LIVRE V. l
sombre d'un rocher. Il se précipite du soleil; et à l'éclat dout il brille, il semble qu'une partie de cet astre s'en détache.
Cependant , environné d'un nuage, il arrive devant la prison de Joseph. Les portes s'ouvrent ; il entre : quelque lueur éclaire les voûtes ténébreuses , et des vapeurs odorantes se répandent dans ce séjour : on eût dit que l'aurore, qui en ce moment dorait les campagnes , avait porté dans ce lieu d'horreur sa plus douce lumière et ses plus doux parfums. Il s'approche de Joseph, qui dormait paisiblement : il le considère. Son œil perçant ne s'arrête point à cette surface fragile où se brise notre curiosité; mais comme nous voyons l'or rouler au fond d'un ruisseau limpide, il découvre les vertus de Joseph dans leur source; il les voit se répandre de ce cœur généreux, couler en quelque sorte dans chaque veine, et animer tout son être : il est frappé d'admiration ; jamais il ne vit de mortel dont l'àme fût si tendre et si sublime. Puis il touine ses regards sur Aménophis et Darbal qui dormaient d'un sommeil agité.
Dans ces temps peu reculés de l'enfance du monde, et où Dieu daignait encore se
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communiquer aux humains, dernières traces de ces jours heureux où l'homme oubliait que le ciel est éloigné de la terre , les songes étaient quelquefois un langage sacré; ils suppléaient à notre aveugle ignorance; le sombre avenir s'y peignait sous des emblèmes remarquables ; et tandis que les sens étaient ensevelis dans le sommeil, image du trépas, l'âme semblait abandonner le corps qu'elle anime, prendre son vol dans les cieux, et s'y instruire de la destinée des mortels et des empires.
Joseph , accoutumé à se réveiller avec l'aurore, ouvre les yeux. A la douce lueur qu'il aperçoit, aux parfums qu'il respire, il se croit un moment transporté dans un agréable bocage. Ses deux compagnons dormaient encore.
Un songe riant occupait Aménophis ; mais Darbal paraissait livré à des images sinistres. Ils s'éveillent en même temps. La nuit même, dit Aménophis à Darbal, par la peinture des jours de mon bonheur, aggrave mes infortunes. J'ai songé que , tenant un cep de vigne, chargé de grappes nombreuses , je pressais des raisins dans la coupe du roi, et que, suivant mon ministère, je