes malheurs ) que mes compagnons l'avaient rétabli, et que , l'entourant, ils levaient vers le ciel leurs mains innocentes. Itobal, cesse de m'aimer, si Tamitié te fait méconnaître le père de la nature. Ami trop aveugle, as-tu donc ou- , blié qu'il est au delà du tombeau un séjour Iji ureux et tranquille, retraite assurée de

rinnoccnce? Si mes tristes jours doivent s'écouler dans ce cachot, c'est là que nous nous reverrons ; c'est là que se rassembleront des amis non moins tendres que toi , et que mes persécuteurs ne pourront plus m'arracher à ce que j'aime. M'y transportant par la pensée, comme celui qui, dans les rigueurs de l'hiver, se peint les charmes du printemps qui s'avance, j'oublie quelquefois ce noir cachot, et je cesse de verser des larmes.... Ma fermeté t'étonne. Elle n'a pas toujours été inébranlable ; je la dois à ce Dieu que j'ai imploré. Recourez donc à lui, et vous aurez le qiême courage.

Quoi ! dit le jeune berger vivement ému, tandis que je venais adoucir tes peines, c'est toi qui me consoles!... Mais mon âme déchirée ne peut égaler ta constance. Non, tu ne périras point dans ce cachot; apprends que nous ne voulons plus servir un maître barbare; je mourrai ou je te délivrerai de sa rage; je combattrai pour toi et pour la vertu; je ne partagerai point, par une lâche indolence, l'injustice de tes persécuteurs.... Viens, sors de ce gouffre; c'est la seule fois peut-être que l'accès

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m'est ouvert en ce lieu : je n'ai point d'armes; mais que ne peut la valeur quand l'amitié l'enflamme! Crois-tu que j'aie ouhlié ce jour où , près d'être précipité dans un cachot, tes pleurs firent tomber mes liens? Tu ne me connaissais pas cependant; la seule humanité t'inspira : et moi, trahissant à la fois et l'amitié, et la reconnaissance, et le Dieu que tu m'as dévoilé, et la vertu que tu gravas dans mon âme, je te laisserais expirer dans cet horrible séjour! Les larmes ne t'arracheront point à tes tvrans : n'ont-ils pas vu couler les tiennes ? c'est du sang qu'il faut répandre. Viens; Dieu lui-même combattra pour l'innocence. En finissant ces mots, il saisissait avec feu la main de Joseph pour l'entraîner hors de ce lieu.

Joseph retire sa main de celle d'Itobal. Si vous voulez , dit-il , diminuer le poids de mes disgrâces , soutenez-les avec courage. Demeurez tous fidèles à Putiphar ; il n'est point coupable.... Retourne au hameau, portes-y la paix et la constance.

Rétablis l'autel que j'avais élevé; conduis-y tes compagnons : tant que je respirerai, de cette sombre demeure mes vœux s'uniront

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aux vôtres. La Piété descendra du ciel au milieu de vous, et sa main essuiera vos jileurs. Reprenez les lyres ; cueillez les fleurs des prairies; qu'un amour vertueux vous console des peines de l'amitié : l'idée de votre bonheur arrêtera quelquefois le cours de mes larmes... Veux-tu qu'en m'évadant je m'avoue criminel ; que je parte comme un esclave infâme qui se dérobe au supplice ; que le bruit des crimes qui me sont imputés me suive jusque dans le hameau de mon père , et que je n'ose embrasser ceux qui me sont chers, avant d'avoir repoussé cet opprobre?

Eh bien! répond Itobal , apprends-moi du moins la cause de tes malheurs. Jusqu'à ce jour j'ai respecté tes secrets ; j'ignore tes infortunes passées : soulage ton cœur et le mien , et verse tes déplaisirs présens dans mon âme. En disant ces paroles il lui serrait tendrement la main.

Tu connais les devoirs d'un cœur reconnaissant , dit Joseph ; ce que jê*Trois au ■meilleur des maîtres m'oblige à ne point révéler. des vérités odieuses.... Cher ami, reçois mes derniers adieux. Quand la mort aura comblé mes désirs, recueille , si tu le

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